mardi 31 janvier 2012

Mécomptes de fées

Avec tous ces beuuuuhhhghes à répétition, je réalise que je n'ai jamais passé le début des "mécomptes"... Le voici:




Il y avait une fois deux beaux enfants dont l'un se nommait Daphnis et l'autre Chloé, et qui ne savaient rien de la vie, parce qu'ils avaient reçu une éducation très cléricale.
Advint qu'ils se perdirent dans un bois, la veille de leurs noces, et se trouvèrent fort dépourvus, n'osant plus marcher à travers les ténèbres, par crainte de s'égarer plus encore. Et, comme la nuit était pleine de mystère, Daphnis et Chloé tremblaient ainsi que des innocents devant un juge d'instruction.
La lune se leva soudain et leur fit voir qu'ils étaient parvenus dans une clairière déserte; mais bientôt arrivèrent, à la file, un loup pelé, un petit chafouin très laid, une fille rougeaude et moustachue, une splendide personne à l'air ensommeillé, un gros homme, une souillon, une femme vêtue d'une peau d'âne, etc., etc.
Lors, le gros homme s'avançant vers le couple: " Ne craignez point, nous ne vous voulons que du bien. Vous allez entrer demain en mariage et vous ignorez la philosophie de l'existence; nous allons vous l'enseigner. C'est votre bonne étoile qui vous égara en cette clairière. On vous a bourré la tête de rêvasseries ridiculement optimistes, on vous a persuadés de croire aux bonnes fées qui mènent à bien les projets des pauvres mortels; tout ça, mes enfants, c'est de la blague, et vous devez prendre tout juste le contre-pied de ces fariboles. 
"Sachez d'abord qu'il n'est pas de bonnes fées; les mauvaises les ont tuées depuis longtemps. Il n'y a plus de rois qui désirent des enfants; au contraire, moins ils en ont, plus ils sont heureux. Il n'y a pas d'autre talismans que les pinces-monseigneur pour ouvrir les portes et vous auriez tort de compter sue la baguette qui découvre les trésors -, d'ailleurs ils vous seraient sûrement réclamés par l'état. On ne change plus les princes en animaux; tout ce qu'on peut faire, c'est changer les bêtes en fonctionnaires. Et voici mon histoire pour votre édification... (A suivre...)

Mécomptes de fées (6)

Histoire de Barbe-Bleue -

"M'a-t-on assez calomnié! J'ai eu sept femmes; les six premières m'ont planté là pour courir le monde avec des ténors. La septième, elle, s'est enfuie avec un contralto, après avoir soigneusement emballé les richesses de mon palais, aidée de ses deux frères et de sa soeur; tandis que ces sacripants cambriolaient, Anne faisait le guet. Au cours de l'instance en divorce, on m'a chargé de tous les crimes, et la légende s'est accréditée. Jeune homme, méfiez-vous de votre femme! Si j'avais tué les miennes, elles ne m'auraient ni ridiculisé ni volé, et je jouirais d'une réputation excellente."
Le petit chafouin s'avança lestement dans le cercle.... A suivre...
WILLY

lundi 30 janvier 2012

Mécomptes de fées (5)

Histoire de Cendrillon-

"Comme les peuples malheureux, j'ai eu des histoires, mais sans intérêt. Je me suis sacrifiée pour mes rosses de soeurs; je leur ai amassé des dots; elles m'ont battue. Alors je me suis amourachée d'un cordonnier qui, à son tour, m'a gourmée. Et mes enfants ont imité leur père. Car telle est la destinée des femmes, recevoir des coups et garder la maison en rêvant d'aventures qui n'arriveront jamais. Nulle marraine, fée ou non, ne m'a protégée, les souris ont rongé" mes pauvres jupes et, en fait de pantoufles de vair, je n'ai possédé que des savates. La vie de ménage, quelle duperie!"

Un seigneur à grande barbe s'écria ... A suivre...

WILLY

dimanche 29 janvier 2012

Aurelie Dupont- Sleeping Beauty Ballet - Rose Adagio

Mécomptes de fées (4)

Histoire de la Belle au Bois -

"Je dormais dans le château; le prince vint me trouver; je ne l'avais pas appelé pourtant. J'attendais l'Amour, et je me pris à aimer le premier qui se présentait en son nom. Las! au bout de peu de jours, le prince s'ennuya, se mit à bâiller; il n' m'écoutait guère et me laissait entendre qu'il était las de moi; enfin il s'endormit, je ne parvins pas à l'éveiller malgré mes caresses et, dans son sommeil injurieux, il rêvait d'autres femmes! Alors j'ai fui, et, encore que j'ai grande envie de dormir, je ne puis clore les paupières. Mon joli songe est fini, et jamais plus je n'éviterai la réalité qui me crève les yeux. Je suis punie pour avoir cru à l'Amour."

La souillon se leva... A suivre...

WILLY

samedi 28 janvier 2012

Mécomptes de fées (3)

Histoire du Loup -
"Je me promenais dans un bois, affamé, quand je vis venir le Petit Chaperon Rouge qui me dit:" A cinq cent mètres d'ici demeure mère-grand, une méchante vieille qui me fait mille misères; petit Loup, tu serais gentil comme un petit loup chéri d'aller lui tordre le cou. Elle est très grasse." Comme un imbécile, j''étranglai la mégère; pendant ce temps, le Petit Chaperon Rouge prévenait les gendarmes de m'arrêter comme anarchiste. J'ai fait vingt ans de Nouvelle , et le drôlesse a hérité les économies de sa grand-mère, qu'elle convoitait pour épouser un garçon coiffeur. N'essayez pas de venger les rancunes d'autrui."
Le Loup se tut; la belle femme qui bâillait dit en s'étirant: ... A suivre...

WILLY

vendredi 27 janvier 2012

Anne Sylvestre Histoire Ancienne

Mécomptes de fées (2)

Histoire le l'Ogre - 
"Je n'avais pas de bottes de sept lieues pas même de bicyclette, mais seulement de gros souliers; bien loin de dévorer les petits enfants, je recueillais les orphelins; je donnais à manger aux voyageurs sans exiger de salaire. Ce petit gredin de Poucet m'est tombé sur les bras avec toute sa famille, il a fait bombance chez moi, lui et ses frères ont lutiné mes filles sans d'ailleurs que j'y visse un grand mal (faut que les enfants s'amusent!). Puis, un laid matin, à mon réveil, plus personne! Ils avaient tous fui, m'emportant jusqu'à mes souliers. Et, par surcroît, ce vaurien de Poucet a débité des horreurs sur mon compte pour me faire fermer le mien chez les fournisseurs. Ne donnez jamais asile aux vagabonds."
L'Ogre se tut; le Loup parla à son tour: (A suivre...)

WILLY

jeudi 26 janvier 2012

L'Île de la Félicité (fin)

Quelque violence qu'elle se fît, elle sentit une douleur qu'on ne peut exprimer; elle donna des armes magnifiques et le plus beau cheval du monde à son trop indifférent Adolphe. "Bichar (c'était le nom de ce cheval) vous conduira, lui dit-elle, où vous devez aller pour combattre heureusement et pour vaincre; mais ne mettez point le pied à terrs que vous ne soyez arrivé dans votre pays; car par l'esprit de féerie que les dieux m'ont donné, je prévois que si vous négligez mon conseil, jamais Bichar ne pourra vous tirer des mauvais pas où vous allez vous trouver." Le prince lui promit qu'il se conformerait à ses désirs; il baisa mille fois ses belles mains et il eut tant d'impatience de partir de ce lieu délicieux qu'il en oublia même le manteau vert.
Aux confins de l'île, le vigoureux cheval se jeta avec son maître dans le fleuve, il traversa à la nage et ensuite il alla par monts et par vaux; il passa les campagnes et les forêts avec tant de vitesse qu'il semblait qu'il eût des ailes. Mais un soir, dans un petit sentier étroit et creux rempli de pierres et de cailloux et bordé d'épines, il se trouva une charrette qui traversa le chemin et empêchait le passage. Elle était chargée de vieilles ailes faites de différentes façons; elle était renversée sur un bon vieillard qui en était le conducteur. Sa tête chenue, sa voix tremblante et son affliction d'être accablé sous le poids de sa charrette firent pitié au prince. Bichar voulut retourner et franchir la haie; il était prêt à sauter par-dessus, lorsque ce bon homme se mit à crier: "Eh, seigneur! ayez quelque compassion de l'état où vous me voyez; si vous ne daignez m'aider, je vais bientôt mourir..." Adolphe ne put résister au désir de secourir ce vieillard; il mit pied à terre, s'approcha de lui et lui présenta la main. Mais hélas! il fut étrangement surpris de voir qu'il se leva lui-même avec tant de promptitude qu'il l'eut saisi avant qu'il se fit mis en état de s'en défendre. Enfin, prince de Russie, lui dit-il d'une voix terrible et menaçante, je vous ai trouvé; je m'appelle le Temps et je vous cherche depuis trois siècles; j'ai usé toutes les ailes dont cette charrette est chargée à faire le tour de l'univers pour vous rencontrer; mais, quelque caché que vous fussiez, il n'y a rien qui puisse m'échapper." En achevant de parler, il lui porta la main sur la bouche avec tant de force que, lui ôtant tout d'un coup la respiration, il l'étouffa.
Dans ce triste moment, Zéphyr passait et il fut témoin, avec un sensible déplaisir, de l'infortune de son cher ami. Lorsque ce vieux barbare l'eut quitté, il s'approcha de lui pour essayer, par la douceur de son haleine, de lui rendre la vie; mais ses soins furent inutiles. Il le prit entre ses bras, comme il avait fait la première fois et, pleurant amèrement, il le rapporta dans les jardins de la princesse Félicité; il le mit dans une grotte, couché sur un rocher dont la forme était plate par le haut; il le couvrit et l'environna de fleurs. Après l'avoir désarmé, il forma un trophée de ses armes et grava son épitaphe sur une colonne de jaspe qu'il plaça près de ce malheureux prince.
Cette grotte était le lieu où la princesse désolée allait tous les jours, depuis le départ de son amant et c'était là qu'elle grossissait le cours des ruisseaux, par un déluge de larmes. Quelle joie imprévue de le retrouver, dans le moment où elle le croyait si éloigné! Elle s'imagina qu'il venait d'arriver et que, fatigué du voyage, il s'était endormi. Elle balança si elle l'éveillerait et, s'abandonnant enfin à ses tendres mouvements, elle ouvrait déjà les bras pour l'embrasser, lorsqu'en s'approchant, elle connut l'excès de son malheur. Alors elle poussa des cris,  et fit des plaintes capables d'émouvoir jusqu'aux objets les plus insensibles; elle ordonna qu'on fermât pour toujours les portes de son palais et en effet, depuis ce jour funeste, personne n'a pu dire qu'il l'ait bien vue. Sa douleur est cause qu'elle ne se montre que rarement et l'on ne trouve point cette princesse sans qu'elle soit précédée de quelques inquiétudes, accompagnée de chagrins ou suivie de déplaisirs; c'est là sa compagnie la plus ordinaire. Les hommes en peuvent rendre un témoignage certain et tout le monde répète, depuis cette déplorable aventure: que le temps vient à bout de tout et qu'il n'est point de félicité parfaite.

Mme d'Aulnoy (extrait de Histoire d'Hippolyte, 1690)

mardi 24 janvier 2012

L'Île de la Félicité (8)

En effet, Adolphe étant un jour auprès de la princesse, il s'avisa de lui demander combien il y avait qu'il jouissait du plaisir de la voir?
"Les moments passent si vite où vous êtes, continua-t-il, que je n'ai fait aucune attention au temps om je suis arrivé. - Je vous le dirai, répondit-elle, quand vous m'aurez avoué combien vous pensez qu'il peut y avoir. " Il se mit à rêver et lui dit :" Si je consulte mon coeur et la satisfaction que je goûte, je n'aurai pas lieu de croire que j'aie encore passé huit jours ici; mais, ma chère princesse, selon certaines choses que je rappelle à mon souvenir, il y a près de trois mois. - Adolphe, lui dit-elle, d'un air plus sérieux, il y a trois cents ans." Ah! si elle eût compris ce que ces paroles devaient lui coûter, elle ne les aurait jamais prononcées. " Trois cents ans! s'écria le prince; en quel état est donc le monde? Qui le gouverne à présent? Qu'y fait-on? Quand j'y retournerai, qui me reconnaîtra et qui pourrai-je reconnaître? Mes Etats sont sans doute tombés en d'autres mains que celles de mes proches; je n'oserai plus me flatter qu'il m'en reste aucun. Je vais être un prince dépouillé, l'on me regardera comme un fantôme, je ne saurai plus les moeurs ni les coutumes de ceux avec qui j'aurai à vivre."
La princesse, impatiente, l'interrompit:" Que regrettez-vous, Adolphe? lui dit-elle;  est-ce là le prix de tant d'amour et de tant de bontés que j'ai pour vous? Je vous ai reçu dans mon palais, vous y êtes le maître, je vous y conserve la vie depuis trois siècles, vous n'y vieillissez point et apparemment, jusqu'à cette heure, vous ne vous y étiez pas ennuyé. Combien y a-t-il que vous ne seriez pas , sans moi? -  Je ne suis point un ingrat, belle princesse, reprit-il avec quelque sorte de confusion; je sais et je sens tout ce que je vous dois; mais enfin si j'étais mort à présent, j'aurais peut-être fait de si grandes actions qu'elles auraient éternisé ma mémoire; je vois avec honte ma vertu sans occupation et mon nom sans éclat. Tel était le brave Renaud entre les bras de son Armide; mais la gloire l'en arracha. - Barbare! s'écria la princesse, en versant un ruisseau de larmes, la gloire t'arrachera donc des miens; tu veux me quitter et tu te rends indigne de la douleur qui me pénètre."
En achevant ces mots, elle tomba évanouie. Le prince en fut sensiblement touché; il l'aimait beaucoup, mais il se reprochait d'avoir passé tant de temps auprès d'une maîtresse et de n'avoir rien fait qui pût mettre son nom au rang des héros; il essaya en vain de se contraindre et de caher ses déplaisirs, il tomba dans une langueur qui le rendit bientôt méconnaissable; lui, qui avait pris des siècles pour des mois, prenait alors les mois pour des siècles. La princesse qui s'en aperçut, en ressentit la plus vive douleur. Elle ne voulut plus que sa complaisance pour elle l'obligeât de rester; elle lui déclara qu'il était maître de son sort, qu'il pouvait partir quand il voudrait; mais qu'elle craignait qu'il lui arrivât quelque grand malheur. Ces dernières paroles lui causèrent bien moins de peine que les premières ne lui avaient donné de plaisir. Quoi qu'il s'attendrît beaucoup de la seule pensée d'une séparation, son destin fut le plus fort et enfin il dit adieu à celle qu'il avait adorée et de laquelle il était encore si tendrement aimé. Il l'assura qu'aussitôt qu'il aurait fait quelque chose pour sa gloire, et pour se rendre même plus digne qu'il ne l'était de ses bontés, il n'aurait point de repos jusqu'à ce qu'il fut revenu  auprès d'elle la reconnaître pour sa seule souveraine et comme l'unique bien de sa vie. Son éloquence naturelle suppléa au défaut de son amour; mais la princesse était trop éclairée pour s'y méprendre et de tristes pressentiments lui annonçaient qu'elle allait perdre pour toujours un objet qui lui était si cher... (A suivre...)
Mme d'Aulnoy

lundi 23 janvier 2012

Blue Moon - Chris Isaak

L'Île de la Félicité (7)

Elle n'avait jamais vu d'hommes et sa surprise fut extrême. Adolphe étant ainsi découvert, se jeta respectueusement à ses pieds. "Grande princesse, lui dit-il, j'ai traversé l'univers pour venir admirer votre divine beauté: je vous offre mon coeur et mes voeux, voudriez-vous les refuser?..." Elle avait beaucoup de vivacité; cependant elle demeura muette et interdite: jusqu'alors elle n'avait rien vu de plus aimable que cette créature, qu'elle croyait unique dans le monde; cette pensée lui persuada que ce pouvait être le Phénix, cet oiseau si rare et si vanté et se confirmant dans son erreur:" Beau Phénix, lui dit-elle, ( car je ne pense pas que vous soyez autre chose, parfait comme vous êtes et ne ressemblant à rien de ce qui est dans mon île), je suis fort sensible au plaisir de vous voir: c'est grand dommage que vous soyez seul de votre espèce; plusieurs oiseaux tels que vous rempliraient de belles volières."
Adolphe sourit de ce qu'elle lui disait avec une grâce et une simplicité merveilleuse. Il ne voulut pas qu'une personne pour laquelle il sentait déjà une si violente passion, restât plus longtemps dans une ignorance qui faisait quelque sorte de tort à son esprit; il prit soin de l'instruire de tout ce qu'il fallait qu'elle sût, et jamais écolière n'a été plus tôt en état de donner elle-même des leçons sur ce qu'elle venait d'apprendre, sa pénétration naturelle allait au devant de ce que le prince pouvait lui dire; elle l'aima plus qu'elle-même et il l'aima plus que lui-même. Tout ce que l'amour a de douceurs, tout ce que l'esprit a de vivacité, tout ce que le coeur a de délicatesse, se faisait ressentir à ces deux amants; rien ne troublait leur repos; tout contribuait à leurs plaisirs; ils n'étaient jamais malades; ils n'éprouvaient pas même la plus légère incommodité; leur jeunesse n'était point altérée par le cours des ans. C'était dans cet asile délicieux qu'on buvait à longs traits l'eau de la fontaine de Jouvence: ni les inquiétudes amoureuses, ni les soupçons jaloux, ni même ces petits démêlés qui altèrent quelquefois l'heureuse tranquillité des personnes qui s'aiment et qui leur ménagent les douceurs d'un raccommodement, rien de toutes ces choses ne leur arrivait; ils étaient enivrés de plaisirs, et jusqu'à ce temps nul mortel n'avait jouis d'une bonne fortune aussi constante que celle du prince; mais cette condition de mortel porte avec soi de tristes conséquences, leurs biens ne peuvent être éternels.... (A suivre)

Mme d'Aulnoy

dimanche 22 janvier 2012

Jacques BREL - La Quête

L'Île de la Félicité (6)

Dès qu'il y fut, il s'élança dans un grand salon où il vit des choses bien difficiles à raconter. Les nymphes étaient là par troupes; la plus vieille paraissait n'avoir pas dix-huit ans; mais il y en avait beaucoup qui semblaient plus jeunes; les unes étaient blondes, les autres brunes et toutes d'un teint et d'un embonpoint admirables, blanches, fraîches, avec des traits réguliers et des dents fort belles. Enfin toutes ces nymphes pouvaient passer pour autant de personnes accomplies. Adolphe serait resté tout le jour dans une admiration continuelle, sans pouvoir sortir de ce salon, si plusieurs voix qui s'accordaient avec une justesse merveilleuse à des instruments très bien touchés, n'eussent réveillé sa curiosité; il s'avança vers une chambre d'où partait cette agréable harmonie et dans le moment qu'il y entra,  il entendit chanter les paroles les plus tendres sur un air qui ne l'était pas moins.
Lorsque le prince était dans le salon, il croyait que rien ne pouvait égaler les charmes de celles qu'il y voyait; mais il fut trompé; car les musiciennes surpassaient encore en beauté leurs compagnes. Il entendait, comme par une manière de prodige, tout ce qui se disait, quoiqu'il ignorât la langue dont on se servait dans le palais. Il était derrière une des plus jolies nymphes, quand son voile tomba; il ne fit point de réflexion qu'il allait sans doute l'effrayer, il releva le voile et le lui présenta. La nymphe, ne voyant personne, poussa un grand cri et c'était peut-être la première fois qu'on avait peur dans ces beaux lieux. Toutes ses compagnes s'assemblèrent autour d'elle et lui demandèrent avec empressement ce qu'elle avait: " Vous allez me traiter de visionnaire, leur dit-elle; mais il est constant que mon voile vient de tomber et qu'il a été remis dans ma main par quelque chose d'invisible." Chacune éclata de rire et plusieurs entrèrent chez la princesse pour la divertir de ce conte.
Adolphe les suivit. A la faveur du manteau vert, il traversa des salles, des galeries, des chambres sans nombre et enfin il arriva dans celle de la souveraine. Elle était sur un trône fait d'une seule escarboucle plus brillante que le soleil; mais les yeux de la princesse Félicité étaient encore plus brillants que l'escarboucle; sa beauté était si parfaite qu'elle semblait être fille du ciel. Un air de jeunesse et d'esprit, une majesté propre à inspirer de l'amour et du respect, paraissaient répandus sur toute sa personne; elle était habillée avec plus de galanterie que de magnificence; ses cheveux blonds étaient ornés de fleurs, elle en avait une écharpe; sa robe était de gaze mêlée d'or; elle avait autour d'elle plusieurs petits amours qui folâtraient et jouaient à mille jeux différents; les uns prenaient ses mains et les baisaient; les autres, avec le secours de leurs compagnes, montaient par les côtés du trône et lui mettaient une couronne sur la tête; les plaisirs badinaient aussi avec elle; en un mot, tout ce qu'on peut imaginer de charmant est fort au dessous de ce qui frappa les yeux du prince. Il demeura comme un homme ravi; il ne soutenait qu'avec peine l'éclat des beautés de la princesse et dans le trouble qui l'agitait, ne songeant plus à rien qu'à l'objet qu'il adorait déjà, le manteau vert tomba et il fut aperçu.

samedi 21 janvier 2012

L'Île de la Félicité (5)

Il vola tant qu'enfin cette île tant désirée se découvrit et par toutes les beautés qui frappèrent d'abord les yeux du prince, il n'eut pas de peine à croire que c'était un lieu enchanté. L'air y était tout parfumé, la rosée d'excellente eu de Nafre et de Cordoue; la pluie sentait la fleur d'oranger; les jets d'eau s'élevaient jusqu'aux nues, les forêts étaient d'arbres rares et les parterres remplis de fleurs extraordinaires; des ruisseaux plus clairs que le cristal couraient de tous côtés avec un doux murmure; les oiseaux y formaient des concerts supérieurs à la musique des plus grands maîtres; les fruits exquis y croissaient naturellement et l'on trouvait dans tout l'île des tables couvertes et servies délicatement aussitôt qu'on le souhaitait. Mais le palais surpassait encore tout le reste: les murs en étaient de diamants, les planchers et les plafonds de pierreries qui formaient des compartiments; l'or y reluisait de toutes parts; les meubles y étaient faits de la main des fées, et même des plus galantes; car tout s'y trouvait si bien entendu qu'on ne savait qu'admirer le plus, de la magnificence ou de l'assortiment.
Zéphyr posa le prince dans un agréable boulingrin:" Seigneur, lui dit-il, je me suis acquitté de ma parole; c'est à vous à présent de faire le reste." Ils s'embrassèrent: Adolphe le remercia, comme il le devait, et le dieu, impatient d'aller trouver sa maîtresse, le laissa dans ces délicieux jardins. Il en parcourut quelques allées; il vit des grottes faites exprès pour les plaisirs et il remarqua  dans l'une un amour de marbre blanc, si bien fait qu'il devait être l'ouvrage de quelque sculpteur excellent. Il sortait de son flambeau un jet d'eau au lieu de flammes; il était appuyé contre un rocher de rocailles et semblait lire des vers gravés sur une pierre de lapis, dont le sens était que l'amour est le plus grand des biens, que lui seul peut remplis nos désirs et que toutes les autres douceurs de la vie deviennent languissantes s'il n'y mêle pas ses charmes attrayants.
Adolphe entra ensuite dans un cabinet de chèvrefeuille dont le soleil ne pouvait dissiper la charmante obscurité. Ce fut en ce lieu que, couché sur un tapis de gazon qui entourait une fontaine, il se laissa surprendre aux douceurs du sommeil; se syeux appesantis et son corps fatigué prirent quelques heures de repos.
Il était près de midi lorsqu'il se réveilla. Il fut chagrin d'avoir tant perdu de temps et, pour s'en consoler, il se hâta d'avancer vers le palais. Dès qu'il en fut assez proche, il en admira les beautés avec plus de loisir qu'il n'avait pu le faire de loin. Il semblait que tous les arts avaient concouru avec un égal succès à la magnificence et à la perfection de cet édifice. Le manteau du prince était toujours demeuré du côté vert; ainsi il voyait tout sans être vu et il chercha longtemps par où il pouvait entrer; mais soit que le vestibule fût fermé ou que les portes du palais se trouvassent d'un autre côté, il n'en avait pas encore aperçu, lorsqu'il vit une très belle personne qui ouvrait une fenêtre toute de cristal. Dans le même instant une petite jardinière accourut et celle qui était à la fenêtre lui descendit une grande corbeille de filigrane d'or, attachée avec plusieurs noeuds de rubans.  Elle lui commanda d'aller cueillir des fleurs pour la princesse; la jardinière ne tarda pas à la rapporter. Adolphe se jeta pour lors sur les fleurs, se mit dans la corbeille et la nymphe le tira jusqu'à elle. Il faut croire que le manteau vert qui le rendait invisible, pouvait aussi le rendre fort léger. Quoiqu'il en soit, il parvint heureusment à la fenêtre.... (A suivre...)

Mme d'Aulnoy

vendredi 20 janvier 2012

L'Île de la Félicité (4)

A peine l'aurore commençait-elle de paraître dans son char de nacre de perles que l'impatient Adolphe réveilla Zéphyr qui s'était un peu assoupi. "Je ne vous laisse guère de repos, lui dit-il en l'embrassant; mais il me semble, mon généreux hôte, qu'il est déjà temps de partir. - Allons, seigneur, lui répondit Zéphyr, allons: bien loin de me plaindre, j'ai à vous remercier; car je vous avouerai que je suis amoureux d'une rose qui est fière et mutine et que j'aurais un gros démêlé avec elle si je manquais de la voir aussitôt qu'il est jour; elle est dans un des parterres de la princesse Félicité." En achevant ces mots, il donna au prince le manteau qu'il lui avait promis et il voulut le porter sur ses ailes; mais il ne trouva pas que cette manière fût commode. "Je vais vous enlever, seigneur, lui dit-il, comme j'enlevai Psyché par l'ordre de l'amour, lorsque je la portai dans ce beau palais qu'il lui avait bâti." Il le prit aussitôt entre ses bras, et s'étant mis sur la pointe d'une rocher, il se balança quelque temps d'un mouvement égal, puis il étendit ses ailes et prit son vol, planant dans les airs.
Quelque intrépide que fût le prince, il ne put s'empêcher de sentir de la crainte lorsqu'il se vit élevé entre les bras d'un jeune adolescent. Il pensait, pour se rassurer, que c'était un dieu et que l'amour même, qui paraissait le plus petit et le plus faible de tous, était le plus fort et le plus terrible. Ainsi, s'abandonnant à son destin, il commença de se remettre et de regarder avec attention tous les lieux par lesquels il passait. Mais quel moyen de nombrer ces lieux! que de villes, de royaumes, de mers, de fleuves, de campagnes, de déserts, de bois, de terres inconnues et de peuples différents! Toutes ces choses le jetaient dans une admiration qui lui ôtait l'usage de la voix. Zéphyr l'informait du nom et des moeurs de tous ces habitants de la terre. Il volait doucement et même ils se reposèrent sur ces formidables monts du Caucase et d'Athos, et sur plusieurs autres qu'ils trouvèrent en chemin. " Quand la belle rose que j'adore, dit Zéphyr, devrait me piquer avec ses épines, je ne puis vous faire traverser un si grand espace sans vous laisser pour quelque temps le plaisir de considérer les merveilles que vous voyez." Adolphe lui témoigna sa reconnaissance pour tant de bontés et en même temps son inquiétude que la princesse Félicité n'entendit pas sa langue et qu'il ne pût parler la sienne. " Ne vous mettez pas en peine de cela, lui dit le dieu; la princesse est universelle et je suis persuadé que vous parlerez bientôt un même langage." ... (A suivre..)
Mme d'Aulnoy

jeudi 19 janvier 2012

L'Île de la Félicité (3)

" D'où venez-vous petit libertin? lui cria la vieille, d'une voix enrouée; tous vos frères sont ici; vous êtes le seul qui prenez du bon temps et qui ne vous souciez guère des inquiétudes que vous me donnez.- Ma mère, lui dit-il, j'ai eu de la peine de revenir si tard auprès de vous, sachant bien que vous le trouveriez mauvais; mais j'étais dans les jardins de la princesse Félicité. Elle s'y promenait avec toutes ses nymphes; l'une faisait une guirlande de fleurs; l'autre, couchée sur le gazon, découvrait un peu sa gorge pour me laisser plus de liberté d'approcher d'elle et de la baiser; plusieurs dansaient aux chansons; la belle princesse était dans une allée d'orangers; mon haleine allait jusqu'à sa bouche; je badinais autour d'elle et j'agitais doucement son voile. Zéphyr, disait-elle, que je te trouve agréable! Que tu me fais de plaisir! Tant que tu seras ici, je ne quitterai point la promenade... Je vous avoue que des douceurs prononcées par une si charmante personne m'enchantaient et j'étais si peu le maître de moi-même que je n'aurais pu me résoudre à la quitter, si je n'eusse appréhendé de vous déplaire."
Adolphe l'écoutait avec tant de satisfaction qu'il eut quelque peine lorsqu'il cessa de parler. "Permettez, aimable Zéphyr, lui dit-il, que je vous demande en quel pays règne cette princesse! - Dans l'île de la Félicité, lui répondit Zéphyr; personne, seigneur, n'y peut entrer; on ne se lasse point de la chercher, mais le sort des humains est tel qu'on ne saurait la trouver; on voyage inutilement tout autour; l'on se flatte même quelquefois d'y être, parce qu'on arrive souvent à d'autres petits ports où l'on surgit avec un peu de calme et de tranquillité: plusieurs personnes y resteraient avec joie; mais ces îles, qui n'approchent que très médiocrement de celle de la Félicité, sont toujours flottantes: on les perd bientôt de vue et l'envie qui ne peut souffrir que les mortels se flattent, même de l'ombre du repos, est celle qui les chasse de ce lieu-là; j'y vois périr tous les jours des hommes distingués." Le prince continua de lui faire des questions, auxquelles il répondit avec beaucoup d'exactitude et d'esprit.
Il était extrêmement tard et la bonne mère commanda à tous ses enfants de se retirer dans leurs antres. Zéphyr offrit son petit lit au prince; il était dans un lieu fort propre et moins froid que toutes les autres concavités de cette grotte: il y avait en cet endroit de l'herbe menue et fine, couverte de fleurs; Adolphe se jeta dessus, il y passa le reste de la nuit avec Zéphyr; mais il l'employa toute entière à parler de la princesse Félicité. " Que j'aurais de passion de la voir! lui disait ce prince. Est-ce un chose qui soit si absolument impossible qu'avec votre secours, je n'y puisse parvenir? " Zéphyr lui dit que l'entreprise était bien dangereuse; mais que, s'il avait assez de courage pour s'abandonner à sa conduite, il en imaginerait un moyen; qu'il le mettrait sur ses ailes et qu'il l'emporterait par le vaste espace des airs. "J'ai, continua-t-il, un manteau que je vous donnerai; lorsque vous le mettrez du côté vert, vous serez invisible, personne ne vous apercevra, et c'est une chose fort nécessaire pour la conservation de votre vie; car si les gardiens de l'île, qui sont des monstres terribles, vous voyaient, quelque brave que vous puissiez être, vous succomberiez et il vous arriverait les derniers malheurs."  Adolphe avait un désir si pressant d mettre à fin cette grande aventure qu'il accepta de tout son coeur le parti que Zéphyr lui proposait, quelque périlleux qu'il fût.... (A suivre..

Mme d'Aulnoy

mercredi 18 janvier 2012

L'Île de la Félicité (2)

Au bruit qu'il fit en marchant, une vieille dont les cheveux blancs et les rides marquaient assez le grand âge, sortit du fond d'un rocher. Elle témoigna un étonnement extrême, en l'abordant: "Vous êtes le premier mortel, lui dit-elle, que j'ai vu en ces lieux. Savez-vous, seigneur, qui les habite? - Non, ma bonne femme, lui répondit Adolphe, j'ignore où je suis. - C'est ici, reprit-elle, la demeure d'Eole, le dieu des vents, il s'y retire avec tous ses enfants; je suis leur mère et vous me trouvez seule, parce qu'ils sont occupés, chacun de leur côté, à faire du bien et du mal dans le monde. Mais, continua-t-elle, vous me paraissez pénétré de l'eau qui vient de tomber; je vais vous allumer du feu afin de vous sécher; ce qui m'afflige, seigneur, c'est que vous ferez mauvaise chère; le repas des vents est fort léger et les hommes ont besoin de quelque chose de plus solide."
Le prince la remercia du bon accueil qu'il recevait; il s'approcha du feu qui fut allumé en un moment; car le vent Ouest, qui venait d'entrer, souffla dessus. Il était à peine arrivé que le Nord-Est et plusieurs Aquilons se rendirent dans la caverne. Eole ne tarda pas; Borée, Est, Sud-Ouest et Nord le suivaient; ils étaient tout mouillés, ils avaient les joues bouffies et les cheveux mal arrangés, leurs manières n'étaient pas civiles, ni polies et lorsqu'ils voulurent parler au prince, ils faillirent à le geler de leur haleine. L'un raconta qu'il venait de disperser une armée navale; l'autre qu'il avait fait périr plusieurs vaisseaux; un troisième, qu'il avait été favorable à certains navires et qu'il les avait sauvés des corsaires qui les voulaient prendre; plusieurs dirent qu'ils avaient déraciné des arbres, abattu des maisons, renversé des murailles; enfin chacun se vanta de ses exploits. La vieille les écoutait; mais tout d'un coup elle témoigna d'une grande inquiétude:" Est-ce , leur dit-elle, que vous n'avez point rencontré en chemin votre frère Zéphyr? Il est déjà tard, il ne revient point; j'avoue que je suis en peine." Comme ils lui disaient qu'ols ne l'avaient pas vu, Adolphe aperçut, à l'entrée de la caverne, un jeune garçon aussi beau que l'on peint l'amour. Il avait des ailes dont les plumes blanches, mêlées de couleur de chair, étaient si fines et si délicates qu'elles paraissaient dans une continuelle agitation; ses cheveux blonds formaient mille boucles qui lui tombaient négligemment sur les épaules; sa tête était ceinte d'une couronne de roses et de jasmins; son air était agréable et riant.   (A Suivre...)

Mme d'Aulnoy

mardi 17 janvier 2012

Beautiful Dreamer Symphony Brahms 3 Beethoven 5,6 Mozart 40 sori1004jy V...

L'Île de la Félicité

 La Russie est un pays froid où l'on ne voit guère les beaux jours d'un climat tempéré. Ses montagnes sont presque toujours couvertes de neige et les arbres y sont si chargés de glaçons que lorsque le soleil darde ses rayons dessus, ils paraissent comme garnis de cristal. Il y a des forêts d'une grandeur prodigieuse où des ours blancs font un ravage horrible; on leur fait incessamment la guerre, on les tue; mais ce n'est pas sans peine et sans péril, et cette chasse est la plus noble et la plus ordinaire occupation des Russes.
Ces peuples étaient gouvernés par un jeune prince nommé Adolphe, si heureusement né, si beau, si poli et si spirituel qu'on aurait eu de la peine à se persuader que, dans un pays si rude et si sauvage, l'on en pût trouver un si accompli. Il n'était pas encore dans sa vingtième année qu'il avait déjà soutenu une grande guerre contre les Moscovites où il fit paraître un courage intrépide et une conduite admirable. Lorsqu'il laissait reposer son armée, il ne se reposait pas lui-même et il allait à cette dangereuse chasse des ours.
Un jour qu'il était avec une grande suite, il se laissa tellement emporter à sa noble ardeur que, se trouvant dans la forêt et courant dans des routes différentes, enfin, il se perdit. Il s'aperçut qu'il était seul, qu'il était tard, qu'il ne connaissait point les lieux et qu'un orage imprévu l'allait surprendre. Il poussa son cheval dans une grande route et sonna du cor pour avertir quelques-uns des chasseurs; mais ce fut inutilement. Tout à coup, le peu de jour qui restait encore fut changé en la plus obscure nuit; l'on ne voyait qu'à la faveur des éclairs; le tonnerre faisait un bruit effroyable;  la pluie et l'orage redoublèrent. Le prince se mit à l'abri sous quelques arbres; mais il fut bientôt obligé de partir de ce lieu: les torrents d'eau tombaient de toutes parts et les chemins en étaient inondés. Il résolut de sortir de la forêt et de chercher quelque endroit qui pût le garantir de cette tempête. Il eut assez de peine à gagner la campagne, où il se trouva encore plus exposé à l'incommodité du mauvais temps. Il jeta les yeux de tous côtés et il aperçut dans un lieu très élevé quelque lumière, il y tourna ses pas et après bien de la peine, il parvint au pied d'un mont presque inaccessible, plein de rochers, environné de précipices et fort escarpé; il marcha ensuite plus de deux heures, tantôt à pied, tantôt à cheval; enfin, il se trouva proche d'une caverne, dont l'ouverture laissait voir la lumière et c'était celle qu'il avait déjà aperçue. Il hésita un peu avant d'y entrer; il pensa que c'était la retraite de certains brigands qui ravageaient la pays par de fréquentes courses et qui pourraient le tuer pour le voler; mais comme les âmes des princes ont quelque chose de plus noble et de plus fier que celles des autres hommes, il se reprocha sa crainte et s'avança dans cette caverne, ayant la main sur la garde de son épée, pour être en état de se défendre si l'on avait la témérité de l'attaquer.... (à Suivre)
Mme d'Aulnoy

mardi 10 janvier 2012

Wichikapache

Il y avait une vieille femme que j'avais créée en voeu.
Elle était mariée
avec un vieil étang.
On pouvait la voir nager dans son mari
si on était 
dans les fourrés qui cachent.
Pour lui parler elle nageait dans lui
doucement.
Une fois dans leur vie, il s'arrêta de pleuvoir
et le soleil se mit à faire disparaître l'étang.
Bientôt il l'emporta même tout entier!
Pendant plusieurs nuits la vieille femme dormit
près du trou où avait vécu autrefois son mari.
Alors elle décida de partir faire un grand tour à sa recherche,
elle suivit les flaques sur le sol
qui étaient les empreintes de pieds de l'orage.
Elle le suivit sur plusieurs kilomètres.
A la fin elle tomba sur son mari.
Il était installé dans un trou. Mais il s'était trompé de trou!
Alors la vieille femme ramena son mari à la maison
petit à petit, dans ses mains.
Vous auriez pu la voir rentrer chez elle
si vous aviez été dans les fourrés qui cachent.

Howard A. NORMAN - L'Os à Voeux

Amis conteuses et conteurs, vous allez sans doute me dire que j'enfonce une porte ouverte, mais bon, pour moi c'était nouveau. J...