mardi 4 septembre 2012

Hephaïstos



Aux mois qui s’écrivent avec un R
Il faut mettre de l’eau dans son verre


On dit de Septembre qu’il est le mois de Vulcain, de l’ange Uriel qui gardait le tombeau du Christ et du démon Thanuz, inventeur de l’artillerie.
Ni ange ni démon, Vulcain était un dieu-forgeron latin. On l’assimila plus tard au grec Héphaïstos dont le culte a pris naissance dans l’île de Lemnos. Il  émigrera plus tard vers l’Attique, puis en Sicile.
Personnification du feu terrestre et des volcans, Héphaïstos était fils d’Héra ;  je dis Héra car les avis divergent au sujet de la participation ou non de Zeus dans la fabrication de cet enfant mal-aimé.
Pas aimé du tout même, puisqu’à sa naissance, sa mère le trouva si laid, que d’un geste désinvolte, elle le précipita du haut de l’Olympe.
Ce sont deux nymphes compatissantes,Thétys et Eurynomé qui recueillirent  le petit  que la chute avait rendu boiteux d’une jambe. Elles l’ont adopté et élevé dans leur grotte sous-marine où il restera neuf ans.
Neuf années pendant lesquelles il apprendra tous les métiers du métal et du feu : la forge, l’orfèvrerie, la joaillerie, et  aussi la magie sans laquelle on ne peut venir à bout de faire fonctionner les plus ingénieuses mécaniques, car il était habile aussi à fabriquer des automates. Puis vint le temps pour lui de rejoindre ses semblables. Il s’illustra d’abord en délivrant son père de la plus effroyable des migraines. Le crâne de Zeus était si douloureux  que le jeune dieu, le sachant immortel, n’hésita pas ; d’un habile coup de hache, il y ouvrit une large fente. La cause du mal, Athéna casquée et armée, en sortit au grand soulagement du Maître de l’Olympe.
Il lui restait à se faire aimer de cette mère qui l’avait rejeté ; dans chaque querelle qui l’opposait à son divin époux – et elles étaient nombreuses- Héphaîstos prenait bravement son parti. Il ne réussit hélas qu’à exaspérer le roi des dieux qui finit par entrer dans une colère telle qu’un jour, il attrapa ce  fils contrariant par un pied, le fit tournoyer tel un caillou dans une fronde et le balança à travers l’espace. Sur sa lancée, le pauvre Héphaïstos tourna, tourna, tourna pendant un jour entier, et c’est à moitié mort, qu’il tomba sur l’île de Lemnos, son autre jambe  brisée. Secouru par les habitants, il y installa sa demeure dans les profondeurs de la terre.
Désormais doté d’une démarche en zig zag qui prouve aux  dieux malicieux que ce boiteux est bien le fils du maître du tonnerre et des éclairs. Cette plaisanterie déclencha chez les immortels le rire qu’Homère a chanté.
Héphaïstos, blessé, se jure qu’il aura sa revanche. En attendant, il retourne à ses forges. C’est là qu’il faut le voire s’activer, entouré des effrayants et gigantesque Cyclopes, leur œil unique roulant dans son orbite. Les ouvriers formidables attisent la flamme d’au moins vingt gigantesques soufflets, frappent sur des enclumes dans un vacarme assourdissant. La maître au torse puissant, velu, à peine recouvert d’un chiton en lambeaux dominant ses misérables petites jambes torses, son visage cuivré recouvert de sueur, la tête coiffée du bonnet conique des forgerons dirige les travaux. Voilà, l’artisan des dieux qui fabrique pour eux des armes, des ornements, des automates mais aussi les murs de palais faits d’or et d’airain.  Il donne à Pluton le casque qui rend invincible, le trident à Neptune, des flèches à Artémis et Apollon. Il ne s’oublie pas et pour compenser son infirmité,  se fabrique une paire de béquilles étonnantes : toutes en or, elles ont la forme de jeunes filles, sur lesquelles il peut se reposer. Sa demeure est faite d’un airain éclatant et incorruptible. Son trône est d’or et de pierreries. Il va offrir le même à sa mère.
Le même ? Pas exactement. Héra flattée d’avoir reçu un trône plus riche encore que celui de son époux s’y est majestueusement installée. Malheureusement, quand elle veut se lever,  c’est une autre affaire. Mécanismes ingénieux ? Magie ? Toujours est-il qu’elle ne peut le quitter.
Combien de temps est-elle restée prisonnière, écumant de rage, sous l’œil ironique de Zeus,   humiliée, assourdie par le rire de plus en plus homérique de tout l’Olympe.
Quand ils eurent assez ri, les dieux convinrent qu’il était temps de la délivrer et partirent en ambassade chez Héphaïstos.  Il les reçut assis sur son trône. Il avait changé son vilain chiton pour une tunique de lin immaculé, son visage était rafraîchi et ses cheveux délivrés du bonnet de forgeron, bouclaient sur ses épaules. Appuyé sur ses nymphes d’or, il était majestueux et presque beau. On oubliait l’infirme. Il  refusa tout net de libérer sa mère.
Les dieux navrés, retournèrent sur l’Olympe. Arès le belliqueux, toutes armes déployées, descendit dans les forges, bien résolu à faire céder l’entêté, par la force s’il le fallait. Le forgeron et ses Cyclopes lui envoyèrent  une telle volée de tisons enflammés  qu’il dut battre en retraite.
Dionysos à son tour s’en fut à Lemnos suivi d’un âne chargé d’outres de vin. Tout ce feu , toute cette chaleur, donnent soif et le forgeron sans méfiance, accepta le cadeau. Dionysos le fit boire et quand il fut bien ivre, l’arrima sans aucun mal sur le baudet .C’est dans cet  équipage peu glorieux qu’Héphaïstos remonta sur l’Olympe.
Ce n’est pas tout de ramener l’auteur du piège, encore faut-il le décider à délivrer Héra.
Les négociations commencèrent : elles furent âpres et longues. Héphaïstos le mal-aimé voulait une reconnaissance à la mesure des blessures qui lui avaient été infligées.
Après avoir du le proclamer dieu du feu et des volcans, il fallut à Zeus l’admettre aussi parmi les douze grands immortels.
Ce n’était pas assez : le plus laid de l’Olympe exigea la plus belle. Il obtint pour épouse, la merveilleuse, l’incomparable Aphrodite.

Illustration : Arcimboldo "Le feu"

3 commentaires:

manouche a dit…

Oui, madame je met de l'eau dans mon verre quelle que soit la saison, mais c'est un verre de Bordeaux. Je mouche les intégristes qui me traitent de "criminelle" en leur rappelant les usages à Rome; les snobs capitulent...
A ta santé ma chère!

almanachronique a dit…

MAIIIIIIIS!!!!
Tu mets quand même pas de l'eau dans du Bordeaux?????
A Rome ce qu'ils buvaient, une cuiller pouvait tenir debout dans le verre (ou la coupe comme tu veux).
Au Moyen-Age aussi on coupait le vin, mais c'était de la piquette...
Je bois de l'eau souvent, du vin rarement mais du très bon et je mélange pas. Il ne faut pas couper de la bonne eau avec du mauvais vin... ni l'inverse...

manouche a dit…

On fait comme on aime, na !!

Amis conteuses et conteurs, vous allez sans doute me dire que j'enfonce une porte ouverte, mais bon, pour moi c'était nouveau. J...