mardi 9 février 2010

CUPIDON et PSYCHE (2)


Abritée de grands arbres, une source murmure ; d’étranges animaux, des griffons, des licornes observent la princesse. Elle bouge, ouvre un œil, les licornes s’enfuient. Psyché dans la clairière se réveille et s’étonne ; l’air est tiède, un sentier serpente sous les branches ; sur le sable elle avance et découvre un palais. Le portique est de marbre et les colonnes d’or ; sur les murs sont gravés des êtres fantastiques ; la fille du roi s’étonne et cherche le gardien de toutes ces merveilles. Mais l’endroit est désert ; pourtant quelqu’un la guide au milieu des chefs d’œuvre qui ornent la demeure ; les portes s’ouvrent seules, les statues la regardent.
Dans une chambre un lit fait frissonner la belle ; ainsi elle n’est pas morte ! Le pire reste à venir !
Plus loin, un bain l’attend. Psyché tremblante encore quitte ses vêtements, se glisse dans l’eau tiède . On la lave, on la masse, on l’enduit de parfums ; ses défroques de deuil se sont évanouies, elle trouve en leur place des voiles transparents, des bijoux , des rubans, des mousselines, des fleurs, des parures de soie. On l’habille, on la farde et puis on la conduit vers des divans moelleux; une table est dressée où l’on a réuni tous ses mets préférés, mais Psyché n’a pas faim…


Des flûtes, des cithares lui jouent la sérénade. Brisée par l’émotion, bercée par la musique, ses paupières se ferment. On la conduit alors dans la chambre nuptiale où bien trop épuisée pour avoir peur encore, Psyché vaincue, s’endort.
Mais rêve ou cauchemar, une présence l’éveille ; elle tremble de frayeur, un inconnu s’approche ; un invisible encore, l’embrasse, la caresse, doucement une à une lui ôte ses parures et s’étend auprès d’elle… C’est l’époux monstrueux… Elle va s’évanouir… Mais…
Mais comment expliquer que cette nuit de noces qu’elle a tant redouté devienne par miracle une nuit de merveilles…
Psyché en s’éveillant regrettait cet amant qui l’avait laissée seule avant le petit jour… Oh, oui ! cette demeure habitée d’invisibles lui semble fort étrange. Mais l’aimé lui a dit qu’elle est ici chez elle ; tout est à son service, elle n’a qu’à demander. Lui, chaque nuit viendra, mais Psyché ne doit pas, quelle qu’en soit le motif, demander à le voir ni à savoir son nom. Certains Dieux sur l’Olympe, à tort ou à raison, ont décidé sa perte et lui, pour la sauver, l’a mise en ce refuge. Un charme la protège mais la moindre imprudence plongerait les amants dans de profonds malheurs.
Psyché, seule, est pensive : un palais enchanté, un amant invisible, quand on a redouté d’être la proie d’un monstre, on doit s’en contenter.
Elle entreprend alors d’explorer son domaine. Mobilier précieux, œuvres d’art à foison ornent toutes les pièces ; bijoux, rubans, parures, partout lui sont offerts. Plusieurs fois par jour, on la baigne, on la masse, on la coiffe, on la pare. Le parc et les jardins, plantés d’essences rares sont un enchantement. Les griffons, les licornes, timidement l’observent et Psyché au cœur pur va les apprivoiser. Quand on est jeune et belle, qu’on a rien d’autre à faire qu’à respirer des fleurs, caresser des licornes et changer de toilettes, les journées semblent longues. Il fallut à Psyché des maîtres de musique, d’art et de poésie. Elle put à loisir s’instruire, étudier, ce que le roi son père, estimant qu’un fille est bien assez savante quand on lui a appris à être bonne épouse, lui avait refusé. Ainsi les jours passaient, Psyché était heureuse, son palais l’enchantait.
Mais le roi et la reine, devenus des vieillards, au fond de leur palais, pendant ce temps pleuraient. Les deux sœurs de Psyché, mariées sans amour, venaient les visiter ; elles tentaient de leur mieux de les réconforter : l’oracle avait parlé d’union avec un monstre. Psyché vivait encore, avec un peu de chance, on la retrouverait. Pour appuyer leurs dires, elles montaient au rocher, et tournées vers l’abîme, elles appelaient leur sœur.
Psyché n’entendait pas, mais une autre en revanche avait prêté l’oreille : suivante de Vénus, éprise de Cupidon, Fortune l’a suivi. Elle a bientôt compris sa désobéissance : il a gardé pour lui celle qu’il devait livrer à l’être le plus vil qu’il y ait sur la terre. Pour le faire enrager, elle menace l’Archer de tout dire à sa mère.
Cupidon la nuit même avertit son amante : une sombre nuée s’étend sur leur amour. Ses sœurs la recherchent et Fortune les suit ; qu’elle ignore leurs appels, qu’elle ne réponde pas et Fortune égarée ne pourra rien contre elle. Le lendemain matin trouva Psyché songeuse. Elle pense à ses parents, leur chagrin la bouleverse. Pourquoi porter son deuil alors qu’elle est heureuse, dans un monde enchanté ?
Heureuse ? Au fond l’est-elle ? Elle a tout ce qu’elle veut, pourtant elle est bien seule ; elle ne parle à personne, ne voit âme qui vive et certes son époux l’aime, le lui dit, le lui prouve. Mais il lui fait l’amour et ne cherche à savoir rien de ce qui l’émeut, rien de ce qu’elle éprouve. Tout au long des journées, elle s’orne l’esprit, lui n’aime que son corps, ne voit que sa beauté. Est-il plus un amant qu’un véritable époux ? Quelle cérémonie a béni leur union ? Si un jour il se lasse, que va-t-elle devenir ? Quand sa famille la pleure, pourquoi passer ses jours à contempler des fleurs et parler aux licornes ? Toute à sa nostalgie, Psyché soudain s’ennuie.
Le soir après l’amour, elle parle à son amant, mais lui reste inflexible : retrouver sa famille déclenchera un drame.
Et Psyché devient triste, pleure, ne mange plus ; amaigrie, le teint pâle, elle est encore plus belle. Cupidon la console, la gronde doucement, elle ne veut rien entendre. Privée de sa famille, elle n’a plus qu’à mourir. Oh ! qu’au moins une fois, elle puisse voir ses sœurs ! Le jeune archer déteste faire pleurer Psyché… Psyché qu’il aime tant. Il sait bien qu’il a tort, mais pourtant il lui cède, elle verra ses sœurs.
-« Mais prends garde, dit-il, Fortune a perverti les sœurs que tu aimais ; leur esprit est troublé. Curieuses et perfides, elles vont te questionner. Surtout ne leur dis rien concernant ma personne. D’ailleurs voici Zéphyr, je te confie à lui ; c’est un ami fidèle. »-
Zéphyr le Vent de Sud, serviteur de l’Amour, apporte des présents pour les deux visiteuses. Alors, Psyché sourit, embrasse son amant :
-« L’Amour lui-même, dit-elle, n’aurait pu me donner un aussi grand bonheur ! »-
Elle ne peut pas voir Cupidon lui sourire, et ce sourire est triste.
Un jour que les deux sœurs, penchées sur l’abîme, pleuraient sur leur cadette, Echo porte à Psyché le bruit de leurs sanglots. Mais elle hésite encore : elle sait que sa famille peut lui coûter l’amour, mais ces lamentations vont lui briser le cœur. Tant de chagrin pour rien ! Allons, c’est décidé, elle sera prudente, mais elle verra ses sœurs ! Elle appelle Zéphyr.
Instruit par Cupidon, Zéphyr vole au rocher et dans un souffle tiède emporte les deux sœurs, puis leur ouvre les portes du domaine enchanté.
Aux marches du palais, Psyché leur tend les bras ; on sourit, on s’embrasse, on offre des présents. Les cadeaux de Psyché sont les cadeaux d’un dieu, comment les égaler ? Les sœurs en prennent ombrage. On visite les lieux, on partage le bain, un festin les régale. Quel époux
richissime offre à Psyché ce luxe ?
Psyché hait le mensonge et le pratique mal ; répondre l’embarrasse :
-« Mon époux est chasseur, il a suivi dès l’aube la piste d’un grand cerf… Mais hélas le temps passe , il est temps de rentrer ! Il sera désolé de vous avoir manqué ! »-
Les adieux sont touchants, du moins en apparence. On se fait la promesse de se revoir bientôt et Zéphyr appelé, raccompagne les sœurs….

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