dimanche 26 septembre 2010

Princesse Rosette (6)

De chaleur et d’insolation, elle manqua périr sur le chemin pierreux qu’aucun arbre n’ombrageait. Cent fois elle fut sur le point de renoncer et d’appeler sa marraine au secours ; mais alors elle pensait au domaine de son père, dévasté par sa faute et courageusement, mettait un pied devant l’autre ; s’aidant de ses mains, cassant ses ongles, elle escaladait les rochers.
Au fond du troisième vallon, qu’elle aperçut du sommet, chantait une fontaine. Ni cerf ni renard en vue ; seul, un grand corbeau noir volant en cercles concentriques semblait lui désigner le point où elle devait se rendre. Le chemin pour descendre était en pente douce et du sable avait remplacé les cailloux. Heureusement pour Rosette ! Ses pieds étaient entamés jusqu’à l’os. L’eau de la fontaine calma ses douleurs ; elle but un peu puis se rendit à l’endroit au-dessus duquel tournoyait le corbeau. Un lapin était étranglé dans un collet. Quand elle leva la tête, le corbeau avait disparu. La nuit tombait, elle avait faim, elle avait froid. Elle n’avait pas la moindre idée de la manière de faire du feu et l’idée d’avoir à dépouiller le petit animal et le manger cru lui donnait des hauts le cœur. En bordure d’un bosquet, quelques châtaigniers laissaient tomber leurs bogues. Elle en remplissait son jupon quand, levant la tête, elle cria de frayeur et s’enfuit précipitamment : juste devant elle un sanglier suivi d’un homme hirsute et vêtu de peaux de bêtes sortait juste de l’ombre d’un bosquet.
Rosette se prit le pied dans une racine et tomba de tout son long au milieu des châtaignes qui s’échappaient de ses cottes. L’homme et la bête la regardaient en grognant. Sans plus s’occuper d’elle, l’étrange créature s’empara du lapin, rassembla des brindilles et de la mousse, sortit de ses peaux deux pierres qu’il frotta. Une étincelle enflamma le bois sec qui se mit à crépiter. En un tournemain, il avait dépouillé le lapin, l’avait enfilé sur une baguette et le présentait à la flamme.
La pauvre princesse, plus morte que vive n’osait pas bouger. Sa faim se ravivait à l’odeur de la viande grillée. Le sauvage, grogna quelques borborygmes et lui fit signe de s’approcher. Elle s’assit craintivement à côté de lui. Il fouilla de nouveau dans les poils qui le couvraient et en ramena une flûte de roseaux dont il tira des sons étrangement mélodieux. Le sanglier, du groin, labourait tout autour cherchant sa pitance. Quand il estima cuit son rôti, l’homme hirsute, posa la flûte, fit glisser la baguette, empoigna le lapin à deux mains, et tordant et déchirant, en fit deux parts et en tendit une à Rosette. Ne sachant trop comment la manger, elle regarda son hôte qui dévorait avec les quelques dents qui lui restaient.
Rosette qui avait toutes les siennes et fort belles l’imita. Puis, rassasiée, elle lui offrit en dessert les mûres qu’elle avait trouvées. Le sauvage, hocha la tête en lui montrant ses mâchoires crénelées. Sans doute était-ce un sourire…
Puis il frotta ses mains dans sa tignasse, se leva, émit encore quelques grognements et s’en fut, jouant de la flûte et suivi du sanglier. Rosette et le feu s’endormirent en même temps.

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Amis conteuses et conteurs, vous allez sans doute me dire que j'enfonce une porte ouverte, mais bon, pour moi c'était nouveau. J...