jeudi 25 novembre 2010

La Chatte Blanche (4)


A peine eût-il enfourché le cheval de bois, le Prince se trouva transporté dans les écuries de son père où il s’empressa de le dissimuler derrière les balles de paille qui garnissaient une stalle. Un vieux chien qui dormait là lui fit la fête ; il avait été son compagnon d’enfance. Le prince par jeu, le siffla et partit à la rencontre de ses frères.
L’un était suivi d’un molosse puissant au pelage luisant, à la mâchoire redoutable et dont l’air bonasse ne trompait personne sur sa férocité contenue. L’autre frère tenait en laisse un lévrier au long poil soyeux, un animal racé, aux membres déliés et nerveux dont on devinait sans peine que lâché, il devait filer comme le vent.
Voyant leur cadet suivi d’un bâtard à demi pelé, qui s’arrêtait tous les dix pas pour gratter ses puces et ses tiques, ils eurent du mal à cacher leur satisfaction ; leur jeune frère n’était pas un concurrent redoutable.
Le roi pour le retour des ses fils donna une grande fête au cours de laquelle vint le moment pour lui de choisir le meilleur chien. Il complimenta ses deux aînés et regarda perplexe l’horrible cabot qui suivait son benjamin.
Voyant son air consterné le jeune prince dit : «  Celui-ci n’est pas pour vous mon père, c’est le chien d’écurie, mon ancien compagnon de jeu. Voici mon père celui que je vous destine. » Et il offrit le gland. Le roi et toute la cour étaient dans un état de stupeur difficile à décrire. Le prince probablement n’avait plus sa raison. Il ouvrit le gland, et l’on en vit sortir, minuscule d’abord mais grandissant à vue d’œil le plus charmant petit chien qu’on puisse imaginer : de longues oreilles soyeuses, de grands et tendres yeux noirs, la tête ronde, le nez court. Il se dressa aussitôt sur ses pattes arrière et prenant le rythme des musiciens qui accompagnaient la fête, se mit à danser. Puis il fit mille tours, sautant, cabriolant, rapportant des balles ; il se faisait caresser admirer et pour finir, grimpa sur les genoux du roi, lui passant sur le nez une langue rapide et discrète. Le roi le prit dans ses bras et le garda près de lui toute la soirée.
Les deux aînés étaient bien près d’oublier leur serment de fraternité. Quand au roi, il n’était pas plus décidé qu’un an auparavant à se choisir un successeur. Il fit donc appeler ses trois fils et leur dit :
-« Mes chers fils, vous m’avez ramené chacun un chien admirable ; je ne puis en conscience décider lequel est le meilleur. Aussi pour vous départager, je dois vous confier une nouvelle mission. Il est temps pour moi de me faire faire de nouvelles chemises. Pour cela il me faut de l’étoffe excellente. Allez mes fils, et celui de vous qui me ramènera la toile la plus fine gouvernera ce royaume.

3 commentaires:

DIDIER CLAVIEN a dit…

Excellent, le roi est-il un coeur remarquable ou exigeant du plus que performant ? Le prochain épisode s'annonce bien.

manouche a dit…

AH! CES PERES TYRANNIQUES QUI DEMANDENT TOUJOURS PLUS A LEURS ENFANTS!!!

almanachronique a dit…

Le roi, c'est surtout quelqu'un qui ne veut pas "lâcher la rampe"...
chose qui arrive souvent quand on travaille en famille.
Papa est le boss, et les enfants à ses yeux seront toujours mineurs..
P.

Le Blaireau -

 Dictionnaire du Zoodiac  : Signe de Poil, gouverné par l’ennuyeuse planète Rasoir.  Les natifs du blaireau sont généralement taquins...