jeudi 20 septembre 2012

Les séparés


N'écris pas! Je suis triste, et je voudrais m'éteindre;
Les beaux étés, sans toi, c'est l'amour sans flambeau.
J'ai refermé mes bras qui ne peuvent t'atteindre;
Et, frapper à mon coeur, c'est frapper au tombeau.
N'écris pas!

N'écris pas! N'apprenons qu'à mourir à nous-mêmes;
Ne demande qu'à Dieu... qu'à toi si je t'aimais.
Au fond de ton silence écouter que tu m'aimes,
C'est entendre le ciel sans y monter jamais.
N'écris pas!

N'écris pas! Je te crains; j'ai peur de ma mémoire;
Elle a gardé ta voix qui m'appelle souvent.
Ne montre pas l'eau vive à qui ne peut la boire.
Une chère écriture est un portrait vivant.
N'écris pas!

N'écris pas ces deux mots que je n'ose plus lire.
Il semble que ta voix les répand sur mon coeur,
Que je les vois briller à travers ton sourire;
il semble qu'un baiser les empreint sur mon coeur.
N'écris pas!

Marceline DESBORDES - VALMORE

2 commentaires:

Jeanmi a dit…

Dois-je quand-même écrire que je trouve ce poème très beau ?

almanachronique a dit…

Ce n'était pas une injonction... il est magnifique ce poème...

Rimes à rien...

Que deviendra Arsinoë la Belle quand le sort l'enverra loin de son élément? Son avenir sera celui de la lentille qui se veut papillon...