dimanche 3 octobre 2010

Princesse Rosette (12)

Dans la cour au sol accidenté de silex, un triangle de pelouse était planté de deux cerisiers aux branches chargées de fruits dorés traînant jusqu’à terre. Rosette s’approcha pour cueillir des cerises et soulevant une branche, elle se trouva face à un museau blanc. C’était le grand cerf à ramure d’or qu’elle avait fait fuir dans le premier vallon. Elle se souvint des paroles de sa marraine ; son grand-père le magicien vivait retiré du monde par delà les sept monts, par delà les sept vallons et il lui arrivait de prendre forme d’animaux, d’un cerf entre autres. Elle se risqua, tendit la main et dit en souriant : « Grand-père ? »
Dans un tourbillon argenté l’animal disparut ; il y eut à sa place un grand homme vêtu de blanc, portant une courte barbe et de longs cheveux également dorés ; ses traits étaient rudes, ses yeux verts scintillaient… Ce magicien, si c’en était un, n’avait rien d’un grand père. Se pourrait-il qu’elle ait fait tout ce chemin en vain ?
D’un voix profonde l’homme en blanc parla : « Que fais-tu ici ? De quel droit viens-tu troubler ma retraite en compagnie d’un dragon puant et d’un homme armé ? Qui t’as enseigné le chemin de mon domaine ? »
D’une petite voix mal assurée elle balbutia : « Je suis Rosette et ma marraine… »
« Je sais qui tu es, je sais qui est ta marraine ! Que cherches-tu ? »
« Je cherche mon grand-père le magicien et… » Rosette reprit son histoire depuis le début et conclut tristement : « Tout est à refaire… à moins que vous ne sachiez où je pourrais trouver mon grand-père. »
« Je le connais, en effet, mais on te l’a dit, il ne veut plus se mêler des affaires des hommes. Tu es une curieuse, et pour cela tu es punie… »
Rosette se redressa, planta ses yeux dans les yeux d’eau profonde :
« Le plus puni sera mon père qui n’est pour rien dans tout cela ! Ce n’est pas sa colère que je redoute, mais son chagrin. Il a perdu son épouse qu’il aimait, son jardin est en ruines et jamais plus il ne me fera confiance. Pour lui éviter cette peine, j’ai franchi les sept monts, traversé les sept vallons, sans poser de questions, sans rien demander. Tous ceux que j’ai rencontrés, hommes, lutins, ou animaux m’ont aidé et vous, qui savez où est celui que je cherche, vous ne me direz rien ?
Venez, Bel Inconnu ! Kipufor nous ramènera au royaume de mon père ; j’affronterai sa colère et je tâcherai de le consoler et de retrouver sa confiance en réparant le mal que j’ai fait. Je deviendrai jardinière et vous, chevalier, repartirez vers de nouvelles aventures… Adieu ! »
Et Princesse Rosette très digne, tourna les talons.
Elle se sentit rattrapée par le dos, forcée de reculer et de se retourner. Le mage, à son tour planta ses yeux dans les siens :
« Ah, Rosette, Rosette, ces yeux sont ceux de ta mère qui avait les miens ! »
« Mais…mais… vous êtes, vous êtes… Grand-père ?... Je n’imaginais pas… »
« Tu pensais qu’un grand-père était un vieillard ? Eh bien, non, vois-tu… La magie conserve et je me sens l’envie de voir comment va le monde. Ton père a laissé mourir ma fille mais il est jardinier et aucun jardinier ne peut être un mauvais homme. Allons… Kipufor va nous emmener dans ton royaume, il est encore temps ! »

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Le Blaireau -

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