dimanche 22 septembre 2013

Les "Nouveaux Contes de Fées" de la Comtesse de Ségur

(1)Histoire de Blondine, Bonne Biche et Beau Minon-  

Blondine est une lointaine cousine de Blanche Neige avec qui elle partage une exception: son prénom la décrit; car dans les contes en général, on ne détaille guère le physique des héroïnes. On sait vaguement, qu’elles sont blondes et qu’elles ont les yeux bleus; elles sont douces et gentilles; les brunes sont plus souvent les méchantes (sauf Blanche-Neige!) . Ce sont les illustrateurs plutôt que les textes qui nous en donnent  une image.
Comme Blanche Neige, Blondine a perdu sa mère : la princesse Doucette. Son père, le roi Bénin,  se remarie avec la fille du roi Turbulent : la princesse Fourbette.  Turbulent semble si pressé de se débarrasser de sa progéniture qu’on on ne s’étonne pas du vice et de la méchanceté que laisse présager le prénom de la belle-mère.
 Plus tard, Sophie montrera plus de subtilité en gratifiant  ses personnages de noms qui annoncent leur caractère: ainsi Féréor l’industriel, Monsieur Tappefort le maître d’école ou bien encore le docteur Tudoux.
Bénin pour sa part, est un père assez clairvoyant puisqu’il ne laisse jamais Blondine seule avec sa belle mère. Sophie le décrit ainsi plus perspicace que son propre père dont les absences la mettaient à la merci de sa terrible mère.
La marâtre Fourbette déteste sa belle-fille et promet au jeune page Gourmandinet un coffre plein de bonbons pour qu'il laisse entrer Blondine dans la dangereuse Forêt des Lilas qui borde le château. Sa trahison ne profitera guère au jeune garçon qui mourra.
Trahie par la gourmandise de son page, Blondine, s' engage dans la forêt, s’y perd, appelle, marche longtemps jusqu’à ce qu’épuisée, elle s'endorme au pied d'un arbre. Que va-t-elle trouver dans ces bois inquiétants?
Principalement elle-même, au bout d’une quête initiatique, puisque cette forêt représente sa propre  féminité dont Blondine doit prendre conscience et qu’il lui faut apprivoiser: elle entre enfant dans la forêt et en sortira femme.
A son réveil elle trouve un chat blanc qui lui apporte son petit déjeuner et la conduit à travers cette forêt –semblable à celle de la Belle au Bois Dormant- dont les buissons s’écartent pour la laisser passer et se referment derrière elle. Ils arrivent au domaine enchanté de Bonne-Biche et Beau Minon dont les servantes sont des gazelles. Bonne-Biche accorde l'hospitalité à l’enfant Blondine qui  dormira sept ans, pour se réveiller adolescente et instruite. De l’instruction classique d’une jeune fille sous le Second Empire: piano, harpe, chant, dessin, peinture , écriture, lecture. Pour l’instant, Sophie ne réclame rien de plus ; au fil de son œuvre, elle deviendra plus exigeante.  Presque à chaque roman, le programme scolaire de l’Héroïne s’enrichira  de matières supplémentaires. Vers la fin, elles apprendront l’algèbre,  l’histoire et le latin qu’on n’enseignait qu’aux garçons. Elle-même, en revanche avait reçu le même enseignement que ses frères. Sa mère était redoutable, mais c’était une bonne pédagogue
Des souvenirs de la vie de l’auteur alimentent ce conte.  Dans le château où Blondine est recluse et où il faut bien dire qu’elle s’ennuie un peu, un oiseau vient la visiter. Ce n’est pas un prince sous forme d’oiseau bleu, c’est un perroquet tentateur - volatile que Sophie détestait autant que sa mère les aimait.  Aussi le range-t-elle avec les animaux maléfiques.
Blondine au seuil de sa vie d’adulte éprouve une soudaine nostalgie de son enfance ; elle souhaite  retrouver son père ;  le  perroquet se propose de l'y aider et la pousse à s'enfuir pour aller cueillir une Rose magique.
Mais la régression lui est interdite ; le cours naturel de la vie lui impose d’avancer.. Au lieu de retourner vers son père,  elle doit aller vers son époux.  La Rose et le Perroquet sont donc des enchanteurs, les pires ennemis de Bonne Biche et Beau Minon.  Blondine tombe dans leur piège et les délivre en même temps du sort qui les privait de leurs pouvoirs.
            Bordant le château de Bonne Biche, se trouve une seconde forêt, pleine de ronces et d’épines - symbole de la mère archaïque négative- où se perd Blondine, désespérée d’avoir, croit-elle, causé la perte de ses amis.
Une grenouille, un crapaud et un corbeau vont l'aider à survivre jusqu’à ce qu’intervienne la mère archaïque positive sous forme d une tortue qui la prendra sur son dos pour la faire sortir de cette forêt. Mais le voyage sera long ; elle ne devra ni parler, processus initiatique fréquent, ni se retourner puisqu’ elle ne doit plus régresser. Il lui faut accepter l’irréversibilité du temps. On se doute que Blondine irait plus vite à pied, donc cette obligation de lenteur, de silence et de discrétion  se veut bénéfique pour la jeune fille qui livrée à l’impulsivité de son propre désir, irait trop vite. Souvenons nous qu’Orphée à perdu son Eurydice pour n’avoir pas su se contenir. C’est un voyage à sens unique dans le temps, une spirale qui, d’épreuve en épreuve,  mène à un terme lointain. Elle doit  en effet, au sortir de la forêt, traverser encore une plaine aride avant d'arriver à un autre château, celui de son prince.
Une dernière et terrible épreuve  l'y attend: elle trouve dans une armoire, les dépouilles de Bonne-Biche et Beau Minon. Elle s'évanouit.
Elle revient à elle dans les bras de la fée Bienveillante Cette fois tous les habitants ont forme humaine : c'est la fin des enchantements et de l’enfance de Blondine. La fée n'est autre que Bonne-Biche et Beau-Minon est devenu le prince Parfait.
Sur un char tiré par des Cygnes, tout le monde part pour la cour du roi Bénin, qui épousera la fée Bienveillante tandis que Blondine s'unira au Prince Parfait
Si, pour la comtesse de Ségur, le conte est prétexte à raconter de façon subreptice sa propre histoire, elle sait puiser dans son imagination de nouvelles images tels les chars traînés par des autruches, des cygnes, des crapauds ou des alouettes.
Quand aux animaux doués de paroles, on devine que selon l’usage, ils sont des humains métamorphosés
. Beau Minon, le prince destiné à Blondine se présente sous l’apparence du chat qui est un symbole féminin . L’homme prend cette apparence pour apprivoiser la petite fille; c’est pourquoi devenue femme, elle devra le dépouiller de sa peau de chat pour s’unir au  prince qu’elle recouvre.
. Mais tout finira bien et Blondine pourra enfin réaliser le rêve de certaines : épouser son chat qui pour les convenances prendra cette fois l’allure d’un prince charmant!

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