mardi 18 janvier 2011

Le Raton-Laveur et le Loup

(Conte des Indiens Renards du Wisconsin)

Avez-vous déjà vu un raton-laveur ? Avec ses yeux malicieux derrière son masque noir, il a toujours l’air de s’amuser… On se dit : « C’est un gentil… » ; on ne se méfie pas de lui.
Un jour, dans la forêt, il rencontre le loup :
-« Alors, Grand Frère, bonne promenade ? »
-« Oh Petit Frère ! J’ai terriblement faim ; aurais-tu par hasard quelque chose à manger ?
Le loup qu’il soit d’un pays ou d’un autre, est toujours affamé.
Raton-laveur, l’air innocent, répond en farfouillant dans sa fourrure :
-« Je n’ai pas grand-chose tu sais, juste un vieux croûton ; tu ne manges pas de ça, toi ! »
-« Oh, donne toujours ! J’ai tellement faim ; ça ira pour cette fois. »
Et vous savez ce qu’il lui donne, Raton-laveur, en guise de croûton ? Un morceau de crotte d’élan emballé dans un feuille d’érable !
Loup le glouton, l’avale sans faire attention et poursuit son chemin en compagnie de Raton-laveur, qui fredonne entre ses dents :
-« Le Loup a mangé ma crotte, euh ! Le Loup a mangé ma crotte, euh ! »
Loup qui n’a pas bien saisi demande :
-« Qu’est-ce que tu racontes ? »
-« Oh rien ! C’est une chanson à propos d’arbres… »
-« Ah ! Dommage, je croyais que tu avais trouvé autre chose à manger ; j’ai encore très faim. »
Ils marchent encore un moment et raton-laveur recommence à chanter à voix basse . Loup lui demande encore s’il n’a rien trouvé à manger, quand ils arrivent au pied d’un grand bel arbre.
Alors Raton-laveur chante à nouveau sa chanson, mais cette fois à voix haute et en articulant bien. Loup n’en croit pas ses oreilles :
-« Qu’est-ce que tu viens de chanter ? »
-« C’est ma crotte, euh, que tu as mangé ! Tralala ma crotte, euh ! Tralalalalère ! »
Et tout en chantant, il grimpe à l’arbre ; prudent, Raton-laveur ! Ecoeuré, Loup crache et se frotte le museau avec les pattes :
-« Oh le sale ! le dégoûtant ! attend un peu que je t’attrape ! C’est toi que je vais manger ! »
Raton-laveur pendant ce temps est arrivé en haut de l’arbre et installé confortablement entre deux grosses branches, il nargue le loup :
-« Grimpe si tu as faim, dé pêche toi… »
Loup le nez en l’air, prend sa voix la plus douce :
-« Tu ne vas pas redescendre, Petit Frère ? »
-« Oh, ça ne devrait pas tarder ! Dès que je serai endormi, je tomberai tout seul. »
Loup ricane :
-« Alors dors bien, Petit Frère ; je t’attend ! »-
Loup allume un feu et se couche à côté ; Raton sur sa branche le guette. Dès qu’il le voit assoupi, il lui lance sur le nez un gros morceau d’écorce ; Loup s’éveille et n’écoutant que son estomac, mors dedans. Furieux, il recrache et crie à Raton :
-« Petit Frère, tu es un tricheur ! je croyais que c’était toi qui était tombé ! »
Silence de Raton ; Loup se rendort. Au premier ronflement, c’est une branche qui lui atterrit sur le museau. De nouveau il mort goulûment, et de nouveau il est déçu. Il gémit :
-« Petit Frère, Petit Frère, pourquoi fais-tu ça ? Toute la journée, tu n’a fait que te moquer de moi ! »
-« Désolé, Grand Frère, je n’ai pas fait exprès ! C’est en m’allongeant que j’ai fait tomber la branche ; maintenant, je vais dormir ! »
Loup, plein d’espoir, attend que raton-laveur s’endorme et tombe mais finalement, c’est lui qui s’endort. Le museau sur les pattes, il ronfle ; Raton-laveur écoute, lance quelques brindilles, Loup ne bouge pas. Doucement, avec prudence, Raton descend de branche en branche ; arrivé au pied de l’arbre, il s’approche de Loup qui ne remue pas un poil, pas une oreille. Alors il dit à l’endormi :
-« Bonne nuit, Grand Frère, ton casse-croûte s’en va ! »-
Alors, il ramasse des crottes de lapin qu’il délaye dans une flaque d’eau, puis avec la mixture, il barbouille les yeux de Loup.
Toute la nuit, la bouillie de crotte a bien le temps de sécher. Quand Loup se réveille, impossible d’ouvrir les yeux :
-« Qu’est-ce qui m’arrive ? J’ai les yeux qui brûlent et je n’y vois plus rien ! il faut vite que j’aille à la rivière pour me nettoyer. »
Loup n’a pas fait trois pas qu’il se cogne dans un arbre :
-« Quel arbre es-tu, mon Oncle ? »
-« Je suis un chêne. »
-« Est-ce que je suis loin de la rivière ? »
-« Encore assez ; tu es au bord de la Prairie. »
Loup continue son chemin et se cogne à nouveau :
-« Quel arbre es-tu, mon Oncle ? »
-« Je suis un hickory. »
-« Et la rivière est encore loin ? »
-« Tu es sur la colline ; la rivière est en bas. »
Loup descend la pente et se cogne encore :
-« Quel arbre es-tu, mon Oncle ? »
-« Je suis un sycomore. »
-« Suis-je bientôt à la rivière ? »
-« Tu es sur le chemin qu y descend. »
Loup continue et heurte un arbre une fois de plus :
-« Quel arbre es-tu mon oncle ? »
-« Je suis le saule. »
-« Alors, je suis près de la rivière ? »
-« Elle est juste devant toi. »
Loup qui ne voit toujours rien entre dans l’eau ;
-« Jusqu’où ai-je de l’eau ? »
-« Jusqu’aux genoux, dit la rivière. »
Loup avance de quelques pas :
-« Jusqu’où ai-je de l’eau ? »
-« Jusqu’au ventre, dit la rivière. »
Loup s’enfonce un peu plus avant :
-« A quelle hauteur est l’eau, maintenant ? »
-« Tu en as jusqu’au menton, dit la rivière. »
Loup fait un pas, encore un pas, et puis un autre ; il ouvre la gueule pour dire : « Jusqu’où… », mais l’eau lui entre jusqu’au gosier et Loup ne dit plus rien car Loup est noyé !
AMER INDIEN
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1 commentaire:

manouche a dit…

Dommage il était sympa ce grand nigaud et pas violent pour un sou finalement!

Amis conteuses et conteurs, vous allez sans doute me dire que j'enfonce une porte ouverte, mais bon, pour moi c'était nouveau. J...