Illustration : La Bocetta

S'il est vrai que la parole est le meilleur véhicule du conte, de même que c'est en marchant qu'on regarde le mieux un paysage, il est néanmoins utile, par désir ou par commodité, de prendre la voiture le train ou l'avion.

Le conte, pour se faire entendre, doit parfois lui aussi voyager au moyen d'encre et de papier. Voici qu'un carrosse nouveau lui est offert... le blog.
Puisse-t-il vous emporter dans son périple magique.


Vivre



L'unique joie au monde est de commencer. Il est beau de vivre car vivre c'est commencer, toujours, à chaque instant.

Cesare PAVESE

mardi 29 novembre 2011

Marcel Aymé - Le Loup (3)

... Les petites se disputaient à voix basse. La plus blonde était d'avis qu'on ouvrit la porte au loup, et tout de suite. On ne pouvait pas le laisser grelotter sous la bise avec une patte malade. Mais Delphine restait méfiante. 
-Enfin, disait Marinette, tu ne va pas lui reprocher encore les agneaux qu'il a mangés. Il ne peut pourtant pas se laisser mourir de faim!
- Il n'a qu'à manger des pommes de terre, répliqua Delphine.
Marinette se fit si pressante, elle plaida la cause du loup avec tant d'émotion dans la voix et tant de larmes dans les yeux, que sa soeur aînée finit par se laisser toucher. Déjà Delphine se dirigeait vers la porte. Elle se ravisa dans un éclat de rire et, haussant les épaules, dit à Marinette consternée:
-Non, tout de même, ce serait trop bête!
Delphine regarda la loup bien en face.
-Dites donc, Loup, j'avais oublié le Petit Chaperon Rouge. Parlons-en un peu du Petit Chaperon Rouge, voulez-vous?
Le loup baissa la tête avec humilité. Il ne s'attendait pas à celle-là. On l'entendit renifler derrière la vitre.
- C'est vrai, avoua-t-il, je l'ai mangé, le petit Chaperon Rouge. Mais je vous assure que j'en ai déjà eu bien du remords. Si c'était à refaire...
-Oui, oui, on dit toujours ça.
Le loup se frappa la poitrine à l'endroit du coeur. Il avait une belle voix grave.
-Ma parole, si c'était à refaire, j'aimerais mieux mourir de faim.
-Tout de même, soupira la plus blonde, vous avez mangé le petit Chaperon Rouge.
- Je ne vous dis pas, consentit le loup. Je l'ai mangé, c'est entendu. Mais c'est un pêché de jeunesse. Il y a si longtemps, n'est-ce pas? A tout pêché miséricorde... Et puis, si vous saviez les tracas que j'ai eus à cause de cette petite! Tenez, on est allé jusqu'à dire que j'avais commencé par manger la grand-mère eh bien! ce n'est pas vrai du tout...
Ici, le loup se mit à ricaner, malgré lui, et probablement sans bien se rendre compte qu'il ricanait.
-Je vous demande un peu! manger de la grand-mère, alors que j'avais une petite fille bien fraîche qui m'attendait pour mon déjeuner! Je ne suis pas si bête...
Au souvenir de ce repas de chair fraîche, le loup ne pur se retenir de passer sa grande langue sur ses babines, découvrant de longues dents pointues qui n'étaient pas pour rassurer les deux petites....

2 commentaires:

Lulu Sorcière a dit…

Ah merci Pomme et vivement demain !!! Bises !

Annick49 a dit…

Merci .. je m'en vais vite au chapître 4 !!!