mercredi 15 septembre 2010

2- YAQUEQUAM et L’OURS GRIS-



Yaquequam, le garçon magique qui pouvait vivre aussi bien sur terre qu’au fond des eaux avait grandi ; il ne se contentait plus de jouets. Il voulait à présent, devenir un chasseur et il lui fallait pour cela de vraies armes.
« Avec quoi grand-mère, fabrique-t-on de bonnes flèches ? »
« Avec un arbuste, mon garçon, qui pousse dans la montagne où vit l’ours gris. Un ours féroce qui tue ceux qui tentent de couper des branches car il ne veut pas qu’on utilise cet arbuste pour fabriquer des armes. Des marmottes montent la garde et le préviennent dès que quelqu’un approche. »
Cet avertissement n’empêche pas Yaquequam de se mettre en route. Dès qu’il aperçoit les marmottes, il envoie le sommeil dans leurs yeux et continue de gravir la montagne. Il arrive enfin aux arbustes qu’il arrache. Il garde pour lui de quoi se faire des flèches et envoie le reste pêle-mêle avec les racines, en bas, dans la plaine. Les femmes les planteront se dit-il, et ainsi les guerriers pourront avoir de bonnes flèches sans avoir à se battre avec l’ours gris.
C’est alors que survient l’ours ; il voit ses buissons arrachés et se tourne furieux vers les marmottes :
« Et alors ? Voilà comment vous montez la garde ? Vous avez laissé voler mes arbustes ! »
« Ah ! Mais on n’a rien vu nous ; il y a eu une grande tempête de neige, il a fallu nous abriter et puis nous nous sommes endormies. »
C’est faux et les marmottes le savent bien, mais elles ont très peur de l’ours qui continue de grogner :
« Attendez un peu ! Je vais d’abord m’occuper du voleur, mais après, gare à vous ! »
L’ours, fou de rage, rentre chez lui, enfile son gros manteau de fourrure grise, fixe ses griffes tranchantes à chacun de ses doigts, puis devant ses enfants terrifiés, il se dresse en grondant sur ses pattes de derrière. Satisfait de l’effet qu’il a produit, il se lance aux trousses de Yaquequam ;
Le garçon est inquiet ; il sait que l’ours le poursuit et il ne voit pas comment s’en débarrasser. Il se souvient alors de son oncle, le méchant, le coléreux Pierre Grise. Il descend sous les eaux, dans la tente de sa mère ; justement, l’oncle est là :
« Oncle, oncle, l’ours gris dit que tu es un grand bavard ! »
Oh ! « Bavard » est une grave injure chez les Indiens ! Dans la poitrine de l’oncle un bruit de gravier se fait entendre.
« Oncle, oncle, il veut te montrer du doigt à tout le monde ! »
Dans la poitrine de l’oncle on entend des cailloux qui roulent au fond d’un torrent furieux.
« Oncle, oncle, l’ours gris dit que s’il te rencontre, il te crachera au visage ! »
L’oncle se met à fumer et à bouillir comme un volcan ; des cendres et des pierres lui sortent du nez et des oreilles.
« Oncle, il veut te lancer des ordures dans la figure ! »
L’oncle hurle et rugit :
« Où est-il ce voyou, ce malotru ! Je vais lui montrer si je suis un bavard ! »
Et Pierre Grise file dans la montagne derrière son neveu. Le soir, au campement, il allume un grand feu ; il se couche à côté et pendant la nuit, la chaleur de la flamme augmente encore le rouge de sa colère. C’est alors que survient l’ours gris ; l’ours se dresse, terrible, sur ses pattes de derrière, veut mordre Yaquequam qui s’abrite derrière un arbre. L’ours, comme tous les ours, pour mieux mordre, ferme les yeux ; Yaquequam en profite pour se glisser derrière un autre arbre et l’ours en colère, ne trouve entre ses dents que des morceaux d’écorce. Pendant ce temps, Pierre Grise s’était tourné pour rougir l’autre côté de son corps ; maintenant, il était à point. Gonflé de colère à en éclater, quand l’ours gris revient à l’attaque, il se tourne vers lui et se brise en une multitude de silex tranchants. Percé à mort, l’ours gris tombe comme une masse.
Satisfait et calmé, Pierre Grise rassemble ses morceaux et dit :
« Et voilà ! il a eu son compte, ce courte-queue. Mais je n’ai plus qu’à aller me laver maintenant ; il m’a tout sali ! »
Yaquequam offrit la peau de l’ours à sa grand-mère ; il continua de vivre auprès d’elle et comme il avait désormais de bonnes armes, il devint un grand chasseur.

PP 

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