lundi 22 août 2011

Paroles d'Ânes(4)

Cadichon sans doute ressemble à un âne acheté pour les enfants et qu’elle a aimé. Sophie, dont le père possédait un haras important , connaît bien les équidés ; elle sait comment les nourrir, les soigner.  Mais Cadichon son double est gourmand ; elle ne peut lui épargner  indigestion qui n’est pas sans rappeler un des malheurs de Sophie.  
Cadichon a bien des défauts, mais comme son auteur, il est vrai et sincère. C’est sans doute cette sincérité qui a fait l’énorme succès du roman. Eugène de Ségur, mari volage mais conscient et admiratif du talent de son épouse, d’idées assez modernes pour son temps, n’hésita pas à l’émanciper pour qu’elle puisse disposer à sa guise de l’argent que lui rapportait sa plume. Argent dont elle avait grand besoin, car fille d’un père richissime et fastueux, elle n’avait pas appris à compter. Sa générosité était grande ; elle n’hésitait pas à offrir de riches robes de baptême au bébé de la bonne d’enfant, sans compter les trousseaux entiers qu’elle offre à  des enfants dans le besoin. Et puis  elle aimait à embellir son domaine toujours rempli d’enfants, d’amis, asile ouvert grand aux artistes, aux réfugies de diverses aventures. Jean de la Varende son voisin, en témoigne :
« La réputation de Madame de Ségur s’établissait ; elle avait déjà publié plusieurs volumes de ses récits enfantins, qu’on lui payait assez généreusement. Quand Gaston, qui était au courant la complimenta ; elle lui dit : »Vous êtes assis dans les Mémoires d’un Âne »… Chaque somme gagnée par les livres s’investissait en améliorations immédiates aux Nouettes, meuble de salon comme embellissement du parc. »
Les Nouettes qu’elle gérait à sa manière peu orthodoxe (puisqu’elle était convertie) mais qui en dépit de ses efforts, n’atteindra jamais la splendeur de Voronovo, le domaine de son enfance, auquel Fédor n’hésita pas à mettre le feu  pendant la campagne de Russie.
Et c’est bien le souvenir de ce palais incendié que décrit Cadichon  après avoir sauvé la jeune Pauline:
« … Tout était brûlé et tout était éteint ; on pouvait facilement enjamber les décombres, et arriver en dehors de la cour du château. Je fis un léger hi han ! pour éveiller ma maîtresse. En effet, elle ouvrit les yeux, et, me voyant près de la porte, elle y courut et regarda autour d’elle.
-« Tout brûlé ! dit-elle tristement. Tout perdu ! Je ne verrai plus le château, je serai morte avant qu’il soit rebâti, je le sens… »

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Amis conteuses et conteurs, vous allez sans doute me dire que j'enfonce une porte ouverte, mais bon, pour moi c'était nouveau. J...