mercredi 22 février 2012

Nuage d'Avril

Les jours s’allongent et le soleil qui revient me donne l’envie de vous raconter l’histoire de la petite souris qui entendait une musique que les autres n’entendaient pas, mais… vous la connaissez sans doute ? Pourtant, je l’aime tellement cette histoire, et puis, peut-être, certains d’entre vous ne la connaissent pas ? ou l’ont oubliée ?
Allez… je me lance ; la dernière fois que je l’ai entendue raconter, la petite souris s’appelait Nuage d’Avril, mais… appelez-là comme vous voulez quand vous la raconterez à votre tour.
Donc, Nuage d’Avril, du Pays des Souris, entendait une musique qui la ravissait et toujours elle disait aux autres souris : «  Vous entendez ? vous entendez la musique ? »
Et les autres souris qui n’entendaient rien du tout, haussaient leurs épaules de souris et continuaient à vaquer à leurs occupations de souris. Mais Nuage d’Avril insistait et dès qu’elle avait le dos tourné, les vieilles souris disaient : « La pauvre ! elle a des acouphènes ! »
Les jeunes souriceaux rigolaient : « Elle entend des voix, Nuage d’avril ! Dommage qu’il n’y ait pas la guerre… elle délivrerait le pays ! »
Nuage d’Avril le savait mais elle s’en moquait bien ; elle vivait avec sa musique. Et puis un jour, il lui prit l’envie de savoir d’où elle venait, cette musique. Sans rien emporter, elle prit la direction de l’ouest ; il lui semblait que les sons venaient de l’endroit où se couchait le soleil.
Elle trottait menu dans les herbes, contournait cailloux et taupinières et toujours la musique se rapprochait, devenant plus distincte et plus mélodieuse. Enfin, la souris se trouva devant une touffe d’herbes plus haute et plus dense que les autres ; une herbe qui portait des fleurs jaunes, et là… juste derrière, la musique toute proche s’écoulait, cristalline. Elle se faufila entre les grosses tiges de fleurs jaunes, entre les feuilles vertes et coupantes… devant elle, un ruisseau bondissait sur de grosses pierres grises… Oh ! mes amis, mes amours ! un vrai concert  que cette eau fraîche : la petite souris aurait voulu avoir les oreilles de ses copains lapins pour écouter mieux ; ses moustaches frémissaient, sa petite queue serpentait un cadence… que c’était beau… elle aurait voulu danser, s’envoler…
Au milieu du ruisseau, posée sur un gros galet, se prélassait une grenouille ; elle tourna la tête vers Nuage d’Avril et fit : « Côwââ ! »
« Oh, rien du tout , répondit la souris, j’écoutais la musique et je me disais que vous avez bien de la chance de vivre au milieu de tant de beauté. »
-Rien ne t’empêche d’en faire autant, viens me rejoindre.
-Mais… c’est que… je ne sais pas nager !
-Pas besoin de nager, tu n’as qu’à sauter.
-Sauter ? je ne sais pas non plus ;
-Pas difficile, dit en riant la grenouille : tu recules, tu prends ton élan, tu cours et quand tu es sur le bord, une bonne détente de tes pattes arrières, et hop ! tu es à mes côtés !
Nuage d’Avril recula, pris son élan, s’accroupit, détendit ses pattes arrières, prit son envol vers la grenouille et…. Ploufff !!! se retrouva dans le ruisseau…
Quelle tasse !! battant des pattes avant, ramant des pattes arrières, toussant, crachant, la pauvre souris parvint à aborder l’autre rive.
-« Ah, ben dis donc ! grenouille ! en voilà un  conseil ? Je t’avais dit pourtant que je ne savais pas nager… C’est que j’ai failli me noyer, moi !
-Pas grave, répondit en riant la grenouille. Tu ne t’es pas noyée, tu vois bien. Ce n’est pas ton destin !
- Pas mon destin, pas mon destin… et quel est , selon toi mon destin ? »
La grenouille observa la souris, ferma ses gros yeux d’un air pensif… « Ton destin, dit-elle lentement, ton destin à toi est d’aller là-haut, dans ces taches blanches que tu vois sur le soleil.
- Dans les taches blanches du… Mais tu rigoles ? C’est bien trop loin, bien trop haut !
-Oh, mais, tu fais comme tu veux ! Tu es libre… Vas- y , n’y va pas, c’est ton choix. Mais je te le dis, ton destin est là-haut, dans les taches blanches du soleil… mais tu peux aussi bien rentrer chez toi et vivre avec les tiens… qui n’entendent pas la même musique que toi !
Le soleil avait réchauffé Nuage d’Avril, séché chacun de ses poils ; elle remua pensivement ses oreilles et ses moustaches : «  OK, Grenouille ! Tu as sans doute raison… si mon destin est là-bas, je vais y aller ! »
Et trotte menu, trotte petit, la souris prit la direction du soleil. Ce n’était plus désormais le chemin herbeux qui menait au ruisseau ; c’était une plaine aride et caillouteuse, sillonnée d’ornières et de ravines gravées par d’anciennes pluies, torride le jour et glaciale la nuit. Nombres de périls guettaient la fragile petite bête : prédateurs du ciel comme du sol, gourmands et affamés étaient prêts à la croquer. Il lui fallait se cacher , aussi progressait-elle lentement, de plus en plus péniblement et puis, un mauvais jour, tant le soleil que la bise eurent raison de ses forces ; elle tomba inanimée en travers du chemin. Elle aurait fini là son voyage, si une vieille souris établie dans les parages, n’était sortie de chez elle en quête de provisions. Elle ranima l’inconsciente et , tirant, poussant, la ramena dans sa demeure.
La vieille solitaire prit soin de la malade et bientôt, Nuage d’avril retrouva assez de forces pour poursuivre sa quête. « Mais pourquoi, lui dit la souris raisonnable, pourquoi t’exposer encore ? Tu as failli mourir ! N’es-tu pas bien ici ? La maison est confortable, nous avons de quoi manger, nous nous aimons bien… Reste avec moi.
-Je voudrais bien ! Je t’aime beaucoup, mais mon destin n’est pas ici.
-Pas ici ? Mais où est-il alors ce destin qui a failli causer ta perte ? »
Nuage d’Avril montra le couchant : « Il est là-bas, mon destin ! Tu vois ces taches blanches dans le soleil ? C’est là que je dois aller.
- Oh ! soupira la vieille souris…  les taches blanches ! Moi aussi, j’ai voulu y aller… il y a bien longtemps… mais j’ai du renoncer. Non, crois-moi, c’est trop dangereux, trop difficile, reste avec moi.
-Je reviendrai ! Dès que j’aurai atteint les taches blanche, je reviendrai !
La vieille souris poussa un soupir ; elle savait bien que jamais elle ne reverrait Nuage d’Avril. Elle garnit sa musette et la laissa partir.
La petite souris reprit la route, une route toujours aussi périlleuse… interminable. Puis un jour… impossible d’aller plus loin : une masse noire, énorme, laineuse, barrait le chemin ; il fallait la contourner. Alors, trotte petit, trotte menu, se prenant les pattes dans les longs poils feutrés, petite souris contourna , jusqu’à se trouver devant une chose noire, gluante, soufflant comme une forge, une autre chose rouge et  tout aussi gluante sortait de la chose noire et au-dessus, un œil énorme, chassieux à demi caché par une paupière aux longs cils, la regardait. « Ciel ! se dit nuage d’Avril, cette chose énorme est vivante ! … mais, mais c’est… un bison, un bison couché ! Hé, ho ! bison ! ça va ?
-Hé non, ça ne va pas ! tu vois bien !
-Qu’est-ce qui’il t’arrive ?
-Oh, rien de grave ! Je vais mourir !
-Mourir ? Oh, non ! Voyons ! Je peux t’aider…
-Non tu ne peux pas ! Personne ne pourrait…
-Mais pourquoi ?
-Parce que pour m’aider… il faudrait…
-Il faudrait quoi ?
-Il faudrait que tu me donnes un œil !
-Un œil ?
-Oui, un des deux qui sont là, sur ta tête.
-Ah ! dis donc ! Un œil !!!
-Oh mais je ne demande rien ! simplement, tu vois, tu ne peux pas m’aider !
-Mais c’est que … j’ai encore du chemin à faire…
-Allez, va ! Laisse-moi mourir et poursuis ta route.
Alors Nuage d’Avril se mit à penser qu’être borgne était moins grave que d’être mort et à peine cette pensée lui était-elle venue, que sans même lui donner le temps de réfléchir, un de ses yeux était aller se loger seul dans la tête du bison. Qui aussitôt, se remit sur ses pattes, souffla, s’ébroua, et baissant la tête remercia la petite bête encore ahurie.
« Tu avais une longue route à parcourir, disais-tu ? Puisque tu m’as sauvé la vie, il est juste que je t’aide à mon tour. Grimpe sur mon dos et dis-moi où tu veux aller. »
Nuage d’Avril lui montra l’ouest où se dessinait de hautes montagnes et tout au-dessus, le soleil avec ses taches blanches. Et le bison galopa jusqu’au pied des montagnes. Arrivé là, il fit descendre sa petite amie : « Je suis un animal des plaines ; la montagne n’est pas faite pour moi et je ne peux aller plus loin. 
-Merci, bison, merci… tu m’as déjà bien avancé. Adieu et porte-toi bien !
Le bison repartit au galop et la souris commença l’ascension. Oh ! comme c’était dur ! Les pierres roulaient sous ses pattes et bien souvent après avoir grimpé tout un jour elle glissait et dévalait toute la pente. Des serpents, des vautours  la guettaient. Les nuits étaient froides et les jours trop chauds. Mais elle progressait quand, sur une sorte de terrasse, une masse poilue lui barra le passage. Elle en fit le tour… cette fois, c’était un loup ; un loup moribond qui lui aussi avait besoin d’un œil.
Un œil ? Elle n’en avait plus qu’un et elle était loin d’être arrivée ! Mais comme elle commençait à se demander s’il valait mieux être aveugle que mort, l’œil qui lui restait, sans lui demander son avis, alla se loger dans la tête du loup. Qui se redressa, s’ébroua et pour remercier celle qui venait de le sauver lui proposa de grimper sur son dos : il allait la conduire jusqu’au sommet de la montagne.
Arrivé là, le loup dit : « Nous y sommes ! Le soleil est là, juste en face, mais je ne sais pas comment l’atteindre. »
-Il faudrait sauter, dit Nuage d’Avril » et elle expliqua au loup ce que lui avait dit la grenouille. Le loup prit son élan, sauta, et…. se mit à hurler : « Petite Souris, je tombe, je tombe… le soleil est trop loin ! »
Alors Nuage d’Avril étendit ses pattes avant et se sentit portée dans les airs, ses pattes étendues la portaient et… elle ouvrit un œil, puis l’autre… tout autour d’elle volaient de grands aigles blancs et regardant à droite et à gauche, elle vit que ses pattes étaient devenues des ailes et qu’elle-même volait avec les aigles ses frères….
Alors , ce n’est pas dit dans l’histoire telle qu’elle m’a été racontée, mais je ne peux pas croire que ce nouvel aigle ait laissé tomber le loup ami de la petite souris ; je suis certaine qu’il l’a pris dans ses serres et déposé dans la montagne…

5 commentaires:

anne des ocreries a dit…

ça va de soi....:)
merci Pomme !

FRANKIE PAIN a dit…

c'est ta version ou celle de gougaud

almanachronique a dit…

Anne! toujours d'accord, nous deux!
Frankie, oui c'est l'histoire que raconte Henri, mais je l'ai restituée de mémoire ; il y a sans doute des différences...

manouche a dit…

Trop gentille Nuage d'Avril, elle a bien mérité l'apothéose finale!

FRANKIE PAIN a dit…

c'est fait pour çà et cà doit être plus génreux
bisous

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