mercredi 24 novembre 2010

La Chatte Blanche (3)

Certes le prince en quittant le domaine paternel s’était attendu à des aventures, mais ce château peuplé de mains qui semblaient les servantes d’une chatte blanche qui lui parlait à voix douce était vraiment plus étrange que tout ce qu’il avait pu imaginer.
Il salua courtoisement son hôtesse et se présenta. Deux mains pendant ce temps versaient une liqueur dans une coupe qu’on lui présenta. A peine eut-il bu les premières gorgées qu’il oublia son père, son royaume et le chien qu’il devait rapporter. Seule comptait désormais pour lui la chatte blanche et ses yeux de turquoise.
Dès cet instant ses jours furent une suite de moments enchantés. La nature avait donné au prince toutes sortes de dons. Il était beau et bien fait, il chantait admirablement, touchait de tous les  instruments de musique, peignait à ravir, savait tourner des vers et sa conversation n’ennuyait jamais. Chatte Blanche était enchantée de sa compagnie et ne savait qu’imaginer pour lui être agréable. Quand on vit ainsi, dans une demeure enchantée où vos moindres désirs sont comblés, en compagnie d’un être aimé, on ne voit pas le temps passer. C’est la Chatte qui au bout d’un an que le prince avait vu s’écouler  comme six jours, lui rappela sa mission.
« Vos frères lui dit-elle sont sur le point de rentrer.  Ils ont chacun trouvé un chien admirable. »
Il s’affola, non par crainte de perdre un royaume, dont il n’avait au fond que faire, mais surtout par celle d’avoir manqué sa mission. Comment rejoindre ses frères sans monture alors qu’il avait tant marché avant d’atteindre le palais de Chatte Blanche et comment se montrer devant son père sans le moindre chien ?
Il se trouvait si bien dans la demeure enchantée de sa jolie compagne qu’il envisagea de ne pas retourner chezlui. La Chatte l’en dissuada : « Vous avez lui dit-elle, un royaume à gagner et je peux vous aider à l’obtenir. Voici pour rentrer chez vous la monture dont vous avez besoin. » Elle lui montrait un cheval de bois, de ceux que les enfants montent pour jouer. Le Prince se voyait mal rentrer chez lui dans un équipage aussi ridicule, mais pour ne pas peiner son amie, il objecta seulement : « Cela ne me donne pas un chien ! »
-« Prenez ceci, lui dit la chatte en lui tendant un gland, il y a dedans le chien qu’aimera votre père. »
Le Prince ahuri considéra le gland, pensant que son amie avait perdu la tête. Elle lui sourit comme sourient les chats, en ronronnant et en frottant la tête contre sa main : «  Vous ne me croyez pas ? Ecoutez alors ! »
Le prince porta le gland à son oreille et entendit distinctement japper un jeune chien.
-« Faites-moi confiance, ajouta Chatte Blanche. Montez sur ce cheval, offrez le gland à votre père et quand vous serez roi, si vous ne m’avez pas oubliée, vous reviendrez me chercher. »
Le Prince en faisant ses adieux ne put s’empêcher de verser des larmes. Chatte Blanche si elle avait le cœur gros ne le montra pas.

4 commentaires:

DIDIER CLAVIEN a dit…

J'adore la rencontre intime et le charme qui en découle.Quelle en serait la consistance érotique si vous décidiez de nous en confier la réalité des caresses... Cette aventure, empreinte d'un doigté féminin exquis me tient en haleine, non seulement par la douceur de l'aparté, qu'un homme pourrait désirer lors de recherches essentielles, mais aussi par la subtilité de l'incarnation du destin. Je suis impatient de connaître les surprises que la chatte blanche nous réserve.

manouche a dit…

Je me permets de suggérer une "noisette" à la place d'un "gland"....

almanachronique a dit…

Oui, tu as raison Manouche...
P.

almanachronique a dit…

Tu as autant raison que tout à l'heure, mais en relisant, la noisette est utilisée à l'épisode suivant... je garde donc le gland
P.

Le Blaireau -

 Dictionnaire du Zoodiac  : Signe de Poil, gouverné par l’ennuyeuse planète Rasoir.  Les natifs du blaireau sont généralement taquins...