lundi 17 septembre 2012

Quel métier!


A la Saint-Firmin
L’hiver est en chemin
Le maréchal-ferrant

Héphaïstos était boiteux et mon cheval aussi. Mais il était également habile artisan (Héphaïstos , pas le cheval !). Aussi, ceux qui font métier du métal et du feu sont pour la plupart ses dignes successeurs.
C’est ainsi qu’au temps des chevaux, toutes les six semaines, au petit matin, on voyait arriver la fourgonnette d’où sortait la forge portative de notre Héphaïstos et de son cyclope ; un cyclope à deux yeux, soyons modernes.
Héphaïstos se nommait, se nomme toujours grâce à Dieu, Monsieur Renard. Il venait du Perche et commençait toujours sa tournée par nos chevaux qui étaient les plus matinaux de ses clients. Il ferrait presque tous ceux du canton et entre cavaliers le mot passait : dès que l’un d’entre nous perdait un fer, ou plutôt, car les ferrures de Monsieur Renard étaient costaudes, quand le sabot devenait trop long et que les clous commençaient à sortir, il prévenait aussitôt les voisins de façon que notre maréchal ne se déplace pas pour rien.
Ils arrivaient donc au petit matin, l’installation bloquant le passage du bus qu’attendaient les quatre ou cinq enfants en partance pour l’école, à leur plus grande joie. Ils sortaient les outils et passaient le tablier de cuir avant de commencer les opérations.
Impressionnantes dans la nuit d’hiver ou dans la brume d’automne, les flammes et la fumée de la forge ; joyeux les coups de marteau sonnant clair à toute volée sur les fers chauffés au rouge.
Les chevaux attendaient benoîtement leur tour, mollement attachés à un piquet planté dans la haie d’aubépine aux grappes rouges. Ils levaient docilement un pied après l’autre ; le gros Pégason se laissant porter de toute sa tendresse et  son poids dans la lanière de cuir passée au cou de Monsieur Hue (le Cyclope). Ca sentait bon la corne chaude et le crottin ; les enfants regardaient, curieux. Aucun d’entre eux n’étant épileptique, Héphaïstos n’eut jamais à exercer le don particulier fait aux forgerons du pouvoir de guérir cette maladie, en étendant l’enfant sur l’enclume (froide, je suppose) ; Il fallait ensuite brandir au dessus du patient le marteau guérisseur.
Si on lui avait parlé de cette, croyance, sans doute ça l’aurait fait rigoler, Monsieur Renard. Mais ce qu’il guérissait bien en tout cas, c’était les pieds du boiteux ; plaques, talonnettes, coussins de mousse ou parfois rien, chaque ferrure était particulière. Et ce cheval, dont j’aurais du me défaire en raison de cette boiterie intermittente, causée (pardon à ceux qui ne sont ni cavaliers ni vétérinaires) par une ostéoarthrose des antérieurs, ce cheval n’a plus jamais boité sauf quand, pour une raison ou pour une autre, il n’était pas ferré par Monsieur Renard, ce bon Héphaïstos qui le chaussait  aussi bien que les meilleurs étalons du Haras du Pin où il enseignait son métier.
Depuis quelques années, il ne vient plus ici. Les deux chevaux galopent à présent dans les pâturages éternels…. De temps à autre, Monsieur Renard de passage dans les environs, nous envoie le bonjour….




2 commentaires:

manouche a dit…

Encore dans le nez l'odeur de la corne brûlée...

anne des ocreries a dit…

Mon Héphaïstos, heureusement, n'est pas boiteux, et est quand même habile artisan ! il vient même de remettre un siège à ma voiture, je vais bientôt vérifier mes harnais, ça sent des choses bien plaisantes par cheux nous ! :)

Amis conteuses et conteurs, vous allez sans doute me dire que j'enfonce une porte ouverte, mais bon, pour moi c'était nouveau. J...