mercredi 30 novembre 2011

Elvis Presley Joshua Fought The Battle Of Jericho

Marcel Aymé - Le Loup (4)

- Loup, s'écria Delphine, vous êtes un menteur! Si vous aviez tous les remords que vous dites, vous ne vous lécheriez pas ainsi les babines!
Le loup était bien penaud de s'être pourléché au souvenir d'une gamine potelée et fondant sous la dent. Mais il se sentait si bon, si loyal, qu'il ne voulut pas douter de lui-même.
-Pardonnez-moi, dit-il, c'est une mauvaise habitude que je tiens de famille, mais ça ne veut rien dire...
-Tant pis pour vous si vous êtes mal élevé, déclara Delphine.
-Ne dites pas ça, soupira le loup, j'ai tant de regrets.
- C'est aussi une habitude de famille de manger les petites filles? Vous comprenez, quand vous promettez de ne plus jamais manger d'enfants, c'est à peu près comme si Marinette promettait de ne plus jamais manger de dessert.
Marinette rougit, et le loup essaya de protester:
-Mais puisque je vous jure...
-N'en parlons plus et passez votre chemin. Vous vous réchaufferez en courant.
Alors le loup se mit en colère parce qu'on ne voulait pas croire qu'il était bon.
-C'est quand même un peu fort, criait-il, on ne veut jamais entendre la voix de la vérité! C'est à vous dégoûter d'être honnête. Moi je prétends qu'on n'a pas le droit de décourager les bonnes volontés comme vous le faites. Et vous pouvez dire que si jamis je remange de l'enfant, ce sera par votre faute!
En l'écoutant, les petites ne songeaient pas sans inquiétude au fardeau de leurs responsabilités et aux remords qu'elles se préparaient peut-être. Mais les oreilles du loup dansaient si pointues, ses yeux brillaient d'un éclat si dur, et ses crocs entre les babines retroussées, qu'elles demeuraient immobiles de frayeur.
Le loup comprit qu'il ne gagnerait rien par des paroles d'intimidation. Il demanda pardon de son emportement et essaya de la prière. Pendant qu'il parlait, son regard se voilait de tendresse, ses oreilles se couchaient; et son nez qu'il appuyait au carreau lui faisait une gueule aplatie, douce comme un mufle de vache.
-Tu vois bien qu'il n'est pas méchant, disait la petite blonde.
-Peut-être, répondait Delphine, peut-être.... (à suivre)

mardi 29 novembre 2011

Leadbelly - Nobody Knows The Trouble I've Seen

Marcel Aymé - Le Loup (3)

... Les petites se disputaient à voix basse. La plus blonde était d'avis qu'on ouvrit la porte au loup, et tout de suite. On ne pouvait pas le laisser grelotter sous la bise avec une patte malade. Mais Delphine restait méfiante. 
-Enfin, disait Marinette, tu ne va pas lui reprocher encore les agneaux qu'il a mangés. Il ne peut pourtant pas se laisser mourir de faim!
- Il n'a qu'à manger des pommes de terre, répliqua Delphine.
Marinette se fit si pressante, elle plaida la cause du loup avec tant d'émotion dans la voix et tant de larmes dans les yeux, que sa soeur aînée finit par se laisser toucher. Déjà Delphine se dirigeait vers la porte. Elle se ravisa dans un éclat de rire et, haussant les épaules, dit à Marinette consternée:
-Non, tout de même, ce serait trop bête!
Delphine regarda la loup bien en face.
-Dites donc, Loup, j'avais oublié le Petit Chaperon Rouge. Parlons-en un peu du Petit Chaperon Rouge, voulez-vous?
Le loup baissa la tête avec humilité. Il ne s'attendait pas à celle-là. On l'entendit renifler derrière la vitre.
- C'est vrai, avoua-t-il, je l'ai mangé, le petit Chaperon Rouge. Mais je vous assure que j'en ai déjà eu bien du remords. Si c'était à refaire...
-Oui, oui, on dit toujours ça.
Le loup se frappa la poitrine à l'endroit du coeur. Il avait une belle voix grave.
-Ma parole, si c'était à refaire, j'aimerais mieux mourir de faim.
-Tout de même, soupira la plus blonde, vous avez mangé le petit Chaperon Rouge.
- Je ne vous dis pas, consentit le loup. Je l'ai mangé, c'est entendu. Mais c'est un pêché de jeunesse. Il y a si longtemps, n'est-ce pas? A tout pêché miséricorde... Et puis, si vous saviez les tracas que j'ai eus à cause de cette petite! Tenez, on est allé jusqu'à dire que j'avais commencé par manger la grand-mère eh bien! ce n'est pas vrai du tout...
Ici, le loup se mit à ricaner, malgré lui, et probablement sans bien se rendre compte qu'il ricanait.
-Je vous demande un peu! manger de la grand-mère, alors que j'avais une petite fille bien fraîche qui m'attendait pour mon déjeuner! Je ne suis pas si bête...
Au souvenir de ce repas de chair fraîche, le loup ne pur se retenir de passer sa grande langue sur ses babines, découvrant de longues dents pointues qui n'étaient pas pour rassurer les deux petites....

lundi 28 novembre 2011

Louis Armstrong - Nobody Knows the Trouble I've Seen (1962)

Marcel Aymé - Le Loup (2)

... Le loup pencha la tête de côté gauche, comme on fait quand on est bon, et prit sa voix la plus tendre:
- J'ai froid, dit-il, et j'ai une patte qui me fait bien mal. Mais ce qu'il y a, surtout, c'est que je suis bon. Si vous vouliez m'ouvrir la porte, j'entrerais me chauffer à côté du fourneau et on passerait l'après-midi ensemble.
Les petites se regardaient avec un peu de surprise. Elles n'auraient jamais soupçonné que le loup pût avoir une voix aussi douce. Déjà rassurée, la plus blonde fit un signe d'amitié, mais Delphine, qui ne perdait pas si facilement la tête, eut tôt fait de se ressaisir.
- Allez-vous-en, dit-elle, vous êtes le loup.
- Vous comprenez, ajouta Marinette avec un sourire, ce n'est pas pour vous renvoyer, mais nos parents nous ont défendu d'ouvrir la porte, qu'on nous prie ou qu'on nous menace.
Alors le loup poussa un grand soupir, ses oreilles pointues se couchèrent de chaque côté de sa tête. On voyait qu'ilo était triste.
-Vous savez, dit-il, on raconte beaucoup d'histoires sur le loup, il ne faut pas croire tout ce qu'on dit. La vérité, c'est que je ne suis pas méchant du tout.
Il poussa encore un grand soupir qui fit venir les larmes dans les yeux de Marinette.
Les petites étaient ennuyées de savoir que le loup avait froid et qu'il avait mal à une patte. La plus blonde murmura quelque chose à l'oreille de sa soeur, en clignant de l'oeil du côté du loup, pour lui faire entendre qu'elle était de son côté, avec lui. Delphine demeura pensive, car elle ne décidait rien à la légère.
- Il a l'air doux comme ça, dit-elle, mais je ne m'y fie pas. Rappelle-toi "le loup et l'agneau"... L'agneau ne lui avait pourtant rien fait.
Et comme le loup protestait de ses bonnes intention, elle lui jeta par le nez:
-Et l'agneau, alors?... Oui, l'agneau que vous avez mangé?
Le loup n'en fut pas démonté.
-L'agneau que j'ai mangé, dit-il. Lequel?


Il disait ça tout tranquillement, comme une chose toute simple et qui va de soi, avec un air et un accent d'innocence qui faisait froid dans la dos.
-Comment? vous en avez donc mangé plusieurs! s'écria Delphine. Eh bien! c'est du joli!
-Mais naturellement que j'en ai mangé plusieurs. Je ne vois pas où est le mal... Vous en mangez bie, vous!
Il n'y avait pas moyen de dire le contraire. On venait justement de manger di gigot au déjeuner de midi.
-Allons, reprit le loup, vous voyez bien que je ne suis pas méchant. Ouvrez-moi la porte, on s'assiéra en rond autour du fourneau, et je vous raconterai des histoires. Depuis le temps que je rôde au travers des bois et que je cours sur les plaines, vous pensez si j'en connais... Rien qu'en vous racontant ce qui est arrivé l'autre jour aux trois lapins de la lisière, je vous ferais bien rire.

samedi 26 novembre 2011

 en 1902 dans l’Yonne, Marcel Aymé a passé sa jeunesse à la campagne.
« Monté » à Paris il doit y exercer divers petits métiers alimentaires avant de publier un premier roman. C’est seulement en 1933 après le succès de « La Jument Verte », un roman rustique qui mêle réalisme, fantastique et humour, qu’il pourra se consacrer à la littérature.
Les « Contes du Chat Perché », racontent la vie à la campagne de Delphine et Marinette, de leurs parents et des animaux de la ferme, qui tous ont leur mot à dire.

Le Loup-

Caché derrière la haie, le loup surveillait patiemment les abords de la maison. Il eut la satisfaction de voir les parents sortir de la cuisine. Comme ils étaient sur le seuil de la porte, ils firent une dernière recommandation.
-Souvenez-vous, disaient-ils, de n’ouvrir la porte à personne, qu’on vous prie ou qu’on vous menace. Nous serons rentrés à la nuit.
Lorsqu’ils vit les parents bien loin au dernier tournant du sentier, le loup  fit le tour de la maison en boitant d’une patte, mais les portes étaient bien fermées. Du côté des cochons et des vaches, il n’avait rien à espérer. Ces espèces n’ont pas assez d’esprit pour qu’on puisse les persuader de se laisser manger. Alors, le loup s’arrêta devant la cuisine, posa ses pattes sur le rebord de la fenêtre et regarda l’intérieur du logis.
Delphine et Marinette jouaient aux osselets devant le fourneau. Marinette, la plus petite, qui était aussi la plus blonde, disant à sa sœur Delphine :
-Quand on n’est rien que deux, on ne s’amuse pas bien. On ne peut pas jouer à la ronde.
-C’est vrai, on ne peut jouer ni à la ronde, ni à la paume placée.
- Ni au furet, ni à la courotte malade.
-Ni à la mariée, ni à la balle fondue.
- Et pourtant, qu’est-ce qu’il y a de plus amusant que de jouer à la ronde ou à la paume placée.
- Ah !si on était trois…
Comme les petites lui tournaient le dos, le loup donna un coup de nez sur le carreau pour faire entendre qu’il était là. Laissant leurs jeux, elles vinrent à la fenêtre en se tenant par la main.
-Bonjour, dit le loup. Il ne fait pas chaud dehors. Ca pince, vous savez.
La plus blonde se mit à rire, parce qu’elle le trouvait drôle avec ses oreilles pointues et ce pinceau de poils hérissés sur le haut de la tête. Mais Delphine ne s’y trompa point. Elle murmura en serrant la main de la plus petite :
-C’est le loup.
-Le loup ? dit Marinette, alors on a peur ?
-Bien sûr, on a peur.
Tremblantes, les petites se prirent par le cou, mêlant leurs cheveux blonds et leurs chuchotements.
Le loup dut convenir qu’il n’avait rien vu d’aussi joli depuis le temps qu’il courait par les bois et les plaines. Il en fut tout attendri.
A force d’y réfléchir, il comprit qu’il était devenu bon, tout à coup. Si bon et si doux qu’il ne pourrait plus jamais manger d’enfants…. (A suivre…)





vendredi 25 novembre 2011

Les contes, mythes et légendes


-Le conte est une histoire imaginaire peuplée de bêtes et gens invraisemblables.
C’est le domaine des fées, des ogres, des sorcières, des nains, des dragons, des princes et des princesses.
La plupart des contes quel que soit le pays où on les raconte, ont une origine commune : l’inconscient collectif ; et c’est le collecteur en les relatant qui leur imprime sa personnalité


En France, un des  conteur les plus populaire est Charles Perrault.
Né à Paris en 1628 ; grand commis de l’état, protégé de Colbert, il s’engage contre Boileau dans la querelle des Anciens et des Modernes .
C’est en 1697 qu’il publie les Contes de ma Mère l’Oye, inaugurant la mode littéraire des contes merveilleux jusque là transmis oralement lors des veillées campagnardes.



-Les Fées-

Il était une fois une veuve qui avait deux filles : l’aînée lui ressemblait si fort d’humeur et de visage, que, qui la voyait, voyait la mère. Elles étaient toutes deux si désagréables et si orgueilleuses, qu’on ne pouvait vivre avec elles. La cadette, qui était le vrai portrait de son père pour la douceur et l’honnêteté, était avec cela une des plus belles filles qu’êteté, était avec cela une des plus belles filles qu’on eut su voir. Comme on aime naturellement son semblable, cette mère était folle de sa fille aînée et, en même temps, avait une aversion effroyable pour la cadette. Elle la faisait manger à la cuisine et travailler sans cesse.
Il fallait, entre autres choses, que cette pauvre enfant alla, deux fois le jour, puiser de l’eau à une grande demi-lieue du logis, et qu’elle en rapportât plein une grande cruche. Un jour qu’elle était à cette fontaine, il vint à elle une pauvre femme qui la pria de lui donner à boire.
« Oui-dà, ma bonne mère », dit cette belle fille ; et, rinçant aussitôt sa cruche, elle puisa de l’eau au plus bel endroit de la fontaine et la lui présenta, soutenant toujours la cruche, afin qu’elle bût plus aisément. La bonne femme, ayant bu, lui dit :  « Vous êtes si belle, si bonne et si honnête, que je ne puis m’empêcher de vous faire un don ; car c’était une fée qui avait pris la forme d’une pauvre femme de village, pour voir jusqu’où irait l’honnêteté de cette jeune fille. Je vous donne pour don, poursuivit la fée, qu’à chaque parole que vous direz, il vous sortira de la bouche ou une fleur, ou une pierre précieuse. »
Lorsque cette belle fille arriva au logis, sa mère la gronda de revenir si tard de la fontaine. « Je vous demande pardon, ma mère, dit cette pauvre fille, d’avoir tardé si longtemps » ; et, en disant ces mots, il lui sortit de la bouche deux roses, deux perles et deux gros diamants. « Que vois-je là ! dit sa mère tout étonnée ; je crois qu’il lui sort de la bouche des perles et des diamants. D’où vient cela, ma fille ? » (Ce fut là la première fois qu’elle l’appela sa fille). La pauvre enfant lui raconta naïvement tout ce qui lui était arrivé, non sans jeter une infinité de diamants. Vraiment, dit la mère, il faut que j’y envoie ma fille. Tenez, Fanchon, voyez ce qui sort de la bouche de votre sœur quand elle parle ; ne seriez-vous pas bien aise d’avoir le même don ? Vous n’avez qu’à aller puiser de l’eau à la fontaine, et, quand une pauvre femme vous demandera à boire, lui en donner bien honnêtement. – Il me ferait beau voir, répondit la brutale, aller à la fontaine ! – Je veux que vous y alliez, reprit la mère, et tout à l’heure ».
Elle y alla, mais toujours en grondant. Elle prit le plus beau flacon d’argent qui fut dans le logis. Elle ne fut pas plutôt arrivée à la fontaine, qu’elle vit sortir du bois une dame magnifiquement vêtue, qui vint lui demander à boire. C’était la même fée qui avait apparu à sa sœur, mais qui avait pris l’air et les habits d’une princesse, pour voir jusqu’où irait la malhonnêteté de cette fille. « Est-ce que je suis ici venue, lui dit cette brutale orgueilleuse, pour vous donner à boire ! Justement j’ai apporté un flacon d’argent tout exprès pour donner à boire à Madame ? J’en suis d’avis : buvez à même si vous voulez. – Vous n’êtes guère honnête, reprit la fée, sans se mettre en colère. Eh bien ! puisque vous êtes si peu obligeante, je vous donne pour don qu’à chaque parole que vous direz, il vous sortira de la bouche ou un serpent, ou un crapaud ».
D’abord que sa mère l’aperçut, elle lui cria : « Eh bien ! ma fille ! – Eh bien ! ma mère ! lui répondit la brutale, en jetant deux vipères et deux crapauds. – O ciel, s’écria la mère, que vois-je là ? C’est sa sœur qui en est cause : elle me le paiera » ; et aussitôt elle courut pour la battre. La pauvre enfant s’enfuit et alla se sauver dans la forêt prochaine. Le fils du roi, qui revenait de la chasse, la rencontra et, la voyant si belle, lui demanda ce qu’elle faisait là toute seule et ce qu’elle avait à pleurer ! « Hélas ! Monsieur, c’est ma mère qui m’a chassée du logis ». Le fils du roi, qui vit sortir de sa bouche cinq ou six perles et autant de diamants, la pria de lui dire d’où cela lui venait . Elle lui conta toute son aventure. Le fils du roi en devint amoureux ; et, considérant qu’un tel don valait mieux que tout ce qu’on pouvait donner en mariage à une autre, l’emmena au palais du roi son père où il l’épousa.
Pour sa sœur, elle se fit tant haïr, que sa propre mère la chassa de chez elle ; et la malheureuse, après avoir bien couru sans trouver personne qui voulut la recevoir, s’en alla mourir au coin d’un bois.

MORALITE

Les diamants et les pistoles
Peuvent beaucoup sur les esprits ;
Cependant les douces paroles
Ont encore plus de force, et sont d’un plus grand prix.


AUTRE MORALITE

L’honnêteté coûte des soins,
Et veut un peu de complaisance ;
Mais tôt ou tard elle a sa récompense,
Et souvent dans le temps qu’on y pense le moins.




Henri Pourrat

... né en 1887 à Ambert en Auvergne, prix Goncourt en 1941, a collecté 945 contes, qui composent les treize volumes du « Trésor des contes » ; il est mort en 1959.
Certains de ces contes sont des fabliaux :



-Les deux voisines-  Le trésor des contes : au village-


Il y avait une fois deux voisines dans un village : l’une qui était riche, et regardante, et dure au monde ; l’autre qui était de petits moyens, mais qui avait le cœur comme un morceau d’or.
Certain soir, un mendiant passa. Il se présenta à la porte de la riche, et elle, elle la lui ferme au nez, sans même un «Dieu vous assiste, pauvre homme ! »
Il se présente chez l’autre, qui n’avait pas grand’ chose, mais qui trouve à lui servir une écuellée de petit-lait et une grande tranche de pain bis. Elle met du bois au feu, elle dit qu’elle va préparer un lit avec des draps dans le foin.
« Merci de votre bon cœur, pauvre femme. Je repars sans coucher, merci. Mais vous, dites : que souhaiteriez-vous en votre maison, quelle chose, dites-moi, pour avoir meilleur vivre ?
-Je n’ai pas mauvais vivre. J’ai à peu près tout mon content. Alors, faut-il demander davantage ?
- Pauvre femme, vous aurez votre récompense.

« Ce que ferez sitôt levée,
Le ferez toute la journée »

Il dit, il disparaît dans la nuit du chemin.
Le lendemain, à son lever, la bonne femme ne pensait plus guère à ce dire. L’idée lui vint de mesurer un mouchoir de toile qu’elle avait. Elle voulait voir s’il y avait là de quoi se faire un béguin pour ses bons jours.
Elle tend ce mouchoir du bout de ses doigts jusqu’à la saignée du bras, comme font les femmes qui mesurent une étoffe… Mais quelle affaire : la voilà qui continue à mesurer, à mesurer ; la toile, sous ses mains, continue à se faire toile, à se faire toile, se roule d’elle-même en pièce de cent aunes ; et après cette pièce une autre, après cette autre, une autre. Et ainsi tout le long du jour.
Le soir, la maison était pleine jusqu’au plancher de ces pièces de toile, et qui dirait que la moindre valait ses vingt pistoles ne mentirait pas d’un seul sou.
La pauvre bonne femme aurait de la toile à sa suffisance jusqu’à la fin de son âge : de quoi se vêtir, de quoi vendre et de quoi donner.

Au village, on vit les uns chez les autres. Avant la nuit, chaque maison savait ce qui était arrivé, et touts les femmes étaient venues voir ces pièces de toile tombées du ciel par le don du bon pauvre.
La voisine enrageait. Avoir perdu une telle aubaine ! D’envie, elle en aurait séché comme un morceau de bois.

Trois jours après, comme elle n’avait pas décoléré encore, sur le soir elle entend toquer à sa porte.
Elle va ouvrir.
C’était le pauvre qui repassait.
« Entrez, pauvre, le bon pauvre. L’autre soir, j’ai tant regretté ! J’avais trop d’affaires dans la tête : la lessive que j’avais manquée, une poule qui va faire son œuf chez la voisine ; tout pour me donner de l’humeur… J’aurais voulu vous faire l’accueil, pourtant… »

Tout un flot de paroles et tout un train de va-et-vient pour recevoir le pauvre. Elle casse des œufs contre le bord de la table, met la tourtière au feu, coupe une belle tranche de jambon, et en attendant le dîner, elle verse au pauvre un grand coup de vin blanc. Mais c’était un donnant-donnant. Voilà du vin, de l’omelette et du jambon : j’attend ma récompense. Autrement, le cœur y était-il ?
Ce souper servi, elle offre au pauvre la chambre à four, le lit à couette de plume.
« Femme, dit le pauvre, votre récompense, vous l’aurez.

« Ce que ferez sitôt levée,
Le ferez toute la journée ! »

 Ha, entendant cela, qu’elle était aise ! Et elle n’allait pas s’amuser à auner de la toile, elle, ou bien à mesurer des boisseaux de froment. Compter des pièces d’or, oui ! Quelle fontaine ç’allait être, quel flot de pièces d’or !
Sûr et certain, Le mendiant avait prouvé ses pouvoirs… Ce serait ! c’était comme fait déjà. La femme se voyait dame de château, blanchissant sa soupe chaque matin de trois cuillerées de crème, - elle aurait pu le faire, mais ne le faisait pas, - mettant sur semaine sa robe des dimanches et trônant dans le premier banc de l’église. Les voisines, au village, en crèveraient d’envie.

On peut dire qu’elle ne dormit guère, cette nuit-là. Toujours surveillant ses carreaux, - est-ce qu’ils n’allaient pas blanchir ? et attendant le jour à paraître.
Enfin, le coq chanta.
Puis le jour se leva.
Ha, si elle se saisit de sa bourse à ce moment.
Elle s’apprêtait à faire couler le premier louis d’or, quand, par malcontre, une puce la pique à l’oreille. D’instinct, elle y porte la main : il lui faut se gratter, et tâcher d’attraper la puce.
Les paroles du pauvre homme eurent leur effet du coup :

« Ce que ferez sitôt levée,
Le ferez toute la journée ! »

 Naquirent et jaillirent sous les doigts de la femme non pas des louis d’or, mais des puces, des puces… Puce sur puce, pour la piquer, la repiquer, sauter sur le lit, sur la huche, sur le vaisselier, sur l’horloge, et tout partout dans la maison. Les voisines accourues pour voir ce mystère-là, bientôt ne purent y tenir. La femme, elle, comme le sort le portait, fut tout le jour après ses puces. Mais à la fin des fins, la nuit venant, sa maison, toute fourmillante et elle toute assaillie, elle n’a pas pu tenir non plus. Il lui a fallu prendre la porte, prendre la fuite. Et depuis ce moment, on ne l’a plus revue.



jeudi 24 novembre 2011

Histoires courtes


En matière de « conte à rire » et de satyre, il faut citer un auteur moins ancien : Alphonse Allais.
Né à Honfleur en 1854, il aurait du être pharmacien comme son père. Il fit donc ses études à Paris où, il découvrit le monde du spectacle et de la presse ; il changea de vocation.
Alphonse Allais était anglophone et aussi anglophile ;  on ne rit bien que de ce qu’on aime bien .



-Résultat inespéré-





Je reçois de ma très gracieuse amie Miss Sarah Vigott, fille du major Vigott, actuellement en garnison à Malte, la lettre suivante de laquelle je me ferais scrupule de changer la plus pâle intonation.

                                   « Bien cher camarade,

« Il faut que je vous raconte une chose qui va vous émerveiller excessivement fort.

« Quinze jours passés environ, après souper, la nuit paraissait splendide avec une claire de lune si belle que nous pensions tous à faire un léger promenade dans le jardin, avant le lit.

« Alors, combien forte était notre stupéfaction quand nous voyons notre jardin tout noir, tout plein de ténèbres obscures, tant que nous cognons contre nous-mêmes !

« Pourtant, partout ailleurs, le temps était tout à fait lumineux et si bien nous apercevions dans la mer les bateaux pêchants  que nous pouvions compter leurs plus petites cordages.

« Alors, voilà que la frayeur de cette mystère refroidit notre sang et frissonne notre peau.

« Le petit Fred pleurait, car il disait que c’était la fin du monde.

« Oh ! si noir, ça était partout dans notre parc, si noir !

« Notre parc, c’est une terrasse située en haut qui voit sur la mer et qui n’a pas des murs autour pour faire l’ombre.

« Papa aussi devenait très ennuyé, quand nous entendions subit Jim (le plus vieux de mes frères) qui riait avec grands éclats.

« - Quelle matière avez-vous, Jim, disait papa, de rier si fort en cet instant ?

« Je ris, répondait Jim, parce que, en cette instant, c’est la plus comique chose de tout l’univers. »

« Et comme il nous voyait chacun si inquiète, il expliquait nous la terrible mystère.

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« Vous savez, bien cher camarade, quelle attention nous payons à tous vos travaux scientifiques, à vos si intéressantes découvertes.

« Chaque fois que vous publiez une nouvelle idée, immédiatement nous la pratiquons à la maison.

« Quelquefois, ça ne réussit pas, d’autres fois, le résultat dépasse l’espérance.
« Pour cette chose de vers luisants que vous vous êtes occupés cet été, l’affaire était tout à fait bonne.

« Nous suivions attentivement votre recommandation et nous obtiennons maintenant de magnifiques bêtes avec une lumière très forte et très durante.

« Quand vous disiez que les vers luisants éclairent vert parce qu’ils nourrissent avec la verdure et qu’ils pouvaient éclairer rouge quand ils mangent la rougure ou mauve quand c’est la mauvure, cette observation est positivement exacte ;

« Plus de cent fois nous faisions cette amusante expérience et toujours le résultat n’était jamais contraire.
« Ainsi cette fameuse nuit que vous disait que notre pauvre jardin était si ténébreux malgré cette magnifique claire de lune, eh bien ! c’est mon frère Jim qui avait amusé à donner aux vers luisants toute la journée avant, à manger des tulipes noires que nous avons dans notre jardin, des tulipes si noires !
« Tout le monde dans notre maison vous embrasse et moi aussi deux fois, et même si vous voulez, un peu plus.

« Heartly yours,

                                                                                  « SARAH VIGOTT »

 Toute la question maintenant est de savoir si Miss Sarah Vigott ne s’aurait pas payé ma fiole, comme disent les gens.
Oh ! ces Anglaises !


(Et maintenant, exercice amusant : trouver les erreurs et les corriger….)

samedi 19 novembre 2011

-Le partage de Renard-

Noble le lion était un jour aux champs, avec lui Renard et Ysengrin, tous trois fort affamés.
« Faisons, dit le lion, une association ensemble, et engageons notre foi que nous partagerons loyalement tout ce que nous prendrons. »
Ils s’y accordèrent, et tous trois donnèrent leur foi.
Bientôt, à l’entrée d’un bois, ils trouvèrent un taureau, une vache et un veau qui paissaient dans la prairie. Ils se jetèrent sur eux et s’en emparèrent.
« Sire, dit Renard, il faut maintenant partager notre butin.
- Oui, dit le lion : Ysengrin va faire le partage si équitablement que chacun de nous, suivant son rang et sa valeur, ait sa juste part.
- Soit, dit Ysengrin : les parts sont faciles à faire. Vous devez, sire, avoir l’avantage : je vous donne le taureau ; je prend la vache pour moi, et le petit veau sera pour Renard. Il me semble que j’ai bien partagé.
- Tu crois ? » dit le lion, et d’un coup de griffe il lui rabattit sur le museau toute la peau grise de son front. Ysengrin se retira en arrière, sanglant et penaud.
« Allons, Renard, dit le lion, partage, toi, et fais les parts justes.
-Volontiers, sire. Le taureau sera pour vous ; madame la lionne, qui vient d’accoucher, aura cette vache bien grasse et la mangera dans son lit ; et votre fils, notre jeune seigneur, aura le petit veau.
- Renard, dit le lion, qui t’a appris à si bien partager ?
- Par ma foi, sire, répondit Renard, c’est ce seigneur que je vois là, qui porte un si beau capuchon rouge. »
Ce conte nous montre que le sage est celui qui s’amende par l’exemple d’autrui.


lundi 7 novembre 2011

Noi siamo zingarelle (Opéra Imaginaire)

Le Robe de soie blanche (fin)

Non elle a dit toujours furieuse et toute rouge y a un gros trou au milieu. J’étais de plus en plus en colère. Si ma maman était là elle t’apprendrait j’ai dit. T’as pas de maman elle a dit. En disant ça elle était toute laide. Je la déteste.
J’en ai une. J’ai dit ça très fort. J’ai montré le portrait de maman avec le doigt. Et alors on y voit rien dans ton espèce de chambre toute noire elle a dit. Je l’ai poussée et elle a cogné dans le bureau. Regerde donc j’ai dit en parlant du tableau. C’est ma maman et c’est la dame la plus belle qui existe.
Elle est moche elle a des drôles de mains Mary Jane a dit. C’est pas vrai j’ai dit c’est la dame la plus belle qui existe. Non non elle a dit elle a des dents de lapin.
Je me rappelle plus alors. Je pense que la robe a bougé dans mes bras. Mary Jane a crié je me rappelle plus. C’était tout noir les rideaux devaient être tirés. En tout cas j’y voyais plus rien. Et j’entendais rien d’autre que drôles de mains dents de lapin. Sans que personne soit là pour le dire.
Ya eu autre chose parce que je crois que j’ai entendu qu’on disait ne la laisse pas parler comme ça ! je pouvais plus tenir la robe. Et je l’avais sur moi je peux pas me rappeler comment. Parce que j’étais tout d’un coup devenue grande. Mais j’étais quand même encore une petite fille. Je veux dire de dehors.
Je crois que c’est à ce moment là que j’ai été horriblement méchante.


dimanche 6 novembre 2011

La Robe de soie blanche.(5)

...J'ai fermé mes yeux mais c'était drôle pas comme d'habitude. Parce que Mary Jane était là. Je lui ai dit d'arrêter de toucher la couverture. C'est toi qui m'a demandé de la faire elle a dit. Ca fait rien arrête-toi j'ai dit.
Viens voir je lui ai dit et je l'ai fait lever. Ca c'est la coiffeuse. Je l'ai emmenée la voir. Elle a dit on s'en va. Dans la chambre y'avait pas de bruit comme toujours. Je me suis mise à me sentir mal. Parce que Mary Jane était là. Parce que c'était dans la chambre de maman et que maman voulait pas que Mary Jane soit là. 
Mais il fallait que je lui montre les choses parce que. Je lui ai montré la glace. On s'est regardées dedans. Elle avait la figure toute blanche. Mary Jane est une peureuse j'ai dit. C'est pas vrai c'est pas vrai elle a dit et puis d'abord c'est chez personne qu'y fait si noir et qu'y a pas de bruit comme ça. Et puis elle a dit ça sent.
Je me suis mise en colère. Non ça sent pas j'ai dit. Si elle a dit 'est toi qui l'as dit. Je me suis mise encore plus en colère. Ca sent comme des bonnes choses j'ai dit. Non ça sent comme des gens malades dans la chambre de ta maman. 
Dis pas que la chambre de ma maman elle est comme des gens malades je lui ai dit.
Et puis d'abord tu m'as pas montré de robe et t'as menti elle a dit t'en as pas de robe. Je me suis sentie comme si ça me brûlait à l'intérieur et je lui ai tiré les cheveux. Je vais te faire voir j'ai dit et je te défends de dire encore que je suis une menteuse. 
Elle a dit je retourne chez moi et puis je le dirai à ma mère ce que tu m'as fait. Non t'iras pas j'ai dit tu vas venir voir la robe de ma maman et tu feras mieux de pas me traiter de menteuse. 
Je l'ai fait rester tranquille et j'ai enlevé la clé du crochet. Je me suis mise à genoux et j'ai ouvert la boîte avec la clé.
Mary Jane elle a dit pouah ça sent pareil que des ordures.
Je l'ai attrapée avec mes ongles. Elle s'est sauvée et elle est devenue furieuse. Je vux pas que tu me pinces elle a dit et elle avait la figure toute rouge. Je le dirai à ma mère elle a dit. Et puis t'est folle c'est pas une robe blanche elle est toute sale et moche. 
Non elle est pas sale j'ai dit. Je l'ai dit si fort que je me demande comment grand-mère a pas entendu. J'ai enlevé la robe de la boîte. Je l'ai levée en l'air pour lui faire voir comme elle était blanche. Elle s'est dépliée en faisant le même bruit que quand il pleut dehors et le bas a touché le tapis.
Elle est blanche j'ai dit toute blanche et puis propre et toute en soie....

samedi 5 novembre 2011

La Robe de soie blanche.(4)

Illustré par un tableau de Ghyslaine Chirat Léonelli
(en voir plus en cliquant sur le lien)

...Mary Jane est venue après déjeuner comme d'habitude. Grand-mère est allée faire sa sieste. Elle a dit et maintenant n'oublie pas que tu ne dois pas aller dans la chambre de ta maman. Je lui ai dit non grand-mère. Et je le pensais vraiment mais ensuite Mary Jane et moi on jouait avec la voiture de pompiers. Et Mary Jane elle a dit je parie que t'as pas de mère je parie que tout ça tu l'as inventé voilà ce qu'elle a dit.
Je me suis mise en colère contre elle. J'ai une maman je le sais bien. Ca me mettait en colère qu'elle dise que j'ai tout inventé. Elle a dit que j'étais une menteuse.  Je vaux dire pour le lit et la coiffeuse et le portrait et puis la robe et tout. 
J'ai dit attends un peu puisque t'es si maligne je vais te faire voir.
J'ai regardé dans la chambre de grand-mère. Elle dormait et elle ronflait. Je suis redescendue et j'ai dit à Mary Jane qu'on pouvait y aller puisque grand-mère ne s'en apercevrait pas. Après elle faisait plus tellement la maligne. Elle s'est mise à ricaner comme elle fait. Et puis elle a eu peur et elle a crié en se cognant dans la table qui est dans le vestibule en haut. Je lui ai dit t'est qu'une peureuse. Elle a répondu dans ma maison à moi y fait pas aussi noir que dans la tienne. 
On a été dans la chambre de maman. C'était si noir qu'on n'y voyait pas. Alors j'ai ouvert les rideaux. Juste un peu pour que Mary Jane y voie. J'ai dit la voilà la chambre de ma maman et alors c'est moi qui l'ai inventée peut-être?
Elle restait à la porte et elle faisait toujours pas la maligne. Elle a rien dit. Elle regardait tout autour de la chambre. Elle a sauté quand je lui ai pris le bras. Allez viens je lui ai dit.
Je me suis assise sur le lit et j'ai dit c'est le lit de ma maman regarde comme il est doux. Elle a toujours rien dit. Peureuse je lui ai dit. C'est pas vrai elle a répondu.
Je lui ai dit de s'asseoir parce qu'on pouvait pas savoir si c'était doux si on s'asseyait pas. Alors elle s'est assise à côté de moi. J'ai dit touche comme c'est doux. Sens comme ça sent bon.... 
(illustration Ghyslaine CHIRAT-LEONELLI

vendredi 4 novembre 2011

LA CENERENTOLA - G. ROSSINI

La Robe de soie blanche.(3)


... Des fois j'ouvre la boîte.Parce que je sais où grand-mère met la clé. Je l'ai vue faire une fois où elle savait pas que je la voyais. Elle met la clé au crochet dans le placard de maman. Derrière la porte je veux dire.
J'ai ouvert la boîte beaucoup de fois. Parce que j'aime bien regarder la robe de maman. C'est la regarder que j'aime le mieux. Elle est si belle et la soie est si douce. Je resterais un million d'années rien qu'à la toucher.
Je me mets à genoux sur le tapis avec des roses. Je tiens la robe contre moi et je sens son odeur. Je la pose contre ma joue. Je voudrais pouvoir l'emporter pour dormir avec en la tenant serrée. J'aimerais. Mais je peux pas le faire. Grand-mère l'a dit. Et elle dit je devrais la mettre au feu mais j'aimais tellement ta mère. Et puis elle pleure.
J'ai jamais été méchante pour la robe. Je la remettais bien dans sa boîte comme si personne y touchait. Jamais grand-mère avait su. Ca me faisait rire qu'elle sache pas. Mais maintenant elle sait que je l'ai fait. Et elle va me punir. Pourquoi ça l'a mise si en colère? Est-ce que c'était pas la robe de ma maman?
Ce que j'aime le mieux dans la chambre de maman c'est de regarder son portrait. Il a du doré tout autour. Son cadre comme dit grand-mère. Il est sur un mur à côté du bureau.
Maman est belle. Ta maman était belle grand-mère dit. Pourquoi était? Je vois maman là qui me sourit et elle EST belle. Pour toujours.


Elle a des cheveux noirs. Comme moi. Et puis des beaux yeux noirs. Et puis une bouche toute rouge si rouge. C'est sa robe blanche qu'elle a. Ses épaules sont toutes découvertes. Elle a la peau blanche presque comme la robe. Et aussi les mains. Elle est si belle. Je l'aime même si elle est partie pour toujours je l'aime tellement.
Je pense que c'est pour ça que j'ai été méchante. Je veux  dire avec Mary Jane....

jeudi 3 novembre 2011

La Robe de soie blanche.(2)

... J'entends le bruit de la robe comme si elle marchait si j'écoute fort. Je fais semblant d'être maman assise à la coiffeuse. Comme si elle touchait à ses parfums et à ses fards je veux dire. Et puis je vois ses yeux tout noirs. Je me rappelle.
Ca fait drôle quand il pleut et que ça fait comme des yeux à la fenêtre. La pluie fait du bruit comme un gros géant dehors. Elle dit chut chut pour que tout le monde se taise. J'aime bien faire semblant que ce soit comme ça quand je suis dans la chambre de maman.
Ce que j'aime encore mieux c'est quand je m'assieds à la coiffeuse de maman. Elle est grande et toute rose et puis elle sent bon. Le siège a un coussin cousu. Y'a plein de bouteilles avec dedans des parfums de toutes les couleurs. Et on peut se voir presque toute entière dans la glace.
Quand je suis ici je fais semblant d'être maman. Alors je dis tais-toi mère je veux sortir et tu ne m'en empêcheras pas. C'est quelque chose que je dis je sais pas pourquoi c'est comme si je l'entendais à l'intérieur de moi. Et puis je dis oh arrête-toi de pleurer mère ils ne m'attraperont pas j'ai ma robe magique.
Quand je fais semblant comme ça je brosse mes cheveux en mettant longtemps. Mais je prends seulement ma brosse à moi que j'apporte de ma chambre. J'ai jamais pris la brosse de maman. Je pense pas que c'est pour ça que grand-mère est si en colère puisque je prends jamais la brosse de maman. Jamais je le ferai.....
Richard MATHESON

mercredi 2 novembre 2011

La Robe de soie blanche.(1)


Ici pas de bruit. Tout est dans ma tête.

Grand-mère m'a enfermée dans ma chambre et elle en veut pas me laisser sortir. Parce que c'est arrivé elle a dit. Je pense que j'ai été méchante. Mais c'est à cause de la robe. La robe de maman je veux dire. Maman elle est partie pour toujours. Grand-mère dit ta maman est au ciel. Je vois pas comment. Est-ce qu'elle peut aller au ciel si elle est morte?
En ce moment j'entends Grand-mère. Elle est dans la chambre de maman. Elle remet la robe de maman dans la boîte. Pourquoi elle fait toujours ça? Et après la boîte elle la ferme à clef. Ca m'embête qu'elle le fasse. Elle est jolie la robe et elle sent bon. Et elle est toute tiède? Ca fait doux de la toucher avec la joue. Mais je pourrai plus. Je pense que c'est pour ça que Grand-mère est en colère.
Mais j'en suis pas sûre. Aujourd'hui tout était comme les autres jours. Mary Jane est venue à la maison. Elle habite en face. Elle vient jouer à la maison tous les jours. Aujourd'hui aussi.
J'ai sept poupées et une voiture de pompiers. Aujourd'hui Grand-mère a dit joue avec tes poupées et ta voiture. Ne va pas dans la chambre de ta maman elle adit. Elle dit toujours ça. C'est parce qu'elle a peur que je mette du désordre je pense. Parce qu'elle le dit tout le temps. Ne va pas dans la chambre de ta maman. Comme ça simplement.
Mais c'est joli la chambre de maman. J'y vais quand il pleut. Ou bien que Grand-mère fait sa sieste. Je fais pas de bruit. Je m'assieds juste sur le lit et je touche la couverture blanche. Comme quand j'étais petite. Elle sent tout bon comme des bonnes choses.
Je fais semblant que maman soit en train de s'habiller et qu'elle m'ait permis de rester. Je sens l'odeur de sa robe de soie blanche. Sa robe du soir des grandes occasions. elle l'a appelée comme ça un jour je ne sais plus quand......
Richard MATHESON - La Robe de soie blanche

mardi 1 novembre 2011

Rituel de saison...

Vous n'ignorez pas que cette nuit et les suivantes sont propices aux rencontres entre morts et vivants et ceci d'autant plus que la lune en est à son premier quartier. Si vous avez un renseignement à demander à l'un ou l'autre de vos chers disparus, voici comment prendre contact.
Vous vous rendrez vers minuit au cimetière en emportant une chandelle blanche, une feuille d'acacia sauvage et un pistolet chargé. 
Placez-vous devant la tombe et prononcez distinctement ces mots latins: "Exurgent mortui et acmo venient.", auxquels vous ajouterez en français (tous les défunts ne sont pas latinistes): "J'exige que le mort que tu es vienne à moi."
A peine ces paroles prononcées, le ciel tonnera; si vous n'êtes pas déjà mort de trouille en raison de l'ambiance, ne vous effrayez pas plus et tirez un coup de revolver. Le mort éveillé par tout ce boucan, soulèvera alors sa pierre tombale - et c'est pour cette raison que j'ai toujours déconseillé le marbre; un petit jardinet et quelques fleurs sont moins fatigants pour celui qui repose là-dessous - donc, le mort va sortir de son tombeau; ce n'est pas le moment de paniquer et de vous enfuir. Reculez juste de trois pas pour éviter un éventuel bisou  et répétez trois fois: "Je t'asperges d'encens et de myrrhe comme a été parfumée la tombe d'Astaroth.".
Oui, là je me demande pourquoi le rituel (vaudou) conseille de prendre une feuille d'acacia et pas l'encens et la myrrhe??? les sorciers ont de ces distractions!
Bien! Vous avez éveillé le mort, vous lui avez posé vos questions, il vous a répondu; le temps passe et il ne faudrait tout de même pas qu'un de vos voisins, rentrent d'une quelconque mufflée vienne à surprendre vos occupations nocturnes; il pourrait s'en formaliser. 
Le mort bien entendu n'est pas pressé mais vous, commencez à avoir sommeil et froid aux pieds; il fait humide dans les cimetières. Il faut donc renvoyer le cher défunt là d'où il n'aurait jamais du sortir.
Vous allez ramasser une poignée de terre, que vous jetterez aux quatre coins de l'horizon en disant: "Retourne d'où tu viens, car tu as été crée poussière, et tu retourneras à la poussière. Amen!"
Vous voyez, rien de plus simple! Toutefois, n'ayant encore rien eu à demander à un mort je ne peux vous garantir que le sortilège fonctionne. Si quelqu'un d'entre vous à l'occasion d'essayer, je serais enchantée de connaître le résultat.