jeudi 27 décembre 2012

Les Saints Innocents



C'est pour demain, mais je préfère vous prévenir afin que vous preniez toutes les dispositions utiles: le 28 décembre est un jour réputé néfaste.


On commémore à cette date les Saints Innocents. Vous savez, ces enfants en bas âge dont le massacre fut ordonné par Hérode qui comptait bien éliminer dans le lot, celui qu'on lui avait annoncé comme futur Roi des Juifs. Raté d'ailleurs, puisque la mère de l'enfant qui avait des relations en haut lieu comme on sait, avait filé en Egypte avec époux, âne et divin nourrisson.

Toujours est-il qu'on célèbre demain vendredi, ce regrettable évènement; aussi cette date, en Europe du moins, est-elle réputée le plus mauvais jour de l'année. Il est recommandé de ne rien entreprendre d'important. Vous pouvez même vous abstenir de tâches ménagères, les mauvais jours ont aussi leurs bons côtés. Bien entendu , la lessive est à proscrire qui entraînerait la mort d'un parent et pas forcément ce vieil oncle grincheux dont vous attendez la succession. Les Irlandaises ne fileront ni bon ni mauvais coton, marins et pêcheurs resteront à quai, les mineurs en surface. En Bresse, ce jour est nommé"Fête des Rats"; on ne travaille pas, on ne veille pas et on ne monte pas au grenier, ce qui préserve les réserves de blé et de linge de la dent des rongeurs.
Un 28 décembre, on ne se coupe pas les ongles ni ne porte de vêtements neufs qui s'useraient de façon inhabituelle.
L'exemple vient de haut,  puisque LouisXI, roi sage entre tous refusait de traiter toute affaire le jour des Saints Innocents. Son collègue d'Angleterre, Edouard IV, fit déplacer le jour de son couronnement qui avait été étourdiment prévu à cette date. Et d'ailleurs les Anglais, toute cette année seront prudents le vendredi.
Vous aurez compris que ce n'est pas un jour pour convoler et si vous aviez prévu de naître ce jour là, attendez samedi.
Il reste pourtant deux chose qu'il est bon de faire un vendredi 28 décembre: regarder le ciel car le temps sera celui qui durera de Pentecôte au début de l'été; vous pouvez également fouetter les enfants pour les faire tenir tranquille jusqu'à Pâques. Faites-moi souvenir à cette date, de vous recommander un moyen de faire durer le calme jusqu'à l'été.
La Chroniqueuse




vendredi 21 décembre 2012

Solstice

Bonne année!!
Pourquoi aujourd'hui?
Parce que ce ne serait pas la peine de passer sa vie le nez dans les calendriers, éphémérides et autres almanachs pour ne pas s'apercevoir que si tout va de travers, c'est que nous sommes décalés.
Afficher l'image en taille réelleRevenons à l'origine de ces fêtes de fin d'année: elle se perd dans la nuit des temps, quand l'homme a réalisé que les jours progressivement rallongeaient et que cette nuit de plus en plus longue qui les terrifiait n'allait pas les engloutir, que le soleil, la chaleur allaient revenir avec le retour de la végétation et des plantes nourricières et que ce renouveau correspondait avec le solstice d'hiver. Alors les hommes ont célébré ce miracle; ils ont fait la fête.
Plus tard, les chrétiens ont voulu y voir la date anniversaire de la naissance de Jésus; date aussi arbitraire que la païenne célébration du Nouvel An. N'empêche, Noël signifie "nouvelle" et le symbole en est la naissance d'un enfant.
Quand on a voulu diviser mathématiquement le temps, on a tant exigé de régularité qu'on a oublié que la Nature a ses propres règles qui ne se mettent pas forcément dans des cases, si bien qu'on en est arrivé à célébrer avec huit jours de retard ce qui s'est produit au matin du vendredi 21 décembre 2012 à 6h11, heure locale: le solstice d'hiver, le rallongement des jours et la renaissance encore invisible de la végétation.
Observez bien, si couvert que soit le temps, la lumière n'est plus la même.
Aussi, à vous qui me lisez: Joyeux Noël, Bonne Année et HEUREUX SOLSTICE!!



jeudi 20 décembre 2012

Sagesse

Je ne tiens pas pour sage celui qui ne veut ajouter foi aux merveilles de ce monde comme sont les fées...

Jehan d'Arras

mardi 18 décembre 2012

Pensées et humeurs d'Estournelle Sansoiseau


Conseil municipal-

Les anciennes bases d’aviation désertées par l’OTAN, on en fait quoi ?
C’est que ça fait du terrain : des hectares et des hectares ! Et nous, les riverains, on peut imaginer le pire, on est à peur près certains d’avoir raison !
On avait parlé d’abord de circuit automobile, puis de motos, de terrain d’aviation, d’héliport entre autres projets farfelus et bruyants. Alors, on avait fait une association pour se défendre.
Le président était un colonel, un ancien de la cavalerie ; habitué à commander, il s’était imposé et puis la présidence, hein, qui en voulait ?
Ah, il commandait le colonel ! Il nous traitait comme il n’aurait jamais osé traiter un cheval. Ce qui prouvait bien qu’il n’en avait jamais approché un, c’est dans les AMX qu’il avait fait carrière.
Enfin, il était là, dans la salle du conseil, qu’il s’était fait prêter, au bout de la table recouverte d’un tapis vert et il présidait. On sentait bien qu’au fond, l’avenir de la base, il s’en foutait ; de qu’il aimait, c’était présider. Oui, mais les autres aussi auraient bien aimé ; ils lui auraient bien fauché sa place. Oh, pour le correspondant de la feuille de chou locale, ils étaient tout sourires, poignées de mains ; cordiaux, ils étaient , pour la photo ! Mais la haine au fond des yeux…
On aurait pu croire qu’ils avaient un but commun : préserver leur environnement, par exemple. Mais non, il n’y avait entre eux que litiges, vieilles histoires de bornages et de clôtures, de mitoyennetés douteuses, de mauvais voisinage.
On était mal barrés. Qu’est-ce qu’elle faisait là, Estournelle Sansoiseaux ? Elle avait une furieuse envie de leur voler dans les plumes, de leur envoyer leurs vérités à travers la table. Elle se serait fait jeter et ça n’aurait rien arrangé. Car si les autres étaient là pour voir le lendemain leur photo dans le journal, elle, avait une idée à défendre.
Une idée à la Sansoiseau : utopique, dispendieuse, subversive mais surtout propre , silencieuse et rentable à long terme : un zoo !
Ca marche bien les zoos. Mais celui d’Estournelle n’était pas n’importe lequel : un zoo arctique, une banquise avec ours blancs, phoques, pingouins et pourquoi pas des eskimos et des igloos, des courses de traîneaux, des randonnées attelées tirées par des rennes.
La banquise en pleine Beauce ? Pourquoi pas ? On était bien pas loin de là, arrivé à reconstituer sous cloche les tropiques.
Elle se calmait, Estournelle, elle réfléchissait ; il fallait arriver à convaincre le colonel.
Hein, quoi ?… Des éclats de voix la ramenèrent du Pôle Nord dans la salle enfumée. C’était Leduc, le volailler. Qu’est-ce qu’il avait trouvé comme idée géniale ? Des combats de coqs !
Ca va pas non ! Ah, mais il y en a à qui ça plaît… Tous des beaufs, des gros beaufs !
Estournelle oublia son calme et rompit une lance, sans succès ; on la prit à partie. Elle habitait là depuis trente ans, mais elle était toujours une « parisienne »
« Mais oui, Mr Leduc, je mange du poulet et du jambon et des stecks aussi. Et je n’aime pas la corrida, ni les combats d’animaux ; la boxe non plus si vous voulez savoir. Et puis franchement, Mr Leduc, une arène pour combats de coqs sur 350ha, ça me fait bien rigoler ! »
Tiens, il avait porté son argument, à Estournelle ; deux coqs en train de se battre dans un espace prévu pour faire décoller des avions, toute la table se marrait ; sauf Leduc ! Tant pis pour lui, ça lui apprendrait à parfumer le pays à la merde de poule deux fois par mois.
Estournelle se rebrancha sur l’assemblée : le colonel radotait ; le colonel regrettait le service militaire, regrettait, regrettait à rebrousse-temps et bientôt était rendu à la Libération. Il était sur son char, le colonel, derrière Leclerc, toutes les minettes lui sautaient au cou ; pas difficiles, les minettes ! Admettons que dans l’euphorie de la victoire elles n’aient pas bien vu la tronche du colonel . C’est vrai qu’il était plus jeune… Jeune ? Il a toujours été un vieux con, le colonel. A trois mois, sûrement, il avait déjà une tête de vieux con… un vieux bébé à tête de con…
Réveille-toi, colonel… La guerre, c’est pas ici ; c’est à trois heures d’avion ; si ça te manque tant, vas-y au lieu de nous gonfler avec tes souvenirs bidon…
Elle s’énerve, Estournelle ; il ne fait pas avancer le débat, le colonel. Il était tard, ça sentait la clope et la sueur. Qu’est-ce qu’on proposait en fin de compte ? Un musée de l’armée ou un conservatoire de vieux schnoks ?
Estournelle tendit l’oreille.. Il disait quoi, là, le pépé ? Le président du Club de l’Amitié, comme ils disent. Amitié, mes fesses, oui ! Les vieux se détestaient, comme tout le monde se détestait autour de cette table..
Qu’est-ce qu’il glaviotait entre ses chicots ? Un jeu de boules… Discussion… Controverse… Animation… Adopté !!! A l’unanimité, y compris la voix d’Estournelle qui trouvait idiote l’idée du pépé, mais pas nocive, pas chère à réaliser, conviviale, silencieuse et pas polluante.
Et voilà comment d’ici trois ans, une ancienne base de l’OTAN serait transformée en gigantesque terrain de pétanque !

lundi 17 décembre 2012

Le Baiser




ROXANE (s'avançant sur le balcon)

C'est vous?
Nous parlions de ... de ... d'un...

CYRANO-
Baiser. Le mot est doux!
Je ne vois pas pourquoi votre lèvre ne l'ose;
S'il la brûle déjà, que sera-ce la chose?
Ne vous en faites pas un épouvantement:
N'avez-vous pas tantôt, presque insensiblement,
Quitté le badinage et glissé sans alarmes
Du sourire au soupir, et du soupir aux larmes!
Glissez encore un peu d'insensible façon:
Des larmes au baiser il n'y a qu'un frisson!
ROXANE -
Taisez-vous!

CYRANO -
Un baiser, mais à tout prendre, qu'est-ce?
Un serment fait d'un peu plus près, une promesse
Plus précise, un aveu qui veut se confirmer,
Un point rose qu'on met sur l'i du verbe aimer;
C'est un secret qui prend la bouche pour oreille,
Un instant d'infini qui fait un bruit d'abeille,
Une communion ayant un goût de fleur,
Une façon d'un peu se respirer le coeur,
Et d'un peu se goûter, au bord des lèvres l'âme!

Edmond ROSTAND - Cyrano de Bergerac


dimanche 16 décembre 2012

Corelli - "Christmas Concerto" in G Minor - Mov. 4-5/7

Le Dictionnaire du Zoodiac

B- 

BLAIREAU- Signe de Poil, gouverné par l’ennuyeuse planète Rasoir.
         Les natifs du blaireau sont généralement conformistes et crédules ; ils aiment à être caressés           dans le sens du poil.
                       Si vos enfants sont nés sous le signe du Blaireau, dirigez-les vers les emplois administratifs.   


samedi 15 décembre 2012

Pensées et humeurs d' Estournelle Sansoiseau


Arguments de Poids

Estournelle avait pris l’habitude de noter les pensées des autres ; les grands autres qui les avaient formulées mieux qu’elle n’aurait su le faire. Puis un jour, elle en eut assez d’avancer masquée. Sans cesser de transcrire à mesure qu’elle les rencontrait, ces phrases qu’elle aurait du écrire si elle avait eu leur génie, elle décida de noter ce qu’elle ressentait se demandant si cela l’aiderait à résoudre ses problèmes et entre autre de faire cesser ou au moins d’obtenir une trêve avec elle-même dans cette guerre qu’elle menait contre son physique. Elle n’était pourtant pas mal ; on le lui disait ; parfois même ça lui jouait des tours : des jalousies, des mesquineries,  petites griffures qui n’arriveraient pas à une laide.
La genèse du mal était lointaine. Chez les Sansoiseau, le chic, la distinction étaient la moindre des choses, argent ou pas, on devait se comporter, se vêtir de façon harmonieuse. Leurs métiers étaient  ceux du luxe : mode, couture, coiffure, accessoires. Elles avaient côtoyé le gratin de l’élégance et de la création, le tout assaisonné de l’idée directrice qu’en toute circonstances, il fallait être la première, la meilleure.
De plus Estournelle avait eu vingt ans dans les années au cours desquelles la minceur, il vaudrait mieux dire la maigreur étaient érigée en dogme ; alors forcément, puisqu’il n’y avait pas de chic sans minceur, il lui fallait être mince. Au sortir de l’adolescence, elle commença de suivre des régimes ; tous les régimes. Un jour elle cessa ; elle avait compris l’inanité de l’inanition. Elle ne compta pas les kilos perdus ; ils devaient avoisiner la tonne ! En revanche elle dut compter ceux qu’elle avait gagnés : vingt environ ! Un par année. 
Elle calcula qu’en les perdant au même rythme, c’est aux alentours de sa soixante-dixième années, qu ‘elle retrouverait le poids de ses vingt ans. Elle n’y comptait plus, car sinon résignée, elle était devenue raisonnable. Plus de régime décida-t-elle.
D’ailleurs il était temps car si elle n’était pas devenue cliniquement boulimique, elle en présentait tous les symptômes. Au moindre énervement, au moindre mal être, pour une insomnie de pleine lune, elle bouffait ; il n’y avait pas d’autre mot : bouffer. N’importe quoi ; jusqu’à s’en rendre malade, sans aucun plaisir. Elle ne se faisait pas vomir ; elle trouvait cela par trop dégoûtant… Un reste de bon sens peut-être ?
A chaque crise, elle dormait mal, elle était gonflée, elle n’osait plus se peser de  peur de voir l’aiguille de la balance dépasser les fatidiques soixante-dix kilos. Mais si , grâce à quelques efforts raisonnables, l’aiguille descendait de mettons, deux kilos, elle se bourrait comme une malade. Craignait-elle de se plaire ? De quoi se punissait-elle ?
Un jour, elle décida de planquer la balance ; d’ailleurs, sa salle de bain était étroite, elle butait toujours dedans et puis elle savait qu’on ne doit pas se peser chaque jour … (Oui, mais quand elle ne se pesait pas, elle courait droit à la cata)  Elle la mit hors de sa vue et jura de ne plus s’en servir avant… elle se donnait toujours des dates butoir du genre premier janvier… Elle espérait d’ici là perdre un kilo ou deux simplement en se nourrissant sainement et agréablement.. Oh, elle savait parfaitement comment faire, mais il y avait les accès de bouffe névrotique …. Bof !, se disait-elle, on verra bien…D’ailleurs elle n’était pas grosse, pas encore ; seulement, si elle continuait à avoir des rapports psychédéliques avec la nourriture, elle allait le devenir .
Certains jours, elle se voulait positive, tentait de se poser les bonnes questions. Que voulait-elle au juste ? Que pouvait-elle raisonnablement espérer.
Car les Sansoiseau ne lui avaient pas seulement transmis le devoir de chic, d’élégance et de beauté. Dans leur grande inconséquence, elles lui avaient aussi transmis leur lourde hérédité de dodues. Mais oui, ces femmes si préoccupées de leur apparence, étaient toutes rondes. Il y avait quelques minces du côté de Proctor, mais cet embranchement se moquait pas mal du bon goût. Dommage que les gênes ne se soient pas mélangés !
Et puis elle décida d’apprendre à s’accepter, voire à s’aimer… telle qu’elle était. Elle chercha des images gratifiantes parmi celles qui lui ressemblaient. Elle voulut prendre comme modèles des rondes élégantes ; mais qui étaient-elles ? Certaines comédiennes n’étaient pas des sylphides, oui mais elles vantaient les vertus de saloperies amaigrissantes. Elle n’était pas aidée, Estournelle…
Pour s’accepter, décida-t-elle, il lui fallait se sentir bien ; dans ses vêtements d’abord. Elle élimina de sa garde-robe les tailles quarante et quarante-deux. Puis progressivement, relâcha la ceinture des tailles au-dessus.
Du train où allaient les choses, elle allait devoir envisager de s’habiller en  46 ; ce serait dur ; jamais elle ne trouverait les fringues qu’elle aimait dans cette taille là !Bon, elle n’en était pas encore là. Alors, elle se mit à la couture, espérant arriver à se faire des trucs. Et puis elle découvrit une couturière ; ça tombait bien car elle avait une peur panique des machines à coudre. Enfant, elle avait entendu une ouvrière raconter comment elle avait pris son doigt pour un ourlet et les horreurs qui s’étaient ensuivies . Déjà Proctor et ses accidents à répétitions lui avaient donné la frayeur des voitures ; il avait bien fallu la surmonter car habitant où elle habitait, elle avait du passer son permis. Elle n’allait pas se violenter encore une fois. Et à sa grande surprise, car elle ne s’en croyait pas capable, elle se mit à coudre, découdre, démonter,  remonter, épingler, faufiler, la couturière piquait…
Ensuite, elle élimina… pas les kilos, hélas, mais shorts et bermudas ; déjà quand elle était mince, (et qu’elle se croyait grosse), ce genre de fringues ne l’avantageait pas. Elle aimait le style des filles en short, mais il fallait bien le constater, elle n’en était pas une. Elle en prit un, le mit, et passa la journée à hésiter : je garde… non, je donne… quoique… bof !… L’image que lui renvoyaient miroirs et vitres, n’était pas le meilleure d’elle-même. Pourtant il était bien ce bermuda et pas vraiment trop petit. Alors, le bermuda ne lui allait pas ; voilà tout ! Contrariée, elle bouffa toute la journée ; d’accord, elle avait ses ragnas… mais il ne faut pas cumuler les merdes. Elle lava le froc, remplaça le bouton qu’elle avait fait sauter, (Ah ! elle le trouvait à sa taille ?), le repassa ,  le mit dans le sac destiné aux copines et prit la Grande Résolution du Jour : ne plus se sentir coupable ; de rien ! Surtout pas d’avoir faim…
Faim… Si elle analysait l’envie de manger au lieu de la satisfaire ?
Elle décida de tenir un journal :
Jour 1-
Le cap est bon ; 500gr de plus, quand on se pèse chaque jour, ça va, ça vient… Ou alors, les sardines et coquillettes n’étaient pas une bonne idée…(C’est plutôt ça !). Le potage aussi, était un peu gras et les pommes de terre de l’épicier de luxe sont plus grosses que celles du super marché… On verra demain !
Et c’était tout vu, la suite l’a prouvé :
Jour 2-
Toujours bon cap, mais gare ! On tirait les Rois chez Baladine et Estournelle eut tout faux ! Apéritif, peanuts, charcuterie, pot au feu, galette, café, sucre et chocolat.
Le soir elle n’avait pas faim, (encore heureux !), juste soif ; elle dîna d’une infusion après les excès du déjeuner c’était bien suffisant. Et miracle, il lui restait un gâteau ; elle n’y pensa même pas et quand elle s’en souvint, elle n’y toucha pas.
Jour 3-
En principe, on ne doit jamais sauter un repas. Et quand on n’a pas faim, on fait quoi ? On se force ? Hier au soir, elle n’avait pas faim et pour cause. Mais aujourd’hui, des copains sont venus pour le café ; avec une galette. Le soir elle décida de n’avoir pas faim ; jusqu’à nouvel ordre ; on verrait demain… Peut-être croqua-t-elle une pomme avant de s’endormir.
Jour 4-
En fait, tout allait bien à ceci près qu’elle ne perdait pas un gramme. Elle faisait attention assez pour ne pas grossir. En revanche, pour maigrir, il allait lui falloir serrer la vis d’un tour. Mais elle avait de l’avance puisque elle était au poids qu’elle s’était fixée pour la fin du mois. La journée ne serait pas simple : elle devait déjeuner à Paris avec Baladine.
Jour 5-
Moins 500gr ; Son programme fonctionnait et elle ne se sentait pas brimée. Elle avait même de la marge en cas de délire…
Jour 6-
Encore 500gr de moins ! Tout va bien ! Evidemment, elle se privait un peu, mais en quantité uniquement ; pas en gourmandise ; elle gardait une marge en cas d’imprévu, irréprochable Estournelle !
Mais hélas, le tentation la guettait au dessert ; après des spaghettis, elle ne sut pas résister aux avances d’un pancake. Elle sut se rattraper à l’heure du thé ; elle n’avait pas faim et le prit sec !
Jour 7-
Stationnaire ; elle avait maintenant une bonne marge ! O n’avait jamais vu personne reprendre 2 Kg d’un coup en un seul week-end. Elle pouvait continuer…
Mais ce soir là, ce soir là, la vie était dure : sa petite chienne avait une boule sur une mamelle. Il fallait l’enlever et pour plus de sécurité supprimer trois mamelons ; et faire analyser la boule… Dix jours à attendre… S’empiffrer ne changerait rien… Du calme Estournelle, du calme…
Jour 8-
Elle ne voulut pas s’affoler et décida de considérer ce kilo de plus comme normal et accusa son angoisse plutôt que les lentilles saucisses de la veille ; il ne fallait pas oublier qu’elle était encore un kilo en-dessous de son objectif… On verrait demain… Pour être honnête, elle relut ses menus et dut se rendre à l’évidence, les seuls « légumes » qu’on y voyait étaient pâtes, pommes de terres, riz ou légumineuses ; avoir perdu un kilo dans ces conditions relevait déjà de Lourdes !
Jour 9-
Moins 500gr. Rien à dire… mais ne pas se plaindre si ça remonte demain ! Elle avait concocté un menu de son pays natal, avec chou, lard, tarte aux mirabelles….
Jour 10-
Bilan : 2kg de chute sans trop d’efforts, juste un peu de raison… Bien joué se félicita-t-elle !
Jour 11-
Encore moins 500gr ! Ne pas rendre l’expérience pénible en tentant d’aller plus vite, ne pas oublier qu’elle avait de l’avance ; elle avait atteint le poids qu’elle s’était fixé pour le printemps… Ne pas tenter de performance ; ne pas oublier que trop de contrainte entraîne l’abandon (il est vrai que pas assez aussi), continuer en douceur…
Jour 13-
Estournelle avait mal à l’estomac et son ardeur baissait ; elle avait mangé n’importe quoi : une soupe aux lentilles et du gâteau au chocolat … même pas bon !
Jour 14-
Plus 500gr… Dure journée, moralement… Enfin, elle était finie… elle se jura de ne pas ravager le garde-manger avant de se coucher, mais n’y arriva pas…
Jour 15-
Toujours pas le moral !
Jour 16-
Elle avait failli oublier ses notes et pensa que c’est de cette façon qu’on abandonne…
Jour 17-
Elle ne voulait pas penser à sa chienne ni à son opération. Pour passer le temps, elle essaya tous ses vêtements « d’avant », ses vêtements de la capitale et s’aperçut qu’elle devait continuer ses efforts….
Jour 20-
Gros coup de ras le bol ! Elle eut envie de manger n’importe quoi, et bien entendu, ne résista pas !
Jour 21-
Ce fut vraiment n’importe quoi ! elle bouffa pour bouffer, sans vraie faim et renonça à noter les quantité … C’était « trop » ! Elle avait eu raison de prendre de l’avance parce que se disait-elle, quand on est morphale de nature, il serait utopique de penser changer en un mois… si jamais on pouvait changer….


1 Kilo plus tard, en moins.

Pourvu que ça dure , priait Estournelle ; il faudrait même que ça diminue encore. Elle n’avait pas fait de régime, pas de bouffe intempestive non plus et la veille, au bistrot, au lieu de la glace dont elle avait envie, le déjeuner lui remplissant encore l’estomac, elle avait pris un verre de Badoit ; bel effort !
En revanche, elle trouva sa jolie jupe grise un peu serrée ; celle-là était difficile à élargir. Avec encore deux kilos de moins, elle serait parfaite ; deux kilos, ce n’est pas le bout du monde ! Et son pantalon de velours noir déjà élargi au maximum la serrait aussi…
Estournelle se prescrit une séance de yoga et s’assit à son bureau pour la préparer ; mais écrire n’est pas faire ! Pourtant elle savait la valeur du travail en image mentale. De toute façon, une copine là-haut squattait la chambre d’amis où elle avait l’habitude de pratiquer ; elle n’aurait pas accès à son tapis avant quelques jours.
Bof ! la copine au moins était une présence qui lui éviterait de bouffer n’importe quoi ,n’importe quand. Estournelle la connaissait peu mais elle semblait charmante et Flegmatic hier, lui avait raconté sa vie comme personne jusqu’alors ne l’avait entendu le faire. Allait-elle devenir une copine long terme ? L’avenir le dirait…
Estournelle, renonçant au yoga, retourna finir le polar qu’elle avait commencé…


Quatre jours plus tard…


Et voilà ! elle avait craqué ! Estournelle avait acheté les dernières Pilules Miracle et naturellement, elle avait réussi à ne trouver que celles qui coûtaient trente balles de plus que celles prescrites par son magazine favori… Enfin !… si elles étaient efficaces…
Elle s’était pourtant juré de ne plus rien prendre, de ne plus essayer de maigrir, de s’accepter telle qu’elle était .
D’un autre côté, elle pensait que si les laboratoires et les chercheurs, sachant que la découverte du produit qui rendra mince sans régime ni effort physique vaudra une fortune, tous planchent sur le sujet depuis des décennies et finiront bien par le trouver. A scientifique vaillant, rien d’impossible. Qui guérira le cancer ou le sida aura la gloire, mais qui fera mincir les gros,sera riche. Les enjeux sont d’importance sinon égale, du moins considérable. Arrivée à ce stade de ses réflexions, Estournelle se dit qu’elle verrait bien dans quinze jours ; si elle se sentait mal, elle arrêterait, et si c’était inefficace, elle aurait juste perdu deux cent balles de plus. Et si ça marchait, alors là, si ça marchait, il ne faudrait pas qu’elle se laisse emporter par la joie et qu’elle sache s’arrêter à temps ; ce qu’elle n’avait jamais su faire et c’était la raison des échecs successifs de ses tentatives de régime. En tout cas ces gélules étaient censées augmenter la résistance à la fatigue et de cela elle avait bien besoin. Elle se sentait ramollo fiu depuis pas mal de temps….
« Ramollo Fiu… ténor italien… né à Palerme… accointances avec la mafia… Il est l’amant de Lucie Nogène, la fille à la lampe magique… Le duc de Fourmy-Crohonde voudrait sauter Lucie … il est jaloux du ténor.. il n’ose pas le tuer , il a trop peur de ses relations… »
Si seulement, rêvait Estournelle, je pouvais découvrir les pouvoirs de cette lampe, la suite de l’histoire et les autres personnages….

vendredi 14 décembre 2012

Conte de fées pour Manouche (et les autres)

C'était au coeur d'une forêt profonde, une petite maison de bois , bien pauvre et bien coquette.
L'hiver était rude et la vieille femme très seule, très faible; elle avait faim, elle avait froid; plus personne pour l'aider au jardin, plus personne pour fendre du bois; elle en ramassait bien un peu mais elle était si fatiguée!
La vache après son homme, s'était laissée partir; plus de lait. Les poules disparues,plus d'oeufs non plus. Alors elle avait ramassé une dernière brassée de bois mort, la pauvre vieille et ramassé une pomme tombée; elle avait allumé une dernière flambée pour elle et son vieux chat; trop vieux lui aussi pour courir après les souris, il était devenu si maigre! lui aussi n'en avait plus pour longtemps.
Elle s'installa dans son fauteuil, le chat sur les genoux. Quand elle aurait mangé sa pomme et que le feu serait éteint, elle fermerait les yeux et tout en caressant le vieux matou, elle se laisserait mourir; le chat la rejoindrait bientôt. Elle poussa un soupir...
Et c'est alors que quelques coups timides furent frappés à la porte. Elle dit :"Entrez!"
Une vieille femme s'avança, encore plus vieille et plus courbée; elle avait froid, elle avait faim.
"Vous n'avez pas de chance, dit la vieille-au-chat, il ne me reste plus rien, mais ne restez pas dehors: venez près du feu et, si vous avez faim... ma foi... je n'ai plus qu'une pomme, on va la partager!"
A peine avait-elle fini de parler que la pièce fut éclairée comme par un soleil de midi. La vieille s'était redressée, des chevaux blonds couvraient ses épaules encadrant un vissage au teint de rose; sa robe était du bleu d'un ciel du soir; à sa main, une baguette étincelait.
"Tu es bonne, dit-elle à la vieille femme, tu n'as plus rien et tu partages encore! Tu as droit aux trois voeux: que désires-tu le plus?"
La vieille n'hésita guère:
"Rendez-moi jeunesse et santé, alors tout ira bien... et puis... mon vieux compagnon, mon chat: lui aussi faite-le jeune; il me manquerait trop!
-Soit, dit la fée! 
Elle agita sa baguette; la vieille se redressa, toutes rides effacées et le vieux chat sauta du fauteuil, agile et s'étira...
La fée avait disparu.
Elle n'était pas bien loin quand elle se ravisa:"Jeunesse et santé? au fond c'est tout un. Et puis, comment va-t-elle s'en tirer, seule au fond de la forêt?  Allons, elle a bien droit à une don supplémentaire..."
Elle agita sa baguette en direction de la chaumière...
Près de la cheminée, le chat était devenu jeune homme; il regardait pensif  celle qui avait été sa maîtresse et qui baissait les yeux, rougissante. Il hocha la tête:
"Tu vois, tu vois pourquoi je miaulais tant le jour où tu m'as fait castrer!!!!