jeudi 25 février 2010

tambours du bronx - Big Hands

NEPTUNE (fin)

Neptune se croyait l’inventeur du cheval ; il avait oublié le poulain que Saturne, croyant manger son fils, avait ingurgité. Il se pensait aussi créateur de la bride, mais Minerve avant lui avait eu cette idée. Les courses et la vitesse, en revanche, c’était lui !
Quand Cérès éplorée cherchait partout sa fille, Neptune fou d’amour la suivait pas à pas. Ayant d’autres soucis, la déesse gênée se changea en jument. Puis ele galopa jusque dans l’Arcadie où elle se cacha dans le troupeau d’Oncos, un des fils d’Apollon. Pas fou et obstiné, Neptune en étalon se change, la rejoint et sans lui demander son opinion, la viole. La fureur de Cérès fut telle que le fruit de cette union forcée fut un cheval sauvage, le farouche Actéon.

Sur ces amours sans nombre, la sagace Amphitrite savait fermer les yeux, mais il lui arrivait parfois de se venger : ainsi quand son époux, de la belle Scylla fit un jour son amante, elle chercha l’étang où se baignait la nymphe ; elle y jeta des herbes magiques, empoisonnées. Scylla se retrouva doté de douze pattes et de six têtes hurlantes redoutées des marins.
Les enfants de Neptune sont bien souvent des monstres : Harpyes épouvantables au visage de femme ; elles ont des oreilles d’ours, des ailes de chauve-souris et des corps de vautour ; aux pieds, aux mains des griffes elles sont sales et infectent tous les êtres qu’elle touchent. On se souvient aussi du cyclope Polyphème, du géant Chrysaor ou du cheval Pégase… et bien d’autres encore…
Les Atlantes en revanche, étaient de beaux enfants dont Neptune était fier. Mais au fil des années, leurs descendants perdirent de leur nature divine. Ils devinrent trop humains et Neptune déçu, à grands coups de trident détruisit son empire. Atlantide et Atlantes sombrèrent dans les flots.

Pourtant il a gardé non loin de l’Equateur son palais sous-marin. C’est là qu’il apparaît, sur le pont des bateaux, imposant et barbu, une couronne d’algue sur ses cheveux d’écume. Armé de son trident, il préside aux épreuves imposées aux marins qui pour la première fois doivent passer « La Ligne ».

P.

mercredi 24 février 2010

NEPTUNE (2)

L’amour ne faisait pas oublier à Neptune ses revendications. Il voulait une terre.
On avait oublié un continent lointain, situé au-delà du monde que bornait les colonnes d’Hercule. Un des dieux s’en souvint ; lequel importe peu…
Un continent entier… Loin, très loin de l’Olympe… Il pourrait bien là-bas, faire trembler la terre, déchaîner les tempêtes ou engendrer des monstres : le monde Hellène allait connaître un peu de calme !
Un seul couple vivait sur cette terre immense : deux mortels et leur fille. Cette fille était belle et Neptune l’aima. Clito était son nom. Il construisit pour elle en haut d’une colline un merveilleux palais d’ivoire et d’orichalque et lui fit des enfants : cinq couples de jumeaux, cinq garçons et cinq filles. Le plus âgé de tous fut dénommé Atlas.
Pour ses enfants Neptune fit un état modèle, régit par des lois justes ; un pays digne enfin, d’hommes issus d’un dieu.

Ni Clito ni la Nymphe Amymoné la douce n’étaient filles des eaux ; il fallait à Neptune une épouse aquatique. Parmi les Néréides, il remarqua Thétis. Mais le fils qu’elle aurait surpasserait son père : l’oracle l’avait dit. Elle ne pouvait donc épouser qu’un mortel. L’Ebranleur de la Terre vit danser sur les eaux la gracieuse Amphitrite.
Amphitrite était vierge et avait fait serment de le rester toujours. Mais que peut une nymphe face aux ardeurs d’un dieu ! L’Ebranleur de la Terre ébranla sa vertu. Pour mieux garder sa foi, elle court se réfugier très loin dans les montagnes. Mais les dieux peuvent tout, y compris envoyer un dauphin dans l’alpage. C’est ce que fit Neptune. Le dauphin éloquent, persuada la belle de devenir l’épouse du frère de Jupiter. Neptune reconnaissant envoya le dauphin au milieu des étoiles : on peut toujours l’y voir.
On célébra les noces au milieu de tonnerre des vagues et des éclairs et depuis lors chacune de leur union provoque ouragan ou tempête.
Au fond de l’Océan, il bâtit un palais de nacre et de corail, perles et coquillages, aux vastes écuries. Là, blancs comme l’écume, ses coursiers aux crins d’or et aux sabots d’airain attendent de tirer le char du dieu des mers quand il va sur les flots entouré de sa cour : le Vieillard de la mer, Nérée et ses Naïades ; Protée le facétieux qui garde ses troupeaus de phoques et d’otaries ; Eole et les Sirènes, le monstrueux Charybde et l’horrible Scylla ; Glaucos, dieu des pêcheurs qui lui ressemble tant, ses enfants les Tritons et combien d’autres monstres…

Les deux époux s’aimaient d’une passion profonde, mais Neptune était beau et grand et imposant ; ses cheveux couleur d’algue rejoignaient une barbe ondulée comme la mer. Il n’avait aucun mal à attirer les belles et elles ne manquaient pas. Il n’était pas pour rien le frère de Jupiter ; il avait comme lui des amours innombrables et n’hésitait jamais à changer d’apparence s’il en était besoin, avec des résultats pour le moins étonnants.
Un beau jour,  il s’éprend follement, car Neptune ne fait rien à demi, d’une princesse Thrace nommée Théophané. C’était une beauté courtisée par les princes des états voisins. La voulant pour lui seul, le dieu des eaux l’enlève et sitôt la transporte dans l’île mystérieuse qui a nom Crumissa. Les habitants de l’île, voyant Théophané, la trouvent à leur goût et lui font des avances. Voilà Neptune jaloux : il la change en brebis. Les îliens alors deviennent des moutons. Il ne lui restait plus qu’à se faire bélier et il n’y manqua pas. Satisfait de son œuvre, il s’unit à la belle et lui fait un enfant : le célèbre bélier volant dont la toison est de l’or le plus pur.

A demain P.

mardi 23 février 2010

NEPTUNE (1)

A la Sainte-Honorine,
Bourgeonne l’aubépine

Neptune est un violent, il est imprévisible. Son calme est redoutable qui préside aux tempêtes.

Saturne, père indigne, dévorait ses enfants. Cybèle pour les sauver, faisait ce qu’elle pouvait : elle donna pour Neptune un poulain nouveau-né et cacha le bébé dans un coin d’écurie ; il fallait l’éloigner.
On choisit pour nourrices les étranges Telchines, chiennes pour la tête et poissons pour les mains. L’enfant apprit chez elle à déclencher la pluie, à provoquer la grêle et quand il en eut l’âge, Helia la plus belle, lui montra c’est utile, comme on fait les enfants.
Neptune ayant grandi, s’en fut vers son destin, armé d’un beau trident, cadeau de ses nourrices.

Les enfants de Saturne, l’oracle l’avait dit, ont détrôné leur père. Ils prirent son empire et se le partagèrent. Neptune eut pour sa part les mers et les rivières, les océans, les sources, tout ce qui bouge et vit dans le monde liquide. Jupiter son cadet, avait pris le pouvoir ; il gouvernait le monde, il régnait sur les dieux…. C’était insupportable ! Neptune l’ombrageux se mit à conspirer.
L’Olympe révolté ligota Jupiter. Briarée aux cent bras, averti par Thétis, libéra le captif qui pour avoir la paix, exila en Phrygie Neptune et Apollon.

Pour fortifier sa ville, le roi Laomédon voulait une muraille. Contre un prix raisonnable, les deux conspirateurs offrirent leurs services. Les remparts achevés, le roi nia sa dette, arguant que Jupiter pour punir les rebelles, les avait fait esclaves à son service à lui, le souverain de Troie. Furieux le dieu de seaux lança sur la cité quelques monstres marins, la peste et des tempêtes. Bien plus tard, quand les Grecs firent la guerre aux Troyens, il fut de leur côté.

Il fallait une terre à l’ombrageux Neptune qui trouvait trop humide la partie du monde qu’il avait obtenue. Une ville était vacante ; Minerve la voulait, il la voulut aussi. Les dieux trouvèrent sage de la donner à qui ferait au genre humain le don le plus utile. Neptune, sûr de lui, d’un seul coup de trident fit jaillir un cheval ; mais Minerve la sage, fit pousser l’olivier.
Grand débat sur l’Olympe : les dieux sont pour Neptune, les déesses pour Minerve. Il y en avait une de plus que de dieux : Minerve remporta la ville qu’on nomme Athènes.
Neptune fou de rage, frappe de son trident, remue tout l’océan, des vagues gigantesques submergent la cité. On dut pour l’apaiser ôter le droit de vote aux femmes du pays ; les hommes qui portaient le même nom que leur mère durent y renoncer.

Il revendique alors Trézène sur laquelle Minerve avait des vues ; le tribunal des dieux attribue à chacun la moitié de la ville ; personne n’est content !
Alors, à Jupiter, il demande Egine, et puis à Dionysos la ville de Naxos ; il se bat contre Hélios pour obtenir Corinthe. Les dieux doivent trancher : l’Acropole à Neptune et l’isthme pour Hélios. Furieux, il veut reprendre à Junon l’Argolide. Ebranleur de ces terres qu’il ne possède pas, Neptune se bagarre, provoque des tempêtes, envoie partout ses monstres. Hommes et immortels redoutent ses colères, se plaignent à Jupiter. Sommé de comparaître au tribunal des dieux, il les prétend partiaux et ne se montre pas.
Jupiter désespère de calmer le furieux. Il fait appel aux fleuves Inachos, Céphise et aussi Astérion. Les trois fleuves prudents, avant de décider, interdisent à Neptune quel que soit le verdict, d’inonder la région. Neptune fait serment ; les fleuves se prononcent en faveur de Junon. S’estimant bafoué, le dieu veut sa revanche : il assèche les fleuves !
Plus une goutte d’eau dans toute l’Argolide.

Le nymphe Amymoné, qui avait besoin d’eau, observait un grand cerf. Le superbe animal entre dans la forêt ; Amymoné le suit, pensant trouver la source où le dix-cors s’abreuve. Attentive à la trace, elle ne remarque pas un satyre endormi à l’ombre des buissons. La nymphe le bouscule. Réveillé en sursaut, le satyre voit la belle, la poursuit ; elle se sauve. Bien vite il la rattrape, tente de la violer. Affolée, aux abois, la nymphe à son secours appelle tous les dieux et Neptune l’entend. Le dieu sans hésiter, à grands coups de trident chasse le chévrepied, mais l’autre, agile, esquive et se sauve en courant. Amymoné respire ; mais il est plus facile d’éviter un satyre que le bouillant Neptune. Tenant à sa vertu la belle se dérobe. Pour gagner ses faveurs, tous les moyens sont bons, y compris rendre l’eau au pays desséché. En manquant le satyre, le trident s’est planté dans une énorme roche. Neptune le retire et des trois trous jaillissent trois sources bondissantes : les trois sources de Lerne aux eaux intarissables, même au fort de l’été.

a demain P.

lundi 22 février 2010

LE NOMBRE DEUX

La neige qui tombe en Février,
La poule l’emporte avec le pied.


Le deux exprime l’ambivalence, l’opposition qui n’est pas obligatoirement négative. Les opposés sont souvent complémentaires : masculin, féminin ; jour et nuit ; gauche et droite ; yin et Yang… etc…
Dans les contes les héros vont souvent par deux : frère et sœur comme Hansel et Gretel ou la bonne fée qui répare les maléfices de la sorcière.
Le plus ancien conte connu est celui des « Deux Frères ».



samedi 20 février 2010

JEAN DE L'OURS - FIN

Monté tout en haut de la plus haute tour du château, Jean de l’Ours inspecta l’horizon ;il vit les deux pendards entraîner les jeunes filles qui tentaient sans succès de leur échapper. Il dévala l’escalier et comme une flèche s’élança sur leurs traces. Passe-Rivière en se retournant vit Jean qui les talonnait. Aussitôt, les deux lâches, abandonnant leurs captives, filèrent se cacher au fond de la forêt.
Jean voyant les princesses seules au bord de la route, demanda où étaient passés leurs ravisseurs :
-« Ils vous on vu arriver et ils ont pris peur, expliqua la plus jeune.
- Je vais les rattraper et leur flanquer une correction dont ils se souviendront toute leur vie !
Mais Jean avait couru sans se soucier de la blessure qu’il s’était infligé ; il était pâle, les traits tirés et il n’avait plus sa barre de fer.
La jeune fille posa sa main sur son épaule :
-« Vous êtes fatigué, vous perdez du sang ; laissez-moi d’abord vous soigner.
Elle connaissait les « bonnes herbes » ; elle ramassa alentour celles dont elle avait besoin et en fit un cataplasme qu’elle posa sur la blessure, puis déchirant son jupon, elle en fit un bandage et doucement dit au blessé :
« - Laissez-les courir ! Qu’importe, puisque vous nous avez délivrées ?
Jean de l’Ours lui sourit : 
-«  Vous avez raison ! Qu’ils aillent au diable, s’il veut les recevoir ! Je vais vous escorter jusqu’au royaume de votre père.
Ils y parvinrent sans autres aventures et le roi et la reine trop heureux de retrouver leurs filles accordèrent à Jean de l’Ours la main de la Princesse aux « Bonnes Herbes ».



vendredi 19 février 2010

JEAN DE L'OURS (3)

Jean courut à sa poursuite et arriva dans une pièce où se trouvaient trois jeunes filles vêtues en princesses. A la vue de cet homme si grand, si fort, velu comme un ours et armé d’une énorme barre de fer, elles  se mirent à trembler, à crier, à pleurer.
-« Ne pleurez pas, dit Jean rassurant, ne craignez pas, je ne vous veux aucun mal ! Que faites-vous ici , seules dans cette cave obscure ?
-Une sorcière nous a enlevées à nos parents et nous ne savons pas comment sortir d’ici.
-Eh, bien, vous êtes délivrées ! Venez avec moi !
Jean les installa dans le tonneau et cria :
-« Remontez ! Remontez !
Qui furent bien étonnés en voyant qui était dans le tonneau ? Ce furent les deux compagnons !
Etonnés et ravis ! Trois belles princesses à la place de ce Jean de l’Ours donneur d’ordres et de leçons ! Quand ils l’entendirent crier qu’on lui renvoie le tonneau, ils le démolirent à coups de hache et jetèrent la corde au feu.
-« Et voilà, gros malin !dirent-ils en se frottant les mains, débrouille-toi, maintenant !
Et ils s’enfuirent, entraînant les jeunes filles.

Jean ne voyant pas redescendre le tonneau, comprit qu’il avait été trahi ; il ne perdit pas courage pour autant. Méthodiquement, il explora le souterrain et les caves et finit par retrouver le poulet. Brandissant sa barre de fer, il questionna le volatile effaré :
-« Dis-moi un peu comment sortir d’ici !
-Par où tu es entré, il n’y a pas d’autre issue.
-Mais comment ? Je n’ai ni corde ni échelle.
-Facile, ricana le volatile, il suffit de voler !
-Et comment veux-tu que je vole ? Tâche d’avoir une autre idée ou sinon…
Et Jean agitait la redoutable barre de fer sous le bec du poulet qui cessa de rire.
-« Ecoute , dit-il, va jusqu’au bout du souterrain, dans la dernière cave, vit un aigle blanc. Peut-être voudra-t-il te prendre sur son dos.
Jean de l’Ours suivit le conseil du poulet, trouva l’aigle et lui demanda son aide.
- « Tu es grand, tu es lourd, trop lourd pour moi surtout si tu  gardes cette barre de fer.
-Et si je la laisse ?
-Si tu la laisses, peut-être… mais ce sera de toutes façons très fatiguant. Pour avoir la force de te sortir d’ici,  il faudra m’alimenter sans arrêt. Ecoute, et l’aigle lui montra par un soupirail un bœuf dans un pré. Tue ce bœuf, prend sa viande et chaque fois que je crierai :  « Viande ! » , tu m’en donneras un morceau
D’un dernier coup de sa barre de fer, Jean tua le bœuf, le découpa avec son couteau de chasse, mit les morceaux dans un sac et le sac à son épaule.
-« Allons-y, dit l’aigle ; et ils se rendirent en bas du puits. Jean monta sur le dos de l’oiseau, s’accrocha à ses plumes et l’aigle prit son envol. Très peu de temps s’écoula avant que l’aigle ne crie : »Viande ! Viande ! » Jean lui jeta un morceau de bœuf.
A peine avait-il avalé la viande, que l’aigle cria de nouveau. Jean lui jeta un autre morceau.
L’aigle montait lentement, péniblement vers la lumière réclamant toujours sa pitance. Jean voyait déjà un morceau de ciel , il ne restait plus rien du bœuf, mais l’aigle criait toujours :  -« Viande ! viande !... »
-Je n’ai plus rien, dit Jean, nous sommes presque arrivés, courage !
Mais l’aigle était épuisé, ses ailes battaient de plus en plus faiblement, il allait se laisser retomber…
Alors, Jean de l’Ours employa les grands moyens. Il releva la jambe de sa culotte, sortit son couteau de chasse, serra les dents et … coupa un morceau de sa cuisse qu’il donna à l’aigle.
Avec une vigueur nouvelle, il donna un dernier coup d’aile et se posa sur le bord du puits.
Jean le caressa, le remercia ; il voulait maintenant retrouver les deux traîtres et les princesses.


jeudi 18 février 2010

JEAN DE L'OURS (2)

Il fit comme il avait dit et Passe-L’eau resta au château.

Fourbus mais leurs besaces pleines de lapins et de perdreaux, les chasseurs rentrèrent, affamés, dévorant d’avance ce que Passe-L’eau leur avait préparé. Un triste spectacle les attendait ; dans la salle et dans les cuisines, tout était cassé,culbuté, sans dessus dessous, et le contenu de la marmite, renversé dans la cheminée avait éteint le feu. Passe-L’eau avait disparu. Les deux chasseurs se mirent à explorer la demeure sans retrouver sa trace. Enfin, ils entendirent une faible voix sortant d’un placard et qui appelait au secours. Jean ouvrit la porte et vit Passe-L’eau, recroquevillé et tout tremblant.
‘-Qu’est-ce que tu fais dans ce placard ? demanda Jean
L’autre, honteux, hésitait à répondre. Jean insista :
-Qui est responsable de ce désastre, dit-il en montrant la salle dévastée ?
- C’est un petit poulet, finit pas avouer Passe-L’eau d’une voix hésitante.
- Quoi ? Un petit poulet ? Tu t’es sauvé devant un petit poulet et tu l’as laissé tout casser ?
-Oui, un poulet. Je ne l’ai pas vu arriver, il a commencé par renverser la marmite, puis il m’a battu et enfermé dans le placard !
Les deux chasseurs hurlèrent de rire en se moquant de lui et Jean dit :
-Allons, à table maintenant ! Demain, c’est toi qui viendras chasser avec moi et Lance-Roche gardera le château.
Le lendemain au retour de la chasse, même spectacle de désolation : meubles et marmite renversés, vaisselle cassée et Lance-Roche introuvable. C’est d’une armoire que sortit un pauvre petit « Au secours ! ».
-C’est encore le poulet ? dit Jean après l’avoir sorti de sa cachette.
‘Oui, oui ! Il m’a battu et enfermé dans l’armoire !
- Bon, je vois ce que c’est dit Jean. Demain, vous irez à la chasse et moi je resterai ici. J’ai deux mots à dire à ce poulet !
Le lendemain, Jean, sa grosse canne de cinq quintaux bien en main, attendait le poulet de pied ferme. A peine avait-il montré le bout de son bec, que Jean lui administra une mémorable volée de coups de canne. Voyant qu’il n’avait pas le dessus, le poulet se sauva et disparut par un trou qui était dans le mur.
Au retour de leur chasse, les deux compagnons,  assez vexés de voir que Jean ne s’était pas laissé faire, n’osèrent pas poser de questions.
Quand ils eurent bien mangé, Jean prit la parole :
-J’ai fait sauver le poulet, mais il est toujours au château. Si nous voulons vivre ici en paix, il faut le retrouver et en venir à bout. Voyez, dit-il à ses compagnons en leur montrant le trou dans le mur, il s’est sauvé part là.
Lance-Roche se mit aussitôt à desceller les pierres de la muraille et découvrit un puits, si profond qu’on ne pouvait voir où il finissait. Jean de L’Ours s’en fut chercher un tonneau,  une lampe et une corde. Il donna la lampe à Passe-L’eauet lui dit :
-Monte dans le tonneau ! C’est toi qui va descendre dans le puits.
Pendant qu’il descendait, un vent glacial montait des profondeurs et faisait vaciller la flamme de la lampe ; il lui vint une frousse bleue et il se mit à crier :
-Je veux remonter ! Faites-moi remonter. !
Jean de l’Ours le remonta et dit à Lance-Roche de prendre sa place ; à peine au milieu du puits, la frousse le prit à son tour et il demanda à être remonté.
Jean, les poings sur les hanches, regarda ses compagnons :
-Eh bien ! Je me croyais entouré de deux costauds, mais vous êtes froussards comme de vielles femmes. Allez , descendez-moi, que je voie ce qu’il y a au fond de ce puits !

Arrivé au fond, un souterrain s’ouvrait devant lui ; il s’avança et vit le poulet, qui s’empressa de se sauver.


mercredi 17 février 2010

JEAN DE L'OURS (1)

Un jour d’hiver, une jeune fille s’en alla ramasser du bois mort dans la montagne. Un ours, embusqué derrière un buisson la guettait ; il se jeta sur elle et l’emporta dans la caverne où il vivait. Il la jeta sur un lit de feuilles mortes et ferma l’entrée au moyen d’un gros rocher.
Chaque jour l’ours lui rapportait de la nourriture et des présents, mais il n’oubliait jamais de bien  repousser le rocher de façon que sa prisonnière ne puisse s’échapper.
La jeune fille en prit son parti et, -il est des monstres plus déplaisants qu’un ours- accepta de devenir son épouse.
Un an passa ; elle mit au monde un enfant aussi velu que son père quelle nomma Jean. Dès qu’il fut en âge de parler, la mère raconta son aventure et sa tristesse de ne pouvoir retourner dans son village. L’enfant, pour faire plaisir à sa mère, tenta de déplacer le rocher mais il n’était pas encore assez costaud.
Jean grandit, et toujours il profitait des absences de l’ours pour essayer de déplacer le rocher ; arriva le jour où enfin, il put dégager un espace assez grand pour que sa mère et lui arrivent à se faufiler à l’extérieur. Enfin libres, ils coururent vers le village sans regarder en arrière tant était grande leur terreur d’être rattrapés.
Ils étaient en sécurité dans la maison familiale quand l’ours regagna sa caverne désertée. Désespéré, le fauve descendit au village et pendant plusieurs nuits, hurla, tenta d’ébranler la porte, mais en vain. Alors il disparut, et plus jamais on ne le revit.

Jean, que les villageois appelaient désormais Jean de l’Ours, grandissait et devenait de plus en plus fort, d’une force extraordinaire, d’une force d’ours. Il apprit le métier de forgeron et se fabriqua  une sorte de canne en fer qui pesait cinq quintaux. Son apprentissage terminé, la vie de village lui sembla monotone et il décida de partir découvrir le monde. Il embrassa sa mère, dit adieu à ses grands parents, et sa canne sur l’épaule,  légère comme une tige de roseau, il prit la route.

Sur son chemin il rencontra un homme qui entassait des pierres. De ses mains nues, il les arrachait de terre et les lançait comme de petits cailloux. Jean le salua et lui demanda ce qu’il faisait de ces pierres.
-Je construis un mur, dit l’homme, mais c’est bien ennuyeux !
-Viens avec moi, dit Jean, je pars découvrir le monde.
-Pourquoi pas,  dit l’homme ,et il suivit Jean.

Tous deux cheminaient d’un bon pas. Ils arrivèrent ainsi devant une rivière. Aucun pont ne la traversait ; un passeur était là qui portait les voyageurs sur son dos.
-Tu fais ça tout le temps ? demanda Jean. Ce doit être fatiguant ?
-Oh oui, soupira l’homme !
-Alors viens avec nous, forts comme nous sommes tous les trois, nous trouverons facilement de l’ouvrage.
Et les voilà partis, Jean, Passe-l'eau, et Lance roche. A la nuit tombante, ils se trouvaient devant un château aux fenêtre illuminées.
-Frappons, dit Jean et voyons si l’on accepte de nous loger pour la nuit.
Mais le château était désert, aucun bruit; ils appelèrent, cognèrent à la porte, pas un valet, pas une servante  ne répondit. Alors Jean tenta de pousser la porte, qui s’ouvrit sans difficulté. Ils entrèrent, prudemment traversèrent la cour, visitèrent les granges et les écuries, s’enhardirent à entrer dans le château sans rencontrer âme qui vive. Dans la grande salle, un feu flambait dans la cheminée. Une table était dressée , couverte de mets appétissants. Les trois voyageurs se mirent à table et dinèrent de bon appétit.
Réchauffés, nourris, ils décidèrent de s’installer là.
-Demain, dit Jean de l’Ours, j’irai à la chasse. L’un de vous deux viendra avec moi et l’autre préparera le repas.... à suivre


mardi 16 février 2010

LE POISSON D’OR (2)

Le lac était d’ardoise et les nuages, bas ; quelques gouttes tombaient.. La flûte en un murmure fit venir le poisson :
-« Que veux-tu mon ami ? »-
-« Pour moi, je ne veux rien ! Mais ma sœur… »-
-« Oui, je sais. Retourne en ton palais, elle a ce qu’elle désire. »-
Pendant quelques semaines, elle parut heureuse : elle goûtait du meilleur, essayait des toilettes, commandait aux valets et giflait des servantes. Puis elle devint morose, plus rien ne l’amusait, pas même changer de robes.
Quand une fille s’ennuie au milieu des plaisirs, c’est à n’en pas douter qu’il lui faut un mari. Mais où l’aller chercher?
Pour contenter sa sœur et trouver l’oiseau rare qui la supporterait, notre jeune poète organise un grand bal. Tous les célibataires de cent lieues à la ronde firent danser la belle. Belle, me direz-vous ? Mais oui, elle l’était ; son fichu caractère seul était responsable de la laide apparence qu’on lui voyait souvent. Comme on la disait riche, vivant dans un palais, les demandes en mariage ne lui manquèrent pas. Elle était difficile ; aucun des prétendants ne put lui convenir :
-« Celui-ci est trop sot, celui-ci n’est pas beau, celui-là n’est pas riche, cet autre est bien trop vieux ; en voici un trop grand et un autre trop gros ; beaucoup sont trop petits, ou maigres, ou bigleux… »
Que sais-je ?… Ils furent tous éconduits….

Les musiciens partis, les lampions éteints, dans ses appartements la peste réfléchit…
-« Je sais ce qu’il me faut ! Faites venir mon frère ! »-
Le pauvre, d’un pas lent, traverse le palais.
-« Que veut-elle à présent ? Il ne reste qu’un souhait… »-
Oh ! comme il regrettait sa barque et son filet !
-« Mon frère, j’en suis certaine, il me faut un mari ; comme tu l’as pu voir, aucun de nos voisins ne peut me convenir. Je voudrais pour époux ton ami le poisson. »-
-« Tu veux le Poisson d’Or ? Ma sœur, c’est impossible ! Il est fils de Neptune, tu es fille de pêcheur ! Peut-être est-il un dieu ? »-
-« Eh bien ! s’il est un dieu, je serai immortelle ! »-
-« Pauvre sœur tu es folle ! Ce palais t’a grisée ! Fais comme tu l’entends, mais il n’est pas question que je formule un vœu si contraire au bon sens. »-
-« Quoi ? Comment ? Tu refuses ? »-
-« Oui ma sœur, je refuse ! »-
-« Gardes, qu’on le saisisse ! Confisquez-lui sa flûte ! Je ne te la rendrai que contre la promesse de demander pour moi la main du Poisson d’Or. »-
 Effondré, il retourne en ses appartements. Un musicien sans flûte est comme pain sans beurre ; au bout de quelques jours, il finit par céder.

Le ciel était de plomb ; un vent mauvais soufflait. Il monta dans sa barque, environné d’éclairs. Il n’osait pas chanter ; il n’en eut pas besoin. Au  milieu des roseaux, le poisson l’attendait :
-« Il te reste un seul vœu ; ne le gaspille pas ! »-
-« Ah ! Je n’ose vous dire ce que ma sœur demande… Elle vous veut pour époux ! »-
-« Elle a bien de l’audace ! J’épouserai ta sœur si toi-même consent à t’unir pour la vie à cette jeune grenouille. Tu n’es pas obligé, mais c’est la condition. Va le dire à ta sœur avant de me répondre. »-
Celle-ci trouva normal le marché proposé. Le frère hésite un peu. Elle élève la voix :
-« Si tu tiens à ta flûte, épouse la grenouille ! »-
Au fond, se disait-il, vaut-il pas mieux avoir un batracien pour femme que pour sœur un chameau ?

On célébra les noces.
-« Tu peux ,dit le poisson, embrasser la mariée. »-
Vous l’avez deviné : c’était une princesse. La sœur, émerveillée, saute sur le poisson, l’embrasse goulûment, certaine de le voir se changer en jeune homme.
Elle est changée en carpe !
Et, comme chacun sait, les carpes sont muettes ; on ne l’entendit plus !
P.




lundi 15 février 2010

LE POISSON D’OR (1)



A la Saint-Mathias le corbeau s’en va
Passent six semaines, coucou reviendra.


Au bord d’un lac d’argent, un jeune homme et sa sœur auraient pu vivre heureux. Ils avaient un jardin ; quand la pêche était bonne, ils allaient à la ville en vendre le surplus ; ils ne manquaient de rien.
Pourtant, insatisfaite, la fille tarabustait le malheureux pêcheur dont le plus grand plaisir était de composer des vers que sur sa flûte, il mettait en musique. Hélas pour lui, sa sœur n’aimait pas les chansons . Elle préférait les sous !
-«  Paresseux, bon à rien ! Mets donc la barque à l’eau, va chercher du poisson, demain c’est le marché ! »-
Mais le jeune poète se serait bien passé d’attenter à la vie des habitants des eaux. Il aimait la nature et se satisfaisait d’un peu de pain, de fruits, et de quelques fromages.

Un jour, las des reproches, il s’en fut sur le lac. Le ciel était limpide, un vent léger soufflait ; notre ami hésitait à lancer son filet. Il mit sa flûte en bouche et lança quelques trilles.
Du milieu des roseaux, il vit soudain paraître un merveilleux poisson, bleu turquoise et doré qui sauta dans la barque et la fit vaciller.
Le pêcheur étourdi, rétablit l’équilibre. Cependant la surprise l’avait rendu muet. Le poisson en revanche, était plutôt disert :
-« Pêcheur mon bon ami, que j’aime ta musique !Vois-tu, mieux qu’un filet, elle me fait prisonnier. Tu peux me relâcher, ou me joindre à ta pêche et me vendre au marché, je suis à ta merci ! »-
Sans proférer un mot tant il était surpris, le musicien rendit à son monde liquide le merveilleux poisson. Avant de disparaître, il fit encore un bond et reprit la parole :
-« Je suis fils de Neptune et j’ai de grands pouvoirs. Tu m’as laissé la vie , sois-en remercié : voici selon l’usage, trois vœux à formuler. Prends ton temps ,réfléchis, puis viens au bord du lac, joue un air sur ta flûte et je t’exaucerai. »-

Ne croyant pas ses yeux, soupçonnant ses oreilles, le musicien-pêcheur retourne à sa chaumière. Acariâtre, revêche, sa sœur l’y attendait :
-« Quoi ! Tes paniers sont vides ! Qu’as-tu fait de ta pêche ? Nous n’aurons rien à vendre, comment allons-nous vivre ? »-
-« Ah ! ma sœur, quel mystère ! Dans mes filets s’est pris un poisson qui parlait… Un fils du dieu des eaux… »-
-« Alors, qu’en as-tu fait ? »-
-« Mais… je l’ai relâché ! »-
-« Relâché ! Pauvre fou ! Un poisson qui parlait… Mais c’était la fortune ! Tu l’as laissée passer… mon dieu que tu es sot ! »-
-« Ma sœur, ce n’est pas grave ; le lait de notre vache et les fruits du jardin seront bien suffisants pour passer la semaine. Et bientôt… »-
-« Tu iras à la pêche et tu ne prendras rien ! A jouer de la flûte et parler aux poissons, que crois-tu donc gagner ? Regarde où nous vivons : une pauvre cabane, aux murs tout délabrés ! Moi, je veux un palais… »-

Et la fille continue à crier, à se plaindre. Le malheureux garçon ; courbé sous les reproches se sauve au bord du lac , trouver un peu de paix.  Il adorait sa sœur et aurait bien voulu réaliser ses rêves, mais il ne savait pas comment faire fortune ; il avait oublié les vœux du poisson d’or.
Assis au bord de l’eau, tout rêveur il compose une nouvelle chanson. Attiré par la flûte, le poisson fait surface, voit le pêcheur bien triste :
-« Mon ami, mon ami, pourquoi cet air navré ? Quel que soit ton souci, je peux te l’enlever ; tu n’as qu’à demander… »-
-« Ma sœur veut un palais… »-
-« Un palais ? C’est facile ! Rentre vite chez toi, ta sœur sera contente. »-

Notre ami s’en retourne et tout éberlué, aux abords de chez lui ne reconnaît plus rien : disparue la chaumière, parti le jardinet ; à la place un grand parc où se dresse gracieux, un palais à colonnes de marbre blanc et rose. Intimidé il entre : des meubles précieux, de la vaisselle d’or, aux murs des œuvres d’art, des coffres entr’ouverts laissent voir des merveilles ; partout des serviteurs s’agitent en tous sens… et au milieu sa sœur, furieuse échevelée qui rage et qui tempête :
-« A quoi bon un palais quand on n’a pas d’argent ? Il me faut des toilettes, des habits de satin et aussi des bijoux. Je n’ai jamais goûté ni foie gras ni caviar, il m’en faut désormais… et je veux du champagne ! »
-« Ma sœur, que d’exigences ! »-
-« Le poisson t’as promis ! Retourne au bord de l’eau ! »-

dimanche 14 février 2010

Un conte de Noël (pour Mardi Gras)
Le découplage : une fable morale
Ah, c'est une jolie histoire. Dans ce conte, la richesse change de camp. Ceux qui étaient riches s'appauvrissent, mais ceux qui étaient pauvres continueront à s'enrichir. Juste pour faire mentir le proverbe chinois qui veut que "quand les gros maigrissent, les maigres meurent".
Sam le gros
Il était une fois un (obèse) Américain qui roulait dans une grosse Ford et mangeait beaucoup de hamburgers arrosés de Coca-Cola. Sa chasse d'eau faisait 50 l, une capacité normale, que ce soit dans le désertique Arizona ou le Maine humide. Son moteur comptait douze gros cylindres gloutons. Appelons-le Sam.
Sam était content. Chaque jour, il devenait de plus en plus riche. Des petits génies d'une des meilleures universités du pays avaient inventé le concept d'Internet. On interconnectait tous les ordinateurs de la planète, des PC inventés par IBM, et tout le monde échangeait des informations à la vitesse des électrons dans un fil de cuivre. Presque la vitesse de la lumière. Les actions de nimportequoi.com enrichissaient Sam et bien d'autres personnes.
Mais un beau jour, patatras !, les actions nimportequoi.com se sont effondrées. Sam est soudain devenu beaucoup moins riche. Pire encore, beaucoup de ceux qui travaillaient pour nimportequoi.com se sont retrouvés au chômage. La croissance était cassée. Mais il n'était pas question que Sam prenne une voiture plus petite, mange moins de hamburger, boive moins de Coca-Cola ou limite sa consommation d'eau.
Quand Sam se croit sauvé par son gouvernement
Heureusement, le gouvernement de Sam eut une idée géniale. Il baissa les taux d'intérêt très vite et très énergiquement. Des banques intelligentes proposèrent ensuite des crédits pas chers à des gens qui n'avaient pas encore de maisons afin qu'ils puissent enfin s'en acheter une. Le premier désir d'un chef de famille responsable n'est-il pas d'avoir un toit ? Cela provoqua une augmentation des prix de l'immobilier.
Sam, heureux propriétaire, vit ainsi sa maison prendre de la valeur. Son banquier proposa à Sam un crédit à la consommation basé sur la plus-value immobilière latente de sa maison.
Sam signa. Il se débarrassa de son gros pick-up Ford pour acheter un beau 4x4 Toyota. Il se débarrassa de sa vieille télévision pour acheter un bel écran plat fabriqué à Taïwan. Il acheta un lecteur de DVD fait en Chine. Il changea son ordinateur IBM PC pour un PC Lenovo chinois.
Li le frugal
Il était une fois un Chinois qui avait réchappé à bien des vicissitudes et plusieurs révolutions culturelles. Il vivait très pauvrement à la campagne. Appelons-le Li.
Un jour, le gouvernement de Li eut une idée géniale : sans renoncer à toutes les bonnes choses du communisme, la Chine allait s'ouvrir à l'économie de marché et allait vendre aux étrangers des produits manufacturés par les camarades. Certains camarades auraient même le droit de s'enrichir et de conserver leur argent.
Li quitta sa campagne, dans laquelle il survivait difficilement. Il alla en ville où il trouva un travail très bien payé (260 euros par mois) chez un camarade-capitaliste pour monter de l'électronique. Li passa ainsi du bol de riz au poulet. Il put même envoyer un peu d'argent à ses parents restés à la campagne qui devaient se débrouiller avec 30 euros par mois.
Li n'était pas encore menacé d'obésité, loin de là, mais il s'était étoffé. Il goûte le plaisir des villes. Il envisage l'achat d'une bicyclette, et son rêve, c'est un deux-roues motorisé.
Fin des réjouissances ?
Coup de théâtre ! Le gentil gouvernement de Sam décida de remonter ses taux d'intérêts. Fini l'argent facile. Tous ceux qui s'étaient endettés à taux variables voient leurs remboursements augmenter. L'immobilier baissa. La plus-value latente de la maison de Sam s'effrita aussi. Sam était en difficulté, car il avait emprunté de l'argent virtuel. Sam tira la langue, il avait du mal à faire face à des  échéances de plus en plus coûteuses.
Alors, le gentil gouvernement de Sam décida de baisser à nouveau ses taux d'intérêt. Mais Sam n'achètera plus de 4x4, d'écrans plats et de lecteurs de DVD. La valeur de sa maison continue à s'effondrer et il lui faut rembourser son prêt.
Li va-t-il s'en tirer ? Son usine éprouve des difficultés. Elle peine à exporter. La direction songe à changer de production pour fabriquer ce que veulent les Chinois. Mais encore faut-il que tous ceux qui travaillaient pour l'export ne se retrouvent pas au chômage … Li songe à retourner dans sa campagne.
"Quoi", me dites-vous, "un conte de Noël qui se termine par du suspense, sans fin heureuse, ce n'est pas un conte de Noël !".
Attendez ! Sam va dépérir, mais Li peut s'en tirer et ce ne serait que justice. Car le gouvernement de Li possède une arme que n'ont aucun des gouvernements des pays dits riches : une montagne de dollars. Le gouvernement de Li pourrait se permettre d'utiliser ses dollars sans créer de déficit. Il pourrait par exemple décider de construire des belles routes, des centrales nucléaires, amener l'eau courante dans les campagnes reculées …
Vous voyez bien que les contes de Noël chinois existent …
Simone Wapler

Note de la rédaction Antoinetcla : Seulement voilà, si les contes de Noël existent, le Père Noël, lui, n'existe pas !

(Note de la Chroniqueuse: Impossible de laisser dire sur ce blog que le Père Noël n'existe pas. Il est aussi réel que les fées, ogres ,sorcières, lutins, enchanteurs et autres loups-garous que je rencontre régulièrement. Je vous ai parlé  des loups-garous, quand au Père Noël, reportez-vous aux archives de Décembre
PP)


samedi 13 février 2010

C'est le temps de Carnaval. Les Martes, les Peïlettes et Trouilles-de-Nouille activement s'y préparent; elles choisissent leurs masques de carton, falbalas, dominos et fripons jupons! Ainsi déguisées, ainsi fardées, méconnaissables, elles pourront se mêler aux ripailles des mortels; courir les gueux, les "intriguer", les agacer, les attirer dans les recoins de coins pour mieux les ensorceler, et tout ce qui s'ensuit.

Pierre DUBOIS- Elficologue



vendredi 12 février 2010

CUPIDON et PSYCHE ...Fin

Tout ce qu’a dit la tour, Psyché l’a accompli. Au sortir des ténèbres, elle revoit le jour et rend grâce au soleil. L’épreuve surmontée, il ne lui reste plus qu’à rentrer chez Vénus.
C’est la curiosité qui va perdre Psyché…la curiosité et aussi le désir d’être belle. Belle pour son amour qu’elle espère retrouver ; elle est devenue laide, du moins elle le croit. Cet onguent de jeunesse si elle en prélevait, oh ! rien, une miette, pourrait lui rendre un peu de sa beauté perdue. Elle arrête ses pas, hésite un peu, et ouvre… mais dans la boîte il n’y a pas d’onguent magique, juste un sommeil de mort qui la foudroie sur place, au milieu du chemin, sous un soleil de plomb. Son corps sans vie gît là, abandonné aux fauves et aux oiseaux de proie.

Cependant, Cupidon commence à s’agiter. Sa blessure est guérie, ses plumes ont repoussé ; son épouse lui manque. En la répudiant, c’est lui qu’il a puni. La fourmi lui a dit que pour le retrouver elle a bravé Vénus ; l’insecte a raconté ce qu’elle a du subir : les épreuves injustes, les injures, les coups.
Cupidon réfléchit ; Psyché est sa compagne ; l’opinion de sa mère, après tout, il s’en moque. Certes Vénus a fait garder de près la porte mais elle a oublié que les fenêtres existent et que Cupidon vole. Il se sauve et demande où se trouve sa femme. Les servantes répondent qu’elle est chez Proserpine sur l’ordre de Vénus. Devinant le danger, il part à sa recherche et la trouve sans vie, brûlée par le soleil. Echappé du coffret un nuage de mort flotte tout autour d’elle. Cupidon le rassemble, l’enferme dans la boîte et d’une flèche d’or éveille la dormeuse. Enfin c’est le bonheur ; dans les bras de l’amour, Psyché ouvre les yeux.
-« Imprudente Psyché, tu as mis en danger notre amour et ta vie ! Reprend cette cassette, achève ta mission et ne crains plus ma mère, je vais tout arranger. »
Peu soucieux d’affronter le courroux de Vénus, Cupidon va tout droit chez le grand Jupiter. Le roi des dieux l’embrasse, lui caresse la joue, le gronde gentiment :
-« Cupidon, mon filleul, tu es insupportable. Tu fais trop de sottises, ne respectes personne. Tu inventes des tours et me pousse souvent à d’humaines faiblesses ; c’est à cause de toi que je trompe Junon ! Que viens-tu demander ? »-
-« Roi des dieux tu sais tout ! Combien j’aime Psyché que ma mère déteste. Dans le plus grand secret je l’ai prise pour femme ; elle attend un enfant. Vénus la persécute et veut nous séparer. Toi seul peut nous aider ! »-
Jupiter ne peut rien refuser à l’Amour ; il en a trop besoin. Il demande à Mercure de rassembler les dieux, de faire venir Psyché.
L’Olympe est au complet, Jupiter sur son trône, les amants près de lui, il montre son filleul :
-« Vous voyez ce jeune homme ? Vous savez ses méfaits ?Le dernier est trop grave ; il faut lui mettre un frein ! Sans consulter sa mère, il a pris cette fille et l’a déshonorée. Elle attend un enfant. Bien sûr elle est mortelle, mais c’est tant pis pour lui, qu’il la garde à jamais !
Cupidon et Psyché, nous allons vous marier ! »-
C’en est trop pour Vénus que la fureur étrangle. Jupiter la rassure :
-« Que l’on amène ici la coupe d’ambroisie ! »
Psyché boit le liquide qui désaltère les dieux et la rend immortelle. Les époux réunis nommeront leur enfant, une fille :Volupté !

jeudi 11 février 2010

CUPIDON et PSYCHE (4)



Cupidon, lui, est triste, triste à en mourir, seulement il ne peut pas ! Il s’en va chez sa mère ; une mouette l’accueille, Vénus s’est absentée. Elle est dans l’Océan. L’oiseau vole vers elle, lui dire en quel état elle a trouvé son fils :
« Il souffre, il est blessé et il ne veut plus vivre ! Déesse, c’est assez ! Tu ne peux laisser dire que Vénus et l’Amour abandonnent les hommes ;  lui, pour une mortelle et toi pour l’Océan ! »
Il est vrai que sur terre abjection et discorde faisaient rage et chassaient et tendresse et beauté. Vénus qui barbote prête une oreille distraite au caquet de l’oiseau… Son fils encore enfant… aimer une mortelle ? C’est difficile à croire… Et qui est la perverse dont il s’est entiché ?
Et la mouette alors, prononce un nom : Psyché !
Quoi, Psyché ! Encore elle ! La jeune écervelée a débauché son fils ! Mais alors… Cupidon lui a désobéi ! Vénus entre en fureur ; elle n’a pas de noms pour qualifier ce fils.  Ce fils dégénéré qui pour premier amour a choisi sa rivale.
Junon passait par là, Cérès l’accompagnait. Vénus prend à témoin les déesses ses sœurs.
Cupidon amoureux ? Mais ce n’est pas si grave ! Voyons, c’est de son âge… et Vénus elle-même, a souvent des faiblesses. Déesse de l’amour, elle devrait le comprendre !
Cérès et Junon passent et Vénus ulcérée, retourne à l’Océan.

Pendant ce temps Psyché erre sur les chemins ; elle veut retrouver l’amour de Cupidon. En haut d’une colline elle aperçoit un temple : peut-être on y honore Vénus ou son époux ? Péniblement elle grimpe sur un sentier abrupt.
Au pied de l’édifice, on a laissé traîner épis de blé et d’orge, outils de moissonneurs. Ce n’est pas à l’amour qu’est consacré ce temple mais plutôt à Cérès. Ah , qu’importe celui que l’on prie en ce lieu ! Psyché a besoin d’aide ; elle range les faux, les râteaux et les gerbes et bientôt le désordre fait place à l’harmonie.
Tiré par des dragons, vient près du sanctuaire le char de la déesse ; Cérès fait taire les chants, éteindre les flambeaux. Sans en être aperçue, elle observe Psyché : elle a perdu l’amour, Vénus la persécute, à quoi peut lui servir le culte de Cérès ? Pourtant elle le respecte, qu’elle en soit remerciée. La déesse s’avance, Psyché est à ses pieds qui pleure et qui l’implore ; elle demande asile. Mais Cérès impuissante, ne peut que la bénir et sans la dénoncer la laisser repartir : Vénus est son amie.

Psyché au désespoir traverse un bois sacré ; elle voit un autre temple. Des étoffes drapées portent en lettres d’or le nom de la déesse auquel il est dédié : Junon qui vient en aide aux femmes en mal d’enfant. Mais la seule d’entre elles pour qui elle ne peut rien, c’est la pauvre Psyché qui pourtant la vénère.
Abandonnée des dieux, abandonnée des hommes, Psyché comprend alors qu’il n’y a plus sur terre pour elle, aucun refuge. Puisque Vénus la veut, elle ira chez Vénus ; aussi bien est-ce là qu’elle a le plus de chance de revoir son amour, et s’il ne veut plus d’elle, alors, autant mourir : Vénus sera vengée.

La déesse sort de l’onde ; elle quitte Océan, remonte sur son char et dans un grand envol de colombes et d’oiseaux de toutes les couleurs, elle gagne l’Olympe. Les nuages s’écartent et devant Jupiter se dresse la plus belle des filles d’Uranus. Il lui fait l’aide urgente du messager des dieux, Mercure aux pieds ailés. Jupiter ébloui ne peut lui résister.
Mercure aime Vénus comme un frère, c’est certain, mais peut-être un peu plus. La rusée le sait bien : elle promet des baisers. Sept baisers de Vénus à qui lui livrera l’esclave fugitive qui a blessé son fils… plus un pour lui, Mercure !
Des baisers de Vénus ! L’humanité entière aux trousses de Psyché la pousse vers le temple où l’attend sa rivale. Amaigrie, fatiguée, ses vêtements de deuil devenus des haillons, Psyché fait peine à voir. La déesse n’éprouve aucune compassion ; que vient faire à ses pieds cette immonde souillon ? rejoindre le mari qu’elle a voulu tuer ou saluer sa mère ? Livrée à des servantes, Psyché est humiliée, injuriée, battue, puis ramenée enfin devant Vénus qui rit… mais son rire se brise devant le ventre rond que les lambeaux d’étoffe ne dissimulent plus. Elle va être grand-mère ! sa fureur redouble. Voilà le résultat des amours défendues d’un dieu adolescent avec une intrigante ; elle dénie cette union ! Si elle le laisse vivre, l’enfant sera bâtard ! Puis elle traîne Psyché devant un grand miroir :
-« Regarde-toi, la plus belle des filles des hommes ! Regarde ce que tu es devenue désormais : sans beauté, sans fraîcheur, si tu veux un mari, il faut te rendre utile. Et pour en faire la preuve, il faut qu’avant ce soir tu aies trié les graines qui sont dans ce panier ; sépare l’orge des fèves, le millet du pavot, les lentilles des pois chiches. Travaille, dépêche-toi, je viendrai vérifier ! »-
Mal remise des coups, Psyché est effondrée, pourtant avec courage elle se met sans broncher à l’impossible tâche. Amie de Cupidon, une fourmi a vu, entendu ; indignée, elle appelle ses sœurs qui se mettent à l’ouvrage, et la troupe efficace, fait tant qu’avant le soir les graines sont triées. La nuit tombe, Vénus, des fleurs dans les cheveux, légèrement éméchée, a quitté une fête. Elle vient punir Psyché, mais le travail est fait ! Interdite, ulcérée, elle bat la malheureuse, l’accuse d’avoir triché : Cupidon l’a aidée… Pourtant Vénus sait bien que son fils enfermé est gardé par des nymphes chargées de le soigner. Pour guérir sa blessure, il ne doit pas bouger ; la déesse est injuste ! Avec un vieux croûton pour seule nourriture, Psyché va se coucher. Tristes et séparés, les amoureux s’endorment dans la même demeure.
Vénus avant le jour vient réveiller Psyché : elle montre à sa victime un flocon scintillant.
-« La laine que voici, vient de la toison d’or de cent brebis sauvages. Elles vivent près d’un source au fond d’un bois sacré ; je veux de cette laine de quoi faire un manteau. »
Psyché s’en va au bois ; elle sait que la déesse veut avant tout sa perte. La source devient rivière, la rivière est profonde, elle va s’y jeter ainsi tout sera dit. Mais la rivière émue prend la voix des roseaux : la belle infortunée ne doit pas de son corps souiller une onde pure ; elle ne doit pas non plus approcher des brebis tant que le soleil luit, le jour les rend féroces. A l’ombre d’un platane, qu’elle attende le soir ; le troupeau altéré viendra boire à la source et puis s’endormira. Alors elle pourra entrer dans la forêt, ramasser la toison qu’ont laissé les brebis accrochée aux buissons…
Avant le lendemain, Psyché porte à Vénus sa tunique remplie d’une laine brillante.
Vénus n’en revient pas ! Comment fait cette fille ? C’est sûr, Cupidon l’aide ! Pourtant son fils n’est pas plus libre que la veille… Ah, Psyché est prudente, rusée, intelligente ! Mais Vénus est tenace ; au pied d’une montagne, elle l’entraîne et lui montre une roche escarpée surplombant un à-pic : c’est la source du Styx, le fleuve des Enfers. Elle lui tend une fiole qu’il lui faudra remplir de l’eau qui jaillit là.
Psyché sans plus rien dire, vers le sommet se hâte : mais la roche est glissante, des grottes, des fissures s’entrouvrent sous ses pas. A sa droite, à sa gauche, deux dragons rampent vers elle. Gueule béante, crocs luisants, langue triplement fourchue, les yeux toujours ouverts ils fixent l’innocente, tout en crachant des flammes. Pétrifiée d’horreur, Psyché pense à l’oracle : les dragons, les voilà ! Ils vont la dévorer. Sans larmes pour pleurer, sans voix pour implorer, elle ferme les yeux….
Mais Jupiter voit tout : l’amour de Cupidon, la colère de Vénus, les malheurs de Psyché ! Il lui envoie son aigle. Les ailes déployées, l’oiseau fait reculer les deux horribles monstres. En se posant près d’elle, au nom du roi des dieux, il s’adresse à Psyché :
-« Jamais une seule goutte de cette eau que redoutent et vénèrent les dieux ne remplira la fiole d’une simple mortelle. Confie-moi ce flacon. »
Il le prend dans son bec, étend ses ailes et vole entre les deux dragons, aplatis sur le sol. Mais les eaux indociles refusent d’obéir ; pour les amadouer, l’aigle invoque Vénus, invoque Jupiter, le fleuve alors s’incline. L’aigle donne à Psyché la fiole remplie ; Jupiter remercié, elle retourne à Vénus.
La déesse ulcérée par ce nouveau succès redouble de rigueur : Psyché est magicienne ! Faudra-t-il la brûler ? Mais soudain une idée lui donne le sourire : elle va cette fois mettre hors d’état de nuire l’amante de son fils. Elle lui tend un coffret. C’est aux Enfers cette fois, que se rendra Psyché : Proserpine détient un onguent de jeunesse, Vénus en a besoin pour soigner Cupidon et aussi son visage.
L’envoyer aux Enfers ! Vénus veut dons sa mort… Peu importe d’ailleurs, Psyché ne veut plus vivre… Oui, mais comment s’y rendre ? Tout en haut d’une tour dressée non loin de là, Psyché monte et se penche ; le chemin des Enfers, elle vient de le trouver !
Dans le monde des dieux, les tours ont la parole ; elle s’adresse à Psyché :
-« Ma belle, si tu sautes, tu iras aux Enfers et n’en reviendras pas ! Si plutôt tu m’écoutes… »
Les animaux qui parlent, les objets qui bavardent, la nature qui conseille, Psyché ne s’y fait pas. La voilà qui sursaute ; la tour imperturbable continue son discours :
-« Vas à Lacédémone ; cherche le soupirail qui mène à la demeure du couple des Enfers. Passe le seuil et suit  le chemin tortueux qui s’enfonce sous terre. N’oublie pas d’emporter des pièces de monnaie et aussi des biscuits. Quand tu rencontreras un meunier et son âne, au fagot dénoué, ne les regardes pas et passe ton chemin. Sur les rives du Styx, contre une de tes pièces, Charon t’embarquera . Pendant la traversée, ignore les appels d’un vieillard qui se noie ; la pitié n’a pas cours aux lieux où tu te rends. Sur la rive opposée, de vieilles tisserandes demanderont de l’aide ; ne les écoutes pas ; aux ordres de Vénus, elles sont là pour te perdre. Elles veulent te faire lâcher les biscuits qu’il te faut donner au vieux Cerbère dont les trois têtes grondent dès que l’on veut franchir sans y être invité la porte des Enfers. En mangeant les gâteaux, il relâchera sa garde et tu pourras passer. Proserpine est très bonne, elle va te recevoir, t’ offrir le repos et aussi à manger ; surtout n’acceptes pas ! Présentes ta requête, donne lui le coffret ; prends ce qu’elle va te rendre, remercie et retournes. Donnes au chien un gâteau, à Charon une pièce ; le fleuve traversé tu verras le chemin qui mène vers le jour.
Mais écoutes ceci, c’est le plus important : tu ne dois regarder pour aucune raison ce que contiens la boîte ! »




mercredi 10 février 2010

CUPIDON et PSYCHE (3)

Les voilà en chemin qui discutent aigrement : l’époux qu’on ne voit pas, ce palais mystérieux, partout tant de richesses… serait-on chez un dieu ? Or, Psyché à son tour, deviendrait immortelle ?  Etrange destinée, celle de cette sœur sacrifiée à Vénus et devenue l’épouse d’un hôte de l’Olympe….
Et la leur en revanche, leur paraît bien morose : l’une passe ses jours avec un vieil avare, l’autre avec un malade dont elle doit soigner les maux peu ragoûtants. Voilà ce que leur père nommait de beaux mariages ! Sans dire à leurs parents qu’elles ont revu leur sœur, elles rentrent chez elles, jalouses à en crever, cherchant une revanche.

Le soir Psyché heureuse, raconte à son amant la visite en détails, ajoutant que bientôt, ses sœurs reviendraient.
-« Ah, ma Psyché, prends garde ! Ne leur fais pas confiance ! Tes sœurs en diront tant que tu voudras me voir, et cela tu le sais, me fera disparaître. »-
-« Oh, non mon cher amour, ne me quittes jamais ! Je resterai prudente et prudente pour deux, car nous allons avoir très bientôt un enfant. »-
Un enfant ! Quel merveille ! Encore adolescent, Cupidon sera père ; et, songe-t-il, rieur, Vénus sera grand-mère ! Voilà une nouvelle qu’il faudra annoncer avec ménagements…Mais Cupidon s ‘en moque, l’instant présent seul compte.
-« Psyché, mon tendre amour, si tu sais résister au venin de tes sœurs, ton enfant sera dieu. Mais si tu les écoute, il restera mortel et toi, tu seras seule pour en faire un adulte. »-
Le ventre de Psyché s’arrondit, le temps passe ; elle ne s’ennuie plus, même, elle oublie ses sœurs. Mais son époux s’absente, espace ses visites ; le temps lui semble long. La folle du logis vient habiter sa tête… elle pense à sa mère ; elle voudrait lui parler de ce premier enfant, lui confier ses angoisses et ses étonnements. Quand reviendront ses sœurs, pourront-elles de leur mère se faire accompagner ?
Or, Cupidon refuse :
-“Psyché je t’en supplie, le malheur est si proche! Au nom de notre enfant, au nom de notre amour, laisse au loin ta famille ! »-
Psyché pleure, argumente : à quoi bon une mère, à quoi servent des sœurs ? Elle voudrait près d’elle des êtres faits de chair, des êtres de son sang. Sait-il au moins, sait-il, son amant invisible, ce qu’est une famille ?
-« Une fois mon amour, rien qu’une seule fois, fais revenir mes sœurs et jamais je le jure je ne demanderai aucune autre faveur. »-
Psyché déploie ses charmes, cajole se fait chatte ; Cupidon attendri cède une fois encore ; il fait venir Zéphyr.

Les deux sœurs de Psyché, avides de mal faire, quittent chaque jour leur île pour celle de leurs parents ; sans plus les saluer, elles vont au rocher. Le jour enfin arrive où Psyché les appelle. Folles d’impatience, sans souci du danger, elles sautent dans le vide. Zéphyr qui les déteste a furieusement envie de les laisser tomber ; mais il craint Cupidon. Il les rattrape au vol, doucement les dépose sur l’herbe des pelouses où Psyché les attend. Elle est un peu déçue de ne pas voir leur mère ; mais elle oublie bientôt, annonce la nouvelle. Un bébé ! C’en est trop ! Les deux sœurs dissimulent l’envie qui leur mord les entrailles ; elles feignent la joie, elles caressent Psyché : elles aimeront l’enfant, elles seront les marraines de ce futur rival de Cupidon lui-même. Psyché est sans malice ; elle croit leurs paroles. Festin, cadeaux, musique, rien n’est trop beau pour elles. Pourtant les deux jalouses la pressent de questions : qui donc est son époux ? de quel pays vient-il ? connaît-elle sa famille ? Psyché a oublié son précédent mensonge : elle décrit un homme beaucoup plus âgé qu’elle, un riche négociant que les affaires du jour ont entraîné loin d’elles. Des regards échangés, une moue narquoise avertissent Psyché qu’il est temps pour ses sœurs de regagner leur monde ; le fidèle Zéphyr accourt à son appel.

Que d’aigres commentaires font au retour les sœurs : Psyché leur a menti . Un époux, deux portraits : elle ne l’a jamais vu ! Mais pourquoi ce mystère ? C’est certain, leur cadette attend l’enfant d’un dieu. Le sort est trop injuste, il faut le corriger. Elles doivent retourner au plus tôt chez Psyché. Leurs îles sont trop loin ; elles vont chez leurs parents qu’elles saluent à peine et de la nuit entière ne peuvent fermer l’œil.
Le jour à peine né, folles d’impatience, elles vont au rocher. Nulle voix ne les appelle. Zéphyr n’avait pas d’ordres, mais il passait par là. Quand on est Vent du sud, on est parfois léger ; il ne les aime pas mais il aime Psyché, croyant lui faire plaisir, il transporte les sœurs.
Au domaine enchanté où l’on n’attend personne, la maîtresse des lieux, une main sur son ventre,  se promène au jardin, dit bonjour à ses fleurs, caresse ses licornes. Elle rêve à son enfant, à son étrange amour… Dans ce lieu solitaire, derrière une charmille deux silhouettes bougent et l’on entend gémir. Quels mortels égarés viennent pleurer ici ? Mais ciel ! ce sont ses sœurs… Pourquoi tant de chagrin ? Elles ne peuvent répondre, les sanglots les étouffent, elles se frottent les yeux et leurs larmes redoublent. Psyché qui les embrasse voudrait les consoler ; une curieuse effluve parvient à ses narines, elle n’y prend pas garde : depuis qu’elle est enceinte, les odeurs la poursuivent. Or, c’étaient des oignons que les deux malfaisantes avaient mis dans leur poches pour pouvoir mieux pleurer.
-« Hélas ! ma sœur, dit l’une, tu ne sais pas encore quel malheur est le tien ! »
Pour une fois au moins, elle dit la vérité.
-« Quel malheur ? Dites-moi… »
La radieuse Psyché ne peut l’imaginer.
-« Ton époux,  pauvre sœur, cet époux que tu caches et dont toi-même ignore et l’image et le nom, cet époux est un fauve, un dragon sans merci. L’oracle avait raison ; tous les gens du pays, l’on vu s’aller baigner le soir dans un étang. Il est couvert d’écailles, il vomit bave et flammes et son masque est hideux. C’est pourquoi tu ne dois, Psyché, jamais le voir ! »
Psyché n’en revient pas ! Elle ne l’a jamais vu, mais ce monstre quand même lui a fait un petit !
-« Mais justement, ma sœur, il veut une descendance et dès qu’il sera né, on t’ôtera l’enfant. Des nourrices prendront soin de ce nouveau-né ; quand à toi, pauvre fille, gavée comme une oie, quand tu seras à point,il te dévorera. Maintenant tu sais tout, c’est à toi de choisir : ou t’enfuir avec nous ou bien donner raison à l’oracle maudit. »
La pauvre jeune femme que ce verbiage affole, ne sait où elle en est. Elle oublie son amour, oublie ses mises en garde qui deviennent menaces. A quel dieu se vouer ? Comment sortir d’ici ?
-« Ecoutes-nous, ma sœur : tu vas tuer ce monstre. Prends d’abord cette dague et cette lampe à huile : il faudra y voir clair. Au milieu de la nuit, tu le poignarderas ; cachées dans les parages, nous t’aiderons à fuir. Et surtout, n’oublies pas d’emporter ta fortune ! Maintenant partons vite, car il ne faudrait pas que ton époux nous voie ! »-
Le bon Zéphyr hélas ! n’écoute pas aux portes. Il ramène au rocher les tristes comploteuses. Sans demander leur reste, elles regagnent leurs îles. Psyché en désarroi, ne sait ce qu’elle doit faire ; envoyées par Fortune, les Furies la harcèlent. Doit-elle craindre un monstre ou regretter l’amour et les nuits de  bonheur du palais enchanté ?
Et puis voici la nuit, Cupidon l’a rejointe . Elle s’est laissée aimer et tout comme un mortel dans un dernier baiser, son amant s’assoupit. Psyché s’arme d’audace et aussi de la dague, prend la lampe et l’allume. Oh ! comme elle redoute ce que va révéler l’ombre qui se dissipe.
Que voit-elle dans le lit ? C’est le dieu de l’Amour ! Cupidon en personne repose à ses côtés ! Ah ! qu’allait-elle faire ? Psyché désespérée, puisqu’elle tient une dague, la retourne contre elle ; mais la dague est magique et tombe de sa main.
Son amant dort toujours et Psyché le contemple : peut-on imaginer plus beau que Cupidon ? Il est à peine un homme, plus encore un enfant ; sa peau est sans défaut, de longs cheveux dorés bouclent sur ses épaules. Des ailes de plumes blanches seules dénoncent le monstre et que ce monstre est beau !
Psyché ne doute plus ; elle voit l’arc et les flèches : c’est le fils de Vénus qui partage sa couche. En touchant le carquois, elle se pique au pouce : c’est une flèche d’or ! Elle qui avait douté est désormais certaine d’aimer plus que sa vie celui qui dort près d’elle. Elle se penche vers lui, élève un peu la lampe. Qu’il est beau ! Sa main tremble et la lampe perfide, lâche une goutte d’huile sur l’épaule du dieu.
L’amant blessé s’éveille : il voit Psyché, la dague… Son âme souffre plus que son corps immortel, car Psyché la perfide, Psyché son seul amour, a voulu le tuer. S’arrachant à ses bras, l’Amour prend son envol. Elle, ne peut y croire, se cramponne à sa jambe et se laisse emporter. Mais le vol est puissant, il va trop haut, trop vite. Alourdie par son ventre, Psyché va s’écraser.
Cupidon l’aime encore, il ne veut pas sa mort ni celle de l’enfant, car Fortune et ses sœurs sont plus coupables qu’elle. Il redescend sur terre et doucement la pose ; mais il faut la punir… Tout en haut d’un cyprès, il se perche et lui dit :
-« Psyché, je savais tout, mais par amour pour toi j’ai voulu ignorer les ordres de ma mère et ce qu’a dit l’oracle. J’ai cru que tu m’aimais, je te faisais confiance… mais tes sœurs ont gagné ! Plus coupables que toi, tu devras les punir.  Ecoutes ce conseil d’un époux malheureux qui te quitte à regret. »
Ayant dit Cupidon s’envole et disparaît.
Du palais enchanté, des bijoux, des parures, des jardins, des licornes, il ne reste plus rien. Elle pleure en suivant des yeux le vol de son amant ; elle est nue, elle est seule, elle ne sait où aller ; elle trouve près d’elle les voiles gris du jour où on l’a sacrifiée ; elle les revêt puis va… elle marche au hasard, elle marche longtemps. Epuisée de chagrin bien plus que de fatigue, son chemin croise un fleuve : la fin de ses tourments est là, au fond de l’eau. Psyché sans hésiter plonge dans le courant. Mais le fleuve est un sage, il sait que Cupidon pourrait lui reprocher d’avoir noyé sa belle ; un remous la renvoie doucement sur la rive.

Pan gardait là ses chèvres et déployait ses charmes pour séduire Echo. La nymphe rougissait aux paroles des chants que jouait sur sa flûte le dieu aux pieds de bouc. Les deux amants rustiques voient la désespérée – les dieux sont cancaniers, ils savent son histoire - . Un peu de lait de chèvre, quelques accords de flûte pour la réconforter,  Pan est un magicien.  Il connaît bien l’amour et sait que Cupidon en punissant Psyché s’est bien puni lui-même ; qu’elle garde l’espoir et renonce à mourir. Mais qu’elle n’oublie pas : elle doit sans tarder se venger de ses sœurs.
Se venger…mais comment ? Psyché n’est pas méchante, ignore la rancune. Elle va pour commencer se rendre en leur royaume . Comme la route est longue, sur terre comme sur mer, pour arriver sur l’île où règne son aînée. Psyché est épuisée, brûlée par le soleil, sa tunique en lambeaux ; on refuse d’abord à cette vagabonde l’entrée de la demeure. Elle insiste, se nomme, on va chercher sa sœur. Au lieu de l’embrasser, elle se moque d’elle :
« Que vient chercher ici, l’épouse de l’Amour ? »
Avec la colère, l’esprit vient à Psyché : elle invente une fable . Cupidon est volage, il l’a répudiée ; caché dans les jardins, il a vu les deux sœur, et c’est elle l’aînée dont il veut désormais faire un jour sa compagne.
Ah ! quel bonheur enfin ! la jeune sœur si belle, la sœur aimée d’un dieu est rejetée pour elle ! Oui, mais elle est mariée ! Que faire de cet époux ? Elle va le trouver et se met à pleurer : ses vieux parents sont morts, il lui faut dans l’instant se rendre aux funérailles.
Le roi voit devant lui un peu de liberté et la laisse partir.
Et voilà notre folle qui court à la montagne. Devant le précipice, se fiant à Zéphyr, elle saute dans le vide… Mais Zéphyr n’est pas là ! Ou plutôt, il se cache, car il ne l’aime pas et narquois la regarde se briser sur les roches, puis tranquille retourne vers Cupidon blessé et lui fait son rapport.
Ignorante du drame, Psyché trouve un navire, va chez son autre sœur, conte la même histoire et l’insensée se rue dans le destin funeste que les dieux lui réservent.
A demain....