mardi 9 avril 2013

Le Mariage de Gauvain- (1)




L’hiver ne voulait pas finir à  Kaerleon.
 Le Roi Arthur était venu y passer Noël avec toute sa cour et depuis, on guettait une embellie pour aller s’établir dans une autre demeure.  En attendant, on y menait grand train : festins, ménestrels, chants et danses ; tout le jour, Arthur et ses chevaliers pourchassaient le gibier dans les bois d’Inglewood.
Un matin, le roi sur les voies un grand cerf, perdit la chasse. Il se trouvait seul, il n’entendait plus le son des trompes ni les abois de la meute, le cerf avait disparu. Cette partie de la forêt lui était inconnue ; les pins étaient très hauts et les frondaisons si denses que la lumière y parvenait à peine ; seule l’eau sombre d’un étang luisait faiblement.
Sur l’autre rive, Arthur distinguait un cavalier, très grand, son armure était aussi noire que la robe de son cheval. Immobile, il l’observait et sans lever son heaume, d’une voix profonde, il l’interpella :
« Roi Arthur ! Approche, et si tu tiens à ton royaume, viens ici le défendre ! » . Le noir cavalier partit d’un éclat de rire sinistre.
Le Roi était désemparé ; Excalibur, son épée merveilleuse était restée au château et sans elle, Arthur n’était qu’un homme pas plus grand ni plus fort que la plupart de ses Chevaliers. Le cerf, il le comprenait à présent, l’avait conduit dans un de ces lieux maléfiques où rôdent d’étranges personnages.
« Tu es à moi, Pendragon ! rugit le Cavalier Noir et galopant  à travers l’étang dans des gerbes d’eau grise, il pointa sa lance droit au cœur du Roi, pétrifié. Puis il l’abaissa en ricanant :
- Trop facile ! vraiment… trop facile ! Où se trouve le plaisir de vaincre un homme désarmé ? Je préfère te donner un chance : tu peux encore sauver ton royaume et ta vie si tu reviens ici dans trois jours me donner la réponse à une question.
Arthur avait repris courage :
« Quelle question ?
- Quel est le plus grand désir des femmes ? Si tu connais la réponse, tu seras sauvé ; sinon tu mourras et je prendrai ta place sur le trône de Bretagne. » Et sur ces paroles, le chevalier fit volter sa monture et disparut au galop dans l’épaisseur de la forêt.
Arthur, encore mal remis du choc de cette étrange rencontre chevauchait, pensif. Il reprenait peu à peu ses esprits ; le défi ne lui semblait après tout pas bien difficile. Que désirent les femmes ? Il n’y a qu’à le leur demander ! Et sur la route qui menait à Kaerleon, il interrogeait toutes celles qu’il rencontrait ; pauvres ou riches, nonnes ou bergères, jeunes ou vieilles, maîtresses et servantes… et chacune hélas, lui donna une réponse différente.
Perplexe, il rentra au château où Guenièvre son épouse, lui trouva l’air préoccupé. Il y avait de quoi ! Sa vie, son royaume dépendaient d’une réponse à laquelle sur tant de femmes interrogées, aucune n’avait une idée semblable. Sans révéler le plus terrible de son aventure, il fit venir à lui toutes les femmes de la cour, disant qu’un chevalier l’avait défié de donner avant trois jours la réponse à cette question : Mesdames, quel est votre plus cher désir ?
Mais l’assemblée des Dames ne fit que renforcer son désarroi : les laides voulaient la beauté ; les belles ,l’intelligence ; les malades soupiraient après la santé ; les petites désiraient grandir et les grosses devenir minces ; les jouvencelles attendaient impatiemment la maturité ; les vieilles espéraient rajeunir ; une aïeule eut même le toupet de réclamer un jeune amant.
Durant trois jours les débats firent rage sans que se montrent au moins deux réponses semblables.

Le Chat fait le sabbat au jardin et Pierre Dac ne nous rase jamais sur l'Almanach 

1 commentaire:

manouche a dit…

Le plus cher désir du jour: LE SOLEIL!

Amis conteuses et conteurs, vous allez sans doute me dire que j'enfonce une porte ouverte, mais bon, pour moi c'était nouveau. J...