vendredi 19 avril 2013

Contes de fées et de sagesse

 « Initiation et sagesse des contes de fées » de Dennis Boyes P ;103 et suivantes

Tout conte de fées est un creuset d’alchimie qui transmute le minéral en équation psychologique : l’univers est mental ou il n’est pas. Des images oniriques aux pensées diurnes, il y a un fil de continuité. Son, image, pensée : le chant de l’océan est représentation avant d’être concept. Voilà la base de tout bon apprentissage de l’écriture et de la lecture.
            Chacun imagine son monde et le peuple à partir de l’étoffe de ses rêves pour meubler sa solitude. .. 
C’est une des valeurs incontestables des contes de fées de montrer que nous rêvons la vie et l’univers. Le « comment » et le « pourquoi » de la création demeurent un mystère pour la philosophie, mais l’Orient nous fait silhouettes oniriques dans le rêve cosmique de Vishnou.
            Si nous rêvons la vie en images et pensées, n’en est-il pas de même, en partie, de nos chagrins et désespoirs ? La chagrin existe-t-il sans image mentale ? L’angoisse subsiste-t-elle si l’on n’y pense pas ? Qu’est une chose pour moi si elle quitte mon esprit ?
            Après avoir éveillé en nous des sentiments de tendresse et de peur, c’est comme si les contes de fées nous disaient :  « Vous voyez, ce ne sont que des images dans votre âme ! » Ils nous enchantent pour nous désenchanter. Ils nous font rêver puis, grâce à un événement brusque ou à une parole mensongère, ils nous réveillent soudainement, nous évitent l’enlisement dans la somnolence.
            Plus encore, les contes de fées ressuscitent des images que nous avions supprimées à cause de la souffrance qu’elles occasionnaient. Ainsi, ils incitent à déchiffrer dans nos rêves les obstacles à notre épanouissement psychologique. Prenons l’exemple de l’insomnie  due au sentiment d’insécurité qui, chaque matin à trois heures nous tire du sommeil avec un  sursaut de panique et un besoin d’être assurés que nous sommes bien vivants. Ce sentiment nous pousse à nous accrocher au cadre purement extérieur des choses, où nous espérons, à tort, trouver la paix et le bonheur. Impossible pour nous, alors, de réintégrer le sommeil, et nous nous débattons avec les ombres mentales jusqu’au moment où épuisés, nous devons nous lever.
            Il se peut que, pendant ces périodes de confusion, nous soyons avertis de notre erreur par des rêves, rêvasseries ou signes émanant de contes de fées. Voici quelques exemples :
1)      On rêve d’être un oiseau pris dans la glace ou la boue.
2)      On rêve d’un prince qui, bien qu’heureux dans son palais, ne résiste pas à la tentation de partir malgré le présage de beaucoup d’ennuis.
3)      On rêvasse d’un gros ballon qui descend du ciel puis, en se posant sur la flèche d’une cathédrale.
Dans de nombreux contes de fées, l’avidité et la méchanceté d’un personne se  retournent contre elle en la soumettant à un dur labeur pendant de longues années. Ce type de situation nous aide également à percevoir les causes cachées de nos problèmes. En ce qui concerne l’insomnie, ces récits rendent conscients les facteurs qui provoquent le réveil ; ils permettent aussi d’entrevoir les mécanismes internes qui nous déterminent à nous engager dans des voies pénibles et sans issue. Les contes de fées nous révèlent les impressions latentes de l’inconscient (samskaras), les désirs insatisfaits, les dettes karmiques qui nous obligent à agir, et notre demande de sécurité qui, malgré la paix du sommeil profond, nous propulse dans le corps et dans la vie à la recherche du plaisir.
Ce constat peut être libérateur, il forme la charnière où la vie des images se métamorphose en une méditation qui consiste à mettre en lumière rêves et mobiles ; à rester dans l’arrière-plan silencieux jusqu’au dépérissement des facteurs perturbateurs.
A l’autre extrême, existe la réticence qu’éprouve l’âme à quitter l’état de sommeil et à réintégrer le corps et ses activités…
…Parfois, des méditants abandonnent momentanément leurs activités mentales et corporelles et demeurent en transe (samadhi). Swedenborg, Ananda Moyée  et sainte Thérèse d’Avila ont connu de tels états. Or, les contes de fées soignent cette peine d’âme qui répugne à la vie. C’est le cas de la Belle au Bois Dormant et de Blanche-Neige qui, endormies, ne se réveilleront qu’avec le baiser du chevalier.
La transe n’est guère possible tant que l’inconscient est chargé de tendances latentes qui, sous formes d’attachements et de problèmes, obligent le moi à vaquer à ses préoccupations. Mais lorsque cette obligation manque, Il arrive que l’individualité ne soit plus motivée et préfère rester « endormie » comme les héroïnes des contes. Pourtant, elle a besoin d’être stimulée si elle veut accomplir sa mission sur terre. L’exemple du baiser du prince réveillant la demoiselle démontre une des formes d’action des contes sur ce point : le méditant embrassant  l’âme, le mystique perdu dans le cœur, l’individu épris du parfum du sommeil profond finissent par découvrir et libérer un flot de douceur et d’affection qui les ramène vers l’action et vers les hommes.

New-York sur l'Almanach

1 commentaire:

manouche a dit…

Le prince charmant ne m'a jamais réveillée mais plutôt endormie !

Amis conteuses et conteurs, vous allez sans doute me dire que j'enfonce une porte ouverte, mais bon, pour moi c'était nouveau. J...