dimanche 7 avril 2013

L'or du Roi Midas


« Le bon vin m’endort, mais l’amour me réveille », dit la chanson.
Mais ce n’est pas l’amour qui réveilla Silène que le bon vin avant endormi, dans les montagnes de Phrygie, sur les terres du roi Midas… Non ! pas les baisers d’une aimable bacchante, mais bien les pieds et les poings brutaux de paysans au service du roi, qui rudement le ramassèrent, le lièrent solidement pour le conduire à leur maître sans même le  laisser remonter sur son âne qui, inquiet, trottinait en suivant son cavalier malmené.
Quand Midas reconnut, ligoté comme un ballot, le bon précepteur de Dionysos, il s’empressa de le délivrer, ne félicita pas ses serviteurs trop zélés et ordonna une fête et un festin pour son vieil ami ; sans oublier bien entendu, de faire avertir le dieu un peu soucieux de la disparition de celui qui, après lui avoir servi de père, était devenu son compère en polissonneries diverses. Dionysos prit part à la fête et pour remercier Midas de son hospitalité, lui accorda un vœu.
Midas sans être cupide, aimait beaucoup tout ce qui brille et l’or par-dessus tout. Il demanda le pouvoir de changer en or tout ce qu’il toucherait. Le dieu leva un sourcil circonspect et demanda : « Midas, as-tu bien réfléchi à ce que tu  souhaites ? – Mais… oui, répondit l’étourdi. – Tu es sur ? – Oui, oui ! – Soit ! accordé.
Dionysos s’en retourna, suivi de Silène qu’on avant eu bien de la peine à jucher sur son âne qui, farceur comme tous les ânes n’avait guère aidé à simplifier la manœuvre.
Midas, après avoir passé ses mains, sur les meubles, les murs, les portes de son palais ainsi que sur tous le objets qui s’offraient à sa vue, après s’être émerveillé devant leur nouvelle splendeur s’alla coucher et s’endormit, visité de rêves dorés.
Il s’éveilla au chant des merles et l’ombre d’un soute l’effleura quand, après avoir caressé son chien qui venait chercher sa caresse matinale, il vit son compagnon changé en statue d’or. Afin de vérifier ce pouvoir étonnant, il toucha deux ou trois esclaves qui incontinent s’immobilisèrent et se mirent à briller. Il repoussa son épouse qui venait l’embrasser et lui recommanda de tenir ses enfants éloignés. Puis il se mit à table ; il manqua se casser une dent sur son pain, le vin qu’il tenta de boire était de l’or en fusion. Certes ses coupes et ses couverts étaient devenus la plus précieuse des orfèvreries, mais il se demandait comment il allait bien pouvoir se nourrir. Il s’en alla dans ses jardins réfléchir au problème ; sous ses pas le sable et les cailloux devenaient de l’or, mais chaque fleur qu’il touchait, chaque fruit qu’il cueillait, instantanément perdait la vie et se mettait à scintiller.
A la fin du jour aveuglé par tout cet or qui brillait sous le soleil, affamé, assoiffé, forcé de tenir à distance tous ceux qu’il aimait, il implora Dionysos de le délivrer de ce don maudit. Le dieu compatissant – et qui s’était bien amusé- après l’avoir sévèrement tancé, lui conseilla d’aller s’immerger dans le Pactole et de frotter, frotter jusqu’à ce que la moindre parcelle d’or se dissolve dans l’eau du fleuve… Et l’on dit que de cet or, il y en avait tant que de nos jours encore les eaux du Pactole charrient des pépites d’or. 

L'oseille se montre au jardin et les Indégivrables prennent l'eau sur l'Almanach

2 commentaires:

manouche a dit…

J'aime beaucoup toutes les légendes concernant des souhaits où le héros se fait toujours berner; consolation pour ceux qui n'ont pas gagné à la loterie de la vie?

almanachronique a dit…

Manouche, le héros ne se fait pas berner; il se berne tout seul en formulant un souhait dont il ne mesure pas les conséquences.
Ste Thérèse (la petite) disait: "que de larmes versées pour des voeux exaucés"!

Amis conteuses et conteurs, vous allez sans doute me dire que j'enfonce une porte ouverte, mais bon, pour moi c'était nouveau. J...