mardi 27 novembre 2012

MODISTE






Il y avait à Paris,  rue St Florentin, un fournisseur d’articles pour modistes.
Pas de fleurs, de plumes de passementeries ou de voilettes, juste les éléments techniques qui servaient à construire l’ossature des chapeaux : de la sparterie, du laiton, de la singalette, des colles des apprêts aux fortes odeurs étourdissantes ; et des outils : des coqs, des fers électrique ou en fonte, des pinceaux, des ciseaux, des pinces ; des moules en bois et dans des placards vitrés ,s’alignaient les poupées, fantômes de têtes tendues de toile bise, deux amandes noires, sans pupilles indiquaient la place des yeux.
C’était un entresol assez mal éclairé, aux longs comptoirs de bois polis, aux tiroirs mystérieux. L’endroit, pour une petite fille, était inquiétant , bien qu’ humanisé par un personnel chaleureux, familier.
Le plus effrayant était une affiche punaisée sur la porte de sortie ; on ne pouvait pas la rater.
Imprimée dans un dégradé de tons sinistres : gris, prune, pourpre, violet. Le haut en était déchiré par un éclair d’un jaune hépatique ; dans le bas, en diagonale, une pauvre fille échevelée tentait de retenir un encombrant carton à chapeaux, son sac et ses jupes affolés par un grand vent d’orage. Ses yeux agrandis d’effroi, sa bouche ouverte semblaient demander pardon.
Et traversant ce cataclysme, il y avait écrit en grosses lettres hérissées et aussi hépatiques que l’éclair :

HONTE A LA MODISTE SANS CHAPEAU !

Car on entrait dans le temps où les coiffeurs hérissaient les têtes d’énormes « choucroutes » crêpées sur lesquelles il était impossible de jucher le moindre couvre-chef , et les modistes elles-mêmes creusaient leur tombe en suivant la mode. Les femmes allaient « en cheveux » et il faut avoir entendu le mépris intégral pour ce « genre » de femmes dans la voix de mon arrière grand-mère et de sa sœur pour imaginer la révolution d’allure et de mœurs que signifiait cette nouvelle façon d’être. Les grandes maisons de mode telles que Gilbert Orcel, Rose Valois, Jeanne Blanchot, dont la renommée valait celle d’un actuel créateur allaient disparaître. Pendant quelques années encore subsisteraient Jean Barthet et Claude St Cyr et les ateliers des grands couturiers, puis…. Eclipse…
Une ou deux décennies plus tard, des Jean-Charles Brosseau, Marie Mercier allaient de nouveau tenter de chapeauter les femmes, mais avec de l’utilitaire pour l’un et de…du…j’aime mieux ne rien dire pour ne pas dire cotillon.
Les modistes actuelles qui sont plutôt des vendeuses de chapeaux, garnissent des formes bloquées venant d’ateliers de chapellerie industrielle, ce que faisaient autrefois les femmes de chambre des aristocrates.
Il y a deux sortes de couvre-chef en fait : le chapelier, le chapeau d’homme en feutre, que parfois les femmes se sont appropriées en le garnissant de fleurs et de rubans et puis les coiffures, plus gracieuses, mêlant ces mêmes fleurs et rubans aux cheveux.
La première vraie modiste fut Rose Bertin, la marchande de mode de Marie-Antoinette et le chapeau féminin connut ses belles heures depuis la fin de la Révolution jusqu’aux Trente Glorieuse. Certes on porte encore des bonnets, des bérets, des casquettes. Mais les modistes ne reviendront plus dans des ateliers tels que ceux dans lesquels j’ai grandi  …Oh !voici que revient un souvenir… des images :
C’était peut- être avant mes dix ans et c’était la Fête des Mères. Avec les quelques pièces que j’avais en poche, je cherchais tout autour du pâté de maisons un cadeau à offrir. Tout était hors de prix et j’ai fini par trouver. Dans une confiserie, sur le comptoir, trônait un présentoir hérissé de sucettes. Pas les banales Pierrot Gourmand, non, de belles sucettes rondes aux motifs colorés tels une broderie de sucre, des sucettes admirables, de celles si on vous les offre dont on n’ose pas se régaler. Avec raison ; la saveur n’en égale pas la vue, mais je l’ignorais à l’époque. Cette friandise était coûteuse ; avais-je la somme ou bien la sympathie de la commerçante ? Toujours est-il qu’elle me fit un joli emballage avec cellophane et nœud de ruban.
Je ramenais en triomphe mon beau cadeau à la maison, qui était aussi le salon de mode de ma mère. Je traversai l’enfilade de pièces pour gagner l’atelier qui était tout au bout de l’appartement, mon trophée brandi tel un étendard.
Je revois l’atelier , à droite la grande table autour de laquelle oeuvraient une demi douzaine d’ouvrières en blouses et en chaussons, les pieds posés sur un petit banc ; l’odeur de colle, d’apprêt et de térébenthine ; la vapeur des chiffons mouillés posés sur les fers toujours brûlants ; le grésillement des coqs (sortes d’œufs en fonte montés sur une tige elle-même terminée par un manche en bois et enfoncés dans des « pieds » vissés sur la table) des coqs donc, trempés dans une cuvette d’eau froide avant qu’ils ne virent au rouge et risquent de brûler les feutres qu’ils servaient à façonner.
Cet atelier, comme tous ceux de la profession était sonore ; la radio distillait à longueur de jour chansons, jeux radiophoniques et feuilletons : Signé Furax, Noëlle aux Quatre Vents, Quarante-deux Rue Courte, Une étoile se lève… . Quand la radio avait cessé de plaire, on chantait, on potinait, on savait tout sur tout le monde dans le métier et sur les clientes ; on donnait son avis sur la mode bien évidemment , mais aussi sur le cinéma, le théâtre et les Vedettes (on ne disait pas stars ni people) et on goûtait aussi . On aimait les bonnes choses ;; Fauchon et Hédiard n’étaient pas encore les temples luxueux de nos jours. Ils étaient juste deux excellentes épiceries au bout de la rue.
Et voyez : à droite la grande table et ces dames,  à gauche, face à la fenêtre, surveillant le porche Haussmannien de l’entrée de l’immeuble, la table de ma mère et icelle travaillant les pieds surélevés et une planchette emmaillotée de linges en travers de genoux.
Je n’oublierai jamais sa stupeur et l’énorme éclat de rire général déclenchés par mon présent « saugrenu ».

samedi 24 novembre 2012

MOZART - Du Also Bist Mein Braütigam - Die Zauberflöte

-Un cœur de chêne-




On lui disait le chêne-pommier ; sa silhouette était plus d’un pommier que d’un chêne. Un bien grand pommier quand même, au tronc court et puissant, dont les branches en ombelles s’arrondissaient dans la clairière qu’il ombrageait, entouré d’autres chênes, de haute futaie, ceux-là. Ses glands à profusion nourrissaient une colonie d’écureuils dont les cabrioles l’amusaient. L’un deux surtout, vif et joyeux qui n’oubliait jamais de le remercier pour les nombreux glands dont il remplissait son rond petit bedon, était son favori. Il aimait à le voir faire mille acrobaties de branche en branche et puis filer, vif comme un rai de lumière, pour se montrer, toujours plus haut entre les feuilles. Ces deux-là s’aimaient.
 Le chêne avait à son flanc une marque en forme de coeur qui intriguait beaucoup l’écureuil. On aurait dit une boutonnière dont le bouton serait parti. Un jour, l’écureuil curieux osa poser au chêne la question : d’où lui venait cette marque ? L’arbre se contenta de remuer ses feuilles sans répondre,  De temps en temps l’écureuil, de plus en plus intrigué, revenait à la charge et entre deux cabrioles posait la question si bien que l’arbre, amusé,  attendri, finit par lui dire : « Cette marque, ce coeur que tu vois là est la porte qui mène à mon trésor, mais… chut !!! ne le répète à personne, personne ne doit le savoir.
Alors ce fut une autre chanson : le curieux voulait savoir ce qu’était un trésor. Il n’avait jamais entendu parler d’une telle chose ! Et chaque jour il questionnait le chêne en lui demandant de décrire son trésor. Tant et si bien qu’un jour le chêne lui dit : « Viens voir ! et il ouvrit grand son coeur pour que l’écureuil puisse entrer. Jamais le petit rouquin n’avait vu telle splendeur : il y avait là, au cœur de l’arbre, des perles, des diamants, des joyaux de toutes formes et de toutes couleurs. L’écureuil était sans voix, incapable de la moindre cabriole… médusé !
« Sers-toi, lui dit le chêne, prends ce que tu veux ! » Tout ému l’écureuil  choisit un simple collier d’or pour l’offrir à sa compagne.
-C’est tout ? dit l’arbre, tu ne veux rien de plus !
-Oh, mais c’est déjà beaucoup ! Merci, merci ! ma douce amie va être si heureuse !
Et l’écureuil quitta le cœur de l’arbre qui resta entr’ouvert.
Il  offrit le collier à sa compagne, la jolie Marguerite qui,  toute heureuse s’empressa de s’en parer et d’aller s’admirer dans les flaques d’eau du chemin. En se voyant si belle en ce rustique miroir, elle n’eut de cesse d’aller se montrer à toute la forêt.
Le rat gris, en la voyant si bien parée lui demanda d’où venait ce bijou : « C’est le chêne pommier qui l’a donné à mon chéri, dit la bavarde qui ajouta : le chêne a dans son cœur un trésor merveilleux, et il en aurait donné bien plus si mon bel écureuil l’avait voulu. »
Aussitôt, l’envie, la cupidité, portées par leurs ailes noires  étendirent leur ombre sur le rat gris. « Pourquoi ces écureuils auraient-ils des bijoux et pas lui ? Le chêne a dans son cœur un trésor… il me le faut ! » Il grimpa le long du tronc et par le cœur  resté entr’ouvert, il s’infiltra jusqu’à l’âme de l’arbre  et commença à piller le trésor. Il en prit tant et tant que ses crocs et ses griffes blessèrent le pauvre chêne jusqu’à la sève. Meurtri , déçu, le chêne se contracta et le coeur commença à se refermer. Le rat n’eût que le temps de se faufiler dehors sans pouvoir rien emporter ;
Depuis, le chêne pommier a refermé son coeur et n’a plus jamais laissé personne approcher son trésor ; il protège bien  son âme. Combien de joyeux écureuils  devront-ils cabrioler devant lui avant qu’il oublie les griffes du rat gris ???

(Adaptation d'un conte africain raconté par Henri Gougaud)

dimanche 18 novembre 2012

Le Sagittaire


Le 21 novembre, Brumaire  s’éclaircit, refroidit et se change en Frimaire… c’est  au pays des Cheyennes,la Lune  des Feuilles Mortes sur lesquelles dans les chemins forestiers galope le Sagittaire.
Le Sagittaire quand il est cheval est généreux comme un pur-sang. Il est comme lui ombrageux et ne peut être monté par un médiocre cavalier puisqu’on sait que si le cheval bronche, c’est que les ordres sont imprécis. Et voyez la difficulté pour le Sagittaire qui est à la fois cheval et cavalier. Le cheval ne se trompe pas ; le Sagittaire non plus. Il a horreur de se tromper. D’ailleurs, il ne se trompe jamais, et si par grand hasard cela lui advient ne le lui faites pas remarquer : le Sagittaire est un archer, il possède des flèches, il sait viser juste et provoquer de douloureuses blessures.
Aussi, quand erre le Sagittaire, apprenez à  vous taire…
Le Sagittaire est épris de justice et de vérité, n’essayez jamais de tromper un Sagittaire ; il en serait au désespoir, car il devrait vous punir et son bon naturel y répugne. Il s’y résoud pourtant, pour votre plus grand bien.
Car tel Chiron le Centaure qui éduqua le jeune Achille, Jason et tant d’autres héros, le Sagittaire à vocation d’enseignant. Pour être aimé du Sagittaire apprenez surtout à en savoir moins que lui.

Tel une bûche à-demi consumée ,le Sagittaire apprécie qu’on lui gratte le ventre. Son feu mourant renaît alors de cendres encore ardentes. Il est le feu qui couve…
Il considère avec circonspection les autre signes de feu :  le Lion incendiaire l’effraye et le Bélier l’agace dont le feu a parfois du mal à partir, surtout si on l’allume avec du bois vert ; il fume. Le Sagittaire tousse et se frotte les yeux, il s’énerve : une seule de ses braises, il le sait,  ferait s’élever la flamme. Mais le Bélier s'efforce et la fumée l'aveugle, il ne voit pas briller les braises du Sagittaire.  Le Sagittaire garde pour lui ses braises qui font à petit feu mijoter les eaux dormantes du Cancer, ou celles plus profondes du Scorpion. Qu’il prenne garde au Scorpion , il arrive à son eau bouillante de déborder du chaudron, les braises alors gémissent et s’éteignent. Quand au Poisson ma foi… le Sagittaire plus que pêcheur est un chasseur.
Les braises du Sagittaire pour rester rougeoyantes ont besoin d’air. S’il redoute le grand vent du Verseau, le vent léger des Gémeaux ou la douce brise de la Balance sauront ranimer sa flamme.
Les signes de terre, qui sont tous un peu jardiniers voient avec circonspection les sabots du fougueux Sagittaire fouler leurs pelouses et bouleverser leurs allées.
Le Taureau laboureur acceptera peut-être son aide pour tirer la charrue, mais la terre d’automne est collante et le Centaure devra alors être doté des pieds larges et sûrs du placide Percheron.
Un Sagittaire allié à la Vierge préférera toujours le classique et bien ordonné jardin à la française aux fantasques mixed-borders des parc anglais. Mais parfois la Vierge est folle et oublie de tailler avec rigueur ses bordures de buis ; elle agace le Sagittaire qui ne comprend rien à ce désordre.
Capricorne et Sagittaire s’observent. Le Sagittaire est perplexe : le Capricorne est une chèvre et qui peut se vanter d’avoir éduqué une chèvre ?


jeudi 15 novembre 2012

Juliette Gréco " La Javanaise "

Elegie sur la fin d'une courge


Ce matin une courge, rendait tous ses pépins,
Il a fallu l'abattre.
Ardèchois, mes amis, offrez-nous vos châtaignes!
Du lointain Orient que gingembre et muscade
Accompagnant girofle, sel et poivre et oignon,
Plongent dans un bouillon avec la sacrifiée.
Quand un parfum subtil, issu de la cuisine
Viendra vous émouvoir
Il sera temps alors de mouliner le tout
Qu'alors vous verserez dans la ronde soupière.
Quelques larmes de crème, mais les larmes de joie
De la crème fleurette,
Voilà, Potimarron, de belles funérailles
Dignes de ta beauté!

mardi 13 novembre 2012

La valse des thons



Le thon Tontaine
Et le thon Tonton
Valsent valsent à perdre haleine
Valsent valsent au son des violons
Le thon Tontaine
Et le thon Tonton
Toute la semaine rêvent aux flonflons
Mais la tante du thon Tonton
Qui tricote sans plaindre sa peine
Pour son neveu un bonnet rond
Sur l’aiguille a perdu la laine
Tant pis pour toi vieux tonton
A ricané le thon Tontaine
Tu auras froid à ton chignon
Et tu pourras faire des fredaines
Quand on fera valser les thons

lundi 12 novembre 2012

Spécial Laurent


Pluie de Saint Ferréol,
Ne rend pas meilleur l’auriol.

LE CANCER-



Carcinos, l’écrevisse géante, fut élevée par Héra dans les marais de Lerne, dans le sombre dessein d’entraver Hercule dans sa lutte contre l’Hydre aux têtes innombrables. Le héros, mordu au talon, de ce même pied réduisit en bouillie le malfaisant crustacé et poursuivit son combat.
Il ne restait plus à la déesse qu’à placer Carcinos dans le ciel avec les autres signes du Zodiaque. L’écrevisse est désormais le Cancer.
Quand, le 21 juin, se montre le signe dans le ciel astral, imaginez le désarroi de la chroniqueuse astrologique n’ayant jamais eu le moindre Cancer domestique à observer.
Que penser d’un signe sous lequel peuvent naître des êtres aussi dissemblables que Jean Cocteau et Benito Mussolini ?
Qu’il est comme l’eau, son élément, insaisissable et fluctuant.
L’eau du Cancer, signe cardinal, est celle des lacs, des rivières et des fleuves.
Les signes de feu le regardent avec stupeur et appréhension. Le Lion garde sa superbe ; car seul, son feu puissant peut réchauffer sans danger l’eau du Cancer.
La flamme impétueuse du Bélier, provoquera bouillonnements et débordements qui l’étoufferont.
 Et si les douces braises du Sagittaire sont avivées par un ascendant aérien, elles pourront le faire tendrement frémir.
Les signes d’air ne peuvent qu’agiter les roseaux qui bordent ses rives.
Toute cette eau est en revanche bénéfique aux signes de terre.
Elle reconstituera en s’infiltrant les nappes phréatiques de l’hivernal Capricorne, fécondera le Taureau fertile et les moissons finies, elle irriguera la Vierge terre asséchée.

On dit que les enfants nés en juin sont intelligents mais faibles et versatiles. Ils deviendront romanciers, marins, antiquaires, historiens, ou décorateurs
Nés un 29 juin, ils auront le don de guérir piqûres et morsures de bêtes par simple contact de la main. Une main redoutée des crapauds, qu’elle  aurait aussi le pouvoir de dessécher

samedi 10 novembre 2012

Messer Gaster et l'Habitude



Messer Gaster tous les matins,
De céréales dans un bol 
Se nourrissait.

Les années aux ans s'ajoutaient
Et jamais autre nourriture 
Ne s'annonçait.

Messer Gaster en avait marre!
Il décida de protester
Contre Habitude.

A la fin de la matinée,
Messer Gaster un peu frivole
S'mit à chanter.

Chaque jour il chanta plus fort,
Commença dans la solitude
Puis s'enhardit.

Chanta, grogna devant le monde
Tant est si bien
Que l'Hôte de Gaster eût honte,
Se demanda

Pourquoi ce bruit?
Ces gargouillis immondes
Cette mutinerie?

Le lendemain, quelle aventure
Gaster reçut
Du pain, du beurre, des confitures,
De la brioche.

Content, il se tapa la cloche
Et résolut de faire silence,
Se promettant

De protester encore et d'importance
Si désormais
On ne lui changeait sa pitance
Régulièrement.

MORALITE

Messer Gaster et Habitude
Ne feront jamais bon ménage;
Si vous voulez le contenter,
Variez, variez vos déjeuners!



jeudi 8 novembre 2012

Des Lutins

Il me semble que l'on rencontre dans notre monde aujourd'hui, beaucoup moins de lutins qu'au temps de mon enfance. mais je ne puis croire qu'un lecteur arrivé au chapitre parlant de la Laponie puisse avoir le front de nier que ce fut un vrai lutin qui était assis sur la table à Forslugan et qui tiraillait avec prudence sur ma chaîne de montre.
Naturellement c'était un vrai lutin! Qui aurait-ce pu être autrement? Je vous le dis: je le vis très exactement, de mes yeux, lorsque, étant dans mon lit, je me dressais sur mon séant...
On me dit qu'il est des gens qui, de leur vie , n'ont jamais vu un lutin! J'ai très réellement pitié de telles gens: beaucoup de choses leur échappent.

Axel MUNTHE


mercredi 7 novembre 2012

MA TOURTERELLE S'EST ENVOLÉE -Hugues Aufray (1973) NICOLE

Sagesse

"Il était un derviche rongé de tourments.
Quelqu'un lui dit:"O toi, frappé par la douleur, mets ta souffrance à la porte comme je l'ai fait moi-même!" Il répondit: "Pareille souffrance ne vient pas de moi. Je suis nuit et jours en pleurs. Seul Celui qui me l'apporta pourrait la reprendre! Cette douleur que j'endure d'un coeur meurtri vient d'ailleurs. Comment pourrais-je la chasser?"
Je ne connais pas un monde de tourments semblable à celui de la séparation. Cent mondes d'affliction sont engloutis par un atome de ce tourment-là. Tant qu'il te reste le moindre ego, cent séparations douloureuses sont placées devant toi.

Farid-ud-din ATTAR

mardi 6 novembre 2012

Définiton de la SF






"La science-fiction est une branche de la littérature romanesque où l'écrivain, non content de créer des personnages, étend son pouvoir de création jusqu'à l'univers lui-même, dans son environnement, ses bases sociales. L'univers SF montre une décalage temporel, historique, spatial, technologique, avec le monde réel, même s'il lui emprunte une partie de ses éléments."
-Cathy MARTIN, Librairie Ailleurs-

"Contrairement à un cliché trop répandu, la science-fiction n'est pas un conte de fées des temps modernes. C'est un conte de faits.Des faits têtus, qui prennent naissance autour de nous, tous les jours, et que ses créateurs, quel que soit le matériau qu'ils modèlent, se bornent à transcrire en y donnant un tout petit coup de pouce. La science-fiction n'est pas affaire d'imagination. Tout au contraire elle est affaire d'observation, le qu'est-ce qui se passe? de l'observateur ne faisant, à l'occasion de son coup de pouce, que le tout petit bond nécessaire pour que la question devienne: qu'est-ce qui va se passer?"
Jean-Pierre ANDREVON,  la science - fiction, passé, présent et avenir, préface à l'Encyclopédie de la Science-fiction, Jean-Pierre PITON et Alain SCHLOKOFF, J. GRANCHER, 1996.

"Aucun de ceux qui l'écrivent ne sont capables de s'entendre sur sa définition"
Isaac ASIMOV

samedi 3 novembre 2012

Baba Yaga


Or donc, c’est une fois de plus un veuf qui se remarie et la belle- mère, pour faire son boulot comme il faut, déteste sa belle-fille, la jolie Natasha.
Elle la frappe, l’insulte, lui fait faire toutes les corvées et comme si ça ne suffisait pas, elle veut s’en débarrasser… définitivement.
Comme de juste , le brave homme part en voyage et la mégère se frotte les mains…elle va en profiter.
Elle affiche un sourire qui ne trompe personne et surtout pas Natasha à qui elle fait croire qu’elle va lui coudre une chemise. Ah, mais ! zut et flûte, c’est pas de chance, elle n’a plus ni fil ni aiguille ! Il faut donc que la gamine, si elle veut sa chemise, aille en chercher chez sa sœur.
Mais tout le monde sait bien que sa sœur, c’est la terrible Baba Yaga.
Natasha n’ose pas refuser, mais elle passe d’abord chez sa tante, la sœur de sa mère, pour lui demander conseil.
« Il faut y aller, dit la tante, mais prends avec toi  ce ruban, cette burette, ce pain et ce morceau de lard ; ils te seront utiles."
Un peu réconfortée mais pas tant que ça, la gamine se met en route. Elle marche, elle marche… longtemps… enfin, au fond des bois apparaît l’étrange maison, qui se déplace sur des pattes de poulet, de l’horrible sorcière. A l’intérieur, Baba Yaga, si maigre qu’on la surnomme Jambe d’Os est occupée à tisser.
Poliment, Natasha la salue et lui dit ce qui l’amène.
« C’est bien facile, dit Baba Yaga, je vais te chercher ça. En attendant, tisse à ma place. »
Natasha docile, s’installe devant le métier.
Mais Baba Yaga ne va chercher ni fil ni aiguille ; elle se rend dans la cuisine et dit à sa servante de faire chauffer de l’eau pour y mettre à bouillir sa nièce qu’elle va manger en pot au feu, et d’ailleurs, elle va au potager chercher des herbes et des légumes pour améliorer le bouillon. « Elle est bien grasse et j’ai faim, ricane-t-elle ! »
Avant de partir, elle lance à sa nièce : « Ne bouge pas, ma servante va s’occuper de toi ! » Et son rire est si terrible que Natasha est toute tremblante. Un pressentiment la pousse à détacher le foulard qu’elle porte sur ses cheveux et à l’offrir à la femme qui vient la chercher, et qui, ravie, dévoile à la jeune fille l’horrible projet de la sorcière. Natasha  veut se sauver, mais impossible, si Baba Yaga n’entend plus le bruit du métier à tisser,  elle va revenir….
Le chat qui dormait devant le poêle, ouvre un œil : « Et à moi, me donnerais-tu quelque chose ? » Natasha lui donne le morceau de lard. « Merci, dit le chat, sauve-toi, je vais tisser à ta place. » Mais prends ce peigne et ce torchon ; BabaYaga va te poursuivre et tu en auras besoin.
Elle prend le peigne et le torchon et se sauve en courant. Mais en traversant la cour, deux chiens grognent en lui montrant des crocs bien solides ; elle leur offre la miche de pain et les chiens la laissent passer. Mais c’est alors la porte qui refuse de s’ouvrir. Natasha sort sa burette et graisse la serrure ; les deux battants s’ouvrent tout grands. Puis un bouleau penché sur le chemin lui griffe le visage ; elle attache les branches autour du tronc avec le ruban.
Pendant ce temps, Baba Yaga revenait du potager et entrait dans la cuisine pour voir ce que devenait son pot-au-feu. Devant l’eau froide et le poêle éteint, elle secoue sa servante. Elle a faim !  Jamais sa nièce ne sera cuite à temps !
« Elle m’a donné son beau foulard, alors que vous ne me donnez jamais rien sauf des coups et des injures, alors je l’ai laissée tranquille ! »
Folle de rage, Baba Yaga va chercher sa nièce qu’elle entend tisser, mais horreur ! c’est le chat qui est au métier et il a fait le sien de métier, le chat, les fils sont tout emmêlés, ce qui est tissé est tout griffé.
« Que fais-tu là, malfaisant ! Et où est ma nièce ? »
« Elle est partie ! »
« Partie ? Comment ça partie ? pourquoi l’as-tu laissée filer ? »
« Parce que vous ne me donnez jamais rien, que des coups de balais. Elle, elle m’a donné un beau morceau de lard, alors je l’ai laissée partir ! »
Baba Yaga, se précipite dans la cour, donne des coups de pied aux chiens qui montrent les crocs et disent : « Nous l’avons laissée partir car elle nous a donné du pain et pas des coups de pied, elle ! »
La sorcière secoue la porte : «  Pourquoi t’es-tu ouverte ? »
« Parce qu’elle a graissé ma serrure que tu laissais rouiller ! »
« Et toi, bon à rien de bouleau, pourquoi l’as-tu laissée passer ? »
« Parce que tu ne sais que couper mes branches pour en faire des balais, alors qu’elle, les attachées avec ce joli ruban ! »
Alors Baba Yaga, complètement hors d’elle-même, monte dans son mortier et à grands coups de pilon se lance à la poursuite de Natasha. 
Pendant ce temps, la jeune fille l’oreille collée au sol, entend la sorcière qui se rapproche ; elle jette le torchon sur le sol qui, aussitôt se creuse en un fleuve large, profond, impétueux , plein de remous impréviibles.
Baba Yaga  trépigne et retourne chez elle ; elle revient avec deux bœufs et leur fait boire le fleuve jusqu’à la dernière goutte. Puis elle reprend sa course et va bientôt rattraper Natasha qui lance derrière elle le peigne qu’elle avait gardé. Alors une forêt s’élève, touffue, sombre, effrayante, encombrée de ronces. La sorcière cette fois tout à fait enragée, de ses fortes dents blanches et aiguisées comme des crocs, s’emploie à ronger les troncs, à mâcher la broussaille, mais en vain, plus elle mâche, plus elle ronge, plus le maquis repousse. Dépitée, il ne lui reste qu’à rentrer, affamée, dans sa maison aux pattes de poulet..
Pendant ce temps, le père de Natasha est rentré chez lui ; ne voyant pas sa fille, il demande où elle est.
« Elle est allée voir sa tante, dit la marâtre. »
Mais voici que Natasha arrive en courant encore tout essoufflée de la poursuite.
« D’où viens-tu dit le père ? »
« Ah, mon père ! ma mère m’a envoyée chercher du fil et une aiguille chez la Baba Yaga qui a voulu me faire cuire ! »
Et Natasha raconte son aventure.

Le père furieux prend son fusil et tue la mégère.
Natasha est vengée, mais... prenez garde! Baba Yaga court toujours....

Amis conteuses et conteurs, vous allez sans doute me dire que j'enfonce une porte ouverte, mais bon, pour moi c'était nouveau. J...