mercredi 10 avril 2013

Le mariage de Gauvain (2)


Au matin du troisième jour, fidèle à la parole donnée mais le cœur en deuil, Arthur fit seller son cheval et s’en fut au rendez-vous du Cavalier Noir. Il n’avait pas le fin mot de l’énigme ; il allait perdre son royaume et y laisser sa vie.
Une voix de femme le tira de ses réflexions moroses. Elle provenait d’un tas de chiffons écarlates abandonnés dans l’herbe du fossé. La voix, mélodieuse, l’appelait par son nom. Il arrêta sa monture ; une tête émergeait de la masse informe. Il mit pied à terre pour découvrir la plus hideuse créature qu’il eût jamais vue. Le cœur lui manqua tant ce qu’il faut bien nommer une femme était repoussante : difforme, bossue, boiteuse, un visage plus propre à figurer aux gouttières d’une église que sur un corps humain, des lèvres gercées découvrant des dents rares et noirâtres, quelques cheveux gris collés sur un crâne plein de croûtes, des yeux bigles et chassieux, des mains crochues rendues plus hideuses encore par la splendeur des bagues qu’elles portaient à des doigts déformés. Pourtant la voix qui sortait de ce corps immonde était d’une incroyable douceur.
« Roi Arthur, prononça-t-telle, d’où vous vient cette triste figure ? »
Le Roi, inexplicablement confiant en ce monstre placé sur son chemin, lui raconta toute l’histoire : « Et, conclut-il, comme je ne connais pas la réponse, il ne me reste plus qu’à mourir ! »
La créature se mit à rire :
« Roi Arthur, mon savoir est immense et je connais la clé de cette énigme. Je te la donnerai si tu me promets d’exaucer un de mes vœux, quel qu’il soit. 
- S’il n’est contraire ni à ma foi, ni à mon honneur, je te l’accorde.
- Sans condition, Roi Arthur, sans condition. »
Au point où il en était, Arthur n’avait plus rien à perdre ; il accepta.
L’horrible femme, se haussant jusqu’à son oreille, lui murmura quelques mots ; le visage d’Arthur s’éclaira et tout heureux, certain d’être sauvé, il allait se remettre en route, quand le monstre s’accrocha à son étrier :
« Je t’ai donné la réponse, Sire. A toi maintenant de faire honneur à ta parole.
-Quel est ton souhait ?
-Je veux que tu me donnes un de tes chevaliers pour époux.
-Impossible, se récria Arthur ! Je me suis engagé pour moi-même et non pour aucun de mes chevaliers !
-Une promesse est une promesse, Arthur !
Et le Roi consterné, dut s’engager à revenir le lendemain accompagné du futur époux de la plus laide femme qui fut au monde. Plein de remord à l’idée de ce qu’il allait devoir exiger d’un de ses fidèles compagnons, Arthur traversa la forêt jusqu’à l’étang où l’attendait le Cavalier Noir.
 La lance levée en un salut moqueur, ce dernier quitta l’ombre des pins pour saluer le Roi :
« Alors, Roi de Bretagne, es-tu prêt à me céder ta couronne ?
-Certainement non !
-Donne-moi la réponse ou prépare- toi à mourir !
Un lourd silence s’étendit comme une ombre ; plus un oiseau ne chanatait, plus une feuille ne bruissait, le clapotis de l’eau s’était tu… La voix d’Arthur s’éleva :
« Ce que désirent les femmes plus que tout, Cavalier Noir, c’est d’être les maîtresses de leur destin ! »
L’homme en noir poussa un hurlement de rage, tel que tous les échos de la forêt en retentirent ; les biches se tapirent dans les ronciers, les loups et les ours dans leurs tanières et le lapins se réfugièrent dans leurs terriers/
« Maudit sois-tu, Arthur ! et maudite soit celle qui t’as renseigné ! Tu m’as privé de ma victoire… »
Et tournant bride, il s’en fut au galop pour disparaître dans les profondeurs de la forêt.
Arthur avant sauvé sa vie et sa couronne, mais il n’était pas joyeux pour autant ; ce qui lui restait à accomplir n’était pas moins difficile. Comment annoncer à ses fidèles compagnons, qu’il avait juré de faire le malheur de l’un d’entre eux en le condamnant à épouser un monstre ?

Pivoine au Jardin et oiseaux sur l'Almanach

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