S'il est vrai que la parole est le meilleur véhicule du conte, de même que c'est en marchant qu'on regarde le mieux un paysage, il est néanmoins utile, par désir ou par commodité, de prendre la voiture le train ou l'avion.

Le conte, pour se faire entendre, doit parfois lui aussi voyager au moyen d'encre et de papier. Voici qu'un carrosse nouveau lui est offert... le blog.
Puisse-t-il vous emporter dans son périple magique.


A un ami...



A un ami...


... Tu m'as fait oublier mes maux....

ALCEE (VII°-VI° av.JC) Traduction Marguerite Yourcenar

lundi 19 décembre 2011

Les finalités du conte




Elles sont aussi diverses que les opinions sur le sujet. La première et la principale, devrait être le divertissement et l’ouverture de la porte des rêves.
Ce qui induit une seconde fonction : le développement de l’imaginaire.
Beaucoup d’éducateurs, pour qui tout divertissement doit avoir une utilité, veulent y voir un enseignement moral. Le conte, pour eux, devrait éveiller la conscience du bien et du mal et faire évoluer les sentiments vers le haut.
Cependant Italo Calvino nous dit que : « La fonction morale que le conte assume dans l’entendement populaire est peut-être moins à rechercher du côté des contenus que du côté de l’institution même du conte, le fait de le raconter et de l’écouter. »
François Flahault dans l’interprétation des contes ajoute : « Le contenu des contes ne nous avance à rien : du moment que leur énonciation produit de facto un état de paix, ils ont atteint leur but. »
Le conte est en fait un bureau à secret : on ouvre les tiroirs apparents et l’on y trouve distraction, rêve et morale. Mais il faut trouver le mécanisme caché pour découvrir le véritable sens du conte, celui qui nous relie à l’humanité.
C’est ainsi que le conte, peut être considéré comme un support de quête intérieure. Le guide pour la découverte de l’inconscient serait le conte à trois personnages tels que, par exemple, la princesse-vierge, le prince-héros et le dragon-épreuve ; on trouve ce schéma dans la première partie du conte de Grimm: les deux frères.
Le dragon qui représente l’inconscient se trouve au sommet d’une montagne dont l’ascension représente la quête de vérité intérieure. L’épée représente le discernement grâce auquel le héros vaincra ses dragons intérieurs. Le conte est long et la quête ne s’arrête pas à la victoire sur le dragon. Le héros aura d’autres obstacles à franchir. Il devra aussi retrouver son jumeau…
Ce conte des deux frères, contrairement à d’autres contes de Grimm, un peu trop complexes pour eux, est apprécié des petits enfants, et ceci grâce à l’intervention des animaux qui revient comme dans les randonnées.
Ces animaux auxiliaires, comme ceux héros des contes animaliers sont les souvenirs des totems des différentes tribus. Les deux frères dans leurs quêtes sont assistés par les tribus du lièvre, du loup, de l’ours et du lion.
De même quand Renart, joue des tours à Ysengrin ; il faut se souvenir que la tribu qui avait pour emblème le goupil se trouvait en rivalité avec celle dont l’emblème était le loup.
Le héros du « Tambour » de Grimm doit lui aussi affronter des épreuves avant de s’unir à la princesse; il n’aura pas de dragon à affronter, mais une sorcière. On y rencontre des souvenirs d’autres contes ; certaines épreuves font penser à celles que Vénus inflige à Psyché. Le retour dans la famille qui entraîne l’oubli de la fiancée rappelle l’oubli de la Belle pour la Bête; mais à l’inverse de la Bête qui se laisse mourir, la Princesse lutte. En souhaitant des robes aussi somptueuses que celles de Peau d’Ane.
Car il ne faut pas négliger l’importance de l’argent et du statut social dans le conte. C’est même cet aspect qui apparaît en premier. Le héros, la plupart du temps parti de rien, finit par épouser la princesse et hériter du royaume. C’est en seconde « lecture », quand on a ouvert le tiroir à secret, que les vraies natures de la « princesse » et du « royaume » nous sont révélées. Dans nombre de contes où le héros se voit proposer or ou argent en paiement de son travail, il a été averti par un auxiliaire de refuser ou de choisir un objet anodin, sans valeur apparente, comme une ficelle ou une vieille culotte.
Si la récompense est une arme, il lui faudra laisser l’épée d’or incrustée de pierres précieuse et choisir celle qui est rouillée ou ébréchée.
Dans la Belle et la Bête, des trois filles, deux veulent des robes et des bijoux, seule la Belle ne désire qu’une simple rose. C’est donc elle qui saura délivrer le prince prisonnier de son apparence bestiale. Ce qui, dans le film de Cocteau est tout à fait regrettable, car la Bête fabriquée par Christian Bérard le costumier, est d’une beauté renversante.
Mais les choix les plus significatifs se trouvent dans l’Oiseau d’Or : à chaque épreuve de sa quête, Ivan Tsarévitch est averti de choisir la cage de bois, la vilaine selle etc… ce qu’il ne fait pas, bien entendu, ce qui permet au conte de durer plus longtemps.
François Flahault dans l’Interprétation des Contes, p.245 : « Tout conte -et sans doute tout récit- est le fruit d’un compromis entre le désir d’un toujours plus et la loi qui veut qu’on n’ait rien sans rien ; mais rares sont ceux qui, comme la quête de l’Oiseau d’Or, illustrent aussi fortement chacune de ces contraintes….
Et plus loin : « Il arrive [… que l’indifférence à la contradiction (qui est réputée être l’une des faiblesse de la pensée mythique)permette l’émergence de vérités difficilement accessibles à la pensée conceptuelle… »
Au sujet des richesses il est intéressant de noter que « conte » et « compte » ont la même étymologie. Au Moyen-Age, on ne les distinguait pas. La différence d’orthographe qui fait la séparation n’est apparue qu’au XV° siècle. La racine latine : computare est la même ; elle a signifié d’abord compter, calculer, puis penser.
Les héros silencieux sont en ce sens plus significatifs que les héros actifs : ils ne recherchent aucun avantage matériel. La jeune sœur des six frères cygnes ne lutte en silence que pour sa vie et sa réhabilitation.
On trouve dans la Bible et dans la légende Arthurienne deux autres héros silencieux: Perceval et Samson. Mais si le silence de la jeune sœur des six frères cygnes n’est dangereux que pour elle-même, celui de Perceval, en revanche, met en danger le royaume, sans parler de la santé du roi Pêcheur. Samson, lui refuse de révéler le secret de sa force. Ce sont trois mutismes différents. Ils ont en commun cependant de n’être attachés à aucune récompense matérielle.
Perceval n’est pas un personnage de conte, il fait partie d‘un cycle légendaire. Samson, si l’on admet qu’il entre une part de légende dans les textes bibliques également. Citons Vladimir Propp dans « Transformation des contes merveilleux » : l’histoire de Samson et Dalila ne peut être considérée comme le prototype du conte: le conte semblable à cette histoire et le texte biblique peuvent remonter à une source commune. 
On peut aussi trouver une similitude dans les questions de Dalila à Samson et dans celles de Viviane à Merlin quand elle veut l’enfermer dans la tour d’air. Et là encore, entre la fée et l’enchanteur, il n’est question que de pouvoir spirituel.

1 commentaire:

Gloria Godard a dit…

« Le contenu des contes ne nous avance à rien : du moment que leur énonciation produit de facto un état de paix, ils ont atteint leur but. » Voilà qui est bien dit.
Bises !