lundi 9 septembre 2013

La chasse


Brouillards d’automne
Beau temps nous donnent




Les cris des chiens, les voix du cor
Sonnent dans les bois de Ferrières ;
L’écho de ces rumeurs guerrières
Epouvante le frais décor.

Les habits d’écarlate et d’or
Resplendissent dans les clairières ;
Les cris des chiens, les voix du cor
Sonnent dans les bois de Ferrières.

Les meutes ont pris leur essor,
Et le cerf dans les fondrières
Fuit, sentant leurs dents meurtrières ;
Mais partout il retrouve encore
Les cris des chiens, les voix du cor.

Théodore de Banville Les exilées. Rondels



A la mi-septembre, quand la nuit tombe, on peut entendre dans les bois bramer le cerf : une sorte d’aboiement rauque, un éternuement énorme qui fait songer à des êtres fantastiques. Mais rien que de naturel, c’est juste le cerf qui appelle ses biches.
Réputé dépourvu de fiel, il n’en est pas moins un mâle jaloux qui ne tolère aucun rival : si un jeune présomptueux tente de lui disputer sa harde, il le provoque en un duel parfois mortel, car il peut arriver au cours du combat, que les bois s’entremêlent. Les deux cerfs, ainsi immobilisés sont condamnés à mourir de faim, de soif et d’épuisement.
C’est pourquoi les gardes-chasse, quand deux mâles se disputent un territoire, en choisissent un qui sera sacrifié au cours d’une chasse.
La chasse à courre n’est pas, quand les règles de vénerie sont respectées, aussi cruelle qu’on veut bien l’affirmer. On ne court qu’un seul animal, celui qui doit disparaître. Et encore a-t-il toutes ses chances car le cerf est rusé. Quand il est fatigué, il se cache et un autre cerf prend le relais qui fatigue chasseurs et chevaux : il « donne le change » et comme on ne doit courir que la bête désignée, il faut retrouver sa « voie ». Les chiens ne s’y trompent pas, leurs aboiements disent l’ampleur de leur désarroi. Aussi le cerf poursuivi n’est-il  pas toujours pris et en tout cas, jamais on ne laisse un animal épuisé mourir lentement à la merci d’éventuels prédateurs. Quand il est pris, on l’achève au poignard. Cela s’appelle le « servir ». On utilise de nos jours où l’on manie moins couramment l’arme blanche, un fusil.
La chasse à courre (que je n’aime ni ne pratique), est moins scandaleuse que la corrida puisqu’elle a au moins une utilité : éliminer un animal pour éviter la mort de deux.
Les hommes ont de tout temps chassé le cerf, animal si utile à leur survie qu’il fut divinisé.
Hésiode qui lui attribuait mille ans de longévité – mais Hésiode était un poète – a contribué à en faire un symbole de l’éternité.
Tout, dans le cerf, était utilisé : la viande, la peau, les os, les tendons et sa ramure dont se paraient chefs et chamans. Sous le nom de trophée, elle orne encore de nos jours les salles des châteaux.
Quand l’humanité s’est hiérarchisée, les seigneurs se sont réservé le droit de chasse en général et du cerf en particulier. On raconte que l’empereur byzantin Andronic faisait poser des cornes sur les demeures des femmes qui avaient eu ses faveurs, donnant ainsi à leurs époux le droit de chasser le cerf ; d’où est venue l’expression : porter des cornes.

1 commentaire:

manouche a dit…

A tout prendre je préfère me nourrir de saletés chimiques...

Amis conteuses et conteurs, vous allez sans doute me dire que j'enfonce une porte ouverte, mais bon, pour moi c'était nouveau. J...