mercredi 5 octobre 2011

Cannibale

Quatorzième siècle, Paris, extérieur nuit ; un faible quinquet éclaire la porte d’une auberge. Frappe un voyageur … Pendant qu’on soigne son cheval et qu’on prépare son lit, l’aubergiste lui sert à dîner.
Le vin de Montmartre est fruité, le pâté en croûte un délice : une pâte fine, légère, des épices judicieusement dosées et la viande d’une finesse, mais d’une finesse… Le voyageur demande à l’hôte sa recette :
« Ah, messire ! Il est tard, mon marmiton est couché ; ce pâté vient du traiteur de la rue voisine. Tous mes chalands en raffolent mais ce diable d’homme comme tous les cuisiniers, refuse de confier sa recette. »
« Dommage, j’aurai bien aimé la faire connaître à mon maître queue. Tant pis, demain matin, j’irai lui en acheter, il faut que ma femme goûte cette merveille ! »
Le lendemain de bon matin, son bagage lié, son cheval sellé, le voyageur demande l’adresse du traiteur.
Ce n’est pas loin juste après le coin de la rue, il ne peut pas se tromper, un barbier est juste à côté. 
« Mais ajoute l’aubergiste, soyez prudent à la sortie de la ville, l’Anglais rôde et aussi les brigands. Nombre de voyageurs n’ont pas reparu dont on a vu ensuite les montures et les armes vendus sur le marché ; »
« N’ayez crainte, l’ami, je suis bien armé et un homme averti… »
Tenant son cheval par la bride, le voyageur s’éloigne, tourne le coin de la rue. L’échoppe du traiteur est encore fermée, le barbier en revanche, balaie devant sa porte.
Notre homme se dit qu’il ne perdra rien à se faire raser en attendant ses pâtés. Le barbier l’installe, lui met sur le visage un linge chaud et sur un cuir, affûte son rasoir.
Pendant qu’on lui enduit le visage de mousse, il entend une voix qui crie :
« Je suis prêt, tu peux envoyer le client ! »
Il sent le rasoir passer sur ses joues, son menton, descendre le long du cou et soudain…Il pousse un hurlement, le rasoir vient de lui trancher la gorge…
La douleur le fait bondir, il attrape la main du barbier, la lui tord, l’homme lâche le rasoir ; l’agressé lui envoie en pleine face un fort coup de poing, et avisant sur le sol, un rai de lumière désignant une trappe, soulève la planche, balance le barbier dans la cave, pousse dessus le fauteuil et court dans la rue en appelant à l’aide.
On accourt, on le soigne, on appel le guet. Les gendarmes descendent dans la cave où ils trouvent le traiteur, en train de découper son voisin que dans la pénombre il avait pris pour la victime….Le traiteur fut brûlé en place de grève et l’aubergiste ne retrouva jamais la recette de l’excellent pâté dont il dut désormais priver ses hôtes.

3 commentaires:

Patrick Lucas a dit…

Punaise gore à souhait !!!
Bien dit !

croukougnouche a dit…

Glaps!!!!! d'où sors-tu cette aventure gastronomico-médiévale???
elle me fait penser à l'ambiance régnant entre les pages du "Parfum" ....Ne serait-ce pas de ta plume????

almanachronique a dit…

Non, c'est dans les chroniques parisiennes; on la trouve dans "La rue des Maléfices" de Yonnet et je crois que Seignolles la raconte aussi...

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