dimanche 31 octobre 2010

Les bons contes font les bons romans -



La légende veut que la Comtesse de Ségur ait commencé à écrire pour que Camille et Madeleine de Malaret, ses petites-filles, qui avaient dû suivre leurs parents en Angleterre, ne soient pas privées des belles histoires que leur contait leur grand-mère. En réalité, une opportunité s’offrait à elle: le développement de la diffusion du livre en France à cette époque. En1843, Louis Hachette ouvre les premières Bibliothèques des Chemins de Fer qui, dix ans plus tard, seront au nombre de 160; les gérantes en étant des épouses ou veuves d’agents du réseau. On peut dire que Sophie fait partie de la troupe puisque Eugène de Ségur, son époux, était alors président des Chemins de Fer de l’Est. Tout naturellement, c’est là que figureront en bonne place les premières parutions de la comtesse, son épouse. Sans nier ou rabaisser sont talent, qui n’est pas mince, cette conjoncture l’a bien aidée, elle-même, d’ailleurs, ne niant pas les avantages du piston. Une lettre écrite à un jeune écrivain à la fin de sa vie, en témoigne:
« Pour arriver à la célébrité, il ne suffit pas de bien faire; il faut encore la chance d’un nom qui patronne le vôtre et vous lance dans le monde poétique; et puis un sujet qui intéresse et qui émeuve, et vous voilà connu, loué avec admiration. Le patronage est indispensable pour arriver. Pour commencer, c’est ennuyeux, parce qu’il faut attraper la piste; mais quand on est dans le courant, on avance tout seul, sans se donner ni peine ni mouvement… »
En 1852, elle fait un voyage à Rome, au cours duquel elle rencontre Louis Veuillot, pour lequel elle éprouve une vive amitié. Elle aime l’humour et le style vigoureux du directeur de l’Univers en dépit de leurs divergences en matière d’éducation: il recommandait le fouet, alors qu’elle, « ne l’admettait à aucun titre », n’en déplaise à certains psychologues de bazar qui ont voulu voir en elle une sorte de Mère Fouettard. Louis Veuillot la connaissait mieux qu’eux. Il désapprouvait en revanche les contes de fées et se félicitait que sa grande amie les eut assez vite abandonnés pour plonger dans la réalité.

Car les Nouveaux Contes de Fées ne sont que le prélude à l’œuvre future de la comtesse de Ségur. On y trouve en germe la matière de ses futures histoires et l’on va voir que progressivement elle abandonne le conte pour aboutir au roman. Blondine est encore sous l’influence de Perrault, alors qu’on peut dire d’Ourson, en dehors de l’apparence du héros et de certains faits « merveilleux qu’il est déjà un roman presque réaliste. Il est curieux de noter que son dernier roman, Après la Pluie le Beau Temps, reprend les structures du conte.
A 57 ans, Sophie de Ségur, née Rostopchine, qui depuis l’enfance raconte des histoires à qui veut l’écouter, entame une carrière d’écrivain. Avec des contes au moyen desquels elle commence à soulever discrètement le voile sur son enfance, à révéler ses travers : gourmandise, curiosité, coquetterie insatisfaite, et à exprimer son obsession du feu ! On sait que l’ordre d’allumer l’immense incendie qui ravagea Moscou alors que Napoléon y campait fut toujours attribué à son père.
Ces contes sont plus proches de ceux de Mme Leprince de Beaumont, de Mme d’Aulnoy ou de Perrault et des autres collecteurs du 17° siècle; plus proches encore des frères Grimm, très lus à la cour de Russie, que des baroques contes russes entendus dans son enfance.
Son père Fédor Rostopchine était ministre du Tsar Paul 1°. Sa mère, Catherine, faisait peu de cas des Russes et de leur folklore; elle admirait en revanche la culture française et fut pour Sophie un modèle. Quand vint pour elle le moment de conter, elle n’eut pas l’idée de puiser dans les histoires traditionnelles que la nourrice, sa niania, devait très probablement lui raconter.
Et ce d’autant moins que Catherine Rostopchine, farouchement catholique, avait tenu ses enfants éloignés des légendes locales qui n’ont fait qu’effleurer la mémoire de Sophie. Ainsi ne rencontre-t-on dans ses contes aucun des personnages slaves traditionnels: ni Ivan Tsarévitch, ni Vassilissa la Très Belle, ni l’effrayante Baba Yaga. Les chaumières au fond des forêts où se réfugient ses héros pourchassés sont résolument percheronnes et ne se déplacent jamais sur des pattes de poulet.
Et si Blondine, une sorte de Sophie enfant aux prise avec la princesse Fourbette, (premier des nombreux avatars de Catherine Rostopchine), une marâtre, paraît ressembler à Vassilissa la Très Belle, c’est que cette dernière, en vertu de l’universalité du conte, est proche parente de Blanche-Neige.
Blondine est aussi la bonne version de Sophie enfant, l’autre face étant Gourmandinet, son page, dont la gourmandise le perdra puisque il en mourra .
Au temps de la Comtesse de Ségur, les frontières du plus proche inconnu, lieu de toutes les terreurs, ont beaucoup reculé. Déjà, Swift et Cyrano de Bergerac envoyaient leurs héros sur la lune et d’autres mystérieuses planètes. Plus tard, Jules Verne aussi regarda vers le ciel. Sophie, qui n’a pas l’esprit scientifique et qui par ailleurs n’est pas rêveuse, n’y pense même pas. En ce qui la concerne, le plus proche inconnu serait plutôt son inconscient, représenté par la Forêt des Lilas, aux couleurs et aux senteurs attirantes, mais au sein de laquelle on risque de se perdre pour toujours.
De nos jours encore, les maux de l‘esprit, de l‘âme sont souvent considérés comme une faiblesse, voire une tare déshonorante. Les migraines et laryngites dont Sophie de Ségur souffrit longtemps -elle qui jouissait d’une bonne santé- témoignent de son mal être, de sa difficulté à s’exprimer, à se faire comprendre. La psychanalyse n'existant pas encore nul ne s'est interrogé sur le sens de ces symptômes.
Selon le catholicisme fanatique de sa mère, tout plaisir est un pêché. Mais Sophie revendiquait pour ancêtre Gengis Khan et l’âme païenne dont elle lui était redevable s’est rebellée contre cette tyrannie. Elle aime sa mère mais aussi le plaisir : ce dilemme la déchire.
Bien sûr elle eut des confesseurs mais comment le confier à un prêtre à fortiori quand il advint que ce dernier fut son fils aîné. Elle eut heureusement l’écriture, et le conte de fées devint l’idéal confident, puisque les personnages et les lieux du conte permettent de tout représenter.
Si pour soigner les troubles qui empoisonnèrent le milieu de sa vie, Sophie de Ségur avait pu et voulu avoir recours à l’analyse, aurions-nous été privés d’une remarquable conteuse et d’une grande romancière?
Blondine l’héroïne de son premier conte, entrera donc avec insouciance dans la forêt si attirante mais si dangereuse. Elle n’y trouvera pas que du malheur puisque elle y rencontrera Bonne Biche la fée, et Beau Minon, le Chat merveilleux. Qui non seulement retiennent la fillette, mais surtout la forment. Elle pourrait se plaire dans ce monde enchanté et désirer ne jamais en sortir. Mais intervient alors- émanation de la terrible Catherine Rostopchine- le maudit perroquet qui va la pousser à s’évader du domaine de la fée et de son enfance Ce faisant, Blondine retrouvera les terribles racines du conte universel, puisqu’elle devra -comme dans les contes Russes et ceux collectés par les frères Grimm- tuer et dépouiller son joli compagnon pour trouver son salut et l’amour véritable.
Sophie à cette époque, éprouve le besoin de secouer les liens familiaux et conjugaux qui la maintiennent dans une dépendance infantile. Elle écrit et, encouragée par Louis Veuillot se fait éditer ; elle a compris depuis longtemps que la liberté passe par l’argent.
Bonne Biche et Beau Minon sont des personnages de conte, mais qui représentent-ils? Qui fut pour Sophie le prince charmant? Les jeunes gens de son adolescence? Eugène de Ségur du temps où elle fit sa connaissance? Eugène Sue plus tard? Ou qui d’autre ? Nous ne le saurons probablement jamais puisque, son fils prêtre, Gaston de Ségur a fait brûler les lettres qu’elle lui adressait et que ses descendants ont expurgé le reste pour ne laisser qu’une image de la Comtesse de Ségur conforme à la bienséance de leur milieu.
Pauvre Sophie! Brimée par sa mère, muselée par son mari et sa belle-famille, rabotée par sa descendance et ses éditeurs; il faut pour faire sa connaissance la lire attentivement!
Le Bon Petit Henry, à la recherche de l’herbe de vie qui sauvera sa mère, nous apprend que Sophie croyait aux vertus thérapeutiques des plantes et n’hésitait pas à fournir onguents et sirops à ses protégés.
Dans Ourson, on voit pointer son goût pour l’exagération burlesque; Passerose qui « pleure pour tenir compagnie » pourrait venir du théâtre de Shakespeare ou d’un roman de Dickens. On y trouve un premier portrait de son voisin Mouchel, qui sera Féréor dans la Fortune de Gaspar. Qu’avait-il pu lui faire pour qu’elle finisse par le faire rôtir ? On se dit que le pauvre homme avait bien du mérite à garder de bonnes relations avec sa turbulente voisine. On meurt par le feu mais l’eau aussi est à craindre: Ourson tombe au fond d’un puits et Violette rêve qu’elle se noie. Un crapaud, symbole de la sexualité mâle peut la faire mourir. Monstre pour monstre, elle préfère Ourson qu’elle aime comme un frère; ce qui ne les empêche pas d’avoir un enfant, mais…. grâce à l’intervention de la fée. Sophie se souvient là de ses accouchements si difficiles, le dernier ayant failli lui être fatal. Souvenir encore vif entretenu par de nombreux ennuis de santé dont seule la ménopause la délivrera.
La fin de l'histoire est proche de l’ Héroïc Fantasy; il est dommage que Walt Disney ait ignoré ces contes et qu’il n’ait pas mis en images le combat entre le char entre attelés de crapauds et celui attelé d’alouettes. D’ailleurs les chars des contes de Sophie ont généralement de bien étranges équipages: autruches, dragons, alouettes, cygnes ou crapauds. Faut-il y voir des réminiscences de la mythologie gréco romaine, des chars de Vénus ou de Neptune? Comme la cassette et le parfum qui viendraient du conte de Psyché?
Pour la princesse Rosette, dont l’histoire ressemble à celle de Cendrillon, Sophie qui a souffert dans son enfance d’être mal vêtue, fait intervenir une fée afin de lui éviter des humiliations quand elle devra paraître à la cour du Roi Son Père.
Quant à Rosalie, en butte aux maléfices de la mauvaise Souris Grise, elle sera punie de la curiosité de son auteur, tout comme sera puni de sa gourmandise le page Gourmandinet.
Dans la présentation de ce premier livre, qui contient en germe toute la suite de son oeuvre, elle nous montre le monde magique transposé sous le Second Empire en livret pour opéra d’Offenbach, et se désigne comme la bonne aïeule du roman, créant ainsi sa propre légende.
Pourtant la correspondance échangée avec son éditeur révèle un aspect plus abrupt et moins connu de sa personnalité. Très au fait de l’actualité littéraire , elle n’ignorait pas que George Sand publiait aussi des contes et refusa énergiquement le titre de Contes d’une Grand Mère, préférant Nouveaux contes de fées car elle ne voulait être, écrivait-elle, « ni plagiaire ni doublure ». Succès ! Les jeunes lecteurs en redemandent et c’est tant mieux.
Car Sophie n’écrit pas pour passer le temps. On a beaucoup accusé Eugène de Ségur de radinerie. Mais, il faut avoir présent à l'esprit que le couple a sept enfants à élever et à établir. Habituée au train de vie Rostopchine, Sophie n’a guère le sens de l’économie. Elle impose à Eugène qui ne se trouve bien qu’à Paris, de la laisser vivre aux Nouettes une grande moitié de l’année. Ce domaine, qu’elle gère de manière approximative, et sa grande générosité l’obligent à gagner de l’argent. L’écriture va le lui permettre.

dimanche 24 octobre 2010

Arachné




Ne perdons pas le fil !
 Il est une fileuse infatigable que bien souvent on redoute quand elle nous surprend, lovée dans sa toile à l’angle d’une porte ou d’un fenêtre. Qu’on admire aussi, quand le matin, un rayon de soleil transforme en cristal la dentelle qu’elle a tissée entre deux branches.
Ne la craignez pas : elle est porteuse de présages.
Araignée du matin : chagrin ? Non, non, pas de peines de cœur en perspective, juste un bulletin météo. L’araignée aime vivre et travailler au sec et si elle se promène au jardin de bon matin, c’est que la rosée est absente et que la pluie risque plus tard de la remplacer. 
Araignée de midi : souci ? L’araignée prévoyante, se hâte de terminer son travail avant l’orage qui menace.
Araignée du soir : espoir ? L’atmosphère sereine annonce pour le lendemain un temps calme.
Ne chassez pas l’araignée tueuse des mouches porteuses de miasmes. Elle nous protège tout comme elle a protégé la Sainte Famille qui fuyait en Egypte.
Marie, Joseph et le Divin Enfant s’étaient réfugiés dans une grotte. Une araignée tissa sa toile devant l’entrée ; ce que voyant, les soldats d’Hérode la crurent inhabitée et passèrent leur chemin.
Moins religieusement, l’araignée purifie l’air des étables, met le bétail à l’abri des maléfices et empêche les lutins d’énerver les chevaux.
Pour toutes ces raisons, tuer les araignées ou détruire leur toile est déconseillé. Contrevenir pourrait vous rendre boiteux, surtout si vous devez, pour les atteindre, grimper sur une échelle plus ou moins vermoulue.,Laissez l’araignée tisser sa toile et se balancer au bout de son fil : c’est son destin, ainsi en a décidé la sage Athéna.
 Pour une fois l’héroïne de cette légende n’est pas un princesse mais la fille d’un simple artisan. 
C’était au temps où l’habile et sage déesse enseignait aux jeunes filles de Lybie,  les arts textiles dans lesquels elle-même excellait.
 La plus douée de ses élèves était Arachné, la fille d’Idmon de Colophon, teinturier de son état. Les ouvrages de la jeune fille étaient d’une rare perfection, tant par leur finesse, la fraîcheur de leurs couleurs que la vérité des images. Les nymphes des bois et des rivières sortaient de leurs retraites pour venir les étoffes et s’en revêtir.
Assez vaine de son talent, Arachné osait se prétendre la meilleure du monde. Elle poussait l’audace jusqu’à l’ingratitude et reniant l’enseignement de la déesse, se vantait de ne tenir son talent que d’elle-même. Elle laissait même entendre qu’aucune autre fileuse,  pas même Athéna ne pouvait l’égaler.
Les immortels ont horreur des défis que leur lancent les humains. Sous l’apparence d’une vieille femme, la fileuse divine s’en  alla vérifier les dires de l’outrecuidante. Il lui fallut constater la perfection du travail d’Arachné.  Piquée, elle lui conseilla plus de modestie. Arachné moqueuse, ne voulut pas tenir compte des propos d’une vieille inconnue.
La déesse outrée, apparut alors en majesté et  proposa un concours à l’insolente. Les nymphes de bois et des fleuves seraient juges.
Les deux fileuses se mirent à l’ouvrage.
Athéna sur sa toile, représenta tous les dieux de l’Olympe en majesté ; aux quatre coins, elle fit figurer  la défaite de quatre mortels présomptueux punis pour avoir osé défier les dieux.
 Arachné l’impertinente, fit figurer sur la sienne leurs amours les plus scandaleuses, avec en motif central, Zeus et ses nombreuses amantes. Le travail bien que d’une rare insolence était d’une perfection incontestable.  Les nymphes proclamèrent Arachné gagnante. Outrée, Athéna frappa sa rivale d’un violent coup de  navette et déchira son ouvrage. Au comble du désespoir, la jeune fileuse alla se pendre.
Athéna dans sa sagesse, jugea que le litige ne valait pas une mort et offrit à l’infortunée une seconde vie, mais sous la forme d’une araignée qui pour l’éternité, pendue à un fil, tout au long du jour tisse sa toile.

samedi 23 octobre 2010

Orphée




Ecoutez…. un enfant chante… ; un enfant chante et ses nourrices, attentives, l’écoutent ; un enfant chante et les serviteurs, charmés, cessent leurs allées et venues ; un enfant chante et sa mère, qui compose un discours, lève la tête et écoute ; un enfant chante et les animaux familiers, les autres aussi, approchent ; les souris montrent le nez au bord de leur trou, les araignées descendent le long du fil ; et voici la basse-cour, les vaches, les chèvres, les cochons, les ânes… De plus loin arrive autour de la demeure, la sauvagine, les renards, les biches, les ours, les loups, les lions ; tous font cercle autour de l’enfant… jusqu’aux arbres qui secouent leurs racines et tendent vers lui leurs branches et vers lui les montagnes voisines laissent rouler leurs rochers.
Son père, Olagre, roi de Thrace qui ne l’aime pas beaucoup car il n’est pas certain que cet enfant soit son fils, Olagre lui sourit. Et le grand Apollon depuis l’Olympe, se penche sur cet enfant qu’il a comblé de dons : le talent, la beauté, la sagesse, la lyre aussi, la lyre à sept cordes qui accompagne le chant du garçon. Il se nomme Orphée.
Orphée grandit enseigné par les Muses et c’est en leur honneur qu’un jour il ajoutera deux cordes à sa lyre . Il grandit et le temps venu, avec sa lyre pour seul bagage, il s’en fut par le monde pour découvrir d’autres pays, d’autres histoires, d’autres musiques. Il s’en alla dit-on jusqu’en Egypte ; il rencontra là-bas les prêtres d’Osiris. Encore plus loin, on lui apprit que certains peuples n’avaient qu’un seul dieu ; d’autres encore haïssaient la violence, les sacrifices sanglants, refusaient de se nourrir de chair.
Sur sa route, il rencontra Jason ; Jason qui armait un navire pour aller en Colchide s’emparer de la Toison d’Or. Il avait avec lui les plus fameux héros de la Grèce ; ils étaient cinquante, les Argonautes. On ne peut pas les citer tous mais parmi eux se trouvait le formidable Hercule, et Palamède et les jumeaux divins Castor et Pollux et Atalante l’amazone, la chasseresse, la seule femme de l’équipage.
Qu’avaient donc à faire ces guerriers, d’un poète, d’un musicien qui n’avait pour toute arme que sa lyre ? Quelle était sur le navire Argos, la place d’Orphée ? Sur ce navire Argos qui justement, refusait de prendre la mer. Le bois dont il était fait, voyez-vous, regrettait sa forêt. Cinquante héros en vain conjuguaient leurs efforts, le navire refusait de bouger.
Orphée prit sa lyre et depuis une falaise qui regardait Argos, il entonna un chant. Les arbres alors acceptant le sacrifice, les voiles frémirent, les cordages tremblèrent, la nef glissa sur la mer ; les cinquante n’eurent que le temps de sauter dans des chaloupes, de nager, pour regagner le bord ; avec eux embarqua Orphée. C’est lui aussi qui, dans le danger pressant rythma la cadence et fit accélérer les rameurs ; lui qui en Colchide, endormit le dragon qui gardait la Toison ; son chant encore, fit taire les Sirènes dont la voix entraîne les matelots au fond des eaux, et de tout l’équipage, un seul homme disparut.
Un jour, lassé des aventures, Orphée rentra dans son pays et retourna chanter dans la campagne. Les Dryades, des feuilles de chêne ornant leurs cheveux, venaient danser près de lui. L’une d’elles, Eurydice lui plut ; elle aussi l’aimait, ils s’épousèrent. Mais un autre homme aimait la nymphe : Aristée le berger. Partout il la poursuivait ; et c’est en s’enfuyant qu’un mauvais jour, Eurydice ne vit pas un serpent qui dormait dans l’herbe ; un morsure au mollet l’envoya aux Enfers.
Orphée en fut au désespoir. Comment vivre sans Eurydice ?
Le poète alors résolut de tenter ce qu’aucun mortel n’avait encore osé :s’en aller chez Hadès, réclamer son épouse. Armé de sa lyre, il fit route vers l’Averne. Les pierres noires qui ferment l’entrée du gouffre s’écartèrent aux premières notes. Orphée chanta pour Charon qui le prit sur sa barque et les damnés furent pour un temps délivrés de leur supplice ; Tantale en oublie la soif et la faim, les Danaïdes posent leur seau et pour un moment, la roue d’Ixion cesse de tourner. L’affreux Cerbère, mâté vient poser ses trois têtes sur les deux genoux du chanteur.
Et le voilà devant le sombre, le terrible Hadès : que vient-il faire ici, lui, le vivant, comment a-t-il osé ?
Alors il chante, Orphée, il chante sa passion pour Eurydice, qu’il n’a pas eu le temps d’aimer ; en musique, il pleure, il supplie qu’on lui rende son épouse.
Impossible, répond le Maître des Enfers.
Orphée reprend sa lyre et chante encore cet amour trop bref, la jeunesse de son épouse ; qu’on la lui rende le temps de vieillir ensemble.
Proserpine est émue : elle sait ce qu’est l’amour, elle, la fille des moissons qui a accepté de passer la moitié de l’année sous terre pour vivre avec Hadès. Elle plaide, elle intercède et le dieu sombre s’attendrit ; lui aussi a du lutter pour conquérir la fille de Cérès. Ils s’aiment, les deux infernaux. Et tout l’Enfer s’émeut ; les Eumènides même, les implacables Eumènides ont les yeux humides.
Il a gagné, Orphée ; Hadès cède. Eurydice reverra le soleil et le ciel et la nuit étoilée, mais à une condition : sur le chemin qui mène à la lumière, et il est long, Orphée ne devra ni parler à son épouse, ni se retourner pour la regarder.
Comme c’est simple ! Il s’en retourne le poète, suivi de son amour. Et il chante pour Cerbère et il chante pour Charon et les damnés sont encore un instant soulagés. Les amants remontent vers le jour, mais un doute saisit Orphée : il sait que les dieux aiment à se jouer des mortels. Comment savoir si Eurydice est bien derrière lui ? Oh, comme il voudrait s’en assurer, lui parler, la regarder… Mais il résiste ; il craint trop de la perdre.
Et puis voici le jour, l’entrée de la caverne, le soleil, il est dehors… Eurydice est sauvée… il peut enfin se retourner… Mais la nymphe n’a pas encore franchi le seuil… elle tend les bras vers lui, l’appelle… Hélas ! sa voix se perd dans la brume où Orphée voit s’effacer la silhouette de son amour… Il court vers elle mais les lourdes pierres se referment ; il s’use les mains à cogner, à frapper ; il prend sa lyre mais cette fois sa musique est sans effet. Effondré devant l’entrée des Enfers, Orphée pleure.
Il va pleurer encore, sept ans, sept mois et sept jours au bord du fleuve Strymon ; les femmes de Thrace en vain, tentent de le consoler : Orphée ne peut aimer qu’Eurydice. En attendant de la rejoindre, aucune autre ne pourra l’approcher. C’est dans la solitude glacée du mont Rhodope qu’il va trouver refuge, entouré d’animaux et de jeunes garçons, seul humains qu’il laisse approcher. Il leur apprend la musique, la poésie et leur transmet les enseignements qu’il a reçu au cours de ses voyages. Son chant est devenu si triste qu’il fait pleurer dit-on les tigres et les lions ; les montagnes en ruissellent de sources.
Mais une compagne d’Eurydice, Aglaonice, haïssait Orphée qui lui avait pris son amie et l’avait laissée mourir. Pis encore, Orphée l’avait repoussée. Aglaonice servait Dyonisos ; un soir d’orgie, ivre de vin et d’autres substances, suivie d’une horde de Bacchantes vêtues de peaux de renards et couronnées de pampres, elle voulut se joindre aux jeunes gens. Orphée les renvoya ; alors la horde furieuse, mit l’assemblée en fuite, se jeta sur Orphée, lui arracha sa lyre. Le poète , radieux, sut qu’il allait mourir ; enfin il allait rejoindre sa bien-aimée.
C’est en chantant son nom qu’il se laissa mettre en pièces. Sa tête arrachée roula dans le fleuve et ses lèvres mortes hurlaient encore le nom d’Eurydice ; sa lyre bientôt le rejoignit . Emportées par les flots, elles voguèrent de vague en vague jusqu’à l’île de Lesbos où les poètes lui élevèrent un tombeau.
Les Muses en larmes, rassemblèrent les membres épars et les ensevelirent au pied du mont Olympe où depuis le chant du rossignol est bien plus beau qu’ailleurs.
Apollon prit la lyre et l’envoya rejoindre les étoiles.

vendredi 22 octobre 2010

Lycaon


L
e plus ancien loup-garou connu, c’est Lycaon ; et quand je dis ancien, ça veut dire ancien ! C’est une histoire qui s’est passée il y a si longtemps qu’on ne sait même plus la date.
Lycaon est devenu loup-garou parce qu’il était un grand criminel et que Dieu l’a puni. Dieu en ces temps-là, s’appelait Zeus. Il avait mis sur terre en plus des hommes et des animaux, d’autres créatures, joyeuses et inoffensives : des nymphes, jolies personnes bien faites et peu vêtues qui vivent près des fontaines et des ruisseaux ; des sylvains, jeunes éphèbes courant dans les forêts (dans certains pays on les nomme elfes), et puis des satyres, moitié hommes moitié boucs qui passent leur temps à courir après nymphes et sylvains en jouant de la flûte ; de la flûte de Pan inventée par ce dieu qui est le chef de tous les satyres. Il y avait aussi des demi-dieux ou héros qui sont les enfants que les dieux et déesses font aux mortels ; le plus connu, c’est Hercule, mais lui savait se défendre et il aurait pu venir en aide aux autres, mais comme vous le savez, il avait du travail !
Donc, nymphes, satyres et sylvains, plutôt poétiques et gentils avaient tout à redouter de l’abominable Lycaon.. Lycaon était tyran d’Arcadie ; tyran, ça voulait dire chef en ce temps-là ; tout simplement ! mais depuis…
Zeus qui commençe à se faire de la bile pour ses créatures, décide d’aller voir sur place ; seulement, il ne peut pas se montrer tel qu’en lui-même. Il sait bien que la vue de sa divinité foudroie sur place celui qui oserait le regarder et comme en plus il adore se déguiser, (C’est fou ce qu’il peut inventer comme déguisements, Zeus !), il va prendre un costume, oh, un costume simple : pèlerin
Et voilà Zeus en pèlerin, arpentant la Grèce, inspectant l’Arcadie, posant ça et là des questions, pas assez discret pour que Lycaon n’entende pas parler de cet étrange voyageur. Il arrive un soir au palais du tyran qui trouve ce visiteur bien imposant pour un simple pèlerin ; il l’invite à sa table. Voyons, voyons ! se dit Lycaon, si c’est un homme ou un dieu et si c’est un dieu s’il est si puissant qu’on le dit.
Le crime du jour, c’est le meurtre d’un de ses enfants ; vous me direz, il y a certains jours où on peut le comprendre ; mais non, pas plus que maintenant on avait en ce temps le droit de tuer sa progéniture. En attendant, Lycaon était le chef et Zeus était sur l’Olympe et on allait bien voir… Le meilleur moyen pour camoufler un cadavre litigieux, c’est encore de le découper, de le faire cuire et de le servir à table en ragoût parfumé d’épices et d’aromates..
Ah, on a vu ! Zeus, nourri de nectar et d’ambroisie, devant le plat fumant ressent un haut le cœur tel que le tonnerre qu’il porte en lui se met à gronder ; environné d’éclairs, il foudroie Lycaon et ceux de ses fils encore vivants.
Horrifiés, les maudits sentent une force puissante leur courber le dos ; les voila à quatre pattes, leurs visages s’allongent en mufles garnis de crocs d’ivoire ; leurs corps se couvrent de poils gris, leurs bras sont des pattes armées de griffes puissantes ; terrifiés mais toujours sanguinaires, ils s’enfuient en hurlant du palais…
Et depuis, Lycaon et sa meute hantent nos forêts, nos contes et nos terreurs ; jamais pourtant sous leur forme de loups, ils n’on fait autant de victime que Lycaon le tyran.
Et Zeus ? Il est remonté sur l’Olympe…il pense à son prochain costume….

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mardi 19 octobre 2010

dimanche 17 octobre 2010

Gregorian Chant-Veni Creator Spiritus

Les Quatre Souhaits de Saint Martin (fin)

Des cons devant,
Des cons derrière,
Cons comme un gant,
Cons de travers,
Des cons tordus,
Cons vieux, cons droits,
Et cons velus,
Et cons étroits,
Et cons profonds
Et cons rasés
Cons d’en amont
Jusques aux pieds.
Alors, le vilain fut tout léger.
- Sire, dit-elle, qu’as-tu fait ?
Pourquoi me donner tel souhait ?
Le brave homme dit :
- Je te dirai
Qu’aurais-je fait, moi, d’un seul con,
Quand de tant de vits j’ai eu don ?
Belle sœur, ne vous inquiétez pas,
Jamais ne vous arrivera
De passer dans une ville ou rue
Où vous ne serez pas connue.
- Sire, dit-elle, ne jouons plus.
Nous avons deux souhaits perdus.
Que me disparaissent les cons
Et vous les vits, et puis laissons.
Il nous reste encore un vœu,
Ainsi serons-nous riches, par Dieu.
Puis le vilain ce souhait fit :
Qu’elle n’ait con et lui n’ait vit.
Ainsi fut-elle très perplexe
Quand elle ne trouva point son sexe.
Aussi le brave homme quand il vit
Qu’il ne trouva non plus son vit.
Elle fut de nouveau en colère.
- Maintenant, dit-elle, il faut faire
Le seul souhait qui restait bon :
Que vous ayez vit et moi con.
Puis nous serons comme nous étions
Sans rien perdre, mais rien n’aurons.
Donc, le prudhomme resouhaita, qui ne perdit rien ni rien gagna. Car son vit lui est revenu mais ses quatre souhaits il a perdu.
Par ce fabliau vous pouvez voir
Que celui n’a guère savoir
Qui mieux croit sa femme que lui.
Il lui en vient honte et ennui.

dimanche 3 octobre 2010

Princesse Rosette (fin)

Devant la porte du domaine, la fée les attendait en coupant des branches de sureau dont elle faisait des baguettes magiques qu’elle distribua aux arrivants. Le grand mage dédaigna la sienne et Kipufor interloqué, se demandait comment il allait faire usage de celle posée devant lui. Pendant le temps de ses réflexions, Rosette et ses alliés faisaient du bon ouvrage. Il était temps ; les portes du jardin s’ouvraient sur Cadichon tirant la charrette du roi. Otant majestueusement le chapeau de paille qui le couronnait, il regardait courroucé Kipufor, lequel tentait de se faire modeste et s’adressant à la fée :
« Que fait un dragon dans mon jardin ?? »
Avant qu’elle ait eu le temps de répondre, le souverain avait avisé Rosette et le chevalier , main dans la main, yeux dans les yeux, et échangeant des sourires langoureux.
Or, le roi d’un jardin voisin avait consenti à lui céder une bouture d’un rare géranium odorant qui manquait à sa collection, à la condition que Rosette épouserait son fils. Un fils indocile, parti courir le monde et que le roi espérait faire rentrer au bercail pour les beaux yeux de la jolie fille de son voisin. Ca n’allait pas, non, ça n’allait pas du tout !
Et voilà qu’on entendait s’approcher une galopade, des essieux grinçaient, des roues cahotaient au-delà des murailles et Cadichon de son plus beau baryton saluait ses collègues qui franchissaient le portail. Le chef couronné d’un splendide panama, tenant précieusement entre ses jambes le pot contenant le précieux géranium, l’autre roi jardinier s’avançait. Avisant le Bel Inconnu, il manqua de surprise faire tomber la bouture.
« Mon fils ! enfin…que faites-vous ici ? »
Le père de Rosette, avec un large sourire, lui ouvrit les bras.
Eh, oui ! tout s’arrange au pays des fées. Rosette et le Bel Inconnu se marièrent et eurent de nombreux petits jardiniers au sort enviable puisque le jardin devenu magique par suite du nombre de baguettes auquel il a été exposé est devenu incroyablement fertile. On garda Kipufor comme incinérateur de déchets végétaux.

Princesse Rosette (12)

Dans la cour au sol accidenté de silex, un triangle de pelouse était planté de deux cerisiers aux branches chargées de fruits dorés traînant jusqu’à terre. Rosette s’approcha pour cueillir des cerises et soulevant une branche, elle se trouva face à un museau blanc. C’était le grand cerf à ramure d’or qu’elle avait fait fuir dans le premier vallon. Elle se souvint des paroles de sa marraine ; son grand-père le magicien vivait retiré du monde par delà les sept monts, par delà les sept vallons et il lui arrivait de prendre forme d’animaux, d’un cerf entre autres. Elle se risqua, tendit la main et dit en souriant : « Grand-père ? »
Dans un tourbillon argenté l’animal disparut ; il y eut à sa place un grand homme vêtu de blanc, portant une courte barbe et de longs cheveux également dorés ; ses traits étaient rudes, ses yeux verts scintillaient… Ce magicien, si c’en était un, n’avait rien d’un grand père. Se pourrait-il qu’elle ait fait tout ce chemin en vain ?
D’un voix profonde l’homme en blanc parla : « Que fais-tu ici ? De quel droit viens-tu troubler ma retraite en compagnie d’un dragon puant et d’un homme armé ? Qui t’as enseigné le chemin de mon domaine ? »
D’une petite voix mal assurée elle balbutia : « Je suis Rosette et ma marraine… »
« Je sais qui tu es, je sais qui est ta marraine ! Que cherches-tu ? »
« Je cherche mon grand-père le magicien et… » Rosette reprit son histoire depuis le début et conclut tristement : « Tout est à refaire… à moins que vous ne sachiez où je pourrais trouver mon grand-père. »
« Je le connais, en effet, mais on te l’a dit, il ne veut plus se mêler des affaires des hommes. Tu es une curieuse, et pour cela tu es punie… »
Rosette se redressa, planta ses yeux dans les yeux d’eau profonde :
« Le plus puni sera mon père qui n’est pour rien dans tout cela ! Ce n’est pas sa colère que je redoute, mais son chagrin. Il a perdu son épouse qu’il aimait, son jardin est en ruines et jamais plus il ne me fera confiance. Pour lui éviter cette peine, j’ai franchi les sept monts, traversé les sept vallons, sans poser de questions, sans rien demander. Tous ceux que j’ai rencontrés, hommes, lutins, ou animaux m’ont aidé et vous, qui savez où est celui que je cherche, vous ne me direz rien ?
Venez, Bel Inconnu ! Kipufor nous ramènera au royaume de mon père ; j’affronterai sa colère et je tâcherai de le consoler et de retrouver sa confiance en réparant le mal que j’ai fait. Je deviendrai jardinière et vous, chevalier, repartirez vers de nouvelles aventures… Adieu ! »
Et Princesse Rosette très digne, tourna les talons.
Elle se sentit rattrapée par le dos, forcée de reculer et de se retourner. Le mage, à son tour planta ses yeux dans les siens :
« Ah, Rosette, Rosette, ces yeux sont ceux de ta mère qui avait les miens ! »
« Mais…mais… vous êtes, vous êtes… Grand-père ?... Je n’imaginais pas… »
« Tu pensais qu’un grand-père était un vieillard ? Eh bien, non, vois-tu… La magie conserve et je me sens l’envie de voir comment va le monde. Ton père a laissé mourir ma fille mais il est jardinier et aucun jardinier ne peut être un mauvais homme. Allons… Kipufor va nous emmener dans ton royaume, il est encore temps ! »

samedi 2 octobre 2010

Canon No 2 in C major

Princesse Rosette (11)

- Mais , êtes-vous une princesse ?
Il est vrai que l’allure de Rosette, en habit de lutin, chaussée de bottes de sept lieues, et recouverte d’une houppelande, était fort peu princière. Elle se redressa de toute sa hauteur, la main posée sur son bâton sculpté :
-« N’en ai-je pas l’air ?
-Heu…si..si…bien sûr, balbutia le chevalier médusé et qui se demandait en quoi cette jeune personne altière qui frayait avec des dragons, pouvait avoir besoin qu’on l’assiste. Et que puis-je faire pour vous ?
La jeune fille raconta son histoire, ajoutant qu’elle avait du revenir sur ses pas pour secourir le dragon aussi ne lui restait-il plus qu’une journée pour se rendre dans le septième vallon, convaincre son grand-père le magicien de lever tous les sorts et de remettre en état le jardin avant le retour du roi.
Le chevalier regardait Rosette plus qu’il ne l’écoutait. Totalement sous le charme, il était décidé à répondre à toutes ses demandes avant même qu’elle les ait formulées. Kipufor assis sur son gros derrière les contemplait d’un air béat.
-« Mais vous-même Messire, me direz-vous votre nom ?
-J’ai fait vœu de ne révéler mon nom qu’à celle que deviendra mon épouse.
-Alors, je vous appellerai le Bel Inconnu. Puis-je au moins savoir ce qui vous a mis en quête ?
- Le Roi mon Père, voulait me forcer à me marier avec la fille d’un roi son voisin. Et je refuse de m’unir à une princesse inconnue, qui ne m’aime pas et que je n’aime pas. Aussi ai-je choisi les Aventures… et voilà que je vous ai trouvée…
-Eh bien, partons dit Rosette dont les préoccupations étaient bien éloignées de l’idée d’une romance , fut-ce avec un bel inconnu. . Où est votre monture ?
-Hélas, des brigands m’ont assommé ; ils ont pris mon cheval et ma bourse, mais heureusement, ils m’ont laissé mon épée.
Une épée pensait la jeune fille, ne se chevauche pas…Moi, j’ai mes bottes
Ah, dit-elle à voix haute, Kipufor peut voler ! Montez sur son dos et suivez-moi ! Mais laissez ce casque et cette armure qui vous encombrent. Vous reviendrez les chercher plus tard.
En quelques enjambées de bottes magiques et le même nombre de battements d’ailes de dragon, le sixième vallon fut atteint et traversé. L’ermite assis près de la fontaine avait suivi des yeux l’étrange chevauchée qui bientôt disparut derrière la montagne.
Rostte était évidemment démangée du désir de connaître le nom du chevalier qui lui-même était dévoré d’un désir aussi intense d’embrasser cette énergique jeune princesse. Elle était arrêtée en haut du septième mont et Kipufor vint se poser près d’elle. Elle grimpa sur son dos s’accrochant à celui de Bel Inconnu de plus en plus enchanté de cette Aventure.
Et les voilà qui survolent le septième vallon. Il était vaste comme un pays et traversé d’une rivière aux boucles alanguies , divisées en îles par endroits. Au centre de cette contrée paisible et comme endormie se dressait un manoir en ruines aux douves alimentées par la rivière. On ne voyait ni hommes ni animaux, aucun vent ne remuait les feuilles d’arbres immenses, aucun cri, aucun chant d’oiseau ne se faisait entendre. Seule, la roue d’un moulin brassait l’eau de la rivière. Un soleil discret enluminait la brume diffuse qui voilait les contours du paysage.
Kipufor se posa près du manoir ; il avait grand besoin de se baigner. Rosette et le Bel Inconnu le laissèrent aller à la rivière pendant qu’ils approchaient du manoir. C’était un bâtiment mi-ferme, mi-forteresse dont le pont-levis était baissé. 

vendredi 1 octobre 2010

Princesse Rosette (10)

A son réveil, Kipufor avait disparu. Rosette appela ; aucun écho ne répondit, pas une ride ne troublait la surface de l’étang. Ella aurait bien voulu avant de repartir faire ses adieux au dragon, mais le retour de son père était proche et il lui restait encore deux monts et deux vallons à parcourir ;, sa prochaine étape lui semblait encore plus éloignée que les cinq précédentes.
Elle revêtit l’habit de lutin vert, enfila les bottes et mit dans le sac qui avait contenu le blé, les provisions qui lui restaient. Elle avait du pain, des noix et quelques noisettes ; elle y ajouta des framboises, des mûres et des champignons plus quelques œufs d’oiseaux qu’elle trouva alentour. Sa route, comme les autres, serait difficile et elle ignorait ce qu’elle allait trouver tout au long ; ces provisions ne seraient pas inutiles.
Ses premières foulées furent une bonne surprise : les bottes étaient magiques. Et si comme elle l’avait prévu, son but était lointain en revanche, elle avançait plus vite et nul obstacle ne se dressait pour la retarder. Si bien qu’avant le coucher du soleil, elle avait gravi le sixième mont et se trouvait dans le sixième vallon, dans une clairière qu’ombrageait un grand chêne. Un écureuil grimpait dans ses branches, bousculant une chouette qui se mit à fixer l’arrivante.
.Près du grand chêne, on voyait un puits. Un ermite à longue barbe sortit d’une chapelle et Rosette le salua. Il venait boire et l’écuelle de bois qu’il tenait à la main était gravée de dessins semblables à ceux qui ornaient la canne que le lutin avait donnée à Rosette. Un loup qui semblait être le compagnon de l’ermite vint se coucher à ses pieds.
Rosette n’avait cessé de penser au dragon et se demandait pourquoi il avait disparu sans lui dire adieu. A son nouvel hôte qui semblait trouver sa présence toute naturelle, la princesse offrit de partager ses provisions. L’homme maigre était peu loquace et la jeune fille faisait seule les frais de a conversation. Elle lui parla du dragon et lui demanda s’il savait où il était.
« - La réponse, lui répondit l’ermite, est dans l’eau de la fontaine. »Et il tendit à Rosette son écuelle.
Elle alla puiser de l’eau, regarda au fond du bol et y vit le dragon devant sa grotte. Un chevalier en armure approche, l’épée à la main et les signes gravés dans le bois forment le mot DANGER !
Ce chevalier va tuer le pauvre Kipufor sans méfiance.
Que faire ? Comment le sauver ? Rosette est fébrile, mais l’ermite garde son calme.
« -Si tu bois l’eau de la fontaine, énonce-t-il, tu te retrouveras où tu désires aller ! »
Eh bien, mais elle désire aller au plus vite trouver le magicien et le convaincre de faire revivre le jardin du Roi. Mais il faut sauver Kipufor…
« -Attention, tu ne peux boire deux fois à la fontaine magique ! prévient l’ermite qui avait lu dans sa pensée.
Tant pis, se dit la princesse, on verra bien ! et elle but .
Devant la grotte, Kipufor crache des flammes et le chevalier empêtré dans son armure, tourne autour de lui dans un grand bruit de ferraille.
La vue de Rosette surgie d’on ne sait où les surprend et arrête un moment le combat.
Le dragon ferme sa gueule enflammée et Rosette se jette entre les combattants.
« -Arrêtez ! Arrêtez ! Kipufor, du calme, et vous Messire pourquoi voulez-vous tuer ce dragon ? Que vous a-t-il fait ?
- Mais rien, dit l’homme en retirant son heaume. Je suis un chevalier errant en quête d’aventures, aussi je me dois de combattre les dragons et de venir en aide aux princesses.
-Alors, laissez ce dragon tranquille et venez-moi en aide, j’en ai grand besoin.

Le Blaireau -

 Dictionnaire du Zoodiac  : Signe de Poil, gouverné par l’ennuyeuse planète Rasoir.  Les natifs du blaireau sont généralement taquins...