vendredi 14 juin 2013

Le songe d’une nuit d’été –



Voici venir les nuits les plus courtes ; si courtes qu’au réveil, on ne sait plus très bien si l’on a rêvé ou si l’on a vécu. Ce sont les nuits du temps des fées.
Au Bois des Fées, Titania et Obéron une fois de plus se chamaillaient. Pour quel motif ? le savaient-ils eux-mêmes ? Ils ne se disputaient sans doute que pour le seul plaisir de se réconcilier… ou pour se faire des farces. Et Obéron riait tout seul du bon tour qu’il allait jouer à sa fée. Elle lui avait tourné le dos, fermé sa porte et voulait dormir seule.
Obéron fit venir Puck le farceur, son lutin favori : « Tu vas, lui dit-il, aller chercher de la Pensée d’Amour et tu en feras une poudre que tu vas m’apporter. »
La Pensée d’Amour est une fleur qui, son nom l’indique, rend amoureux. Réduite en poudre, si on la sème sur les paupières d’un dormeur ou d’une dormeuse en prononçant les bonnes paroles, l’endormi au réveil, s’éprend éperdument du premier être qui se présente à ses yeux.
L’intention du Roi des Fées était d’en jeter sur son épouse après avoir placé à son chevet il ne savait encore qui ou quoi, mais un être impossible en tout cas et il riait d’avance de la bonne plaisanterie.
Quand Puck revint avec la poudre magique, la nuit était tombée et Titania dormait. Obéron se mit à chercher dans le Bois des Fées le compagnon qu’il destinait à sa fée chérie. Il y avait là justement, un charbonnier, un de ces hommes des bois dont on se demande s’ils savent seulement parler, tant ils sont sauvages et peu avenants.
« Voilà, voilà celui qu’il me faut mon bon Puck ! Conduis-le au chevet de la Reine et …attends ! pour que la farce soit complète, regarde ! »
Et Obéron prononçant des paroles magiques, fit au paysan une tête d’âne.
« Ah ! ma douce Titania, que voilà un bel amoureux ! » Et il allait pour jeter la poudre d’amour sur la fée quand il entendit dans le bois un étrange remue-ménage, des querelles d’amoureux. Obéron savait mieux que personne les reconnaitre. Il tendit l’oreille et alla se percher sur la branche d’un gros chêne pour en savoir plus long.
C’est une dispute entre deux amoureux ou plus exactement, oh… que c’est vilain ! C’est un garçon en colère qui chasse une jeune fille en pleurs. Il ne l’aime plus ; il lui préfère sa meilleure amie qu’il doit épouser ; quelle cesse de le suivre ! Il en a assez et il part en courant laissant la pauvre Hélène, c’est son nom, seule dans le bois. Il fait noir, elle a peur.
Obéron et Titania, il est vrai se chamaillent sans cesse, mais ils s’aiment et tous deux protègent les amours sincères. Le Roi des Fées pense châtier l’inconstant, mais l’amour d’Hélène le touche. Il y a mieux à faire ; il appelle Puck et lui donne un peu de poudre de Pensée d’Amour.
« Il y a dans ce bois, un jeune homme tu le reconnaitras, il porte un costume grec. Si tu le trouves endormi, verse-lui un peu de poudre sur les yeux, en s’éveillant, il verra Hélène et il ne pourra faire autrement que l’aimer. »…
Mais d’autres amoureux avaient rendez-vous dans ce bois : Hermia l’amie d’Hélène que veut épouser Démétrius le fiancé volage, et Lysandre. Hermia ne veut pas épouser Démétrius ; c’est Lysandre qu’elle aime. Ils se sont donné rendez-vous en secret au Bois des Fées. C’est la nuit, ils sont seuls dans le bois, du moins le croient-ils ; ils s’aiment. La nuit est courte mais c’est leur nuit d’amour et un peu avant l’aurore, ils s’endorment. Lysandre est grec lui aussi et Puck qui ne sait pas que deux jeunes homme sont dans ce bois, le voyant vêtu en grec, verse sur ses paupières un peu de poudre magique. Il entend des pas et se sauve. C’est Hélène ; elle est perdue.  Elle voit un homme endormi, elle se penche sur lui, il ouvre les yeux… catastrophe, c’est Hélène qu’il aperçoit ! Il lui déclare sa flamme, mais elle, ne veut que Démétrius et c’est au tour d’Hermia, délaissée, de pleurer !
Vous suivez ? On va faire une pause, parce que je ne sais pas vraiment comment on va se sortir de cette affaire.
Retournons chez les fées. Titania est endormie ; Obéron s’approche suivi de l’homme à la tête d’Âne qu’il place au chevet de son épouse sur qui il répand un peu de Pensée d’Amour. La fée ouvre les yeux et ouvre les bras au monstre qui ne pense qu’à boire et à manger. L’amour est aveugle, surtout quand il est magique. Avant que s’accomplisse l’irréparable, Obéron se montre et rit de tout son cœur :
« C’est donc ainsi, ma belle amie que vous dormez seule ? Certes  je ne peux rivaliser avec un si bel amant ! ». La reine des fées, confuse dut demander pardon à son époux et promettre de ne jamais plus lui fermer sa porte.
Le jour était sur le point de se lever, des pleurs et des cris montaient du petit bois. La confusion était à son comble : les deux filles naguère amies se prennent aux cheveux ; les deux garçons ont tiré leur épée ; ils vont s’entretuer !

Tout ce gâchis n’amuse ni Obéron ni Titania ; ils appellent Puck. Qu’il répande un brouillard épais sur les jeunes gens, qu’ils ne puissent plus se voir. Titania prononce des paroles magiques ; Obéron répand ce qui lui reste de Pensée d’Amour, puis il souffle pour disperser le brouillard. Le jour s’est levé ; les rayons du soleil percent les branches des arbres. Hermia est dans le bras de Lysandre, Démétrius embrasse Hélène. Ils ne savent plus s’ils ont ou non rêvé cette aventure.  Sur la branche du grand Chêne Obéron sourit à Titania…

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