lundi 30 novembre 2009

Purnath (3)



Il gisait, évanoui, au fond d’une poche de boue filtrante lorsqu’un ouvrier le découvrit. Le jeune porc – dont l’histoire n’a pas retenu le nom – appela aussitôt ses collègues. Un bref conciliabule s’ensuivit, au terme duquel on décida de mettre à mort l’intrus puis d’enfouir son cadavre dans l’une des aires de remblai qui jouxtaient le chantier. Une telle attitude peut surprendre aujourd’hui (les sources susceptibles de nous éclairer sur l’état d’esprit de la population civile font cruellement défaut). La hâte manifestée par les ouvriers semble toutefois indiquer que Purnath faisait régner sur la bauge une véritable terreur politique : pour des porcs de basse extraction, découvrir un corps humain – a fortiori un humain vivant – c’était sans aucun doute courir le risque d’être accusé de collusion avec l’ennemi. Après tout, il n’existait à l’époque aucun moyen d’être sûr que les guerres interespèces  avaient réellement pris fin (aujourd’hui, nous savons que c’est le cas mais je rappelle à toutes fins utiles qu’en l’absence de traité, il s’agit d’un état de fait et non de droit).
Le sort de l’homme dans la poche de boue semblait donc joué. Mais par une étrange coïncidence – dans laquelle quelques dévots voient la marque d’une intervention divine précoce -, Purnath décida ce matin-là de procéder à une inspection-surprise du chantier. Lorsqu’il descendit de son traîneau, les ouvriers étaient en train d’emporter l’intrus vers les remblais. Purnath fit aussitôt arrêter tout le monde (ce qui jette effectivement une ombre sérieuse sur la libéralité de sa politique). Mais, comme d’habitude, il laissa à ses lieutenants les plus proches le soin de s’occuper de la piétaille. Ce qui l’intéressait – lui -, c’était l’homme venu de la surface. Etait-ce un ambassadeur ? Un espion ? La race humaine avait-elle fini par localiser le site de Mukrash, pourtant enfoui à plusieurs dizaines de mètres sous terre ? Le percement des cheminées d’aération devait-il être reconsidéré ?
Pour répondre à ces question, Purnath appela à ses côtés l’un des meilleurs historiens de la bauge, un vieux verrat nommé Horribal qui, entre autres talents, pratiquait la langue des hommes de la région. Des années plus tôt, Horribal était monté à la surface pour se mêler aux cochons domestiques d’une tribu humaine – à seule fin d’établir un point mineur de sa thèse. Pendant plusieurs décades, il avait partagé la vie de ces bêtes dégénérées, s’efforçant comme elles de marcher à quatre pattes, poussant des grognements sans signification et absorbant des mets abominables. Mais à chaque instant, il surveillait les hommes qui allaient et venaient au-delà de l’enclos… Il n’était rentré à Mukrash que lorsque le boucher de la tribu, intrigué par sa taille et son embonpoint remarquables, avait commencé à affûter ses couteaux.

dimanche 29 novembre 2009

Purnath (2)



Ce point précisé, voici l’histoire.
Purnath avait trente ans lorsqu’il fut élu maire de la grande bauge de Mukrash. C’était un verrat de haute taille, aux soies épaisses et aux défenses impressionnantes. D’après ses biographes (en particulier Urg-le borgne, l’un de ses nombreux compagnons d’armes), il descendait en ligne directe du sanglier Bonorrio, qui fut le premier à construire une bauge souterraine et à imaginer un réseau de couloirs reliant tous les établissement porcins connus à l’époque. Ce projet, dont le caractère visionnaire continue de surprendre les historiens, doit être replacé dans son contexte. Bonorrio était un roi de l’âge de pierre. Autrement dit : un chef de guerre. L’organisation des combats contre les espèces mammifères rivales l’accaparait entièrement, et tout ce qui concernait les affaires de la bauge était laissé à ses administrateurs. La décision d’abandonner la surface aux hommes et aux rats a donc, sans nul doute, été prise pour des raisons militaires. Que cette décision ait, par la suite, bouleversé notre mode de vie, au point que nous n’imaginions plus de quitter nos cavernes, doit être considéré comme un effet d’inertie sociologique. Nous pourrions, s’il le fallait vraiment, vivre à nouveau sous la lumière du soleil – même au prix d’une nouvelle guerre contre les hommes. Les rats ont fait ce choix, il y a quelques millénaires. On sait ce qu’ils sont devenus… Voilà pourquoi nous continuons à vénérer le nom de Bonorrio comme celui d’un prophète alors qu’il ne fut tout au plus qu’un stratège avisé.
Mais peu importe. Cette généalogie prestigieuse, ainsi qu’un coup d’éclat sur les rives de la mer souterraine de Bakoum (où il mata les dissidents de Jarz-le barbu), permirent à Purnath de remporter un triomphe électoral et de s’installer pour vingt ans à l’hôtel de bauge de Mukrash. A peine entré en fonction, il promulgua une série de décrets très importants : consolidation des voûtes à l’aide d’étais métalliques, installation de postes de douane à l’entrée des couloirs, mise en place d’un réseau de distribution d’eau potable et percement d’une centaine de cheminées d’aération reliées à la surface.
C’est par l’une de ces cheminées que tomba l’homme sous l’influence duquel Purnath allait rédiger son Codex.

samedi 28 novembre 2009

-Origine de la Première Loi de Purnath- (1) de Serge LEHMANN



Dans moins de six décades maintenant, l’Institut de théologie Arkhat Malamut tiendra son séminaire annuel, en présence de nombreuses délégations étrangères. A cette occasion, le Recteur Groblar m’a demandé de prononcer une courte allocution sur l’origine de la première Loi de Purnath. J’avoue ne pas comprendre les raisons d’un tel empressement. La Première Loi est passée dans les mœurs depuis bien longtemps. Nul ne songe à discuter les termes de son application – qui sont clairs – ni à contester son appartenance aux Tables – que chacun peut d’ailleurs vérifier de visu au musée de l’Institut (section d’archéologie religieuse , vitrine numéro deux, ouvert tous les jours de dix heures à dix-neuf heures sauf le Ilandri). C’est l’avantage des croyances fondées sur des artefacts plutôt que sur de vagues hallucinations retranscrites de nuit, à la lueur des torches : à chaque instant, on sait où se trouve la tablette de boue séchée. Le fidèle dispose ainsi d’un remède efficace contre le doute. Sans compter que cela évite les commandements tronqués, les signatures illisibles et la plupart des fautes d’orthographe.
Quoi qu’il en soit, le recteur Groblar croit nécessaire de revenir une fois de plus sur la Première Loi, et il va sans dire que le moment venu, je m’exécuterai – ne serait-ce que pour l’édification de nos jeunes collègues. Je n’émettrai qu’une seule réserve. Le Codex Purnathi forme un ensemble unique de contes, d’histoires et d’aphorismes archaïques. De ces textes, notre Eglise a tiré l’essentiel de sa doctrine. Je suis tout prêt à reconnaître que ce passage du séculier au régulier est un point faible (dans la mesure où Purnath n’a jamais revendiqué pour lui-même la moindre influence divine, et que celle-ci n’a été établie par l’Institut que plusieurs siècles après sa mort). Mais je ne laisserai personne utiliser mes travaux pour justifier une quelconque entreprise de révision. Je pense en particulier à l’école de Brimon le Sarde, qui ne voit dans la Première Loi qu’une banale disposition sanitaire, dictée par les impératifs de l’époque… Toute tentative pour associer mon nom à de telles hérésies sera portée sans délai devant les autorités compétentes (en l’occurrence, les bureaux de l’Inquisiteur dont chacun sait qu’ils sont ouverts jour et nuit même le Ilandri).

mercredi 25 novembre 2009

Sainte Catherine-

Les jeunes Catherinettes, protégées par les Chattes Margotines, qui veulent connaître un amour éternel, doivent piquer à leur chapeau un rameau de frêne en graine et le planter au sommet d'un tertre en tournant cent fois sur elles-mêmes les yeux fermés. Quand elles les rouvriront, elles verront durant le temps d'une battement de paupières l'image de celui qu'elles épouseront une fois que la branche aura fait des feuilles.

Pierre DUBOIS - Elficologue

samedi 21 novembre 2009

Les nombres symboliques : 3,7, 9, 12 etc… copié

La symbolique des nombres est basée sur de très anciennes croyances dont on trouve des échos dans les religions.
Les principaux dieux de l’Olympe sont trois qui se partagent le gouvernement du monde: Zeus maître du ciel et de la terre ; Poséidon qui règne sur les ondes et Hadès qui détient l’empire du monde souterrain. Mais le total des habitants de l’Olympe est douze, comme les douze travaux d’Hercule, les douze signes du zodiaque, les douze fils de Jacob et les douze apôtres de Jésus.
On trouve chez les chrétiens la Sainte Trinité : le Père le Fils et le Saint-Esprit
Dans le contes les vœux sont généralement au nombre de trois et les formules magiques doivent souvent se répéter trois fois pour être efficaces.
Multiple de trois, le neuf apparaît assez souvent en souvenir des Muses qui étaient neuf , et de Déméter qui chercha sa fille Perséphone pendant neuf jours.
Les chrétiens pratiquants font souvent des « neuvaines ».
Le tribut payé à Minos par Athènes tous les neuf ans était de sept jeunes gens et sept jeunes filles. Ce qui nous conduit au nombre sept.
.Presque tous les nombres sont symboliques et on les retrouve presque tous dans les contes. Mais suivons Vladimir Propp qui recense sept types de personnages de contes :
1/le méchant : monstre, dragon, ogre ou sorcière
2/le protecteur, fée ou magicien
3/ son auxiliaire, lutin, animal intermédiaire entre le protecteur et le héros
4/ celui ou celle pour qui le héros doit partir en quête :c’est une princesse, un roi, une reine ou encore un des parents du héros
5/ celui qui ordonne la quête ; un roi ou une reine la plupart du temps
6/ le héros
7/ le traître, personnage intermédiaire entre le méchant et le héros.
Aussi, regardons de plus près le nombre 7
Il existe dans toute l’Europe des superstitions et traditions concernant le 7° enfant d’une famille, lequel est supposé avoir certains pouvoirs ou particularités tels que voyance ou talent de guérisseur : voici le Petit Poucet qui cause la mort des sept filles de l’ogre et qui fait penser à Orion pourchassant les sept Pleïades. Il pourrait encore symboliser la fin des civilisations matriarcales : Poucet prend les couronnes d’or des filles de l’ogre pour les poser sur la tête de ses frères. L’ogre tue ses propres filles ; le règne des garçons peut commencer. Un sujet de réflexion : dans les contes, principalement depuis que l’influence du christianisme se fait sentir, l’ogre et le diable ont la même fonction. Dans certaines versions le diable s’est substitué à l’ogre.
Aussi, dans le Petit Poucet, il faudrait prendre l’assassinat des filles, donc du matriarcat comme une œuvre néfaste. Ce qu’on ne peut que constater.
Poucet et le Chat Botté ont des bottes qui parcourent sept lieues en une seule enjambée.
Barbe-Bleue a sept femmes
Le petit tailleur « en tue sept d’un coup », les dragons ont souvent sept têtes.
Le nombre sept renvoie à la division lunaire en quatre fois sept jours, Egalement aux sept planètes de l’astrologie traditionnelle qui correspondent aux sept jours de la semaine :
Soleil, dimanche
Lune lundi
Mars mardi
Mercure mercredi
Jupiter jeudi
Vénus vendredi
Saturne samedi
Dans le temps de la naissance du conte, Uranus, Neptune et Pluton étaient ignorées.
Chez les Yogis, la Kundalini, source d'énergie sexuelle et spirituelle, passe à travers sept shakras : 6 corporels plus le « lotus aux mille pétales ».
Et tant d’autres significations du nombre sept ! Mentionnons encore les sept couleurs de l’Arc-en-Ciel et les sept pêchés capitaux et n’oublions pas de tourner sept fois la langue dans la bouche avant d’affirmer que tout ceci est véridique.

samedi 14 novembre 2009

Les vertus du potiron-

Huit jours passés Halloween, la nouvelle sorcière ne devra pas jeter le potiron dans lequel elle aura taillé la tête de Jack O'Lantern, mais le mangera en potage avec son trognon de chandelle. Elle devra vider la soupière d'un trait sans reprendre haleine tout en récitant en même temps les noirs Paters appris au Sabbat.
Et tout ce qu'elle voudra se réalisera.

Pierre DUBOIS - Elficologue

mardi 10 novembre 2009

La Légende du Chrysanthème

Il y avait au Japon, un jardinier amoureux.
Sa belle était coquette, elle avait de nombreux soupirants et il redoutait de la perdre.  Souvent dans le jardin, tout en soignant ses fleurs, il interrogeait le ciel :
« Combien de temps ma bien-aimée me sera-t-elle fidèle ? pourrais-je la garder toujours ? »
Bien sur, le ciel ne lui répondait pas et quand il voyait sa fiancée si belle souriant à tous ceux qui la courtisaient son pauvre coeur était malade. Comment lui, modeste homme de la terre pouvait-il espérer garder pour lui seul cette fleur ravissante dont la vue charmait les princes.
La jeune fille entourée de ses admirateurs ne semblait pourtant voir que lui ; pour lui ses yeux étaient plus doux, son sourire plus tendre, pour lui elle chantait ses plus belles chansons.
« Oui, mais pour combien de temps se demandait le jardinier ? Elle est si belle, je suis si pauvre, si modeste. Un jour c’est certain, un de ces princes va me la prendre. »
 Pour l’instant la belle lui gardait sa préférence.
« Combien de temps ? Combien de temps ? demandait-il aux fleurs. Combien de temps », demandait-il aux arbres ?
« Combien de temps, Rosée du matin ? Combien de temps, Ombres du soir ? »
Ni l’herbe ni les fleurs, ni les arbres, ni les escargots, ni les coccinelles, ni les vers de terre, ni les légumes, ni les hérissons,  jamais aucun des hôtes du jardin ne lui répondait.
Un jour qu’avec angoisse il interrogeait des marguerites, une larme tomba sur une des fleurs et un génie sortit d’une corolle, tout habillé de jaune avec un large col blanc.
« Pourquoi ces larmes gentil jardinier ? Qui d’entre nous t’a fait du chagrin ? »
« Personne, jamais personne dans ce jardin ne m’a fait de peine ; c’est vous au contraire qui me consolez ; »
« Pourquoi, gentil jardinier, as-tu besoin d’être consolé ? »
« C’est ma fiancée, Génie des Marguerites ; elle est si belle et moi je suis si pauvre ! Un pauvre petit rien du tout et je voudrais tant qu’elle m’aime toujours ! »
« Toujours, je ne sais pas, dit le génie en montrant une fleur.  Mais je te promets l’amour de ta fiancée pour autant d’années que cette corolle a de pétales. »
Le jardinier cueillit la fleur, compta les pétales, hocha la tête. Alors il prit à son revers une longue épingle et effilocha la corolle. Elle eut bientôt  tant de pétales qu’il devint  impossible de les compter.

PP




mercredi 4 novembre 2009

"Dans la première nuit de novembre, toutes les Fées sont sorcières."
C'est la seconde nuit de l'année où celles qui vont enfourcher le balais et devenir l'une d'elles doit prendre part à la fête des sorcières, doit revêtir de noirs cottrons, mettre son pied droit dans sa chaussure gauche, son pied gauche dans sa chaussure droite et laisser la lune cornue lui dicter son destin. Dans la poche un brin d'ajonc cueilli sur une pierre à crapaud, le poil noir d'un chat blanc et une tabatière de poudre d'os.

Pierre DUBOIS - Elficologue