samedi 20 avril 2013

Hermès

 
Maïa, la magicienne « aux belles tresses » vivait retirée dans une grotte du mont Cylène  en Arcadie.  Elle avait apprivoisé un pic noir. L’oiseau se perchait sur son épaule, venait picorer dans sa main et se montrait si tendre que la solitaire avait fini par l’aimer au point  d’avoir certaines nuits, des rêves troublants…
Elle fut bien davantage troublée, quelques mois plus tard ! Comment des rêves pouvaient-ils se matérialiser à ce point et quel genre de créature allait-elle mettre au monde ?
Elle employa tout ce qu’elle savait de magie pour tenter de comprendre ce qui lui arrivait, et c’est en rêve encore, que Zeus lui parla : le pic noir, c’était lui, qui avait pris cette apparence pour épargner à son amante la possible vengeance d’Héra, son épouse, éternellement jalouse puisque éternellement trompée. Maïa allait mettre au monde non  pas un monstre emplumé mais un dieu ; il se nommerait Hermès.
 A peine né, le malicieux enfant de ces étranges amours savait parler et marcher. Maïa comme toutes les mères, ne voyait pas grandir ce bébé qui pourtant, chaque fois qu’elle avait le dos tourné, se débarrassait de ses langes, quittait son berceau d’osier, et sortait de la grotte pour découvrir le monde.
Une infortunée tortue qui passait par là, attira son attention. Le placide animal n’avait aucune chance d’échapper à celui qui serait le plus rapide des dieux. Hermès l’observe ; quel amusant jouet ! Il la tripote, la retourne et fait tant et si bien qu’il vient à bout du pauvre animal.  «  Tu ne seras pas morte en vain, lui dit le jeune dieu, plus curieux que chagrin ». Il vide la carapace, la frappe, dessus, dessous, elle résonne, il aime ce son qu’il veut encore améliorer. Il ajuste dessus des tiges de roseau. C’est bien, mais ce n’est pas parfait. Il verra plus tard…blog 120509
Pour l’instant, il s’estime assez grand pour quitter la grotte maternelle. Sa tortue sous le bras, il part à l’aventure.
Ses petites jambes robustes et agiles le portent jusqu’en Thessalie, sur le mont Piéros. Là, broutent 50 génisses, quelques bœufs et des taureaux : le troupeau d’Apollon. L’enfant divin, précoce et malhonnête contemple ce bétail qui lui fait bien envie. Le berger n’est pas là… Sait-il ce qu’est le vol ?
Ce qu’il sait en tout cas, c’est le dissimuler : entourer de feuillages les pieds des ruminants, attacher à leurs queues des balais d’herbes sèches, pour Hermès c’est un jeu. Il pousse devant lui le troupeau dérobé et traverse la Grèce. Seul, un vieillard l’a vu ; il se nomme Battos. A Pylos, il s’arrête et dans une caverne, camoufle le bétail.
Voilà que la nuit tombe ; l’enfant Hermès frissonne. Comment lui vint l’idée d’assembler des fagots et de faire pivoter une branche de laurier sur la souche d’un arbre, sans doute un grenadier ? Bientôt des étincelles embrasent le bois sec qui fume, qui crépite et des flammes s’élèvent. Hermès qui avait froid vient d’inventer le feu.
Au matin, il s’éveille et offre en sacrifice ses deux plus beaux taureaux. Il y avait sur l’Olympe, jusque là onze dieux ; il se dit  le douzième. Puis il brûle les carcasses mais garde les boyaux. Satisfait de lui-même, il regagne Cyllène, la grotte maternelle et comme un enfant sage, s’endort dans son berceau.
Apollon, cependant, recherche son troupeau. Il demande à Silène d’envoyer ses satyres partout en Thessalie. Lui-même parcourt la Grèce. Et c’est le vieux Battos, qui le met sur la piste. Hermès avait pourtant acheté son silence en lui offrant un bœuf, mais le dieu du soleil en a proposé deux. Battos a mal choisi ; Hermès n’oubliera pas  et fera de Battos pour toujours un rocher.blog 130509
Et puis quelques satyres, revenant d’Arcadie sans avoir vu les vaches racontent à Apollon qu’au pied du mont Cyllène, une musique étrange s’échappe d’une grotte. Apollon est devin et aussi musicien. Il part pour l’Arcadie et voit devant la grotte la nymphe Cyllené qui se dit la nourrice d’un enfant merveilleux qui en jouant gentiment avec une carapace de tortue et quelques boyaux de vaches a fabriqué ce jouet mélodieux, avec lequel il a bercé sa mère. Apollon est furieux, sur le sol et aux murs des peaux sont étendues ; il entre dans la grotte et réveille Maïa. Il la somme de rendre le bien qu’a pris son fils. Maïa hausse les épaules et montre le bébé qui dort dans son berceau. Qui ne dort que d’un œil ; Apollon n’est pas dupe. Il secoue le gamin qui ouvre de grands yeux, demande ce qu’est une vache et à quoi ça ressemble.
Pour être dieu lui-même il connaît le pouvoir d’une divinité, même encore en enfance. Hermès n’avouera pas. Il le prend sous un bras ; sous l’autre, les peaux roulées qui serviront de preuves et va montrer le tout au tribunal de Zeus.
 Le  monarque des Dieux qui est aussi son père interroge l’enfant.  Hermès fait le troublé, bafouille et balbutie, mais il ne quitte pas des yeux l’arc et les flèches d’Apollon. Ces armes lui font terriblement envie ; il les lui faut. Profitant de la discussion entre Apollon et son père, il escamote l’arc et les flèches. Mais Zeus l’a vu. Il est certain maintenant qu’Hermès a dérobé le bétail. Très fier d’avoir un fils aussi astucieux et précoce, Jupiter le nomme dieu des voleurs, puisque aussi bien il s’était compté au nombre des dieux. Il faudra cependant qu’il restitue les vaches et les armes.
Mais Apollon a vu la carapace tendue de trois boyaux. Intrigué, il la prend, quand il touche les boyaux le son est si merveilleux que le dieu musicien est ébloui.
Hermès le voyant tenté, entame une négociation : Apollon aura la lyre, s’il lui laisse en échange le troupeau dérobé. Zeus de plus en plus charmé nomme ce fils précoce, non seulement dieu des voleurs mais aussi dieu du commerce. Les deux vont ensemble pense le Maître des Dieux.blog 140509
Puis Hermès, prend l’apparence d’Arès pour aller se faire nourrir par Héra qui le prend sur ses genoux et lui donne le sein. Même après avoir découvert le subterfuge, la déesse pourtant si vindicative avec les enfants adultérins de son époux, gardera toujours une certaine tendresse pour le jeune et sympathique énergumène.
Hermès devint à son tour berger ; le berger du troupeau qu’il avait extorqué à Apollon. C’est avec le tibia d’une vache, qu’il inventa la première flûte. Le dieu musicien en eut envie et l’échangea contre une houlette aux propriétés particulières : sa baguette d’augure .
Hermès exigea en outre quelques leçons de divination. Les Thries, nourrices des dieux lui apprirent à prédire l’avenir à l’aide de petits cailloux. Le jeune Hermès, toujours prêt à s’amuser, en fit aussi un jeu. On joue encore aux osselets.
De plus en plus charmé des talents de ce fils, Zeus lui remet le pétase des voyageurs, des sandales d’or ailées et  en fait son messager personnel. Il entoure la baguette offerte par Apollon de rubans blancs qui, plus tard, deviendront des serpents. C’est le caducée, bâton oraculaire insigne d’Hermès psychopompe et aussi maître des songes qui a le pouvoir d’endormir et d’éveiller les hommes.
Hermès assiste les mourants ; poser les yeux sur la baguette les fait mourir en douceur. Mais le caducée peut aussi guérir.
Après que les trois Parques eurent inventé les cinq voyelles du premier alphabet et Palamède les onze consonnes, Hermès convertit ces sons en caractères. Il fit des lettres en forme de coins en pensant à la formation triangulaire du vol des grues. Puis il introduisit cette écriture de Grèce en Egypte.

Clématite au Jardin
Véranda sur l'Almanach

1 commentaire:

manouche a dit…

Ce Zeus le roi des transformistes coquins!

Amis conteuses et conteurs, vous allez sans doute me dire que j'enfonce une porte ouverte, mais bon, pour moi c'était nouveau. J...