lundi 15 août 2011

Paroles d'Ânes (1)


Si on demandait lequel de ses personnages ressemble le plus à la Comtesse de Ségur, les petites filles répondraient : Sophie ! Elles auraient raison puisque l’héroïne porte le nom de son auteur.
Les mamans, elles, répondraient : Madame de Fleurville ! Elles auraient raison également puisque Madame de Fleurville vit dans un château qui ressemble étrangement aux Nouettes et que ses petites filles modèles se nomment Camille et Madeleine tout comme les petites filles  aînées de Madame de Ségur.
Mais si l’on avait posé la question à Sophie elle-même,  bien qu’on lui prête aussi les révoltes du « Bon Petit Diable », les naïvetés de Gribouille ou encore, la générosité truculente du Général Dourakine,  il est à peu près certain qu’elle aurait répondu Cadichon !
Le Cadichon des « Mémoires d’un âne » que Sophie dédia à Henri de Ségur son 6° petit-enfant. Elle a alors a  59 ans, un âge qu’elle n’a pu cacher à Cadichon : c’est celui de la grand-mère chez qui il vit au moment où il rédige ses mémoires ; elles commenceront à paraître en feuilleton,  le 17 décembre 1859, dans le magazine « La Semaine des Enfants ».
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Tout d’abord, comme l’auteur, Cadichon ,  vit dans l’Orne et comme elle, il se rend tous les mardis au marché de l’Aigle . Marché qu’on peut voir aujourd’hui,  tel qu’en 1860  nous le décrit le spirituel  âne gris.
« Les hommes n’étant pas tenus de savoir tout ce que savent les ânes, vous ignorez sans doute, vous qui lisez ce livre, ce qui est connu de tous les ânes mes amis : c’est que tous les mardis il y a dans la ville de l’Aigle un marché où l’on vend des légumes, du beurre, des œufs, du fromage, des fruits et autres choses excellentes »

Cadichon, l’âne intelligent mais rancunier,  qui sait être bon, docile et reconnaissant quand il est bien traité, quand on lui donne de l’amour ; Cadichon qui rédige ses mémoires puisqu’il ne peut parler… Or, la Comtesse de Ségur a pendant longtemps été victime d’une affection du larynx qui la laissait muette pendant de longs jours ; une maladie dont on a toujours ignoré la cause. La psychanalyse n’ayant pas encore été inventée, personne dans l’entourage de Sophie n’a imaginé que ce pouvait être là la manifestation extérieure d’un mal ancien et profond.
Car son enfance tout comme celle de Cadichon  n’a pas toujours été heureuse :   Sophie Rostopchine, enfant saine et turbulente, peut-être hyperactive dirait-on aujourd’hui, était souvent punie.
 « … je fus probablement malheureux comme tous les ânons, joli, gracieux comme nous le sommes tous ; très certainement je fus plein d’esprit, puisque, tout vieux que je suis, j’en ai encore plus que mes camarades… »
De l’esprit ! Pas plus que son âne, Sophie n’en manquait … pourtant, elles s’est longtemps imaginée sotte.  C’est aux abords de la quarantaine qu’enfin elle a bien voulu croire un de ses amis 
nommé Leclercq, qui l’assurait de son intelligence et de son humour.


A suivre...

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