mardi 28 février 2012

-Les oreilles du roi Midas-



On pourrait imaginer que de tout cet or dont s’était lavé Midas, au moins une parcelle serait devenu plomb et aurait lesté sa cervelle. Hélas il n’en fut rien !
Un jour qu’il était à la chasse, il fut entraîné (selon le coutume bien connue des princes et rois de légendes), il fut entraîné dis-je à la suite d’un gibier en un lieu où il n’avait rien à faire : sur les pentes du mont Tmolos. Là se trouvaient des dieux assemblés pour décider entre deux musiciens, lequel était le meilleur.  Ils n’étaient pas n’importe qui : les concurrents étaient Pan et Apollon. Tmolos, le dieu de cette montagne avait été désigné pour arbitre. Pan joua de sa flûte des airs joyeux et Apollon tira de sa lyre des accords sublimes. A l’unanimité, il fut déclaré vainqueur.
C’est alors que sortant des buissons d’où il avait tout écouté, Midas vint donner un avis que personne ne lui demandait. Lui préférait la flûte à la lyre ; la musique champêtre du dieu berger à la musique céleste du divin artiste.
Apollon offensé, toisa l’impertinent : «  Pour qui te prends-tu Midas, qui ose te mêler des affaires des Dieux, qui ose critiquer leur jugement ? Toi qui te crois l’oreille si fine, je vais t’en donner, moi des oreilles ! Des oreilles semblables à cet animal ton frère, dont sans doute tu apprécies la voix mélodieuse ? »
Et Midas aussitôt, sentit de chaque côté de sa tête comme une démangeaison. Il y porta les mains… Horreur ! ses oreilles étaient couvertes de poils et d’une longueur démesurée !
Il attendit la nuit pour rentrer en son palais sans que personne ne puisse soupçonner sa disgrâce. Au réveil, il se coiffa du bonnet emblème de la Phrygie son royaume et ne le quitta plus. Ainsi le roi Midas cacha jalousement ses oreilles. Hélas, il ne pouvait empêcher ses cheveux de pousser et forcément l’esclave qui les coupait eut connaissance du secret. Si la chose s’apprenait, lui seul aurait pu l’ébruiter et la mort châtierait son indiscrétion.
Malheureux homme ! Un pareil secret ! De toutes ses forces, il était résolu à le taire, mais il craignait un incident, une étourderie, un rêve même : imaginez qu’une nuit il se mette à parler en dormant et que sa femme l’entende ? et qu’elle fasse confidence de la chose à une amie… qui ne manquerait pas de colporter une si croustillante nouvelle… C’en serait fait de lui !
Ce secret trop lourd à garder, il fallait le confier, mais à qui ? connaissait-il un être humain capable de rester muet comme la tombe ?  Mais la voilà, l’idée ! une tombe ! Il allait enterrer son secret !
Il se rendit au bord du fleuve, sur une rive déserte où seuls vivaient des roseaux. Là, il creusa un trou, un trou profond et, courbé vers les entrailles de la terre, il murmura : « Le roi Midas a des oreilles d’âne ! » Puis, bien vite, il reboucha le trou et s’en fut , soulagé.
Mais le secret s’alla nicher dans les racines des roseaux, remonta par les tiges, sortit sur les feuilles où le vent le cueillit… qui répandit par toute la terre et à travers le temps, le secret du roi Midas !

4 commentaires:

seb haton a dit…

Les mûres ont des oreilles... et c'est cela qui les perdit ;-)

FRANKIE PAIN a dit…

c'est incroyable le secret du roiMidas cela fait pensé au conte de bretagne
le roi marc'h
çà alors

almanachronique a dit…

C'est le même, Frankie. Voir l'universalité du conte quelque part, ici même

manouche a dit…

On pense aux secrets si bien gardés des hommes d'importance ne pouvant se confier à qui que ce soit d'où la solitude du pouvoir.

Amis conteuses et conteurs, vous allez sans doute me dire que j'enfonce une porte ouverte, mais bon, pour moi c'était nouveau. J...