Illustration : La Bocetta

S'il est vrai que la parole est le meilleur véhicule du conte, de même que c'est en marchant qu'on regarde le mieux un paysage, il est néanmoins utile, par désir ou par commodité, de prendre la voiture le train ou l'avion.

Le conte, pour se faire entendre, doit parfois lui aussi voyager au moyen d'encre et de papier. Voici qu'un carrosse nouveau lui est offert... le blog.
Puisse-t-il vous emporter dans son périple magique.


Imaginer



Si vous pouvez l'imaginer, vous pouvez y arriver; si vous pouvez y rêver, vous pouvez le devenir.

William Arthur WARD

samedi 26 novembre 2011

 en 1902 dans l’Yonne, Marcel Aymé a passé sa jeunesse à la campagne.
« Monté » à Paris il doit y exercer divers petits métiers alimentaires avant de publier un premier roman. C’est seulement en 1933 après le succès de « La Jument Verte », un roman rustique qui mêle réalisme, fantastique et humour, qu’il pourra se consacrer à la littérature.
Les « Contes du Chat Perché », racontent la vie à la campagne de Delphine et Marinette, de leurs parents et des animaux de la ferme, qui tous ont leur mot à dire.

Le Loup-

Caché derrière la haie, le loup surveillait patiemment les abords de la maison. Il eut la satisfaction de voir les parents sortir de la cuisine. Comme ils étaient sur le seuil de la porte, ils firent une dernière recommandation.
-Souvenez-vous, disaient-ils, de n’ouvrir la porte à personne, qu’on vous prie ou qu’on vous menace. Nous serons rentrés à la nuit.
Lorsqu’ils vit les parents bien loin au dernier tournant du sentier, le loup  fit le tour de la maison en boitant d’une patte, mais les portes étaient bien fermées. Du côté des cochons et des vaches, il n’avait rien à espérer. Ces espèces n’ont pas assez d’esprit pour qu’on puisse les persuader de se laisser manger. Alors, le loup s’arrêta devant la cuisine, posa ses pattes sur le rebord de la fenêtre et regarda l’intérieur du logis.
Delphine et Marinette jouaient aux osselets devant le fourneau. Marinette, la plus petite, qui était aussi la plus blonde, disant à sa sœur Delphine :
-Quand on n’est rien que deux, on ne s’amuse pas bien. On ne peut pas jouer à la ronde.
-C’est vrai, on ne peut jouer ni à la ronde, ni à la paume placée.
- Ni au furet, ni à la courotte malade.
-Ni à la mariée, ni à la balle fondue.
- Et pourtant, qu’est-ce qu’il y a de plus amusant que de jouer à la ronde ou à la paume placée.
- Ah !si on était trois…
Comme les petites lui tournaient le dos, le loup donna un coup de nez sur le carreau pour faire entendre qu’il était là. Laissant leurs jeux, elles vinrent à la fenêtre en se tenant par la main.
-Bonjour, dit le loup. Il ne fait pas chaud dehors. Ca pince, vous savez.
La plus blonde se mit à rire, parce qu’elle le trouvait drôle avec ses oreilles pointues et ce pinceau de poils hérissés sur le haut de la tête. Mais Delphine ne s’y trompa point. Elle murmura en serrant la main de la plus petite :
-C’est le loup.
-Le loup ? dit Marinette, alors on a peur ?
-Bien sûr, on a peur.
Tremblantes, les petites se prirent par le cou, mêlant leurs cheveux blonds et leurs chuchotements.
Le loup dut convenir qu’il n’avait rien vu d’aussi joli depuis le temps qu’il courait par les bois et les plaines. Il en fut tout attendri.
A force d’y réfléchir, il comprit qu’il était devenu bon, tout à coup. Si bon et si doux qu’il ne pourrait plus jamais manger d’enfants…. (A suivre…)





3 commentaires:

manouche a dit…

Comme quoi on peut être blondes et attendrir le loup§

Lulu Sorcière a dit…

Ah j'attends la suite avec d'autant plus d'impatience que je ne m'en souviens plus, alors que pourtant, Delphine et Marinette, je les aime !!
Je suis en pleines histoires de loups, les loups du Poitou à travers les archives, c'est génial comme coïncidence !
Bises !

almanachronique a dit…

Manouche, c'est bien connu que les loups aiment les blondes et que souvent les blondes sont attirées par les loups...
Et pendant que j'y pense , avec Delphine et Marinette, Marcel Aymé n'aurait-il pas inventé les premières "histoires de blondes"?
Ah, Lulu... les coïncidences..si tu savais... hier , j'ai dédicacé à une jeune femme qui s'étonnait qu'on ait osé changer la fin de Pierre et le Loup (qui finissait dans un parc animalier); et je lui expliquait que les contes doivent s'adapter aux évolutions de la pensée et qu'on ne pouvait plus parler du loup comme au temps où il était principal rival et ennemi de l'homme... Et c'est sans plus y penser que le même soir, je n'ai même pas choisi ce texte pour illustrer Marcel Aymé... il était juste le premier du recueil et comme c'est un de mes préférés... Puis te voilà qui planches sur les loups!!!
Donc, les copains, copines... faites gaffe à tout ce qui a trait au loup ces jours-ci...
On en reparle???