dimanche 27 décembre 2009

CONTE de ******

Soeur Jeanne, ayant fait un poupon, 
Jeûnait, vivait en sainte fille,
Toujours était en oraison;
Et toujours ses soeurs à la grille.
Un jour donc l'abbesse leur dit:
"Vivez comme soeur Jeanne vit; 
Fuyez le monde et sa séquelle."
Toutes reprirent à l'instant:
"Nous serons aussi sage qu'elle
Quand nous en aurons fait autant."

LA FONTAINE



samedi 26 décembre 2009

Conte tiré d'Athénée

Axiochus avec Alcibiades,
Jeunes, bien faits, galants, et vigoureux,
Par bon accord, comme grands camarades,
En même nid furent pondre tous deux.
Qu'arrive-t-il? l'un de ces amoureux
Tant bien exploite autour de la donzelle,
Qu'il en naquit une fille si belle
Qu'ils s'en vantaient tous deux également.
Le temps venu que cet objet charmant
Put pratiquer les leçons de sa mère,
Chacun des deux en voulut être amant;
Plus n'en voulut l'un ni l'autre être père.
"Frère, dit l'un, ah! vous ne sauriez faire
Que cet enfant ne soit vous tout craché.
-Parbleu dit l'autre, il est à vous compère
Je prends sur moi le hasard du péché."  





LA FONTAINE 




jeudi 24 décembre 2009

Rituel

Pour susciter l'averse des Dames Célestes, il faut se rendre nue à la pointe du jour auprès d'une fontaine, tremper un linge blanc dans l'eau et en asperger le ciel, ou verser de l'eau à travers un tamis en récitant:

"Tombe, tombe jouvence des cieux.
Verse, verse le bain des Fées
Taw, Taw, ber glaw!..."
Pierre DUBOIS- Elficologue




mardi 22 décembre 2009

La vraie de vraie histoire du Père Noël copié



Décembre aux pieds blancs s'en vient:


An de neige est an de bien.

Le 21du mois, décembre devient Nivôse selon le calendrier républicain qui a si bien imaginé les noms des mois : Nivôse, le mois des neiges…
Cette neige poudreuse de Nivôse dans laquelle, galopent les rennes qui tirent le traîneau du Père Noël. Et ne croyez pas les esprits forts qui vous expliquent que le Père Noël a été inventé en 1931 par Coca-Cola. C’est Faux !
Le Père Noël existe : il vit depuis toujours au sommet du mont Korvantuntuni, en Laponie Finlandaise, entouré et servi par ses nombreux lutins, lesquels sont par ailleurs les meilleurs fabricants de jouets du monde et les premiers fournisseurs de Saint Nicolas.
Voici l’histoire, la vraie ; c’est mon cousin Paul qui vit en Finlande comme le Père Noël qui me l’a racontée, et lui-même la tient du Père Noël en personne. Le monde étant de plus en plus peuplé, il devint presque impossible au bon Saint Nicolas de distribuer des cadeaux à tous les enfants dans la seule nuit du 5 au 6 décembre. C’est vers le milieu du XIX° siècle qu’il lui a fallu demander un coup de main à celui qu’on nommait alors le Bonhomme Hiver.
Le bon génie prit bien volontiers le même habit que le saint et compléta sa tournée dans la nuit du 24 au 25 décembre. Et sa popularité grandit au point que dans certains pays on ne faisait plus guère de différence entre Bonhomme Hiver et Saint Nicolas .
Et puis en 1931, Coca Cola eut l’idée d’inciter les enfants à consommer son discutable soda, et conçut dans ce but, une grande campagne publicitaire. Il fallait pour cela une image ayant un impact fort. St Nicolas pressenti refusa tout net. On s’adressa au Bonhomme Hiver qui avait déjà pris le nom de Noël en raison de la date de sa tournée ; lui aussi tout d’abord refusa. Les dirigeants de Coca-Cola lui firent un pont d’or mais le bonhomme Noël n’avait pas plus que St Nicolas besoin d’argent.
Seulement, voilà : moins habitué que Nicolas, il avait du mal avec sa houppelande à descendre dans les cheminées ; il se salissait, s’accrochait partout et Dieu qui assistait le saint ne s’occupait pas du païen bonhomme Noël !
Aussi quand les créatifs du service publicité de Coca-Cola revinrent à la charge, Noël finit accepter, à la condition qu’on lui fournisse un habit commode, assez semblable à celui de ses lutins et qui serait ,couleurs de la marque oblige, rouge bordé de fourrure blanche.
Il obtint de plus son traîneau et un double attelage de rennes.
Et c’est dans cet équipage qu’il fait désormais sa tournée. Il passera chez vous dans la nuit du 24…Mais attention, les enfants ! N’oubliez pas que le Père Noël fait partie de la famille des lutins, même s’il est beaucoup plus grand. Et comme vous le savez, les lutins n’aiment pas qu’on les observe. Aussi, n’essayez pas de guetter le Père Noël ; il pourrait bien, s’il s’en apercevait, ne plus jamais repasser.



PP

samedi 19 décembre 2009

"Les jeunes filles au coeur pur pour réussir leur vie
Doivent à la Fée lumière, le jour de Sainte-Lucie,
Allumer pour tant de voeux, autant de bougies."

Pierre DUBOIS - Elficologue

vendredi 18 décembre 2009

Balthazar et le Père Léon (fin)



Léon et Balthazar travaillèrent trois jours et trois nuits. Quand ils eurent fini, tous les jouets étaient réparés, et même ils en avaient fabriqué de nouveaux.
“ Voilà, dit Balthazar, ces jouets que vous avez volé, vous allez les rendre et vous ajouterez tous ceux que nous avons fabriqué en plus. Puisque vous savez passer par les cheminées, vous ferez de même. ”
“ Mais ils ne sauront pas que c’est moi ; ils continueront à me détester. ”

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“ Cela , c’est mon affaire, distribuez les jouets, je m’occupe du reste. Mais vous ne pouvez pas y aller dans cet état, il faut vous nettoyer, vous changer. ”
Balthazar sortit de ses bagages les huiles et les onguents nécessaire à la toilette de Léon et il en fallut ! Quand ils eurent fini, Léon avait le teint rose, sa barbe et ses cheveux d’un blanc éclatant bouclaient, et même on pu voir qu’il avait les yeux d’un bleu de porcelaine.
“ Au tour des vêtements à présent, dit Balthazar! ”
Et il sortit de ses malles un houppelande rouge tout bordée d’hermine. Léon hésita encore.. ..I1 allait gâcher ce bel habit avec la suie des cheminées.
“ Ne craignez rien, aucune cheminée au monde ne pourra plus salir -ni vous ni ce vêtement. ”

Léon commença sa tournée; il neigeait un peu. Un groupe d’enfants sortit dans la nuit pour jouer avec les flocons. Cela n’aurait pas dû se produire, mais Balthazar veillait!
Ils virent l’homme en rouge avec sa hotte de jouets. A la démarche, ils reconnurent Léon.
“ Ca alors, dit l’un d’eux, on nous l’a changé! ”
“ Oui dit un autre, il donne les jouets au lieu de les voler? ”
“  Puisque c’est comme ca, dit un troisième qui parlait verlan, (déjà !) on ne l’appellera plus le père Léon, mais le père Noël ! ”
“  Vive le Père Noël s’écrièrent ils en chœur ! ”
           

jeudi 17 décembre 2009

Balthazar et le Père Léon (2)

Balthazar, car vous l’avez reconnu, avait pris l’habitude de ce genre de réception. Plus il montait vers le Nord, plus il faisait peur aux populations.
.
Comprenant qu’il n’avait rien à attendre des habitants, il se dirigea vers les bois pour se mettre à l’abri du froid. Ah il avait voulu connaître l’hiver et les contrées du Nord ! Eh bien, il y était et il n’avait pas trop de toute sa science et de sa magie pour arriver à y survivre, lui et ses chameaux. S’enfonçant dans les bois, il vit un feu qui brillait pas très loin et se dirigea vers lui. C’est ainsi qu’il arriva jusqu’a la cabane de Léon. L’endroit, bien que repoussant de désordre et de saleté lui sembla bien abrité ; il fit agenouiller ses chameaux et se prépara à bivouaquer.
Leon terrorisé, l’observait par une fente entre deux planches. l’homme étrange ne semblait ni hostile ni dangereux. Et puis bien vite, de délicieuses odeurs vinrent lui chatouiller les narines : la cuisine que préparait Balthazar lui semblait d’une autre saveur que les quelques châtaignes qui faisaient son ordinaire. Il entrouvrit la porte. Balthazar le guignait du coin de 1 œil. Il savait bien que ce qui cuisait dans sa marmite valait tous les charmes du monde pour attirer les sympathies. Il fit signe à Léon. Celui—ci pas rassuré mais gourmand, sortit de sa tanière. Pas à pas, lentement, prudemment, il s’approchait du feu de camp. Balthazar qui était doué pour les langues avait eu le temps tout au long de son voyage d’apprendre le dialecte des gens d’ici. Il offrit à Léon de partager son repas. Le charbonnier hésita un peu mais sa gourmandise fut la plus forte,
Il s assit à coté du mage. La bonne chère, délicatement arrosée à le pouvoir de délier les langues et d’attendrir les plus endurcis.
Balthazar savait poser les bonnes questions ; Léon eut envie de se confier et quand le mage lui demanda ce que signifiait la quantité de jouets cassés qui jonchait les alentours, Léon ne sut pas mentir. Il avoua sa détestable manie.
“ Mais pourquoi demanda Balthazar ? ”
“ Parce qu’ils me détestent, parce qu’ils se moquent de moi, alors je me venge et moi, d’abord, je n’ai eu ni jouets, ni parents. ”
“  Pas de parents, s’enquit le Mage ? ”
“ J’étais tout petit quand ils sont morts et après personne n a voulu de moi, je me suis débrouillé tout seul. , tout seul... toujours tout seul... ”
“ Pauvre Léon ! ”
Léon surpris, regarda le mage. C’était bien la première fois qu on l’écoutait, qu’on le plaignait.
« Vous savez Léon, tout pourrait changer si vous le vouliez... »  
« Mais pourquoi, puisque personne ne m’aime ? »
« Vous voudriez qu’on vous aime ? »
« Je ne sais pas peut-être... mais comment ? »
« Léon, si vous faites ce que je vous dis, vous serez l’ami de tous les enfants. Le voulez-vous ? »
Encore buté, Léon dit qu’il voulait bien essayer.



mercredi 16 décembre 2009

Balthazar et le Père Léon

Balthazar et le Père Léon

L
e Mage Balthazar, s’en revenant de Bethléem n’avait pas envie de rentrer chez lui. Le Mage Balthazar, qui vivait en Afrique, voulait connaître l’hiver. 
Alors, il renvoya sa caravane, ses serviteurs, ne gardant avec lui que deux chameaux ; l’un porterait les vivres et l’or dont il allait avoir besoin pour son voyage, l’autre serait sa monture, puis il se dirigea vers le Nord. Le Nord-Ouest plus exactement.
En ce temps là, sévissait ici-même un horrible, sale, moche, vilain bonhomme qu’on appelait le père Léon et que tout le monde détestait, surtout les enfants.
Surtout les enfants, parce que ce père Léon avait la détestable habitude de voler leurs jouets et de les casser. Il poussait le vice, l’abominable Léon, jusqu’a passer la nuit par les cheminées pour s’introduire dans les maisons et rafler les poupées, les chariots, bref, tout ce qu’aimaient les enfants. C’est une des raisons pour lesquelles il était si sale et si noir. L’autre raison c est qu il était charbonnier comme ses parents. Il vivait au milieu des bois, dans une hutte crasseuse derrière et autour de laquelle il jetait son butin de jouets cassés dont il ne faisait rien sauf les contempler en ricanant.
On était alors, au moment du solstice d’hiver, qui correspond à notre dernière semaine de décembre. C’était et c’est toujours, une période froide et triste. Les gens, pour se réchauffer le corps et l’esprit avaient l’habitude de se réunir pour veiller au coin du feu, manger de bonnes choses, raconter des histoires chanter des chansons et surtout, surtout, donner aux enfants les jouets que leurs parents, tout au long de l’année avaient fabriqué pour eux dans le plus grand secret.

Léon bien sur n etait jamais invité et ça le rendait encore plus sournois et méchant

Un jour qu’il avait encore fait des siennes, que les enfants pleuraient et trépignaient, que les pères sortaient les fourches pour punir le malfaisant, un bruit insolite se fit entendre à l’entrée du village.
On aurait cru les sabots d’un. , non. , deux chevaux... mais ce n~ était pas tout à fait çà. Les gens tournèrent la tête du côté d’où venait le bruit, y compris Léon à qui la curiosité faisait oublier la prudence. Et il est vrai que ce qu’ils virent avait de quoi leur faire~ négliger un Léon qui était certes un fléau mais auquel somme tout on était habitué.
Ce qu’ils virent ?     D’abord deux étranges, affreux bestiaux, plus grand que des chevaux, avec de longues pattes maigres, une grosse tête de mouton et sur le dos. deux bosses!! et sur l’un des bestiaux, calé entre les deux bosses, un homme noir, tout noir, encore plus noir que Léon, mais vêtu d’étoffes brillantes et chamarrées. Il portait sur la tête, un énorme couvre chef jaune orné de plumes. Oh le drôle d’homme ! Oh les drôles de bêtes ! Affolés, oubliant Léon, les gens s’enfuirent chez eux et fermèrent la porte à double tour. Léon quant à lui, s enfuit dans les bois...


mardi 15 décembre 2009

SDF (fin)



Loin, très loin dans la montagne, Youssef connaissait un berger. Autrefois, il avait été un savant, puis il avait fui les hommes et leurs folies, d’abord au village où Youssef enfant l’avait connu, puis loin, encore plus loin. Quand il ne soignait pas ses moutons, il écrivait, méditait ; il connaissait aussi les vertus des plantes. Il accueillit les fugitifs, qui restèrent cachés, le temps que la jeune femme se rétablisse. En attendant, Youssef organisait leur départ pour l’étranger.
De cars branlants en cales de bateaux, de fourgons de trains en véhicules cahotants, il avait traîné Myriam absente et silencieuse jusqu’à cette ville glacée et inhospitalière. Quand elle avait vu son ventre s’arrondir, elle avait eu une crise de désespoir et de révolte. Ils étaient alors dans une situation telle qu’il était impossible d’interrompre la grossesse sans risquer la vie de Myriam. Elle avait voulu se tuer, Youssef avait pu l’en empêcher ; alors, muette, elle l’avait suivi. Elle marchait derrière lui, silencieuse, rien ne la concernait plus. Dormait-elle quand elle fermait les yeux ?
Ils marchaient le long des quais sans rencontrer âme qui vive. Des voitures les croisaient faisant gicler l’eau de la chaussée humide, les éclaboussant quand ils étaient trop près. Myriam, sans une plainte portait de temps à autre les mains à son ventre. Youssef s’affolait ; elle n’allait tout de même pas accoucher là, sur le trottoir…. !
Il y eut un pont, et de l’autre côté du pont, au pied de la silhouette noire de la grande église aux flèches pointues, des lumières… Youssef reprit courage, il sourit à Myriam en l’entraînant dans cette direction :
-« Allez, encore un effort… Il y a du monde là-bas, on va nous aider… »-
Péniblement, sous les bourrasques, ils traversèrent le pont. Devant la cathédrale, une vaste tente était éclairée. On avait planté là un brillant décor d’ampoules multicolores et de sapins givrés. Partout des étoiles artificielles remplaçaient celles que le ciel refusait de montrer. Une musique douce se répandait partout mais aucun être humain ne se montrait. Youssef fit le tour de la tente tandis que Myriam épuisée se laissait choir au pied d’un réverbère .
-« Elle ne peut pas accoucher comme ça, dans la rue, rageait Youssef. Il faut que je rentre là-dedans ! »-
Tout était clos mais il trouva entre deux panneaux de toile, un interstice qu’il put agrandir. Retournant chercher sa compagne qui pouvait à peine avancer, il la fit entrer.
Enfin il faisait chaud !  ils marchaient sur de la paille bien sèche  et une odeur d’animaux sains leur rappela le village. Dans la pénombre, ils distinguèrent des moutons, un âne, un boeuf. Alors là, sur la paille, au milieu des animaux, Myriam à bout de forces s’étendit et sans l’aide de Youssef qui cherchait partout de quoi venir à son secours, en un rien de temps, sans un cri, sans une plainte, elle mit au monde son bébé. Dont elle détourna la tête….
Youssef était revenu, portant un seau d’eau froide. Il remit un peu d’ordre et de propreté, donna à Myriam du linge sec. Elle se changea mais ne toucha pas au bébé qui hurlait de tout ses poumons ; Youssef l’emmaillota  dans ses propres sous-vêtements. Et puis, il fallait le nourrir… Heureusement le bœuf était une vache ; encore fallait-il la traire et dans quel récipient ?
-« Myriam…Je t’en prie… ce bébé va mourir ! Je t’en prie, donne-lui le sein ! »
Myriam avait fermé les yeux…
L’âne et la vache, intrigués, penchaient leurs grosses têtes sur le bébé ; leur souffle le réchauffait, mais il avait faim. Il hurlait, couvrant les voix angéliques qui dans les hauts parleurs chantaient : « Il est né le Divin Enfant… »
Une cloche sonna un coup, puis deux, puis trois….puis douze…
Myriam ouvrit les yeux, elle pleurait… Elle tourna la tête vers le bébé, tout petit, tout rouge, qui s’agitait, qui hurlait devant Youssef impuissant… Les yeux de Myriam et des animaux se croisèrent… Qu’y lut-elle ?
Elle se redressa, se cala dans la paille, ouvrit ses vêtements, prit le bébé, et lui donna le sein…

lundi 14 décembre 2009

S.D.F...

Un couple avançait dans la ville noire et luisante de pluie. A chaque carrefour une bourrasque les faisait frissonner. Leurs vêtements, décents, n’étaient pas adaptés au froid de Décembre. Chez eux, les nuits étaient glaciales parfois, mais pas, humides comme ici. D’une main il tenait un sac à demi plein de tout ce qu’ils possédaient au monde, et de l’autre, il remorquait Myriam, fatiguée un peu plus à chaque pas. Il était perdu ; le fleuve sur sa gauche coupait la ville en deux. Fallait-il ou non le traverser ?
Myriam, qui était déjà venue dans cette ville savait probablement où ils se trouvaient, mais depuis des semaines, elle ne parlait plus. Elle survivait… parce qu’il la surveillait. Elle n’ouvrait la bouche que pour absorber le peu de nourriture qu’il l’obligeait à prendre. Pour qu’elle vive ; elle et l’enfant qui allait naître. Cet enfant dont elle ne voulait pas ; cet enfant qu’il ne lui avait pas fait.
Pourtant il l’aimait, Myriam. Depuis qu’elle était née, là-bas, dans leurs montagnes au soleil. Il était déjà grand, alors : dix ans peut-être ? Tout de suite il avait désiré la protéger. Bébé, il aimait à la garder lorsque sa mère s’absentait ; il la berçait, lui chantait des airs anciens que sa grand-mère lui avait appris. Il avait guidé ses premiers pas, protégé son entrée à l’école.
Alors qu’elle devenait une élève brillante, il avait cessé d’étudier pour travailler avec son père. Travailler le bois… Des portes, des fenêtres, des étagères, un cercueil à l’occasion, des charpentes aussi, et de temps à autre, rarement car les gens du pays étaient pauvres, ce que l’un et l’autre préféraient, un beau meuble. Youssef aimait ce métier, ses gestes, son odeur. Puis Myriam avait quitté le village pour la ville où se trouvait le lycée ; pour entrer à l’université elle avait poussé jusqu’à la capitale ; elle avait fini ses études à l’étranger où elle avait trouvé du travail. Quand elle était revenue, pour de brèves vacances, elle était journaliste. Youssef, de loin suivait sa carrière, lisait ses articles. Il n’approuvait pas toujours ses idées mais les trouvait cependant généreuses.
Et puis il y avait eu les élections : ce parti religieux porté au pouvoir par une population  révoltée par la corruption du gouvernement. Bientôt, on avait vu le revers de la médaille : les religieux, fanatiques, voulaient tout contrôler, tout soumettre et principalement les femmes. Celles surtout qui comme Myriam prenaient la plume et la parole pour défendre leurs sœurs. Les menaces avaient commencé, l’intimidation. Il y eut les premiers assassinats ; Myriam y échappa de justesse. Alors, elle revint au village. Elle se montrait peu mais continuait à écrire. Youssef lui avait demandé d’arrêter au moins pour un temps, mais elle avait refusé. Elle voulait lutter. Elle se croyait en sécurité dans ces montagnes reculées, au milieu des gens qui l’avaient vu grandir. Elle dédaignait les vêtements traditionnels qu’on imposait aux autres femmes et s’obstinait à porter des jeans.
Un soir, rentrant d’un chantier qu’il avait à quelques kilomètres de chez lui, Youssef vit de loin une fumée insolite. C’était la maison de Myriam qui achevait de se consumer. Myriam, sa mère et ses sœurs gisaient inanimées ; les traces de viol et de coups n’étaient que trop visibles ; le père et le frère, pour avoir voulu les défendre, étaient morts, atrocement mutilés. Youssef vit que Myriam respirait encore. Il fit un couchage de fortune dans sa camionnette, rassembla quelques vêtements et en dépit des prières de ses parents, s’en fut, emportant Myriam.


dimanche 6 décembre 2009

Saint Nicolas copié

Le plus connu des saints fêtés en décembre est le grand Saint Nicolas.
Quel chemin ce personnage né en Asie Mineure et devenu évêque de Myre a-t-il parcouru pour venir dans nos régions tirer d’un saloir trois petits enfants victimes d’un boucher assassin ?
On pourrait faire plusieurs volumes des légendes qui courent sur Saint Nicolas. Voici ce qu’on raconte, chez nous, en Lorraine.
Un gentilhomme du pays, Albert de Varangéville était parti pour la première croisade. Sain et sauf, il rentrait chez lui en passant par l’Italie. Chez les bénédictins de Bari où il fit étape, il reçut ou acheta, (les moines ne vivent pas que de prières), les os d’un doigt de Saint Nicolas. Albert fit don de la relique à l’église de Port, un gros bourg situé sur la Meurthe, près de Nancy.
De nombreux croisés et voyageurs de retour de Palestine avaient raconté en Lorraine les miracles du grand saint. Quand on sût que l’église de Port abritait un de ses doigts, les gens accoururent en foule et le village grandit pour devenir la ville qui est encore aujourd’hui Saint Nicolas de Port, dominée par sa haute basilique.
Avant même d’avoir accompli quelque prodige, le saint protecteur des marins, des pauvres, des jeunes filles et des petits enfants, avait conquis les Lorrains.
Cent ans plus tard, un miracle allait asseoir sa réputation.
C’était en 1230 environ, pendant la sixième croisade ; un seigneur lorrain, le comte Cunon de Réchicourt, était prisonnier des infidèles.
Enfermé comme une bête fauve dans un cachot, avec au cou un carcan de fer de cinq doigts de large et épais d’un pouce, la taille prisonnière d’une ceinture de fer, immobilisé par trois chaînes de fer scellées dans la muraille, les bras et les jambes entravés par quatre autres chaînes, il était quasiment emmuré vivant, ignoré, oublié de tous, sans le moindre espoir d’évasion.
S’il n’attendait plus rien des hommes, il n’en continuait pas moins à prier Dieu et comme tout bon Lorrain, à invoquer Saint Nicolas.
Le soir du 5 décembre 1240, son geôlier, un chrétien renégat, le trouvant en prières alors qu’il venait vérifier ses chaînes, l’accabla de sarcasmes : -« Prie-le bien, ton Saint Nicolas ! Puisque demain c’est sa fête, il fera certainement quelque chose pour toi ! »
Le pauvre prisonnier à bout de misère, ne trouva rien à répondre, mais continua ses prières : -« Grand Saint Nicolas, vous qui avez pu rendre la vie à des petits enfants salés et coupés en morceaux, ne m’abandonnez pas ! Vous seul pouvez me sortir de ce cachot plus sombre qu’un tombeau. ! »
Et Cunon s’endormit en priant.
Il s’éveilla sous un ciel plein d’étoiles pâlissantes ; le jour allait se lever ; les miasmes de son cachot avaient laissé la place à un air pur et glacé. Il croyait rêver de cet endroit où il était couché et qu’il connaissait si bien : le parvis de l’église Saint Nicolas de Port, chez lui, en Lorraine.
Pourtant ce n’était pas un rêve ; il se leva et, faible et vacillant sous le poids de ses chaînes qu’il traînait derrière lui à grand fracas, il alla cogner à la porte de la basilique. Un jeune clerc, affolé tout d’abord à l’aspect de cet homme hirsute, dont la barbe et la chevelure, sales, longues, emmêlées, cachaient presque entièrement la face, consentit finalement à l’écouter et alla avertir le prieur.
Qui fut un peu long à éveiller puisque Saint Nicolas eut le temps de faire ouvrir le grand portail. Cunon chancelant toujours sous ses chaînes, alla se jeter au pied de l’autel et rendit grâces à Dieu et au grand saint.
D’abord étonné, puis émerveillé, le prieur écouta le récit du prisonnier puis à grand branle-bas de cloches fit accourir les fidèles. Du haut de sa chaire, il leur conta le grand miracle. La foule entonnait le Te Deum, quand un autre miracle fit s’écrouler à grand fracas, les fers qui emprisonnaient encore le comte.
Enfin libre, il les fit accrocher aux piliers de la basilique en guise d’ex-voto.
Peut-être y sont-ils encore, je ne suis pas allé vérifier….
PP

vendredi 4 décembre 2009

Purnath (fin)



Mahomet passa une décade complète à Mukrash. Purnath lui fit visiter la bauge de fond en comble. Ils discutèrent ensemble du système d’adduction d’eau (un problème que l’homme connaissait bien, et sur lequel il prodiguait des conseils fort utiles). Ils redessinèrent le plan de certaines cheminées d’aération, afin que l’incident qui les avait réunis ne puisse plus se reproduire. Mais ce qui passionnait Mahomet, c’était l’histoire de ses hôtes – en particulier leur filiation avec les grands sangliers velus de l’âge de pierre. Quand Purnath s’enquit des raisons de son intérêt, l’homme expliqua qu’il avait entendu dire par des commerçants venus du nord que de telles créatures existaient encore, dans les montagnes et les forêts de leurs pays. A ces mots, Horribal ne put s’empêcher de sourire. « Oui, s’esclaffa le vieil historien. C’est une légende classique. Il y a toujours une tribu primitive qui survit quelque part… »
Ces conversations auraient pu se poursuivre pendant des années. Mais un jour, Mahomet avoua à Purnath qu’il souhaitait regagner la surface. Même ici, son dieu continuait à lui parler. « Bientôt, il me demandera de prêcher sa parole. Je ne peux me dérober. Je dois reprendre ma place parmi les hommes. »
Pendant un instant, les vieilles habitudes militaires de Purnath reprirent le dessus. Il hésita, bafouilla quelques mots sur la sécurité de la bauge… Mahomet posa la main sur son flan. « N’aie aucune crainte. Jamais je ne dirai ce que j’ai vu et entendu ici. Et si l’attention de mes frères devenait trop pressante, je trouverai un moyen de détourner leur esprit de vous. Me crois-tu ?
-Oui , » concéda Purnath au bout de quelques instants ; et si incroyable que cela puisse paraître, il le pensait vraiment. Peu après, il raccompagna Mahomet, par un chemin connu de lui seul, jusqu’à la surface. Tandis que l’homme se hissait dans l’anfractuosité d’un rocher, Purnath jeta un coup d’œil au désert éblouissant. Une impression étrange l ‘envahit. Une nostalgie. Il allait perdre un ami. Et au même instant, il contemplait le monde immense, déserté par les siens des milliers d’années auparavant.
Que de grandes choses nous pourrions faire, songea-t-il en regardant la silhouette de Mahomet s’éloigner parmi les dunes. Si seulement nous pouvions vivre ensemble, les uns à côté des autres…
Il demeura ainsi un long moment, l’esprit empli de rêves éphémères. Puis, il rentra chez lui, tira une tablette de boue séchée de sa réserve, et rédigea la Première Loi – dans les termes exacts où elle s’applique encore aujourd’hui. Par la grâce de Dieu, jamais tu ne goûteras la chair de l’homme. (1)
*****

(1) On a coutume de voir dans cette disposition un acte fondateur, et un fait de civilisation. Si l’historien est en droit de relativiser cette interprétation, force est de constater que la sous-espèce des porcs demeurés en surface et restés dans l’ignorance du Codex – les cochons – ont connu une irrémédiable dégénérescence : perte quasi totale du langage articulé, quadrupédie, asservissement volontaire, etc. Est-il besoin de rappeler que ces lointains cousins sont hommenivores ?

jeudi 3 décembre 2009

Purnath (6)



Le sujet intéressait Purnath. Parmi ses projets pour la bauge, il y avait une réforme des régimes matrimoniaux et des systèmes d’héritage à laquelle il tenait particulièrement, mais qui n’était encore qu’une ébauche grossière. Il décida d’en savoir plus. A sa grande surprise, il vit Mahomet secouer la tête. « Comme tous les hommes, répondit-il de sa voix douce, j’essaie d’être un bon époux et un bon père… Je ne peux toutefois t’en dire plus. Cette question, comme beaucoup d’autres, relève d’une doctrine personnelle que je ne souhaite nullement t’imposer.
-De quoi parles-tu ?
-De religion. »
Purnath plissa le groin, et jeta un regard de biais à Horribal. « Les hommes aussi ont des dieux, grogna celui-ci sans cesser de prendre des notes.
-Pour ma part, reprit Mahomet dès qu’on lui eût traduit l’échange, je n’en ai qu’un.
-Comment l’as-tu choisi ?
-Je ne l’ai pas choisi. C’est lui qui s’est révélé à moi. C’est la raison pour laquelle je voyageais seul à travers le désert… J’ai besoin de silence et de temps pour l’écouter. »
Purnath hésita. Il était terriblement impressionné par la lumière qui brillait dans les yeux de Mahomet. Cette lumière, il la connaissait. Les peintres de l’hôtel de bauge avaient vainement tenté de la représenter dans les pupilles du sanglier Bonorrio. Et Purnath, à qui ses victoires sur les plages de Bakoum avaient offert l’ivresse de commandement, aspirait soudain à la sentir brûler au fond de lui. Est-il nécessaire de rappeler que ce don lui fut toujours refusé ainsi qu’il l’avoua lui-même en préambule de son Codex, et qu’il demeura par la suite convaincu d’avoir, par l’intermédiaire de Mahomet, approché la divinité d’aussi près que possible ?
Une phrase semble avoir joué, dans cette révélation, un rôle déterminant. Lorsque Purnath demanda à Mahomet pourquoi il n’avait montré ni peur, ni curiosité particulière à son réveil, celui-ci sourit et répondit : « J’ai repris conscience dans une salle magnifique. J’ai vu par la fenêtre une ville aux bâtiments raffinés. Et j’ai aperçu devant moi deux être intelligents et soucieux de mon bien- être. De quoi aurais-je dû m’inquiéter ? »
A partir de cet instant, Purnath sut qu’il avait affaire à un saint.

mercredi 2 décembre 2009

Purnath (5)



Le vieil historien traduisit la question en une série de vociférations aiguës. Tous ceux qui ont entendu ce genre de sons savent combien il est difficile de les considérer comme les éléments d’une langue élaborée. Et pourtant, c’est bien ainsi que les humains s’expriment.
L’homme parla à son tour – brièvement, et avec grand calme.
« Il dit qu’il ne sait pas où il est, monsieur le maire. Il marchait dans le désert, à la tombée de la nuit, et se dirigeait vers un gros rocher où il espérait trouver un abri pour dormir, lorsque le sol s’est dérobé sous ses pieds. Il se souvient d’une chute le long d’un puits… Voilà tout. »
Purnath réfléchit. Bien qu’il ne lui fût guère aisé de l’admettre, il était impressionné par l’éclat paisible des yeux de l’homme. Par le port altier de sa tête et la noblesse de ses gestes. Même le son de sa voix semblait mélodieux. De toute évidence, cet être  n’était pas un espion. Mais alors, comment expliquer la sérénité qui semblait émaner de lui ?
« Très bien, soupira Purnath. Nous allons lui dire où il se trouve, et essayer de voir ce que nous pouvons faire pour lui. Après tout, la guerre est finie depuis longtemps… Ce n’en est pas moins un problème délicat, car il n’est pas question de compromettre la sécurité de Mukrash. Mais d’abord, demande-lui son nom. »
L’homme s’appelait Mahomet. Dans les heures, puis les jours qui suivirent, et au cours desquels ils ne se quittèrent plus, Purnath l’entendit avec une passion croissante raconter l’histoire de sa vie. Il était né dans une ville humaine appelée La Mecque. Il appartenait à la tribu des Koreichites, mais sa famille était fort modeste et ne possédait guère d’influence. D’ailleurs, il n’avait pas connu son père, et sa mère était morte lorsqu’il avait cinq ans.
Il avait été berger. Puis, avait voyagé et fait du commerce pour le compte d’une riche veuve qui, un peu plus tard, était devenue sa femme : Kadidja.

mardi 1 décembre 2009

Purnath (4)



Lorsque Horribal rejoignit Purnath dans la grande salle du conseil de l’hôtel de bauge, l’homme était en train de reprendre conscience. Deux jeunes truies l’avaient baigné, parfumé et enveloppé dans un drap, avant de l’installer délicatement sur un assemblage de coussins posés à même le sol ( il n’existait évidemment aucun siège où on pût l’asseoir). Purnath fit sortir tout le monde, ne conservant que le vieil historien à ses côtés. Tous deux attendirent en silence le moment où l’homme ouvrirait les yeux. Qu’allait-il éprouver ? se demandait Purnath en lissant songeusement ses soies. De la terreur, sans aucun doute. Car même si, chez les êtres humains, le souvenir des guerres interespèces s’était estompé depuis la fin de l’âge de pierre (c’était précisément le point qu’Horribal, au cours de sa folle expédition en surface, avait cherché, et réussi, à établir), comment leur raison résisterait-elle au spectacle de porcs vêtus de toges et portant chapeaux – et dont  la taille, lorsqu’ils se tenaient debout sue leurs pattes arrières frôlait les deux mètres cinquante ?
A moins, naturellement, que l’homme ne soit pas tombé par hasard dans la bouche d’aération…
Pendant quelques instants, Purnath crut que tel était le cas. L’intrus avait fini par battre des paupières. Avec un très léger gémissement, il s’était hissé sue un coude et avait jeté autour de lui un regard circonspect.. Ses yeux s’étaient posés, çà et là, sur les murs de la salle du conseil. Ils s’étaient longtemps attardés sur les fresques représentant Bonorrio, sa hache de pierre à la main, juché au sommet d’une montagne de cadavres humains couverts de peaux de bêtes. Pour finir, l’homme avait dévisagé Horribal, puis Purnath lui-même. Sans autre manifestation physique qu’une étrange torsion des lèvres. Horribal se pencha et murmura à l’oreille de Purnath : « Il nous sourit, monsieur le maire. C’est un signe d’amitié et de bonne volonté. »
Purnath hocha pensivement la tête. « Demandez-lui ce qu’il fait ici. »

Rimes à rien...

Que deviendra Arsinoë la Belle quand le sort l'enverra loin de son élément? Son avenir sera celui de la lentille qui se veut papillon...