dimanche 25 mars 2012

Opéra -Fantôme( 21)

Lise en rinçant soigneusement ses dentelles, offrait au musicien un spectacle si émouvant qu’il oublia ses doutes ; des arpèges dansaient dans sa tête. Cependant, pour rien au monde, il n’aurait cessé de contempler la jeune fille pour prendre son carnet et noter la mélodie qu’elle lui inspirait. Distraction bien inhabituelle chez Rinaldo pour qui toute émotion devait finir emprisonnée derrière les lignes d’une portée. Finalement, Lise retira son autre bas, s’en servit pour essuyer sa jambe mouillée et s’assit sur l’auge de pierre pour se sécher, les jupes relevées, le visage levé vers le ciel, face au soleil et à Rinaldo qu’elle n’avait pas encore remarqué. Le côté face de Lise valait son côté pile et l’italien, définitivement affolé, fit involontairement de son pied, rouler un silex. Le bruit fit sursauter la jeune fille qui, se redressant, l’aperçut. Elle eut un cri de surprise, se releva d’un bond et enfilant ses sabots, s’avança furieuse vers l’indiscret, lui demandant sans aménité ce qu’il faisait là et ce qu’il voulait.
« Eh bien , se dit-il, le séraphin a du caractère ! »
Arrivés là on pourrait croire que l’aventure est mal engagée ?… Pas du tout ! Rinaldo, œil de velours et langue dorée, sut trouver les mots propres à amadouer Lise et à lui faire trouver naturelle sa présence à la ferme en l’absence de ses parents. Et d’ailleurs, qui aurait pu prévoir qu’elle mettrait le pied dans la rigole à purin, qu’elle devrait quitter ses bas, les sécher, et trouver bien agréable le soleil inattendu de Novembre sur ses jambes nues ? Pas Rinaldo en tout cas qui selon ses explications se trouvait là tout à fait par hasard . Son cheval, voyez-vous, s’était mis à boiter ; il avait un caillou dans le sabot, et lui Rinaldo n’avait sur lui, quelle malchance, ni cure-pied, ni canif et il était venu voir si l’on pourrait lui prêter… Mais bien sur on pouvait…et même, on allait l’aider, tenir le pied du cheval et ensuite, il faudrait la raccompagner jusqu’à sa porte, la remercier, s’excuser encore, discrètement bien entendu pour que Lise n’ait pas à rougir de l’inconvenante tenue dans laquelle il l’avait surprise.
Rinaldo avait le pied à l’étrier, Lise allait rentrer ; aucun des deux n’avait envie de voir l’autre s’en aller. Rinaldo remit pied à terre : si ce n’était pas abuser…pouvait-il faire boire son cheval avant de repartir ?
« Mais bien sûr… Et vous-même ?… Il fait chaud, n’est-ce pas ce matin. »
Et de fil en aiguille, chacun se racontant, avant midi, Rinaldo avait obtenu de la fille ce que Louis n’avait pu arracher au père.

« Et comment s’y prit-elle pour obtenir le consentement de ses parents ? Car elle l’obtint, je présume ? »
Il faisait sombre à présent dans la bibliothèque ; le vitres étaient devenues violettes comme la nuit qui finissait de tomber. Seules, les flammes qui dansaient derrière la vitre du poêle, allongeaient une lueur orangée et mouvante sur le parquet. Marlon en posant sa question, soulevait le couvercle de la théière : elle était vide. Il se leva pour prendre la bouilloire qui vagissait , au chaud sur la plaque de fonte ;
« Pas pour moi, Marlon, merci. Je ne sais pas quelle heure il est, mais je voudrais rentrer avant qu’il fasse tout à fait nuit. Quant à Lise, vous savez, elle était fille unique, très gâtée, et comme elle avait l’habitude d’obtenir à peu près tout ce qu’elle désirait et très envie de revoir Rinaldo, elle sut trouver les arguments propres à convaincre son père.
Mariette consultée et désireuse de voir sa maîtresse occupée ailleurs que dans sa sphère d’activités, ne s’était pas opposée au projet et avait fini par persuader son époux que Lise aurait à faire plus souvent à Rinaldo qu’à Louis. Celui-ci n’avait pas menti ; le spectacle était bien un innocent divertissement destiné à la famille et aux proches voisins… Si le compositeur avait en tête d’autres projets, nul encore ne s’en doutait.

1 commentaire:

manouche a dit…

Ces italiens, irrésistibles à toute époque et en tous lieux!!

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