mercredi 18 janvier 2012

L'Île de la Félicité (2)

Au bruit qu'il fit en marchant, une vieille dont les cheveux blancs et les rides marquaient assez le grand âge, sortit du fond d'un rocher. Elle témoigna un étonnement extrême, en l'abordant: "Vous êtes le premier mortel, lui dit-elle, que j'ai vu en ces lieux. Savez-vous, seigneur, qui les habite? - Non, ma bonne femme, lui répondit Adolphe, j'ignore où je suis. - C'est ici, reprit-elle, la demeure d'Eole, le dieu des vents, il s'y retire avec tous ses enfants; je suis leur mère et vous me trouvez seule, parce qu'ils sont occupés, chacun de leur côté, à faire du bien et du mal dans le monde. Mais, continua-t-elle, vous me paraissez pénétré de l'eau qui vient de tomber; je vais vous allumer du feu afin de vous sécher; ce qui m'afflige, seigneur, c'est que vous ferez mauvaise chère; le repas des vents est fort léger et les hommes ont besoin de quelque chose de plus solide."
Le prince la remercia du bon accueil qu'il recevait; il s'approcha du feu qui fut allumé en un moment; car le vent Ouest, qui venait d'entrer, souffla dessus. Il était à peine arrivé que le Nord-Est et plusieurs Aquilons se rendirent dans la caverne. Eole ne tarda pas; Borée, Est, Sud-Ouest et Nord le suivaient; ils étaient tout mouillés, ils avaient les joues bouffies et les cheveux mal arrangés, leurs manières n'étaient pas civiles, ni polies et lorsqu'ils voulurent parler au prince, ils faillirent à le geler de leur haleine. L'un raconta qu'il venait de disperser une armée navale; l'autre qu'il avait fait périr plusieurs vaisseaux; un troisième, qu'il avait été favorable à certains navires et qu'il les avait sauvés des corsaires qui les voulaient prendre; plusieurs dirent qu'ils avaient déraciné des arbres, abattu des maisons, renversé des murailles; enfin chacun se vanta de ses exploits. La vieille les écoutait; mais tout d'un coup elle témoigna d'une grande inquiétude:" Est-ce , leur dit-elle, que vous n'avez point rencontré en chemin votre frère Zéphyr? Il est déjà tard, il ne revient point; j'avoue que je suis en peine." Comme ils lui disaient qu'ols ne l'avaient pas vu, Adolphe aperçut, à l'entrée de la caverne, un jeune garçon aussi beau que l'on peint l'amour. Il avait des ailes dont les plumes blanches, mêlées de couleur de chair, étaient si fines et si délicates qu'elles paraissaient dans une continuelle agitation; ses cheveux blonds formaient mille boucles qui lui tombaient négligemment sur les épaules; sa tête était ceinte d'une couronne de roses et de jasmins; son air était agréable et riant.   (A Suivre...)

Mme d'Aulnoy

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