samedi 31 décembre 2011

Tsougouhara FOUJITA (1886-1968) Cat -détail

Dans ses rêves il invente toutes les félicités que va vous apporter une année nouvelle.
Belle , grande et heureuse année 2012
Pomme

jeudi 29 décembre 2011

Champagne - Jacques Higelin

Europe



Europe était fille d’Agénor, roi de Phénicie, un pays qui se trouvait à peu près où se trouve actuellement le Liban.
Un beau matin du mois de mai, Europe s’en fut la plage avec ses compagnes Elle avait la nuit fait un rêve : deux géantes se la disputaient ; elle allait de l’une à l’autre, tiraillée comme un pauvre petit oiseau que s’arracheraient deux vautours. L’une n’avait pas de nom et voulait prendre la jeune fille ; c’était disait-elle, un cadeau que Jupiter lui offrait. L’autre se nommait Asie et voulait la garder, se prévalant de lui avoir donné le jour.
Ce rêve la troublait encore ; un bain dans la mer dissiperait, pensait-elle, cette fâcheuse impression. Et voilà les charmantes en tenue légère, courant, riant, cueillant des fleurs en chemin dont elles font des bouquets, des couronnes et des guirlandes. Arrivées sur la grève, elles se déshabillent et seulement vêtues de quelques fleurs, entrent dans l’eau, s’éclaboussent, nagent, jouent, heureuses de s’ébattre sous le soleil ; Europe ne pense plus à son rêve.
Au-dessus d’elles, Jupiter, mollement bercé par Zéphyr, somnole sur un nuage. Cupidon qui passait par là, toujours en quête d’un bon tour à jouer, voit tout le parti qu’il peut tirer de la situation. Sans plus réfléchir, il bande son arc et décoche à Jupiter une flèche d’or. Eveillé en sursaut, le roi des Dieux ouvre un œil, pile sur les naïades. Charmant tableau que ces jeunes filles ! Surtout l’une d’ elles : longue, fine, blonde, une peau dorée, parfaite ; elle lui rappelle un amour d’autrefois, la jeune Io qu’il dût changer en vache pour la soustraire à la jalousie de Junon.
Rien d’étonnant puisque Europe est une arrière petite-fille de Io. Cette ressemblance ajoutée aux effets de la flèche rendent aussitôt Jupiter fou d’amour. Comment faire ? On n’est plus au temps de Io. Désormais les jeunes filles ont de la religion, surtout une fille de roi !
Jupiter fait venir Mercure et lui demande de pousser le troupeau d’Agénor jusqu’à la grève et là, parmi les bœufs ,en souvenir de Io peut-être, Jupiter devient taureau ; un superbe taureau blanc, aux cornes d’or pâle en forme de croissants de lune ; une bande de poils noirs sépare les deux cornes.
Europe et ses compagnes qui se séchaient sur le sable voient ce taureau qui les regarde d’un œil amical ; il est si beau, son poil semble si doux, elles iraient bien le caresser, mais dame ! Un taureau, ça peut être dangereux ! Les jeunes filles hésitent.
Europe est fille de roi, donc elles est la plus brave. Elle approche le taureau, craintivement d’abord, elle lui flatte les naseaux et comme il se laisse faire et semble y prendre plaisir, elle s’enhardit, lui caresse l’encolure et tente de lui passer autour du cou la guirlande de fleurs rouges qui orne ses cheveux. Mais il est grand, ce taureau ! Elle a beau se hausser sur la pointe des pieds, elle n’y arrive pas. Alors le taureau fléchit les genoux, se couche à terre et Europe l’imprudente, ose même monter sur son dos.
D’un énergique coup de rein, le taureau se redresse et part au galop. Europe n’a que le temps de le prendre par les cornes pour ne pas tomber. Le taureau file vers la mer ; Europe, échevelée, terrifiée, crie, appelle au secours. Mais le palais est loin et ses compagnes sont plus affolées qu’elle encore. Maintenant le taureau entre dans la mer ; Europe se voit noyée, mais non, il galope sur les vagues et poursuit sa course folle vers le large.
Longtemps le taureau a couru sur les flots, longtemps Europe a crié, pleuré ; elle est à bout de forces quand la bête aborde un rivage. Il s’arrête enfin dans une prairie ombragée de platanes sous lesquels il dépose doucement sa captive et là, redevient Jupiter. Ses intentions évidentes achèvent d’épouvanter la jeune vierge ; mais que faire contre la volonté du roi des dieux ?
Heureusement pour Europe, Jupiter sait s’y prendre avec les jeunes filles ! Au matin, les amants échangeront les deux moitiés d’une feuille de platane en gage de fidélité éternelle. Fidélité qui durera le temps qu’Europe mette au monde trois fils.
Jupiter aime les enfants et ne se lasse jamais d’en avoir de nouveaux ; le premier fut nommé Minos et comme il devait un jour régner sur cette île, Europe reçut en présent le Talos, un géant de bronze, forgé par Vulcain et chargé d’empêcher les ennemis d’aborder.
Pour le second, Radamanthe, elle eut un chien au flair infaillible, aucun gibier ne pouvait lui échapper et pour le troisième, Sarpédon, un épieu qui ne manquait jamais son but.
Ensuite, eh bien, ma foi, la magie des flèches d’or n’a qu’un temps et Jupiter d’autres mortelles à trousser. L’île au platane qui abrita ses amours avec Europe était la Crête, Astérion en était le roi ; Jupiter lui confia Europe qu’il épousa et dont il adopta les trois fils. L’aîné, Minos, lui succéda et c’est une autre belle histoire.
On a donné le nom d’Europe à cette partie du monde dont la Crête fait partie, où la vierge venue d’Asie Mineure, portée par Jupiter, avait fondé sa famille.

lundi 26 décembre 2011

Wichikapache




Une fois il y avait un canard qui illuminait le lac.
J'étais justement là.
"Ho! lanterne sur l'eau!"
appelèrent quelques hommes.

Mais le canard ne disait rien.
Il flottait
sur le marais 
et brillait.

"C'est là que va le soleil pendant la nuit!"
s'écria un homme, "dans ce canard!"
Puis il cria
"On sait que tu as avalé le soleil, canard.
Relâche-le. C'est bientôt le matin!"

Mais le canard ne disait rien.
Il illuminait le marais.

Alors les hommes essayèrent de l'attraper.
Ils ne firent plus un bruit, et s'approchèrent.
Puis ils bondirent sur le canard,
mais tout ce qu'ils attrapèrent
c'est de la boue plein leur bouche.

"Regardez, là-bas!" s'écria un homme.
Et ils virent le canard qui flottait au loin
sur l'eau.
Il illuminait encore le marais!

J'étais justement là.
Mais au matin nous étions partis tous les deux.

Howard A. NORMAN - L'os à voeux.

samedi 24 décembre 2011

Les nombres : le 12



A la Saint-Thomas
Cuis ton pain, lave tes draps
Car dans trois jours Noël aura.

Le total des habitants de l’Olympe est douze, comme les douze travaux d’Hercule, les douze signes du zodiaque, les douze fils de Jacob et les douze apôtres de Jésus.
Douze chevaliers pouvaient siéger avec Arthur autour de la Table Ronde.
Dans ces deux derniers cas, les convives étaient treize à table et l’on sait les superstitions qui s’attachent à ce dernier nombre. Porte-bonheur ou porte-guigne ??
Que faire un vendredi 13 ? Rester au lit ou aller acheter un billet de loterie ?ImageShack, share photos of dieux de l'olympe, dieux romains, olympe, l'olympe, share pictures of dieux de l'olympe, dieux romains, olympe, l'olympe, share video of dieux de l'olympe, dieux romains, olympe, l'olympe, free image hosting, free video hosting, image hosting, video hosting.







vendredi 23 décembre 2011

A quand remonte le conte?


La question de savoir lequel, du conte, du mythe ou de la légende est arrivé en premier, est à peu près celle de l’œuf et de la poule.
On peut cependant imaginer que toutes ces histoires seraient des témoignages des peurs et des émerveillements de nos lointains ancêtres confrontés à l’inconnu, aux découvertes, aux changements de climats. Un paysage différent, de la brume, un marécage là ou tout était sec? Voici un pays enchanté. Des hommes plus grands que ceux de sa tribu; des géants. Ils mangent de la chair humaine, ce sont des ogres; ils sont noirs, poilus, voilà des monstres. Ils ont des connaissances plus évoluées : des magiciens, des fées, des sorcières. On sait maintenant que la première rencontre entre piétons et cavaliers a fait naître les centaures.
Une plante qui soigne, c‘est l’herbe de vie; un os géant, une empreinte de dinosaure ? Dans cette grotte, près de cet étang, vit un dragon. Et tant et tant d’animaux vus pour la première fois, devenus licornes, basilics et autres phénix.
Des chasseurs, des guerriers relataient leurs exploits en les améliorant peu ou prou; la légende prend vie. On ajoute des personnages destinés à éduquer les enfants, par la frayeur au besoin; c’est un conte.
Plus récemment, les auteurs de science-fiction, en exploitant la règle du « plus proche inconnu » ont souvent recrée l’atmosphère du conte merveilleux.
Autrefois, le plus proche inconnu était la forêt ou bien encore l’autre côté de la rivière ou de la montagne ; on y rencontrait les fées, les ogres, les sorcières, des lutins etc..
Puis on se mit à voyager ; on eut peur alors de l’étranger, du voyageur, celui qui franchit la frontière dans un sens ou un autre. L’étranger était un « barbare », souvent féroce, dont on ne comprenait pas la langue.
Les frontières ont reculé et on a dû craindre ce qui se trouvait au-delà des mers, dans les lieux inexplorés des continents : les « sauvages », souvent cannibales, les bêtes fauves, voire les pirates.
Au XVII° siècle, les grandes explorations avaient fait connaître presque toute la terre aussi le plus proche inconnu de Cyrano de Bergerac était déjà la lune.
Les télescopes ont contraint les auteurs de la première moitié du XX° siècle à repousser le plus proche inconnu jusque Mars.
Et nous voici rendus à ne pouvoir redouter que ce qui se passe dans d’autres galaxies, voire au fond des trous noirs.
En souhaitant que la science n’efface pas en nous toute imagination, les auteurs pourront continuer à nous raconter les choses de la vie en divaguant tout de même un peu.
Attardons-nous sur le « conte merveilleux qui, pour Henri Gougaud est« la seule parole humaine qui échappe au contrôle de la raison »
Ces contes anciens, oubliés pendant la Renaissance au profit de la mythologie gréco-romaine, nous sont revenus curieusement au XVII° siècle au travers d’une mode lancée par les intellectuels tenant des « modernes » dans la fameuse querelle des « anciens et des modernes » ; le plus farouche défenseur des « modernes » étant Charles Perrault qui nous a, paradoxalement, rendu une des meilleure version littéraire des contes traditionnels.
Un retour sur cette renaissance :
Avant 1696, les seuls contes connus sont « L’île de la Félicité » que Mme d’Aulnoy insère dans « Histoire d’Hippolite, comte de Douglas » (1690) ; « Les Enchantements de l’éloquence » ; « Les aventures de Finette » de Mlle L’Héritier de Villandon (1695) et la « Belle au bois Dormant » de Charles Perrault qui parut en 1696 dans la Mercure Galant.
En 1696, Catherine Bernard – Née à Rouen en 1662 ou 1663, nièce des Corneille et cousine de Fontenelle ; famille de la bourgeoisie protestante ; liée aux modernes (voir auteur dans Nouvelles Galantes du 17° siècle Garnier Flammarion), publie « Inès de Cordoue » elle glisse dans l’intrigue deux contes qui seront par ce biais parmi les premiers publiés en France : « Le Prince Rosier » et « Riquet à la Houppe », dont Perrault donnera une version un an plus tard dans ses « Histoires et contes du temps passé ». En 1705, Mlle l’Héritier racontera à son tour « Riquet » sous le titre de « Ricdin-Ricdon ».
Quelle est la parenté entre ces versions ? Hasard ou plagiat ? Ni l’un ni l’autre probablement. Catherine Bernard, Charles Perrault et Mlle L’Héritier ont puisé dans un fond commun. Ou bien encore ces parutions sont le résultat de ce que nous appellerions une « joute de conteurs », organisée dans les salons à la mode , tel celui de Mlle L’Héritier, laquelle avait publié « les Enchantements de l’Eloquence » que Perrault donnera sous le titre « les Fées ».
Très littéraire mais utilisant la langue limpide du XVII° siècle, Charles Perrault dans les « Contes de ma Mère l’Oye », retrouve la simplicité des veillées ; on rencontre chez lui des histoires cousines de celles relatées plus tard, par Grimm : Blanche-Neige et Cendrillon, Le Petit Poucet et Hansel et Gretel par exemple.
Le témoignage sur cette renaissance du conte se situe dans « Inès de Cordoue » dans le passage où la Reine venue à Paris, tient « salon ». Au cours de la conversation, on propose d’imaginer des « Contes galants » :
« On convint de faire des règles pour ces sortes d’histoires dont voici les deux principales : que les aventures fussent toujours contre la vraisemblance, et les sentiments toujours naturels. On jugera que l’agrément de ces contes ne consiste qu’à faire voir ce qui se passe dans le cœur et que, du reste, il y avait une sorte de mérite dans le merveilleux des imaginations qui n’étaient point retenues par les apparences de la vérité. »
Les deux règles ne doivent régir que les seuls contes de fées, nommés « contes galants », qui renouent d’ailleurs avec l’esthétique des romans de Madeleine de Scudéry où la vérité des caractères s’alliait à la bizarrerie des situations.
Tout semble opposer « contes merveilleux » et « nouvelles galantes » : la féerie affiche son invraisemblance quand la nouvelle veut passer pour une histoire vraie.
Les deux contes détachés du cadre : « le Prince Rosier » et « Riquet à la houppe » figurent dans un recueil manuscrit de « Petits Contes et Prose et en Vers », MS4015 de la bibliothèque Mazarine qui joua un rôle déterminant dans la mode des contes de fées.
On retrouve également ces deux contes en 1718 dans les « Nouveaux Contes de Fées » et en 1786 dans le « Cabinet des Fées » du Chevalier de Mailly.
Catherine Bernard qui a contribué à lancer la mode des contes de fées, cesse toute activité littéraire vers 1698, après avoir intégré l’entourage de Mme de Maintenon pour qui elle compose encore quelques textes pieux. Elle a abjuré peu avant la révocation de l’Edit de Nantes.
N’oublions pas Madame Leprince de Beaumont, sa Belle et sa Bête ;la Comtesse d’Aulnoy (qui était baronne) , son Oiseau Bleu et son Prince Charmant . Leur écriture très littéraire et leurs histoires compliquées se sont éloignées de la littérature orale.
.
Grimm au sortir du « siècle des Lumières », a compris le vide que laisserait dans l’esprit humain l’abolition du merveilleux. Il est l’un des collecteurs les plus connus.

PP

lundi 19 décembre 2011

Les finalités du conte




Elles sont aussi diverses que les opinions sur le sujet. La première et la principale, devrait être le divertissement et l’ouverture de la porte des rêves.
Ce qui induit une seconde fonction : le développement de l’imaginaire.
Beaucoup d’éducateurs, pour qui tout divertissement doit avoir une utilité, veulent y voir un enseignement moral. Le conte, pour eux, devrait éveiller la conscience du bien et du mal et faire évoluer les sentiments vers le haut.
Cependant Italo Calvino nous dit que : « La fonction morale que le conte assume dans l’entendement populaire est peut-être moins à rechercher du côté des contenus que du côté de l’institution même du conte, le fait de le raconter et de l’écouter. »
François Flahault dans l’interprétation des contes ajoute : « Le contenu des contes ne nous avance à rien : du moment que leur énonciation produit de facto un état de paix, ils ont atteint leur but. »
Le conte est en fait un bureau à secret : on ouvre les tiroirs apparents et l’on y trouve distraction, rêve et morale. Mais il faut trouver le mécanisme caché pour découvrir le véritable sens du conte, celui qui nous relie à l’humanité.
C’est ainsi que le conte, peut être considéré comme un support de quête intérieure. Le guide pour la découverte de l’inconscient serait le conte à trois personnages tels que, par exemple, la princesse-vierge, le prince-héros et le dragon-épreuve ; on trouve ce schéma dans la première partie du conte de Grimm: les deux frères.
Le dragon qui représente l’inconscient se trouve au sommet d’une montagne dont l’ascension représente la quête de vérité intérieure. L’épée représente le discernement grâce auquel le héros vaincra ses dragons intérieurs. Le conte est long et la quête ne s’arrête pas à la victoire sur le dragon. Le héros aura d’autres obstacles à franchir. Il devra aussi retrouver son jumeau…
Ce conte des deux frères, contrairement à d’autres contes de Grimm, un peu trop complexes pour eux, est apprécié des petits enfants, et ceci grâce à l’intervention des animaux qui revient comme dans les randonnées.
Ces animaux auxiliaires, comme ceux héros des contes animaliers sont les souvenirs des totems des différentes tribus. Les deux frères dans leurs quêtes sont assistés par les tribus du lièvre, du loup, de l’ours et du lion.
De même quand Renart, joue des tours à Ysengrin ; il faut se souvenir que la tribu qui avait pour emblème le goupil se trouvait en rivalité avec celle dont l’emblème était le loup.
Le héros du « Tambour » de Grimm doit lui aussi affronter des épreuves avant de s’unir à la princesse; il n’aura pas de dragon à affronter, mais une sorcière. On y rencontre des souvenirs d’autres contes ; certaines épreuves font penser à celles que Vénus inflige à Psyché. Le retour dans la famille qui entraîne l’oubli de la fiancée rappelle l’oubli de la Belle pour la Bête; mais à l’inverse de la Bête qui se laisse mourir, la Princesse lutte. En souhaitant des robes aussi somptueuses que celles de Peau d’Ane.
Car il ne faut pas négliger l’importance de l’argent et du statut social dans le conte. C’est même cet aspect qui apparaît en premier. Le héros, la plupart du temps parti de rien, finit par épouser la princesse et hériter du royaume. C’est en seconde « lecture », quand on a ouvert le tiroir à secret, que les vraies natures de la « princesse » et du « royaume » nous sont révélées. Dans nombre de contes où le héros se voit proposer or ou argent en paiement de son travail, il a été averti par un auxiliaire de refuser ou de choisir un objet anodin, sans valeur apparente, comme une ficelle ou une vieille culotte.
Si la récompense est une arme, il lui faudra laisser l’épée d’or incrustée de pierres précieuse et choisir celle qui est rouillée ou ébréchée.
Dans la Belle et la Bête, des trois filles, deux veulent des robes et des bijoux, seule la Belle ne désire qu’une simple rose. C’est donc elle qui saura délivrer le prince prisonnier de son apparence bestiale. Ce qui, dans le film de Cocteau est tout à fait regrettable, car la Bête fabriquée par Christian Bérard le costumier, est d’une beauté renversante.
Mais les choix les plus significatifs se trouvent dans l’Oiseau d’Or : à chaque épreuve de sa quête, Ivan Tsarévitch est averti de choisir la cage de bois, la vilaine selle etc… ce qu’il ne fait pas, bien entendu, ce qui permet au conte de durer plus longtemps.
François Flahault dans l’Interprétation des Contes, p.245 : « Tout conte -et sans doute tout récit- est le fruit d’un compromis entre le désir d’un toujours plus et la loi qui veut qu’on n’ait rien sans rien ; mais rares sont ceux qui, comme la quête de l’Oiseau d’Or, illustrent aussi fortement chacune de ces contraintes….
Et plus loin : « Il arrive [… que l’indifférence à la contradiction (qui est réputée être l’une des faiblesse de la pensée mythique)permette l’émergence de vérités difficilement accessibles à la pensée conceptuelle… »
Au sujet des richesses il est intéressant de noter que « conte » et « compte » ont la même étymologie. Au Moyen-Age, on ne les distinguait pas. La différence d’orthographe qui fait la séparation n’est apparue qu’au XV° siècle. La racine latine : computare est la même ; elle a signifié d’abord compter, calculer, puis penser.
Les héros silencieux sont en ce sens plus significatifs que les héros actifs : ils ne recherchent aucun avantage matériel. La jeune sœur des six frères cygnes ne lutte en silence que pour sa vie et sa réhabilitation.
On trouve dans la Bible et dans la légende Arthurienne deux autres héros silencieux: Perceval et Samson. Mais si le silence de la jeune sœur des six frères cygnes n’est dangereux que pour elle-même, celui de Perceval, en revanche, met en danger le royaume, sans parler de la santé du roi Pêcheur. Samson, lui refuse de révéler le secret de sa force. Ce sont trois mutismes différents. Ils ont en commun cependant de n’être attachés à aucune récompense matérielle.
Perceval n’est pas un personnage de conte, il fait partie d‘un cycle légendaire. Samson, si l’on admet qu’il entre une part de légende dans les textes bibliques également. Citons Vladimir Propp dans « Transformation des contes merveilleux » : l’histoire de Samson et Dalila ne peut être considérée comme le prototype du conte: le conte semblable à cette histoire et le texte biblique peuvent remonter à une source commune. 
On peut aussi trouver une similitude dans les questions de Dalila à Samson et dans celles de Viviane à Merlin quand elle veut l’enfermer dans la tour d’air. Et là encore, entre la fée et l’enchanteur, il n’est question que de pouvoir spirituel.

samedi 17 décembre 2011

Qu'est-ce que la littérature orale?


Elle est faite d’histoires colportées depuis l’aube de l’humanité par des anciens, des conteurs, au cours de veillées.
On se réunissait bien souvent dans l’étable, où en hiver il faisait chaud. L’un des participants, peut-être un berger, peut-être un colporteur, après s’être longtemps fait prier, alors que personne ne lui demandait plus rien, levait les yeux du bâton qu’il est en train de sculpter, du manche d’outil qu’il polissait tendrement, du morceau de buis dans lequel il creusait un coquetier et il lançait un sonore : « Cric ! ». L’assemblée alors lui renvoyait un : « Crac ! » enthousiaste. Puis il prononçait quelques formules rituelles d’ouverture : le conte déployait ses ailes et planait sur l’assemblée.
Le recteur ou le curé, qui avaient leurs propres légendes à répandre, le dimanche à l’église réprouvaient ces réunions. Les jeunes gens s’y retrouvaient, et si par chance un musicien était présent, dansaient. Péché ! Les veillées favorisaient les amours, elles étaient forcément les antichambres de l’Enfer.
Y assistaient aussi les femmes qui avaient des « pouvoirs ». Des sorcières donc. Elles n’étaient en fait rien de plus que des guérisseuses, qui connaissaient les plantes et leurs propriétés ; qui savaient faire « passer » les fièvres, les insolations aussi bien que les grossesses intempestives. Souvent plus compétentes et adroites, elles représentaient pour la plupart des médecins de l’époque une sévère concurrence puisqu’elles savaient accoucher juments, vaches, servantes on maîtresses et comme telles dans les périodes des grandes chasses aux sorcières entre les XV° et XVII° siècles, risquaient au mieux le Jugement de Dieu mortel dans la plupart des cas ; au pire le bûcher précédé de tortures propres à faire avouer à une nonne pré pubère les pires turpitudes.
On peut imaginer aussi que leurs connaissances en matière de plantes, potions onguents de toutes natures les exposaient à des demandes plus ou moins avouables ; quelles consentissent ou non à les satisfaire, les rendaient dépositaires de secrets dangereux pour elles.
Les ogres, les fées et leur magie s’effacèrent des veillées, laissant la place aux saints, à leurs miracles et au diable avec son cortège de sorciers et sorcières. Les contes trouvèrent refuge chez les nourrices qui endormaient les enfants qu’on leur confiait en leur contant les histoires qui deviendront les « contes de nourrices ».
Longtemps avant l’invention de l’écriture, on racontait des histoires. L’Iliade et l’Odyssée furent à l’origine des poèmes chantés et racontés ; Homère ne les a pas écrits ; on n’est même pas certains qu’Homère ne soit pas lui-même une légende. C’est néanmoins grâce à l’écriture qu’ils sont parvenus jusqu’à nous.
Chez les Celtes, les légendes et la religion se transmettaient oralement.
Chez nous, dans le haut Moyen Age, seuls les femmes et les clercs savaient lire et écrire. Les nobles guerriers ne s’abaissaient pas à de telles billevesées ; en revanche, ils ne dédaignaient pas de raconter leurs divers exploits et d’écouter trouvères et troubadours qui les colportaient, souvent en musique et en chansons, de châteaux en châteaux, rajoutant bravoure et miracle au fil du temps. C’est au XII° siècle qu’on commença à rassembler par écrit tous ces hauts faits devenus contes et légendes.
Dans d’autres civilisations, en Afrique, chez les Amérindiens et en Sibérie la littérature orale est toujours en usage.

PP

jeudi 15 décembre 2011




Qui pourrait me dire le nom du personnage (dieu ou génie) qui chez les Hopis tient le rôle du Père Noël/Père Fouettard???
Mercci d'avance...
Vous aurez un conte en pour... c'est sérieux, voyez comme je travaille dur!!!
P

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James Galway ~Flute~ 2/7

mercredi 7 décembre 2011

Bon, maintenant, ça va être moins bien.... forcément...


                                                                                                        
UN SAINT BIEN SIMPLE




Si l'on s'en tient au latin: blaesus, Blaise est bègue; si l'on écoute les Grecs (blaisos), il marche les pieds en dehors comme sont réputés marcher les garçons de café, mais aussi les Petits Rats de l'Opéra.
Il aurait pu aussi être un domestique originaire de Blois. Mais chez les Celtes, le nom du loup était ar bleizh. Le loup qui était le compagnon de l'enchanteur Merlin, lequel faisait écrire par son secrétaire Blaise les hauts faits d'Arthur et de ses chevaliers. 
A Milly la Forêt, Jean Cocteau a décoré une chapelle consacrée à saint Blaise guérisseur et botaniste; Musset lui a fait une chanson.



A Saint-Blaise, à la Zueccca,
Vous étiez, vous étiez bien aise
A Saint-Blaise, à la Zuecca,
Nous étions bien là.

Mais de vous en souvenir
Prendrez-vous la peine ?
Mais de vous en souvenir
Et d’y revenir ?

A Saint-Blaise, à la Zuecca,
Dans les près fleuris cueillir la verveine,
A Saint-Blaise, à la Zuecca,
Vivre et mourir là !
MUSSET




mardi 6 décembre 2011

Vous aviez raison d'avoir peur....

... Un frémissement lui courut sur l'échine, les babines se froncèrent.
-... Loup y est tu? m'entends-tu? quoi fais-tu?
-Je orends mon grand sabre! dit-il d'une voix rauque, et déjà les idées se brouillaient dans sa tête. Il ne voyait plus les jambes des fillettes, il les humait.
-... Loup y est-tu? m'entends-tu? quoi fais-tu?
- Je monte à cheval et je sors du bois!
Alors le loup, poussant un grand hurlement, fit un bond hors de sa cachette, la gueule béante et les griffes dehors. Les petites n'avaient pas encore eu le temps de prendre peur, qu'elles étaient déjà dévorées.
Heureusement, le loup ne savait pas ouvrir les portes, il demeura prisonnier dans la cuisine. En rentrant, les parents n'eurent qu'à lui ouvrir le ventre pour délivrer les deux petites. Mais, au fond, ce n'était pas de jeu.
Delphine et Marinette lui en voulaient un peu de ce qu'il les eut mangées sans plus d'égards, mais elles avaient si bien joué avec lui qu'elles prièrent les parents de le laisser s'en aller. On lui recousit le ventre solidement avec deux mètres d'une bonne ficelle frottée d'un morceau de suif, et une grosse aiguille à matelas. Les petites pleuraient parc qu'il avait mal, mais le loup disait en retenant ses larmes:
- Je l'ai bien mérité, allez, et vous êtes encore trop bonnes de me plaindre. Je vous jure qu'à l'avenir on ne me reprendra plus à être aussi gourmand. Et d'abord, quand je verrai des enfants je commencerai par me sauver.
On croit que le loup a tenu parole. En tout cas, l'on n'a pas entendu dire qu'il ait mangé de petite fille depuis son aventure avec Delphine et Marinette.....

-FIN-

lundi 5 décembre 2011

Marcel Aymé - Le Loup (9)

... On s'embrassa longuement, et plus tendrement encore que la dernière fois, car une semaine d'absence avait rendu l'amitié impatiente.
-Ah! Loup, disait la plus blonde, la maison était triste, cette semaine. On a parlé de toi tout le temps. 
- Et tu sais, Loup, tu avais raison: nos parents ne veulent pas croire que tu puisses être bon.
- Ca ne m'étonne pas. Si je vous disais que tout à l'heure, une vieille pie...
- Et pourtant, Loup, on t'a bien défendu, même que nos parents nous ont envoyées au lit sans souper.
-Et dimanche, on nous a défendu de jouer au loup.
Les trois amis avaient tant à sa dire qu'avant de songer aux jeux, ils s'assirent à côté du fourneau. Le loup ne savait plus où donner de la tête. Les petites voulaient savoir tout ce qu'il avait fait dans la semaine, s'il n'avait pas eu froid, si sa patte était bien guérie, s'il avait rencontré le renard, la bécasse, le sanglier.
-Loup, disait Marinette, quand viendra le printemps, tu nous emmènera dans les bois, loin, là où il y a toutes sortes de bêtes. Avec toi, on n'aura pas peur.
- Au printemps, mes mignonnes, vous n'aurez rien à craindre dans les bois. D'ici là, j'aurai si bien prêché les compagnons de la forêt que les plus hargneux seront doux comme des filles. Tenez, pas plus tard qu'avant-hier, j'ai rencontré le renard qui venait de saigner tout un poulailler. Je lui ai dit que ça ne pouvait plus continuer comme ça, qu'il fallait changer de vie. Ah! je vous l'ai sermonné d'importance! Et lui qui fait tant le malin d'habitude, savez-vous ce qu'il m'a répondu? "Loup, je ne demande qu'à suivre ton exemple. Nous en reparlerons un peu plus tard, et quand j'aurai le temps d'apprécier toutes tes bonnes oeuvres, je ne tarderai plus à me corriger". Voilà ce qu'il m'a répondu, tout renard qu'il est.
- Tu es si bon, murmura Delphine.
-Oh! oui, je suis bon, il n'y a pas à dire le contraire. Et pourtant, voyez ce que c'est, vos parents ne le croiront jamais. Ca fait de la peine quand on y pense.
Pour dissiper le mélancolie de cette réflexion, Marinette proposa une partie de cheval. Le loup se donna au jeu avec plus d'entrain encore que le jeudi précédent. La partie de cheval terminée, Delphine demanda:
-Loup, si on jouait au loup?
Le jeu était nouveau pour lui, on lui en expliqua les règles, et tout naturellement, il fut désigné pour être le loup. Tandis qu'il était caché sous la table, les petites passaient et repassaient devant lui en chantant le refrain:
"Promenons-nous le long du bois, pendant que le loup n'y est pas. Loup y est-u? m'entends-tu? quoi fais-tu?"
Le loup répondait en se tenant les côtes, la voix étranglée par le rire:
-Je mets mon caleçon.
Toujours riant, il disait qu'il mettait sa culotte, puis ses bretelles, son faux-col, son gilet. Quand il en vint à enfiler ses bottes, il commença d'être sérieux.
-Je boucle mon ceinturon, dit le loup, et il éclata d'un rire bref.... (à suivre)

dimanche 4 décembre 2011

Brenda Lee - I'm Sorry

Marcel Aymé - Le Loup (8)

Les jours suivants, pour distraire l'impatience où elles étaient de revoir leur ami, et avec une intention ironique qui n'était pas sans agacer leur mère, les petites imaginèrent de jouer au loup. La plus blonde chantait sur deux notes les paroles consacrées:
"Promenons-nous le long du bois, pendant que le loup n'y est pas. loup y es-tu? m'entends-tu? quoi fais-tu?"
Et Delphine, cachée sous la table de la cuisine, répondait:"Je mets ma chemise."Marinette posait la question autant de fois qu'il était nécessaire au loup pour passer une à une toutes les pièces de son harnachement, depuis les chaussettes jusqu'à son grand sabre. Alors, il se jetait sur elle et la dévorait.
Tout le plaisir du jeu était dans l'imprévu, car le loup n'attendait pas toujours d'être prêt pour sortir du bois. Il lui arrivait aussi bien de sauter sur sa victime alors qu'il était en manches de chemise, ou n'ayant même pour tout vêtement qu'un chapeau sur la tête.
Les parents n'appréciaient pas tout l'agrément du jeu. Excédés d'entendre cette rengaine, ils l'interdirent le troisième jour, donnant pour prétexte qu'elle leur cassait les oreilles. Bien entendu, les petites ne voulurent pas d'autre jeu, et la maison demeura silencieuse jusqu'au jour du rendez-vous.
Le loup avait passé toute la matinée à laver son museau, à lustrer son poil et à faire bouffer la fourrure de son cou. Il était si beau que les habitants du bois passèrent à côté de lui sans le reconnaître d'abord. Lorsqu'il gagna la plaine, deux corneilles qui bayaient au clair de midi, comme elles font presque toutes après déjeuner, lui demandèrent pourquoi il était si beau.
- Je vais voir mes amies, dit le loup avec orgueil. Elles m'ont donné rendez-vous pour le début de l'après-midi.
- Elles doivent être bien belles, que tu aies fait si grande toilette.
-Je crois bien! Vous n'en trouverez pas, sur toute la plaine, qui soient aussi blondes.
-Les corneilles en bayaient maintenant d'admiration, mais une vieille pie jacassière, qui avait écouté la conversation, ne put s'empêcher de ricaner.
-Loup, je ne connais pas tes amies, mais je suis sûre que tu auras su les choisir bien dodues, et bien tendres... ou je me trompe beaucoup.
-Taisez-vous, péronnelle! S'écria le loup en colère. Voilà pourtant comme on vous bâtit une réputation, sur des commérages de vieille pie. Heureusement, j'ai ma conscience pour moi!
En arrivant à la maison, le loup n'eut pas besoin de cogner au carreau; les deux petites l'attendaient sur le pas de la porte.

samedi 3 décembre 2011

Marcel Aymé - Le Loup (7)

En rentrant à la maison, les parents reniflèrent sur le seuil de la cuisine.
-Nous sentons ici comme une odeur de loup, dirent-ils.
Et les petites se crurent obligées de mentir et de prendre un air étonné, ce qui ne manque jamais d'arriver quand on reçoit le loup en cachette de ses parents.
-Comment pouvez-vous sentir une odeur de loup? protesta Delphine. Si le loup était entré dans la cuisine, nous serions mangées toutes les deux.
-C'est vrai, accorda son père, je n'y avais pas songé. Le loup vous aurait mangées.
Mais la plus blonde, qui ne savait pas dire deux mensonges d'affilée, fut indignée qu'on osât parler du loup avec autant de perfidie.
- Ce n'est pas vrai, dit-elle en tapant du pied, le loup ne mange pas les enfants, et ce n'est pas vrai non plus qu'il soit méchant. La preuve...
Heureusement que Delphine lui donna un coup de pied dans les jambes, sans quoi elle allait tout dire.
Là-dessus, les parents entreprirent tout un long discours où il était surtout question de la voracité du loup. La mère voulut en profiter pour raconter une fois de plus l'aventure du petit Chaperon Rouge, mais, aux premiers mots qu'elle dit, Marinette l'arrêta.
- Tu sais, maman, les choses ne se sont pa du tout passées comme tu crois. Le loup n'a jamais mangé la grand-mère. Tu penses bien qu'il n'allait pas se charger l'estomac juste avant de déjeuner d'une petite fille bien fraîche.
- Et puis, ajouta Delphine, on ne peut pas lui en vouloir éternellement, au loup...
-C'est une vieille histoire...
- Un péché de jeunesse...
- Et à tout péché miséricorde.
- Le loup n'est plus ce qu'il était dans le temps.
-On n'a pas le droit  de décourager les bonnes volontés.
Les parents n'en croyaient pas leurs oreilles.
Le père coupa court à ce plaidoyer scandaleux en traitant ses filles de têtes en l'air. Puis il s'appliqua à démontrer par des exemples bien choisis que le loup resterait toujours le loup, qu'il n'y avait point de bon sens à espérer de le voir jamais s'améliorer et que, s'il faisait un jour figure d'animal débonnaire, il en serait encore plus dangereux.
Tandis qu'il parlait, les petites songeaient aux belles parties de cheval et de paume placée qu'elle avaient faites en cet après-midi, et à la grande joie du loup qui riait, gueule ouverte jusqu'à perdre le souffle.
- On voit bien, concluait le père, que vous n'avez jamais eu affaire au loup...
Alors, comme la plus blonde donnait du coude à sa soeur, les petites éclatèrent d'un grand rire, à la barbe de leur père. On les coucha sans souper, pour les punir de cette insolence, mais longtemps après qu'on les eut bordées dans leur lit, elles riaient encore de la naïveté de leurs parents. 
(A suivre)

vendredi 2 décembre 2011

Marcel Aymé - Le Loup (6)

... Marinette avait déjà pris son ami par le cou, s'amusant à tirer ses oreilles pointues, à le caresser à lisse-poil et à rebrousse-poil. Delphine fut un peu longue à se familiariser, et la première fois qu'elle fourra, par manière de jeu, sa petite main dans la gueule du loup, elle ne put se défendre de ramarquer:
- Ah! comme vous avez de grandes dents...
Le loup eut un air si gêné que Marinette lui cacha la tête dans ses bras.
Par délicatesse, le loup ne voulut rien dire de la grande faim qu'il avait au ventre. 
- Ce que je peux être bon, songeait-il avec délices, ce n'est pas croyable.
Après qu'il eut raconté beaucoup d'histoires, les petites lui proposèrent de jouer avec elles.
- Jouer? dit le loup, mais c'est que je ne connais pas de jeux, moi.
En un moment, il eut appris à jouer à la main chaude, à la ronde, à la paume placée et à la carotte malade. Il chantait avec une assez belle voix de basse les couplets de Compère Guilleri, ou de La Tour prends garde. Dans la cuisine, c'était un vacarme de bousculades, de cris, de grands rires, et de chaises renversées. Il n'y avait plus la moindre gêne entre les trois amis qui se tutoyaient comme s'ils s'étaient toujours connus.
-Loup, c'est toi qui t'y colles!
- Non, c'est toi! tu as bougé! elle a bougé...
- Un gage pour le loup!
Le loup n'avait jamais tant ri de sa vie, il riait à s'en décrocher la mâchoire.
- Je n'aurais pas cru que c'était si amusant de jouer, disait-il. Quel dommage qu'on en puisse pas jouer comme ça tous les jours!
Mais, Loup, répondaient les petites, tu reviendras. Nos parents s'en vont tous les jeudis après-. Tu guetteras leur départ et tu viendras taper au carreau comme tout à l'heure.
Pour finir, on joua au cheval. C'était un beau jeu. Le loup faisait le cheval, la plus blonde était montée à califourchon sur son dos, tandis que Delphine le tenait par la queue et menait l'attelage à fond de train au travers des chaises. La langue pendante, la gueule fendue jusqu'aux oreilles, essoufflé par la course et par le rire qui lui faisait saillir les côtes, le loup demandait parfois la permission de respirer.
- Pouce! disait-il d'une voix entrecoupée. Laissez-moi rire... je n'en peux plus... Ah! non... laissez-moi rire!
Alors, Marinette descendait de cheval. Delphine lâchait la queue du loup et, assis par terre, on se laissait aller à rire jusqu'à s'étrangler.
Le joie prit fin vers le soir, quand il fallut songer au départ du loup. Les petites avaient envie de pleurer, et la plus blonde suppliait:
- Loup, reste avec nous, on va jouer encore. Nos parents ne diront rien, tu verras...
- Ah non! disait le loup. Les parents, c'est trop raisonnable. ils ne comprendraient jamais que le loup ait pu devenir bon. Les parents, je les connais.
- Oui, approuva Delphine, il vaut mieux ne pas t'attarder. J'aurais peur qu'il t'arrive quelque chose.
Les trois amis se donnèrent rendez-vous pour le jeudi suivant. Il y eut encore des promesses et de grandes effusions. Enfin, lorsque la plus blonde lui eut noué un ruban bleu autour du cou, le loup gagna la campagne et s'enfonça dans les bois.
Sa patte endolorie le faisait encore souffrir, mais, songeant au prochain jeudi qui le ramènerait auprès des deux petites, il fredonnait sans souci de l'indignation des corbeaux somnolant sur les plus hautes branches/
"Compère Guilleri,
Te laisseras-tu mouri...."

(à suivre)

Le Blaireau -

 Dictionnaire du Zoodiac  : Signe de Poil, gouverné par l’ennuyeuse planète Rasoir.  Les natifs du blaireau sont généralement taquins...