mardi 25 septembre 2012

La forme ou le fond dans les contes


On m'a dit un jour que je faisais comme monsieur Jourdain de la prose, une analyse Jungienne des contes tout en l'ignorant. J'ai voulu savoir de quoi il s'agit aussi ai-je lu l'Interprétation des Contes de Fées de ML von Franz, et vraiment, je ne vois pas en quoi mon approche du conte y ressemble. Elle-même sous-entend quelques doutes quand au bien fondé de sa théorie.
Pour moi, le conte, c'est l'histoire de la pensée des hommes et ma curiosité est plus ethnologique que psychanalytique. Encore que... chercher à savoir d'où on vient aide à mieux connaître qui on est.
Mais avant tout, je me suis toujours attachée à la forme du conte, sa poésie, ses images plus qu'à chercher sa signification. J'en connais un grand nombre, que j'aime à raconter sans autre intention que de faire plaisir à qui me lit ou m'écoute.
La forme plus que le fond... 

samedi 22 septembre 2012

Beauté


Avec la beauté je marche.
 Avec la beauté devant moi, je marche
Avec la beauté derrière moi, je marche
Avec la beauté au-dessus de moi, je marche
Avec la beauté au-dessous de moi, je marche
Avec la beauté tout autour de moi, je marche....

Chant de guérison Navajo ... extrait
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vendredi 21 septembre 2012

Ulysse et Poucet


Est-ce Dumézil ou un autre qui a identifié Ulysse chez le Cyclope au Petit Poucet chez l'ogre? Quel rapport?
Poucet perdu dans la forêt, se réfugie chez l'ogre. Ulysse condamné par Neptune à errer sur la mer fait escale chez le Cyclope. Polyphème comme l'ogre est mangeur de chair humaine. Puis c'est par ruse que Poucet comme Ulysse se tire de ce mauvais pas. La structure de l'histoire est bien la même; les différences viennent des pays et des civilisations où elle est racontée.
 Poucet après avoir volé les bottes magiques de l'ogre peut cheminer rapidement et devient messager du roi. Là il y aurait une réflexion à mener sur le fait que ces bottes transforment le voyageur en messager et comparer avec le Chat Botté. Un conte en engendre-t-il un autre? 

jeudi 20 septembre 2012

Les séparés


N'écris pas! Je suis triste, et je voudrais m'éteindre;
Les beaux étés, sans toi, c'est l'amour sans flambeau.
J'ai refermé mes bras qui ne peuvent t'atteindre;
Et, frapper à mon coeur, c'est frapper au tombeau.
N'écris pas!

N'écris pas! N'apprenons qu'à mourir à nous-mêmes;
Ne demande qu'à Dieu... qu'à toi si je t'aimais.
Au fond de ton silence écouter que tu m'aimes,
C'est entendre le ciel sans y monter jamais.
N'écris pas!

N'écris pas! Je te crains; j'ai peur de ma mémoire;
Elle a gardé ta voix qui m'appelle souvent.
Ne montre pas l'eau vive à qui ne peut la boire.
Une chère écriture est un portrait vivant.
N'écris pas!

N'écris pas ces deux mots que je n'ose plus lire.
Il semble que ta voix les répand sur mon coeur,
Que je les vois briller à travers ton sourire;
il semble qu'un baiser les empreint sur mon coeur.
N'écris pas!

Marceline DESBORDES - VALMORE

mercredi 19 septembre 2012

Pieds nus sur la Terre Sacrée


"Le Grand Esprit est notre père, mais la terre est notre mère. Elle nous nourrit; ce que nous plantons dans le sol, elle nous le retourne, et c'est ainsi qu'elle nous donne les plantes qui guérissent. Quand nous sommes blessés, nous allons à notre mère et nous nous efforçons d'étendre la blessure contre elle pour la guérir. Les animaux font de même, ils couchent leurs blessures sur la terre. Quand nous chassons, ce n'est pas l'arc, ni la flèche qui tue l'élan. C'est la nature qui le tue. La flèche se plante dans son flanc, et, comme tout être vivant, l'élan va à notre mère la terre pour être
guéri. Il veut appliquer sa blessure contre la terre et fait ainsi pénétrer la flêche plus profondément. C'est alors que je le suis. Il n'est plus en vue mais je colle mon oreille à un arbre dans la forêt et j'entends le son de chacun de ses bonds et je le suis. L'élan s'arrête encore à cuause de la douleur de la flèche et frotte son flanc contre la terre et fait pénétrer la flèche plus profondément. je le suis toujours, écoutant de temps à autre, l'oreille contre un arbre. Chaque fois qu'il s'arrête pour se frotter, il fait pénétrer la flèche plus profondément. Il est presque épuisé quand je viens à lui: la flèche peut lui avoir transpercé complétement le corps."

lundi 17 septembre 2012

Quel métier!


A la Saint-Firmin
L’hiver est en chemin
Le maréchal-ferrant

Héphaïstos était boiteux et mon cheval aussi. Mais il était également habile artisan (Héphaïstos , pas le cheval !). Aussi, ceux qui font métier du métal et du feu sont pour la plupart ses dignes successeurs.
C’est ainsi qu’au temps des chevaux, toutes les six semaines, au petit matin, on voyait arriver la fourgonnette d’où sortait la forge portative de notre Héphaïstos et de son cyclope ; un cyclope à deux yeux, soyons modernes.
Héphaïstos se nommait, se nomme toujours grâce à Dieu, Monsieur Renard. Il venait du Perche et commençait toujours sa tournée par nos chevaux qui étaient les plus matinaux de ses clients. Il ferrait presque tous ceux du canton et entre cavaliers le mot passait : dès que l’un d’entre nous perdait un fer, ou plutôt, car les ferrures de Monsieur Renard étaient costaudes, quand le sabot devenait trop long et que les clous commençaient à sortir, il prévenait aussitôt les voisins de façon que notre maréchal ne se déplace pas pour rien.
Ils arrivaient donc au petit matin, l’installation bloquant le passage du bus qu’attendaient les quatre ou cinq enfants en partance pour l’école, à leur plus grande joie. Ils sortaient les outils et passaient le tablier de cuir avant de commencer les opérations.
Impressionnantes dans la nuit d’hiver ou dans la brume d’automne, les flammes et la fumée de la forge ; joyeux les coups de marteau sonnant clair à toute volée sur les fers chauffés au rouge.
Les chevaux attendaient benoîtement leur tour, mollement attachés à un piquet planté dans la haie d’aubépine aux grappes rouges. Ils levaient docilement un pied après l’autre ; le gros Pégason se laissant porter de toute sa tendresse et  son poids dans la lanière de cuir passée au cou de Monsieur Hue (le Cyclope). Ca sentait bon la corne chaude et le crottin ; les enfants regardaient, curieux. Aucun d’entre eux n’étant épileptique, Héphaïstos n’eut jamais à exercer le don particulier fait aux forgerons du pouvoir de guérir cette maladie, en étendant l’enfant sur l’enclume (froide, je suppose) ; Il fallait ensuite brandir au dessus du patient le marteau guérisseur.
Si on lui avait parlé de cette, croyance, sans doute ça l’aurait fait rigoler, Monsieur Renard. Mais ce qu’il guérissait bien en tout cas, c’était les pieds du boiteux ; plaques, talonnettes, coussins de mousse ou parfois rien, chaque ferrure était particulière. Et ce cheval, dont j’aurais du me défaire en raison de cette boiterie intermittente, causée (pardon à ceux qui ne sont ni cavaliers ni vétérinaires) par une ostéoarthrose des antérieurs, ce cheval n’a plus jamais boité sauf quand, pour une raison ou pour une autre, il n’était pas ferré par Monsieur Renard, ce bon Héphaïstos qui le chaussait  aussi bien que les meilleurs étalons du Haras du Pin où il enseignait son métier.
Depuis quelques années, il ne vient plus ici. Les deux chevaux galopent à présent dans les pâturages éternels…. De temps à autre, Monsieur Renard de passage dans les environs, nous envoie le bonjour….




jeudi 13 septembre 2012


Septembre en sa tournure,
De Mars fait la figure


Alphonse DAUDET


Ni les  Lettres de mon Moulin  ni les Contes du Lundi  ne font partie de ce qu’il est d’usage de nommer « contes merveilleux », puisqu’on n’y rencontre ni fées, ni sorcières, ni ogres, ni lutins ni aucun des êtres qui hantent les contes de fées. Ce sont plutôt des nouvelles ou des chroniques, telle l’émouvante  Dernière Classe , qui relate un passage douloureux de notre histoire. Tel aussi le Moulin de Maître Cornille  dont les ailes tournent aux vents de Provence, et el aussi ce joli poème en prose où le berger raconte Les Etoiles à la « demoiselle » pour une nuit égarée.
Mais voici que Daudet nous parle de légende avec celle de  L’Homme à la Cervelle d’Or qui pourtant relève de la fable ; un fable triste certes .et pour nous consoler nous pourrons rire avec celle de L’Elixir du Révérend Père Gaucher, qui déjà s’approche de la légende. Cette  légende, qu’il val nous raconter dans Les Trois Messes Basses peuplée de fantômes. Et puis enfin, le conte et ses merveilles s’insinuent chez le délicieux Sous-Préfet aux Champs où parlent les fleurs et les oiseaux qui transformeront le fonctionnaire en poète.
Et enfin Blanquette la Petite Chèvre blanche qui elle aussi parle à monsieur Séguin va trottiner sur ses sabots vernis jusqu’au monde du Petit Chaperon Rouge où se tient en embuscade le Loup qui va la dévorer.
Alors, qui osera contester à Daudet sa place de « conteur » au rang de Perrault, des Grimm ou d’Andersen ?

-…Quand la chèvre blanche arriva dans la montagne, ce fut un ravissement général. Jamais les vieux sapins n’avaient rien vu d’aussi joli. On la reçut comme une petite reine. Les châtaigniers se baissaient jusqu’à terre pour la caresser du bout de leurs branches. Les genêts d’or s’ouvraient sur son passage, et sentaient bon tant qu’ils pouvaient. Toute la montagne lui fit fête…..
… Tout à coup le vent fraîchit. La montagne devint violette ; c’était le soir….


mercredi 12 septembre 2012

La Salamandre




Par une glaciale et lumineuse journée d’hiver, à Chambord, François I° s’approchant d’une cheminée, crut voir dans les cendres encore rougeoyantes, une ravissante créature en robe de velours noir rebrodée d’or.
Lui qui aimait tant les femmes, et par ailleurs grelottait dans les immenses salles de son beau château, aurait bien voulu la rejoindre..
Las, c’était une salamandre… dont on dit qu’elles sont les esprits du feu.
En souvenir de cet instant de rêve, il choisit pour emblème la frileuse bestiole et la fit figurer sur ses armoiries :

« D’azur à la salamandre couronnée d’or sur un brasier de gueules, au chef aussi d’azur chargé de trois fleurs de lys d’or et soutenu d’une devise du même :

J’y vis et je l’éteins »


mardi 11 septembre 2012

Quelle Histoire!


Pluie de septembre travaille
A vigne et à semailles

Septembre 1812 - .


Napoléon franchit le Niémen et entame la campagne de Russie.  Un automne que Sophie Rostopchine, future comtesse de Ségur, n’oubliera jamais.
Cette année-là, son père, Fédor Rostopchine est nommé gouverneur de Moscou ; il y achète le palais de la Loubianka, pour loger sa famille qu’il fait venir de Saint Petersbourg. C’est une vaste demeure que Sophaletta, (c’est ainsi que son père nomme la jeune Sophie), non plus que ses frères et sœurs, n’aime pas : elle est sombre et humide.
L’armée de Napoléon approche ; Smolensk brûle, sacrifiée par ses habitants. Le 30 août, Rostopchine fait placarder dans tout Moscou des affiches exhortant les citoyens à la résistance.
Resister ! Sophie aurait aimé lutter au côté de  son père, mais… elle n’est qu’une fille !
Le 1°  Septembre, Fédor évacue sa femme et ses enfants vers une campagne située à une soixantaine de kilomètres de Moscou. Les adieux sont déchirants, Sophie pleure et se bourre de ses biscuits préférés, des gimblettes qu’elle cache derrière son dos. La bouche et les mains pleines, elle ne peut embrasser son père.
Toutes les femmes sont entassées dans des voitures . Sophie regarde par les vitres de la berline le désordre de l’exode ; elle se sent mal. Elle est en proie à la première de ses nombreuses et violentes migraines. Elle vomit ; elle a mangé trop de gimblettes, sa gourmandise est punie. Sa mère la tance : elle doit se tenir, ne pas s’écouter. Pourtant chaque cahot la porte au bord de l’évanouissement ; le mal voyage du côté droit de son crâne au bas de la nuque où il se loge. Elle claque des dents, la nausée persiste, elle n’a plus rien à vomir.
Le voyage durera 36 heures, 36 heures de souffrances. A l’arrivée, personne ne les attend, rien n’est prêt. Sophie trouve enfin un lit, s’y écroule. Le regard sévère de sa mère  ajoute encore à sa douleur et pour finir, elle voit ses jupons tachés de sang ? Affolée, elle éclate en sanglots, elle va mourir, le ciel la punit de tous ses pêchés et puis elle se souvient de ce que sa sœur Nathalie lui a confié il y a peu…
Elle se sent misérable, sa condition de femme soumise à ces désagréments qui l’écartent des choses passionnantes de la vie la révolte…
Son frère Serge est lui resté à Moscou avec son père.
5 et 7 Septembre : bataille de la Moscova ; 14000 blessés, 60000 cadavres dont 50000 russes.
Le soir même, le gouverneur Rostopchine fait chanter un Te Deum ; le 8 Septembre, il ordonne de placarder dans toute la ville cette proclamation :
« Au nom de la Sainte Vierge, je vous convie à la défense des temples du Seigneur, de Moscou, de la Russie… Gloire dans le ciel à ceux qui iront… Paix éternelle à ceux qui mourront ; punition au jugement éternel à ceux qui reculeront… Prenez du pain seulement pour trois jours ; allez avec la croix, précédés par les bannières que vous prendrez dans les églises… »
Puis il ouvre les prisons, et fait enlever toutes les pompes à incendie de la ville avant d’y laisser mettre le feu, le 14 Septembre. A son grand désespoir, l’incendie épargne la Loubianka Sur 9000 maisons moscovites, 700 resteront intactes, dont par un malencontreux miracle les deux demeures des Rostopchine : Sokolniki et la Loubianka. Fédor en est au désespoir
 Il apprend, le 2 Octobre, que l’armée se dirige vers Voronovo, l’immense propriété où Sophie à a passé son enfance et qui deviendra sous sa plume le Gromiline de Général Dourakine.  C’est un domaine immense, (20000ha de bois, 10000 de terres, 20000 de prairies), peuplé de milliers de moujiks qui saluent leur maître en lui baisant les mains.  Afin de n’être pas épargné par l’holocauste dont il est l' instigateur et qu’il reniera plus tard, Rostopchine dans un grand élan de solidarité envers ses compatriotes qui ne lui en sauront aucun gré, se précipite à Voronovo qu’il va sacrifier. Il ouvre les écuries, lâche les centaines de chevaux de son haras, ouvre les volières où vivaient les perroquets et les oiseaux rares de son épouse Catherine, libère les serfs qui hésitent à s’éloigner et met le feu partout.
Le 23 Octobre, en représailles, Napoléon ordonnera de faire sauter le Kremlin et la maison de Rostopchine ; les deux bâtiments résisteront.
Sophaletta depuis son refuge a vu le ciel embrasé comme par une aurore boréale. Mais ce qui va surtout la frapper, c’est sur le chemin du retour, les cadavres, les décombres, les animaux perdus, les blessés et l’abominable odeur de suie et de charogne qui empeste l’air. Devenue comtesse de Ségur et écrivain, ses romans ne manqueront pas d’incendies. De plus elle a bien retenu la leçon ; elle se souviendra plus tard et notamment dans « Un Bon Petit Diable » que pour amener l’ennemi à composition, rien ne vaut les allumettes.
Novembre 1812- Sophie rentre dans Moscou saccagée : les rues, encombrées de 12000 cadavres, grouillent de rats et de souris au poil devenu blanc. Elle a, pour sa part, du mal à reconnaître son père dans l’homme hagard et hirsute qui n’a d’yeux que pour son épouse Catherine.

lundi 10 septembre 2012

Profession de foi du cancre


A la Sainte-Aubierge,
Vole fil de la Vierge.

Moi, j’aime pas l’école !
Et pis d’abord, la maîtresse, elle sait rien ! Elle arrête pas de me poser des questions : Mais où est donc Ornicar ? Mais où est donc Ornicar ? Tous les ans elle le cherche ; elle l’a pas encore trouvé ! Qui a cassé le vase de Soisson ? Comment je pourrais le savoir ? J’y étais pas ! Et de toute façon, c’est pas moi !
Et quand elle pose pas de questions, elle affirme des trucs pas croyables ; par exemple, Charlemagne : l’Empereur à la Barbe Fleurie ! Eh ben, il en avait pas de barbe !  Il paraît même qu’il savait pas lire. Ca l’a pas empêche de devenir empereur !
Et pis, nos ancêtres les Gaulois : je vois pas comment ils pourraient être les ancêtres de toute la classe. Ou alors, y’avait des Gaulois en Chine et en Afrique !
Non, moi j’aime pas l’histoire ! J’aime pas les maths non plus ! Ca intéresse qui les trains qu’arrivent pas à l’heure, les robinets qui coulent, la vaisselle et les œufs qui cassent et pis les piquets de clôture ; ça, les piquets de clôture ! les mecs, y sont même pas fichus d’avoir assez de barbelés pour tous leurs piquets ! A nous d’arranger leur coup !
En revanche, les vraies énigmes, on survole : qui était le Masque de Fer ? deux lignes, trois minutes ! Qui a inventé les nouilles ? Marco Polo ou les Chinois ? Personne ne pose la question ! C’est pas scientifique !
Ah et pis les sciences ! parlons-en des sciences ! Leçons de Choses ça s’appelle ! et là on nous raconte des trucs ! des trucs difficiles à croire : par exemple, il y aurait dans un pavillon en banlieue parisienne un cheval d’un mètre ; un maître étalon, ils l’appellent ! Et ce serait, tenez-vous bien, parce qu’il mesure un mètre que le mètre mesure un mètre ! A quoi ça ressemble ? Un cheval d’un mètre, c’est pas un étalon ! Juste un poney !
J’aime pas le français non plus : toutes les semaines, composition française ! Et là, il faudrait qu’on raconte tout ce qui se passe à la maison : les vacances, le nouveau petit frère, comment est ma mère , comment est mon père, qu’est-ce qu’on fait le soir, à quoi je pense avant de m’endormir… C’est discret, je vous jure ! Elle mériterait, la maîtresse, que je raconte la vérité ! Elle aurait de quoi réfléchir pour le trimestre !
Il y a aussi les Grands Auteurs ; pourquoi ils ont dit ci, pourquoi ils ont dit ça, pourquoi ils ont mit une virgule là, un point virgule ailleurs et qui ils étaient et ce qu’ils ont fait et pourquoi ceux du 17° siècle sont partis à la campagne : Corneille sur Racine de La Bruyère boit l’eau de la Fontaine Molière. J’irais bien, moi aussi , regarder les oiseaux….Mais les vacances, c’est pas pour tout de suite… dans le fond, ce qu’il y a de mieux à l’école, c’est les vacances !



dimanche 9 septembre 2012

Us et coutumes


A la Saint-Cloud sème ton blé,
Car ce jour vaut du fumier.

LA RENTREE


« C’était un matin d’octobre. Un ciel tourmenté de gros nuages gris limitait l’horizon aux collines prochaines et rendait la campagne mélancolique. Les pruniers étaient nus, les pommiers étaient jaunes, les feuilles de noyer tombaient en une sorte de vol plané, large et lent d’abord, qui s’accentuait d’un seul coup comme un plongeon d’épervier dès que l’angle de chute devenait moins obtus. L’air était humide et tiède. Des ondes de vent couraient par intervalles ? Le ronflement monotone des batteuses donnait sa note sourde qui se prolongeait de temps à autre, quand la gerbe était dévorée, en une plainte lugubre comme un sanglot désespéré d’agonie ou un vagissement douloureux.
L’été venait de finir et l’automne naissait. »

Que vient faire au mois de septembre ce matin d’octobre sorti de La Guerre des Boutons de Louis Pergaud ?
Il vient faire que c’était une dictée récurrente du temps que j’étais écolière ; tellement que j’en sais toujours les premières phrases par cœur.
Il vient surtout rappeler que les dates des vacances scolaires avaient été fixées jadis, pour permettre aux enfants des campagnes de participer aux travaux des champs sans manquer l’école. L’agriculture s’est tellement mécanisée depuis que la moisson est battue, rentrée, les champs sont labourés dès la fin août et la rentrée des classes a lieu désormais dans les premiers jours de septembre.
Quand j’étais enfant, c’était le dernier mois des vacances ; on venait de rentrer de la mer ou de la montagne et nous passions,  pour occuper ces dernières semaines, aux mains des tantes et des grand-mères, qui sans ordinateurs ni télé, savaient parfaitement nous occuper.
Sans rien changer à leur emploi du temps, sans jamais nous ennuyer ni nous contraindre, elles nous enseignaient une foule de choses utiles.
Aller aux mûres, connaître les champignons, jardiner : comment, quand on sort un pied de pommes de terre, ramasser les plus grosses et remettre en terre les petites pour la prochaine récolte ; comment rendre les hortensias bleus ; pourquoi la clématite aime avoir les pieds à l’ombre et la tête au soleil ; que si l’on entend le train, c’est qu’il va pleuvoir ; que ce rayon de soleil éclatant juste après l’averse « réchauffe un bouillon » et que justement de ce gros nuage noir qui s’avance « il va tomber des curés ». On va ramasser des fruits, on en met au tonneau pour cet hiver quand passera l’alambic ; on en fait des confitures et on a droit, sur des tartines de beurre étalé sur de larges tranches de pain bis, à l’écume toute chaude meilleure encore dans la mémoire, que la confiture. On en fait aussi des tartes pour apprendre qu’il faut parsemer la pâte de chapelure qui  absorbera le jus des prunes.
Et quand il pleut, on joue au Nain Jaune, au Rami, aux Petits Chevaux. C’est le temps aussi d’apprendre à tricoter.
Les derniers jours,  on se consolait de quitter les tantes et les grand-mères en allant acheter trousses et cartables. La première trousse ! En cuir fauve, « façon croco », à trois volets : un avec tous les crayons de couleur, un autre avec équerre, compas, règle et rapporteur et sur le dernier, porte-plume, crayon gomme et taille crayon. Et aussi la boîte de plumes sergent-major (et comment s’appelait l’autre marque de plumes, les larges et plates ?). Il arrivait aussi qu’on nous offre un stylo « plume ». Il fallait bien tout ça pour faire digérer le retour à l’école.

Car tout le monde n’aime pas l’école…



samedi 8 septembre 2012

Saint Avold



A Saint-Avold en Lorraine, le dimanche le plus proche du 24 août, a lieu la fête patronale. On promène à travers la ville les reliques de saint Nabor. Cet exercice donne faim et les Lorrains ont traditionellement bon appétit; ce sont des "cheulards" (gourmands).
Voici donc le menu, extrait du grand calendrier de Saint-Avold pour l'année 1891, de la Taverne du Bouclier d'Or:

La soupe de grenouilles du Roderisse (c'est un lieu-dit)
Les écrevisses de la Misse (autre lieu-dit)
Le Rôti de Chevreuil du Walenberg
Le jambon de sanglier du Steinberg
Le chou de la Houmrichwiese
Le jeune porcelet de la Diesen
La salade Minnien aux oeufs durs
Les carpes de l'étang d'Odrefang.
DESSERT
Les grosses prunes Rambou du Filsberg
Les poires du Geckenberg
Le fromage de campagne d'Altwiller
Les petits pains au lait de mûres
Les noisettes d'août de la forêt de Saint-Avold
Le gâteau au miel du vieux Jean.
CRUS
Le vin rouge et blanc du Hepstaberg
La bière aux céréales du Kritzberg
Le cidre de la forêt du Ostastilchen
L'eau de miel de la Blaumilehen.

vendredi 7 septembre 2012

Conte hypothétique

Admettons qu'aux origines, au temps de "Il était une fois", l'humanité ignorait les mécanismes et phénomènes de la reproduction (J'ai lu çà quelque part, mais je ne sais plus où ni quand).
On pensait alors que le vent ou les rivières fécondaient les femmes qui, en se baignant, en se séchant sous la brise engendraient des enfants. Elles étaient seules responsables  de la survie de l'espèce et comme telles sacrées.
On se fiait à leur sagesse pour toutes les graves décisions et les plus âgées d'entre elles dirigeaient les tribus. Les  hommes, les animaux, la nature, tout l'univers durant ce matriarcat connurent un âge d'or.
Mais voilà qu'un jour le serpent, ce trublion, trouvant ce bonheur un peu fade, eût l'idée d'y mettre un peu de piment.
Il savait lui, et les autres animaux aussi , comment se fabriquaient les enfants. Mais aucun d'entre eux n'aurait eu l'idée d'en informer quiconque. Sous le règne des femmes, personne ne songeait à se nourrir de chair animale. Loin de les tuer, on soignait le bétail et la volaille qui généreusement, donnaient leur lait, leurs oeufs, leur laine et aussi leur fumier grâce auquel jardins et vergers produisaient en abondance. L'instinct disait à tous que changer les choses pourrait bien leur nuire. Le serpent, qui se pensait non comestible - en quoi il était dans l'erreur, les humains sont prêts à bouffer à peu près n'importe quoi- croyant donc à sa totale impunité et se réjouissant d'avance de ce qu'il allait provoquer, le serpent révéla aux hommes les mécanismes de la reproduction que "Dieu" soucieux de préserver la paix en son Paradis, leur laissait ignorer. Les femmes avaient le pouvoir, mais elles leur avaient laissé les gourdins.
Ils prirent conscience de leur utilité et commença le règne de la force. Le pouvoir gâte les esprits les plus sages et les femmes sans doute en avaient un peu abusé. Au fil du temps, elle durent se soumettre à la puissance des plus musclés. L'Âge d'Or prit fin pour des siècles et des siècles....

Mais il pourrait revenir puisque depuis peu (au regard de l'âge de l'humanité) les femmes maîtrisent leur fécondité et cette fois pour de bon; il n'est plus question de légendes ou de croyances mais de réalité scientifique.

Aussi pour qu'il revienne cet Âge d'Or, pour que cessent les guerres, souvenez-vous mes amies de l'histoire de Lysistrata . Si les hommes ont inventé des armes capables de faire sauter la planète, nous avons nous les moyens de faire disparaître l'humanité sans toucher à la Terre.
Nous pourrions, si les mentalités ne changent pas , si les règnes de la violence, de l'argent, du pouvoir continuent à dominer le monde, refuser de nous y reproduire...
Si toutes les femmes du Monde......
Alors reviendrait le temps du Paradis, mais pas celui de la puissance des femmes, le temps de la  parité: les hommes et les femmes, côte à côte et main dans la main...
Mais voilà... ceci est un conte... un conte hypothétique...