dimanche 29 juillet 2012

L’ANE





Jéricho des Ocreries


Extrait du dictionnaire du Zoodiac :

ANE—Signe de Bois (surtout la tête),  gouverné par la folle planète Avoine.
Les natifs de l’Ane sont peu enclins à changer d’avis ; ils ont généralement l’ouïe fine et le pied sûr.
Si vous collaborez avec un natif de ce signe, préférez la carotte au bâton ; l’Ane se butte facilement…

De même qu’il est difficile d’imaginer Saint Nicolas sans Père Fouettard, il est malaisé de l’envisager sans son âne. L’âne, ce gentil compagnon aux yeux aussi tendres que ses oreilles sont longues ; l’âne qu’on dit têtu parce que trop intelligent. Son poil est plus doux que son chant d’amour…
Mais qui mieux que Francis Jammes a su parler des ânes ? Je lui laisse la parole :

Prière pour aller au Paradis avec les ânes

Lorsqu’ il faudra aller vers vous, ô mon Dieu faites
que ce soit par un jour où la campagne en fête
poudroiera. Je désire, ainsi que je fis ici-bas,
choisir un chemin pour aller, comme il me plaira,
au Paradis, où sont en plein jour les étoiles.
Je prendrai mon bâton et sur la grand route
j’irai, et je dirai aux ânes, mes amis :
Je suis Francis Jammes et je vais au Paradis,
car il n’y a pas d’enfer au pays du Bon-Dieu.
Je leur dirai : « Venez, doux amis du ciel bleu,
pauvres bêtes chéries qui, d’un brusque mouvement d’oreille,
chassez les mouches plates, les coups et les abeilles… »

Que je Vous apparaisse au milieu de ces bêtes
que j’aime tant parce qu’elles baissent la tête
doucement, et s’arrêtent en joignant leurs petits pieds
d’une façon bien douce et qui vous fait pitié.
J’arriverai suivi de leurs milliers d’oreilles,
suivi de ceux qui portèrent au flanc des corbeilles,
de ceux traînant des voitures de saltimbanques
ou des voitures de plumeaux et de fer-blanc,
de ceux qui ont au dos des bidons bossués,
des ânesses pleines comme des outres, aux pas cassés,
de ceux à qui l’on met de petits pantalons
à cause des plaies bleues et suintantes que font
les mouches entêtées qui s’y groupent en ronds.
Mon Dieu, faites qu’avec ces ânes je Vous vienne.
Faites que, dans la paix, des anges nous conduisent
vers des ruisseaux touffus où tremblent des cerises
lisses comme la chair qui rit des jeunes filles,
et faites que, penché dans ce séjour des âmes,
sur vos divines eaux, je sois pareil aux ânes
qui mireront leur humble et douce pauvreté
à la limpidité de l’amour éternel.


Cette rubrique serait incomplète si l’on omettait de mentionner l’Ane à trois pattes, monstre bénéfique auxiliaire d’Ahura Mazda, dont le crottin est d’ambre et que signale JL Borges dans son « Livre des Etres Imaginaires »-

 "De l'Ane à Trois Pattes on dit qu'il est au milieu de l'Océan et que trois est le nombre de ses sabots et six celui de ses yeux et neuf celui de ses bouches et deux celui de ses oreilles et un celui de sa corne. Son pelage est blanc, sa nourriture est spirituelle et tout son être est juste. Et deux des six yeux sont à la place des yeux et deux à la pointe de la tête et deux à la nuque; avec la pénétration de ses six yeux il soumet et détruit.
Des neuf bouches, trois sont dans la tête et trois à l'intérieur des flancs... chaque sabot, mis par terre, couvre la place d'un troupeau de mille brebis, et sous l'ergot            peuvent manoeuvrer jusqu'à mille cavaliers. Quant aux oreilles, elles sont capables de             couvrir Mazandéran (nord de la Perse). La corne est comme en or et creuse, et mille             ramifications lui ont poussé. Avec cette corne il vaincra et dissipera toutes les       corruptions des méchants."



jeudi 19 juillet 2012

Courrier du coeur


Chaud à la Saint-Joseph
Fera l’été bref.


De Victor Hugo à Léonie Briard


 «  Samedi – trois heures du matin.
Je rentre. J’ai ta lettre. Cette douce lettre, je l’avais lue aujourd’hui dans tes yeux. Que tu étais belle tantôt aux Tuileries sous ce ciel de printemps, sous ces arbres verts, avec ces lilas en fleurs au-dessus de ta tête. Toute cette nature semblait faire une fête autour de toi. Vois-tu, mon ange, les arbres et les fleurs te connaissent et te saluent. Tu es reine dans ce monde charmant des choses qui embaument et qui s’épanouissent comme tu es reine dans mon coeur.
Oui, j’avais lu dans tes yeux ravissants cette lettre exquise, délicate et tendre que je relis ce soir avec tant de bonheur, ce que ta plume écrit si bien, ton regard adorable le dit avec un charme qui m’enivre. Comme j’étais fier en te voyant si belle! Comme j’étais heureux en te voyant si tendre!
Voici une fleur que j’ai cueillie pour toi. Elle t’arrivera fanée, mais parfumée encore; doux emblème de l’amour dans la vieillesse. Garde-la; tu me la montreras dans trente ans.
Dans trente ans tu seras belle encore, dans trente ans je serai encore amoureux. Nous nous aimerons, n’est-ce pas, mon ange, comme aujourd’hui, et nous remercierons Dieu à genoux.
Hélas! Toute la journée de demain dimanche sans te voir ! Tu ne me seras rendue que lundi. Que vais-je faire d’ici là ? Penser à toi, t’aimer, t’envoyer mon coeur et mon âme. Oh! de ton côté sois à moi! à lundi! — à toujours !  »

mardi 17 juillet 2012

Wichikapache


La tribu campait toujours en cercle et au milieu du cercle il y avait une place appelée Hocoka, le centre.
Avant que le peuple ne partit en guerre, le prophète, ou le saint, construisait son tipi à l'écart, et seul, assis là, plongeait dans le futur et avait la vision de toutes les choses à venir. Le peuple lui apportait des offrandes et il fabriquait des emblèmes sacrés et des fétiches pour le protéger dans la bataille.
Alors, avant d'envoyer des éclaireurs, les guerriers se rassemblaient au centre du camp, s'asseyaient en cercle et attendaient le prophète. Celui-ci arrivait en chantant un chant sacré, répartissait entre les guerriers les fétiches qu'il avait faits et révélait à chacun son destin.
Voici les paroles du chant prophétique. Dans la dernière partie du chant dont les sons nous semblent dépourvus de sens,il disait à chaque guerrier le sort qui l'attendait dans la bataille. Ce chant était entonné quand la tribu partait en guerre, juste avant que les éclaireurs ne fussent envoyés à la recherche de l'ennemi.

CHANT DU PROPHETE

Dans ce cercle, 
O vous, guerriers
Voici, je dis
A chacun son futur.
Tout sera
Comme je le révèle maintenant
Dans ce cercle;
Vous, écoutez!


dimanche 15 juillet 2012

Christine


Une étoile d'or là-bas illumine
Le bleu de la nuit, derrière les monts.
La lune blanchit la verte colline:
-Pourquoi pleures-tu, petite Christine?
Il est tard, dormons.

-Mon fiancé dort sous la noire terre,
Dans la froide tombe il rêve de nous.
Laissez-moi pleurer, ma peine est amère
Laissez-moi gémir et veiller, ma mère:
Les pleurs me sont doux.

La mère repose, et Christine pleure,
Immobile auprès de l'âtre noirci.
Au long tintement de la douzième heure,
Un doigt léger frappe à l'humble demeure:
-Qui donc vient ici?

-Tire le verrou, Christine, ouvre vite:
C'est ton jeune ami, c'est ton fiancé.
Un suaire étroit à peine m'abrite;
J'ai quitté pour toi, ma chère petite,
Mon tombeau glacé.

Et coeur contre coeur tous deux ils s'unissent.
Chaque baiser dure une éternité:
Les baisers d'amour jamais ne finissent.
Ils causent longtemps, mais les heures glissent,
Le coq a chanté.

Le coq a chanté, voici l'aube claire
L'étoile s'éteint, le ciel est d'argent.
-Adieu, mon amour, souviens-toi, ma chère!
Les morts vont rentrer dans la noire terre,
Jusqu'au jugement.

- O mon fiance, souffres-tu, dit-elle,
Quand le vent d'hiver gémit dans les bois,
Quand la froide pluie aux tombeaux ruisselle?
Pauvre ami, couché dans l'ombre éternelle,
Entends-tu ma voix?

Au rire joyeux de ta lèvre rose,
Mieux qu'au soleil d'or le pré rougissant,
Mon cercueil s'emplit de feuilles de rose;
Mais tes pleurs amers dans ma tombe close
Font pleuvoir du sang.

Ne pleures jamais! Ici-bas tout cesse,
Mais le vrai bonheur nous attend au ciel.
Si tu m'as aimé, garde ma promesse:
Dieu nous rendra tout, amour et jeunesse,
Au jour éternel.

- Non! Je t'ai donné ma foi virginale;
Pour me suivre aussi, ne mourrais-tu pas?
Non! je veux dormir ma nuit nuptiale,
Blanche, à tes côtés, sous la lune pâle,
Morte entre tes bras!

Lui ne répond rien. Il marche et la guide.
A l'horizon bleu le soleil paraît.
Ils hâtent alors leur course rapide,
Et vont, traversant sur la mousse humide
La longue forêt.

Voici les pins noirs du vieux cimetière;
- Adieu, quitte-moi, reprends ton chemin;
Mon unique amour, entends ma prière!
Mais elle au tombeau descend la première,
Et lui tend la main.

Et, depuis ce jour, sous la croix de cuivre,
Dans la même tombe ils dorment tous deux.
O sommeil divin dont le charme enivre!
Ils aiment toujours. Heureux qui peut vivre
Et mourir comme eux.

Charles-Marie LECONTE DE LISLE

vendredi 6 juillet 2012

MARCEL MOULOUDJI - LE TEMPS DES CERISES + LYRICS

Quand j'ai eu dix ans...


... j'ai regardé la terre et les rivières, le ciel au-dessus et les animaux qui m'entouraient, et je n'ai pu m'empêcher de ressentir qu'ils étaient l'oeuvre d'un pouvoir supérieur. J'étais si soucieux de comprendre ce pouvoir que j'interrogeai les arbres et les buissons. Il me semblait que les fleurs me regardaient fixement et je voulais leur demander:"Qui vous a faites?" je tournai mes yeux vers les pierres couvertes de mousse; certaines semblaient avoir des traits humains, mais elles n'ont pu me répondre. Puis j'ai fat un rêve et dans ce rêve une des petites pierres rondes m'est apparue et m'a dit que le créateur de toute chose était Wakan Tanka et qu'afin de l'honorer, je devais honorer son oeuvre dans la nature. La pierre dit que par ma quête je m'étais montré digen d'une aide surnaturelle. Elle dit que si je venais à soigner une personne malade, je pourrais lui demander assistance et que toutes les forces de la neture m'aideraient à guérir.
Il est significatif que certaines pierres ne soient pas enfouies dans le sol, mais perchées au sommet de hautes buttes. Comme le soleil et la lune, ces pierres sont rondes et nous savons que toutes les choses rondes ont un lien entre elles. Les choses qui sont semblables par leur nature tendent dans leur évolution à se ressembler, et ces pierres sont restées longtemps ici, face au soleil. Beaucoup de pierres ou galets sont façonnés par le courant d'une rivière, mais ces pierres ont étté trouvées loin de l'eau et n'ont été exposées qu'au soleil et au vent. La terre renferme plusieurs milliers de telles pierres cachées sous sa surface. On raconte que l'Oiseau-Tonnerre est lié avec ces pierres et que quand un homme ou un animal doit être puni, l'Oiseau-Tonnerre s'abat sur lui. S'il était possible de suivre la course de l'éclair, on trouverait une de ces pierres enfoncées dans la terre. Certains croient que ces pierres descendent avec l'éclair: moi je crois qu'elles sont à la surface et que la foudre les projette vers le bas. Toute ma vie je suis resté fidèle aux pierres sacrées. J'au vécu en accord avec leurs exigences et elles m'ont assisté dans toutes mes peines. J'ai tenté de me rendre capable, tout seul, de manier ces pierres sacrées aussi bien que possible; mais je sais que je ne suis pas digne de parler à Wakan Tanka. je fais mes demandes aux pierres et elles intercèdent pour moi auprès de lui.

TATANKA-OHITIKA, homme médecine sioux

Amis conteuses et conteurs, vous allez sans doute me dire que j'enfonce une porte ouverte, mais bon, pour moi c'était nouveau. J...