dimanche 2 septembre 2012

Sophie ! et Dieu dans tout çà ?



C’est tout de même plus facile avec  Jeanne d’Arc, me lance-t-on à la cantonade tandis que je geins en tentant de faire péniblement germer quelques idées sur le sujet.
Mais Jeanne d’Arc, même si l’on raconte aux enfants sa vie et ses dialogues avec les saints et les anges, n’a pas fait œuvre littéraire…
Trêve de plaisanteries…. Quel rapport pouvait avoir avec Dieu une femme dont la conversion à la religion catholique fut aussi violente ?
Rappelons les faits : Sophie Rostopchine, fraîche et rose adolescente, se laisse surprendre par un orage. Elle s’abrite sous un kiosque. Un jeune officier danois, bien fait de sa personne, a la même idée. Les jeunes gens se regardent, plaisantent, rient, manifestement se plaisent ; ils ne flirtent même pas, nous sommes au XIX° siècle dans un monde prude et policé. Mais ils sont vus ! Par une vieille grincheuse qui va rapporter la chose à Catherine Rostopchine, la rigoureuse mère de la jeune évaporée.
Pain bénit pour Catherine dont c’est la nourriture favorite ! Endoctrinée par les Jésuites réfugiés en Russie pendant la Révolution , férue de culture française et amie de Joseph de Maistre, l’épouse de Fédor Rostopchine, ministre et conseiller du Tsar, méprise la religion orthodoxe, comme la culture Russe dans son ensemble. Elle poursuit inlassablement un but : faire de ses enfants de bons catholiques.
L’orthodoxie est religion d’état ; le général-comte Rostopchine entre moyennement, voire pas du tout dans les vues de son épouse et les enfants obéissent à leur père. Mais Sophie, qui a pour sa mère une admiration inconditionnelle et qui ne sait par quels moyens obtenir son approbation et son amour, est une proie rêvée.  Or, que voici des circonstances favorables !
Sophie est tancée, sermonnée, menacée de l’opprobre en ce monde et de la damnation éternelle dans l’autre. On lui démontre l’énormité de son inconduite, de son pêché. La pauvre innocente de quinze ans ne comprend rien à ce qu’on lui reproche : elle a ri, parlé avec un jeune homme et n’a cru rien faire de répréhensible.  Elle est punie, enfermée dans sa chambre. Catherine lui envoie son confesseur qui montre à la pauvre Sophie le chemin du vice sur lequel elle est en train de s’engager. L’adolescente est encore totalement ignorante des choses de l’amour et plus encore du sexe. Elle entrevoit des abîmes de perversion dont elle n’avait jusqu’alors aucune idée et qui l’affolent d’autant plus qu’elle s’en croit totalement incapable.  Elle voit l’Enfer s’ouvrir devant elle… elle sera damnée à cause d’une averse et d’un jeune homme aimable et courtois. Bouleversé, elle pleure et refuse de s’alimenter ; elle veut mourir ou obtenir son pardon.
Mais Catherine le lui fait savoir, seule sa conversion lui vaudra le salut dont dépend ce pardon. Donc pour sauver son âme, il lui faut trahir la religion de son père. Quel choix dramatique pour une adolescente ; une adolescente en mal de l’amour des siens, de l’amour de sa mère surtout.
Fédor est absent… Catherine sait bien ce qu’elle fait. Sophie enfermée, sans soutien autre que les sermons du confesseur, se laisse mourir. Sa sœur aînée, Natacha, intercède auprès de la mère inflexible : pas de pardon sans conversion. Alors Sophie finit par préférer affronter plus tard la colère de son père à une mort romantique certes, mais un peu définitive pour une personne dotée de sa vitalité. Sophie sera catholique… On sait à quel point cette conversion pèsera sur son destin, en la coupant de ses racines Russes et en l’obligeant à un mariage français.
Sophie Rostopchine ou Sophie de Ségur, orthodoxe ou catholique, elle est née dans un siècle et dans un milieu où les devoirs religieux ne pouvaient être remis en question. On allait à la messe, on éduquait ses enfants de façon chrétienne et c’est ce qu’elle  fait. Toute l’œuvre de la Comtesse de Ségur témoigne du bien fondé de l’amour de Dieu et de la crainte du pêché.  Elle n’a pas hésité à récrire la Bible et les Evangiles pour les mettre à la portée des enfants et de manière fort bien pensée.
Mais quelle était sa foi ? Convertie pour plaire à sa mère ; pieuse jusqu’à se faire religieuse pour l’amour de Gaston son fils bien-aimé, lui-même pieux au point d’affronter le scandale de son renoncement à ses droits et devoirs de fils aîné de la famille. Comment Sophie de Ségur , jeune femme joyeuse, sensuelle,  à l’intelligence formée par le Siècle des Lumières, supportait-elle les contraintes imposées par la morale religieuse de son temps. Mal, si l’on se réfère aux étranges maladies récurrentes dont elle souffrit  longtemps. Maladies dont on connaît mieux les symptômes que les origines vraisemblablement psychosomatiques. Des troubles dont elle n’est sortie que par l’écriture et le succès de son œuvre. Œuvre dans laquelle elle exhorte à la piété ; dans laquelle il n’est souvent de rédemption que dans l’amour de Dieu…. A quelques exceptions près.
Cadichon tout d’abord : un âne qui semble inspiré de celui d’Apulée, qui lui aussi racontait ses mémoires ? moins innocentes que celle du « bourri » percheron. Cadichon  dont elle proteste auprès de son éditeur qu’elle n’a pas voulu faire « un âne chrétien » !
Charles Mc Lance, le « Bon Petit Diable » dont les exploits ne sont pas sans rappeler ceux de la jeune Sophie et ses malheurs. Charles ne s’amende que pour l’amour de Juliette aveugle comme Gaston.
Et puis et surtout, Gaspard ! Gaspard l’incroyant, le matérialiste, l’arriviste dont le manque de cœur et de foi n’empêchent pas la réussite sociale. Gaspard qui ne se convertira que pour complaire à Minna dont il est amoureux.
Il y a là trois échappées qui donnent à penser ,  non sur la sincérité de la pratique religieuse de la Comtesse de Ségur, elle avait en elle-même assez de cœur, de générosité pour pratiquer les vertus chrétiennes même si elle les avait ignorées. Mais on peut se demander ce qu’elle aurait répondu si, placée dans un autre temps et un autre contexte, on lui avait posé la question :
Et Dieu dans tout ça ?


2 commentaires:

manouche a dit…

Pour moi Dieu est partout sauf dans les dogmes quels qu'ils soient !!

almanachronique a dit…

Bien d'accord avec toi Manouche.
Ca me rappelle le catéchisme; une des questions était : "Où est Dieu?"
et la réponse: "Dieu est au ciel, sur la terre, partout."
Mais nous n'avions pas l'âge de lire St Augustin...

Amis conteuses et conteurs, vous allez sans doute me dire que j'enfonce une porte ouverte, mais bon, pour moi c'était nouveau. J...