dimanche 26 juillet 2009

Les deux frères (17)


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A la cour, on ne voyait pas revenir le gouverneur et la princesse était malade de chagrin et d’angoisse. C’est dans ce temps que l’autre jumeau, celui qui était parti vers l’est, arriva dans le royaume. Il avait cherché du travail, n’en avait pas trouvé et lui aussi avait erré de ci, delà, à l’aventure, en faisant danser se animaux, quand sa pièce d’or quotidienne ne suffisait pas. Et puis, son frère commença à lui manquer et il retourna à la croisée des chemins, là où ils s’étaient séparés. Le couteau était toujours planté dans l’arbre, mais il était brillant d’un côté et rouillé de l’autre. Il comprit que son frère était en danger mais qu’il était encore temps d’aller à son secours. Il prit donc la route de l’ouest. Quand il arriva aux portes de la ville, suivi de ses animaux, les gardes vinrent à sa rencontre : « Nous allons dit le chef, annoncer votre retour à la reine ! Elle en sera bien heureuse, car elle vous croit disparu dans la forêt enchantée. Il comprit qu’on le prenait pour son frère. Il résolut de se faire passer pour lui. La jeune reine, heureuse de retrouver son époux lui reprocha de s’être absenté si longtemps. « C’est que répondit-il, je me suis égaré dans la forêt et j’ai eu bien du mal à retrouver mon chemin. Le soir, il partagea la chambre et le lit de la reine, mais il mit entre eux deux une épée à double tranchant ; elle en fut surprise et peinée mais n’osa pas poser de question. Pendant plusieurs jours il se renseigna sur la forêt enchantée et quand il en sut assez, il annonça qu’il retournait à la chasse. Le roi et sa fille voulurent l’en dissuader, mais il s’obstina et partit comme la première fois, suivi d’une forte escorte. A peine entré dans la forêt, il vit la biche blanche et dit à ses gens de l’attendre, pendant qu’il poursuivrait la biche. Ses animaux coururent derrière lui, mais pas plus que son frère, il ne put rattraper l’animal. Comme son frère, il ne put sortir de la forêt, comme son frère, il fit un feu, et comme lui entendit gémir et grelotter. Il dit à la vieille de descendre se chauffer, elle dit qu’elle avait peur des animaux et proposa de lancer son bâton ; mais contrairement à son frère, il se méfia : « Je ne frappe pas mes animaux ! Descend, ou c’est moi qui viens te chercher ! – Qu’est-ce que tu crois, ricana la sorcière, on ne me touche pas si facilement ! - Descend, ou je te tire dessus ! – Tire, donc ! ça m’est bien égal ! » Elle savait bien que les balles de plomb ne pouvaient pas l’atteindre. Il épaula, visa, tira : et la sorcière ne fit que ricaner. Le chasseur avait compris ; il arracha trois boutons d’argent de son gilet et en chargea son fusil. Si elle était invulnérable au plomb, en revanche, l’argent pouvait l’atteindre et le jeune homme visait juste ; elle s’écroula en hurlant. Il posa le pied sur elle et lui dit : « Si tu ne veux pas finir dans ce feu, dis moi à l’instant ce que tu as fait de mon frère. » Prise de peur, elle avoua : « Je l’ai pétrifié ! Il est couché dans cette fosse avec ses animaux. » Il l’empoigna et la força à descendre avec lui dans la fosse. « Méchant vieux hibou, rends la vie à mon frère et à tous ceux qui sont avec lui, sinon, je te jette dans le feu ! »

vendredi 24 juillet 2009

Les deux frères (15)


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Il n’oublia pas non plus le brave aubergiste ; il le fit venir et lui dit : « Vous voyez , ami aubergiste, que j’ai épousé la princesse ; donc votre maison et votre auberge sont à moi ? – C’est juste, puisque j’ai perdu mon pari, répondit piteusement l’aubergiste. – Ce qui est juste, c’est de ne pas vous priver d’un bien dont vous avez plus besoin que moi ; mais puisque vous étiez prêt à honorer votre parole, je vous donne en plus ma mise de mille pièces d’or. »
Les jeunes mariés étaient gais et heureux de vivre ensemble ; cependant le nouveau gouverneur n’oubliait pas ce qu’il avait été et allait souvent à la chasse, suivi de ses animaux.
Or, il y avait dans la voisinage une forêt dont on disait qu’elle était enchantée : qui y pénétrait risquait de ne jamais en sortir. Le jeune gouverneur, naturellement, mourait d’envie d’y aller chasser ; aussi ne laissa-t-il pas de repos au vieux roi tant qu’il ne le lui eut pas permis. Il se mit en route avec une forte escorte ; à peine entré dans la forêt, il vit une grande biche, blanche comme neige. Il commanda à sa suite de l’attendre car il voulait la poursuivre seul. Il galopa sur les traces de la bête, suivi seulement de ses animaux. Ses gens, selon ses ordres l’attendirent, mais le soir venu, il ne revint pas. Ils durent rentrer au château et annoncer à son épouse la triste nouvelle. La jeune femme se mit à craindre pour sa vie.
A+PP

jeudi 23 juillet 2009

Les deux frères (14)


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Or, on apportait solennellement les sept têtes du dragon et le roi dit : « Voici les sept têtes que le connétable a coupées au dragon ; pour ce service, je lui donne aujourd’hui ma fille. » Le chasseur se leva, ouvrit les sept gueules et dit : « Pourquoi ces têtes n’ont-elles pas de langues ? » Le connétable devint tout pâle mais dit avec aplomb : « Parce que les dragons n’ont pas de langues ! – Ce sont les menteurs qui devraient n’en pas en avoir, répondit le chasseur, car pouvez-vous dire d’où viennent celles-ci ? » Il sortit le paquet, défit le mouchoir ; les sept langues s’adaptaient parfaitement aux sept gueules dont elles avaient fait partie. Puis il montra à la princesse le mouchoir brodé à son nom et lui demanda à qui elle l’avait donné : « Je l’ai donné a celui qui a tué le dragon. » Il fit venir ses animaux, ôta à chacun son collier et au lion le fermoir d’or ; il demanda à la princesse à qui ils appartenaient : « Ce collier et son fermoir d’or étaient à moi, mais je les ai partagés entre les animaux qui ont aidé à vaincre le dragon.
Et le chasseur fit devant la cour le récit de ses aventures depuis le moment où il s’était endormi après avoir tué le dragon, jusqu’au moment où il avait appris de l’aubergiste, l’imposture du connétable.
Le roi demanda à sa fille : « Ce chasseur dit-il vrai ? » et la princesse qui ne savait pas mentir, répondit : « Oui, père ; mais le connétable m’avait menacé de mort si je racontais la vérité ; c’est pourquoi j’avais demandé ce délai d’un an avant de l’épouser. » Le roi institua immédiatement un tribunal de douze juges et l’on fit le procès du connétable qui fut condamné à être écartelé par quatre bœufs. Après l’exécution, le roi maria sa fille au chasseur et le nomma gouverneur du royaume. Le nouveau marié n’oublia pas son père adoptif qu’il combla de présents.

mercredi 22 juillet 2009

Les deux frères (13)


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Le repas fini, il dit : « Ami aubergiste, j’ai mangé et bu comme un roi ; maintenant, je vais aller à la cour et j’épouserai la princesse. – Impossible, répondit l’aubergiste, la princesse est déjà fiancée. Elle doit aujourd’hui épouser le connétable. » Alors le chasseur tira de sa poche les sept langues du dragon enveloppées dans le mouchoir que lui avait donné la princesse : « Voyez-vous, aubergiste, ce que je tiens dans cette main va m’y aider. » L’aubergiste considéra le paquet sanglant et dit : « Je veux bien tout croire, mais pas ça ! Tiens, je parie ma maison et mon auberge ! » Le chasseur posa sur la table une bourse contenant mille pièces d’or et lança : « Pari tenu ! »
Le roi, pendant ce temps, dînait avec sa fille : « D’où venaient ces bêtes féroces qui se promenaient partout dans le château et dans tes appartements. – Je ne peux pas vous le dire, mon père, mais faites chercher le maître de ces animaux vous n’aurez pas à le regretter. » Le roi envoya un messager à l’auberge qui arriva juste au moment ou le chasseur pariait avec l’aubergiste : « Vous voyez, ami aubergiste, le roi envoie son messager pour m’inviter aux noces de sa fille. Mais attendez… » Et il dit au serviteur : « Je ne peux me rendre au mariage de la princesse dans un si modeste équipage. Demandez lui de me faire envoyer les habits, le carrosse, les chevaux et les serviteurs qui conviennent à un invité du roi. » Le messager porta cette réponse au roi qui demanda à sa fille : « Que faut-il faire ? – Faites ce qu’il demande, père. Vous n’aurez pas à le regretter. » Le roi envoya de riches habits, un carrosse, six chevaux et des domestiques .« Vous voyez, ami aubergiste, dit le chasseur, le roi me fait chercher comme je l’ai demandé. » Il revêtit les beaux habits et sans oublier les langues du dragon, il monta dans le carrosse pour se rendre à la cour. Le roi, qui pressentait un mystère, en le voyant arriver dit à sa fille : « Comment faut-il le recevoir ?- Allez à sa rencontre, mon père, vous n’aurez pas à le regretter. » Le roi alla au devant de lui et le conduisit, suivi de ses animaux dans la grande salle du trône. Il le fit asseoir à côté de lui et de la princesse. Le connétable était assis de l’autre côté, mais il ne reconnut pas le chasseur.

lundi 20 juillet 2009

Les deux frères (11)


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Le lendemain au déjeuner, il dit à l’aubergiste : « Croyez-vous possible que ce jour même, je mange du pain provenant de la table du roi ?- C’est tellement impossible que je suis prêt à parier cent pièces d’or que vous n’y arriverez pas. » Le chasseur accepta le pari et donna sa bourse en gage : elle contenait exactement cent pièces d’or. Puis il appela son lièvre : « Mon petit ami agile, saute jusqu’au palais et rapporte moi du pain de la table du roi. ». C’était une mission dangereuse ; en sautant à travers la ville, il aurait tous les chiens à ses trousses ; ce qui ne manqua pas d’arriver. Toujours poursuivi, il arriva près du palais et se cacha dans la guérite d’un garde. Les chiens tentèrent de l’en faire sortir en sautant, en grattant et en aboyant, mais le garde qui n’avait pas vu le lièvre cogna sur les chiens avec la crosse de son fusil pour les faire cesser ; ils s’enfuirent tous en hurlant et en gémissant. Le lièvre sortit de la guérite, traversa la cour du château, alla tout droit chez la princesse ; il se cacha sous son fauteuil et avec sa patte, lui gratta le pied. « Veux-tu bien finir ! », dit la princesse croyant que c’était son chien. Le lièvre recommença, mais la princesse croyait toujours que c’était son petit chien ; elle voulut le chasser. Le lièvre obstiné, gratta un troisième fois et la princesse se baissa pour voir qui lui grattait le pied ainsi. Elle vit le lièvre et le reconnut à son collier de corail. Elle le prit dans ses bras, l’emmena dans sa chambre où elle lui dit : « Que veux-tu, gentil lièvre ? – Mon maître qui a tué le dragon m’envoie vous demander du pain de la table du roi » Tout heureuse de savoir le chasseur revenu, la princesse fit chercher le boulanger et lui ordonna d’apporter un pain semblable à celui qu’il pétrissait pour le roi. Le petit lièvre alors plissant le nez et remuant les oreilles dit : « Il faut que le boulanger le porte avec moi et qu’il empêche les chiens de me courir après. » Le boulanger l’accompagna jusqu’à l’auberge : le lièvre prit le pain avec ses pattes de devant et le porta à son maître. Le chasseur appela l’aubergiste : « Vous avez perdu ! Les cent pièces d’or sont à moi. Mais, le pain tout seul, c’est un peu sec ! Il me faudrait avec du rôti du roi. » L’aubergiste se mit à rire : « Je voudrais bien voir ça ! – Vous pariez ? – Dame, non ! J’ai perdu cent pièces d’or ; c’est bien assez. »
A+PP

dimanche 19 juillet 2009

Les deux frères (10)


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Le lièvre dit timidement en fronçant le nez et en remuant les oreilles : « J’avais pris deux racines ; maître mordez-là solidement pendant que le lion vous détache la tête et la remet à l’endroit. »
Bien que remis en état, le chasseur resta triste d’avoir perdu sa fiancée qu’il croyait mariée au connétable. Il partit à travers le monde, et faisait danser ses animaux pour gagner leur vie. Une pièce d’or par jour, c’est peu pour nourrir un lion, un ours, un loup, un renard et un lièvre ; sans compter lui-même et son chien. En allant ainsi d’un ville à l’autre, il finit par se retrouver dans celle qu’il avait délivrée du dragon. Elle était cette fois toute tendue d’écarlate. Il prit pension chez l’aubergiste qui avait bien accueilli ses animaux : « Pourquoi, demanda-t-il, la ville est-elle tendue d’écarlate alors qu’il y a un an elle était voilée de crêpe noir ? » « Il y a un an, répondit l’aubergiste, la fille du roi devait être livrée au dragon ; mais le connétable l’a tué et aujourd’hui, il va l’épouser. » Le chasseur alla se coucher sans rien dire.

A+ PP

mercredi 15 juillet 2009

Les deux frères (6)


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Le lendemain, il prit avec ses bêtes la direction de la montagne. Au sommet se dressait une chapelle ; sur l’autel étaient posées trois coupes et devant, une inscription : « Qui videra les coupes deviendra le plus fort du monde. Il pourra prendre l’épée qui est fichée dans le parvis. » Le chasseur ne toucha pas aux coupes et sortit pour prendre l’épée ; elle était impossible à bouger. Alors il rentra dans la chapelle, vida les coupes et se sentit assez fort pour prendre l’épée qui lui sembla même fort légère à manier. Puis il attendit. Au bas de la montagne, apparut un cortège : le roi, sa cour et son connétable accompagnaient la princesse, qui eut d’abord un mouvement de recul, puis, se souvenant que son devoir était de sauver sa ville, elle gravit courageusement le chemin du sommet. Le roi et toute la cour s’en retournèrent éperdus de douleur ; seul, le connétable resta pour assister au sacrifice.
Quand elle arriva au sommet de la montagne, la princesse ne vit pas de dragon, mais le beau chasseur qui l’entoura d’un bras protecteur : « Ne craignez rien, princesse, je suis ici pour vous sauver. Enfermez vous dans la chapelle et n’en bougez sous aucun prétexte. » . Le dragon arrivait et la princesse s’évanouit d’horreur avant que le chasseur ait fini de fermer la porte.
Voyant un solide gaillard à la place d’une jeune fille, le dragon furieux gronda : « Que viens-tu faire ici ?
- Je viens me battre avec toi !
– De plus solides que toi y ont perdu la vie ; je me débarrasserai de toi comme des autres ! »
Et ses sept gueules se mirent à cracher du feu, l’herbe sèche flambait tout autour et une épaisse fumée allait étouffer le jeune homme, quand ses animaux se mirent à piétiner le sol pour éteindre le feu. Le dragon se jeta sur le chasseur, mais celui-ci brandit son épée si vite qu’elle siffla en l’air et trancha trois têtes d’un seul coup. De plus en plus furieux, le dragon se dressa, se précipitant sur le jeune homme en crachant des flammes par les gueules qui lui restaient ; il brandit à nouveau son épée et trancha encore trois têtes. Le monstre était à bout de forces et le chasseur épuisé.

jeudi 9 juillet 2009

Les sept corbeaux (fin)



Elle marcha longtemps, loin, loin devant elle… elle marcha tant qu’elle arriva au bout du monde ; elle marcha encore et arriva jusqu’au soleil . Il faisait peur, il était brûlant et la regardait en se léchant les babines comme s’il allait la dévorer.
Elle se sauva bien vite et marcha encore , loin, loin, jusqu’à la lune ; mais la lune était froide, elle avait le regard méchant et quand elle vit la petite elle dit : « Je sens… je sens la chair fraîche ! »
Elle se sauva encore et courut, courut jusqu’aux étoiles. Les étoiles étaient aimables et gentilles. Elles avaient chacune, comme elle, une petite chaise. L’Etoile du matin lui tendit une osselet en lui disant : « Ce petit os est la clef de la Montagne de verre. Fais-y bien attention car c’est là que se trouvent tes frères. Si tu le perds, tu n’arriveras pas jusqu’à eux.
Elle prit l’osselet, l’enveloppa soigneusement dans son mouchoir et s’en fut sur le chemin de la Montagne de Verre. La porte en était verrouillée. L’enfant prit dans sa poche le mouchoir ; mais en le dépliant, l’osselet tomba dans l’immensité et jamais elle ne put le rattraper. Comment faire désormais pour retrouver ses frères. Non loin d’elle, la brave petite sœur vit un couteau ; en serrant les dents, elle se coupa une phalange du petit doigt qu’elle introduisit dans la serrure. La porte s’ouvrit, elle entra.
La première personne qu’elle aperçut, fut un nain qui lui demanda ce qu’elle cherchait .
« Je cherche dit-elle, mes frères :les sept corbeaux. »
Le nain répondit : « Ces messieurs les corbeaux ne sont pas rentrés, mais tu peux attendre leur retour. »
Puis, le nain commença de servir le repas des corbeaux ; il y avait sept petites assiettes, sept petits gobelets. La petite sœur goûta de chaque assiette et de chaque gobelet et dans le dernier, elle laissa tomber sa bague. Alors on entendit dans les airs des croassements et des battements d’ailes et le nain annonça : « Ces messieurs les corbeaux sont de retour ! »
Les corbeaux entrèrent, se mirent à table et chacun prenant son gobelet et son assiette disait : « Qui a mangé dans mon assiette ? Qui a bu dans mon gobelet ? Il me semble que c’est un humain ! » Le septième en buvant, faillit avaler la bague. Il la recracha, l’observa et reconnut le bijou qui avait appartenu à sa mère .
« Notre sœur serait-elle parvenue jusqu’à nous ? Serait-elle venue pour nous délivrer ? »
La petite qui s’était tenue cachée, avança vers eux et aussitôt les sept corbeaux retrouvèrent leur forme humaine .
Chacun prit dans ses bras la petite sœur et l’embrassa, puis les huit enfants reprirent le chemin de la maison de leurs parents.

mercredi 8 juillet 2009

Les sept corbeaux - d'après Grimm (1)




Un homme qui avait sept fils souhaitait, pour changer, avoir une fille. Il le désirait tant que sa femme finit par attendre un bébé, et par bonheur, elle accoucha de la petite fille objet de tant de vœux fervents. Mais le bébé était si chétif, si maladif, qu’on se mit à craindre pour sa survie. On jugea prudent de le baptiser très vite, aussi le père envoya-t-il un de ses garçons chercher de l’eau bénite à l’église dans une petite fiole de verre. Les six autres suivirent leur frère, tout courant et se chamaillant pour savoir qui arriverait le premier à l’église, et qui le premier puiserait l’eau sacrée. Ils firent tomber la fiole qui se cassa.
Les garçons bien embêtés, n’osaient rentrer à la maison. Pendant ce temps, le père s’impatientait ; il craignait que sa petite fille ne meure avant d’avoir été baptisée. Tout en colère, il s’écria :« Ces maudits gamins mériteraient d’être changés en corbeaux ! ». Il n’avait pas fini sa phrase qu’il entendit un battement d’ailes et qu’il vit passer au-dessus de lui un vol de sept corbeaux.
Le père alors, regretta ses parolesinconsidérées, mais ni ses larmes ni celles de la mère ne purent briser l’enchantement. Ils se consolèrent comme ils purent en regardant grandir leur petite fille qui devenait plus vigoureuse et plus belle de jour en jour. Comme les parents, pour ne pas raviver leur chagrin ne parlaient jamais des garçons, la petite fille ignorait qu’elle avait eu sept frères aînés.
Et puis un jour elle entendit des voisins bavarder ; en entendant son nom, elle écouta plus attentivement. Ces gens disaient que certes, elle était fort belle mais qu’à sa naissance, ses sept frères avaient disparu. La petite, qui parfois s’ennuyait toute seule en fut bien chagrinée. Elle alla trouver ses parents et leur demanda s’il était vrai qu’elle avait eu des frères et ce qu’ils étaient devenus.
Les parents lui racontèrent alors comment ses frères avaient été changés en corbeaux en allant chercher l’eau de son baptême. Elle se sentit responsable de ce malheur ; pendant des semaines elle ne put trouver ni paix ni sommeil. Alors elle décida de partir à la recherche de ses frères et de trouver un moyen de rompre l’enchantement. Elle emporta une bague que ses parents lui avaient donnée, une miche de pain, une gourde d’eau et une petite chaise pour se reposer.

mardi 7 juillet 2009

Les trois cheveux d'or du Diable (4)



Quand il eut quitté la maison pour aller chercher des âmes par le monde, la diablesse rendit au jeune homme sa figure humaine. Elle lui remit les trois cheveux en lui demandant s’il se souvenait bien des réponses aux trois questions. Il répondit qu’il n’aurait garde de les oublier.
« Alors dit-elle, tu peux reprendre ta route. » Le jeune homme la remercia et quitta l’enfer tout guilleret.
Arrivé devant la rivière, le passeur lui demanda la réponse promise : « Passe-moi d’abord et je te la dirai sur l’autre rive. »
Quand il fut descendu de la barque, il lui donna le conseil du diable : mettre la rame dans la main du prochain voyageur.
Il continua sa route et retrouva la ville de l’arbre stérile ; la sentinelle attendait sa réponse : « Chassez la souris ! » dit le jeune homme. Pour le remercier , les habitants lui donnèrent deux ânes chargés d’or.
Tenant ses ânes par la bride, il arriva dans la ville de la fontaine tarie. Il dit à la sentinelle d’enlever le crapaud. Aussitôt la fontaine se remit à couler et pour le remercier on lui donna encore deux ânes chargés d’or.
Le fille du roi, qui attendait le retour de son époux courut à sa rencontre et se jeta dans ses bras. Le mauvais roi, quand son gendre lui remit les trois cheveux d’or, manqua s’étouffer de colère, mais quand il vit les ânes, il se radoucit. « Bon, admit-il, tu as mené à bien ta mission et ma fille est à toi. Mais en plus, tu ramènes une fortune ! Où donc as-tu trouvé tout cet or ? »
« Je l’ai trouvé de l’autre côté d’une rivière que j’ai traversée ; c’est le sable de cette rive-là. »
Le roi qui aimait l’or demanda : « Pourrais-je en avoir autant ? »
« Autant que vous voudrez ! Prenez des sacs et demandez au passeur de traverser ; vous n’aurez qu’à vous baisser ! »
Le roi, cupide, se mit en route ; arrivé devant la rivière, il fit signe au passeur. Dès que le roi fut dans la barque, le passeur lui mit sa rame en main, sauta lestement sur la rive et laissa le roi attendre un prochain voyageur.

lundi 6 juillet 2009

Les trois cheveux d'or du Diable (3)



Le diable était absent ; sa compagne l’attendait assise dans un grand fauteuil. « Que veux-tu ? » dit-elle aimablement.
« Pour mériter ma femme, que j’aime tendrement, il me faut prendre trois cheveux d’or sur la tête du diable ! »
« Trois cheveux ! Il ne te laissera pas faire ! Il ne faudrait même pas qu’il te voie ou alors gare à toi ! Mais tu me plais et je vais t’aider. »
Aussitôt, elle le changea en fourmi et lui dit de se cacher dans les plis de sa robe.
« Merci dit le garçon, mais il me faut aussi pour pouvoir rentrer chez moi, savoir trois choses. »
« Lesquelles ? »
« Pourquoi une fontaine qui donnait du vin ne donne même plus d’eau ; pourquoi un arbre qui portait des pommes d’or ne porte même plus de feuilles et si le passeur de la rivière doit rester à son poste sans jamais être remplacé. »
« Il n’est pas facile de répondre à ces questions ; aussi écoute bien ce que dira le diable quand le lui arracherai ses trois cheveux d’or. »
Le soir, le diable rentra chez lui ; il se mit à renifler partout : « Je sens, je sens… comme une odeur de chair humaine ! » Et il se mit à fouiller partout ; sa compagne se fâcha : « As-tu bientôt fini ? Tu crois toujours sentir de la chair humaine et moi, j’ai tout balayé et tout rangé, et tu ne vas pas tout bouleverser pour rien ! Viens t’asseoir et mange ta soupe ! ».
Le diable était fatigué ; sa soupe à peine finie, il posa sa tête sur les genoux de sa compagne pour qu’elle lui cherche des poux. Bientôt il s’endormit et se mit à ronfler. Elle en profita pour arracher un cheveu qu’elle mit dans sa poche. « Aïe ! cria le diable, tu me tires les cheveux ! »
« C’est que j’ai fait un cauchemar et je t’ai pris par les cheveux ! »
« Qu’as-tu donc rêvé ? »
« J’ai rêvé d’une fontaine qui versait du vin et qui s’est tarie au point de ne même plus verser d’eau, et je me demandais pourquoi ? »
« Ah, si on le savait ! on enlèverait le crapaud qui est sous une pierre et qui bouche la fontaine ; le vin se remettrait à couler. »
Sur ce, la diablesse se remit à lui chercher des poux et le diable se rendormit. Bientôt il ronfla si fort que les vitres se mirent à trembler. Elle arracha un deuxième cheveu.
« Mais ça va pas ? hurla le diable en colère, tu me fais mal ! »
« C’est encore un cauchemar ! »
« Qu’as-tu rêvé cette fois ? »
« J’ai rêvé d’un arbre qui portait des pomme d’or et qui ne porte même plus de feuilles ! Qu’est-ce que cela signifie ? »
« Ah, si on le savait ! On chasserait la souris qui ronge ses racines et l’arbre porterait de nouveau des fruits ; et d’ailleurs, si on ne le fait pas, l’arbre mourra tout à fait. Et maintenant, fiche moi la paix avec tes rêves. Si tu me réveilles encore une fois, tu auras une calotte ! »
La diablesse l’apaisa et se remit à lui chercher des poux jusqu’à ce qu’il se rendorme et se remette à ronfler. Elle arracha le troisième cheveu d’or. Cette fois le diable se leva en criant. Il voulait la battre mais elle le calma : « Comment peut-on éviter un cauchemar ? »
« Qu’es-tu allée rêver encore ? »
« C’est un passeur, cette fois : il se plaignait de devoir éternellement passer l’eau avec sa barque sans que personne vienne jamais le remplacer .»
« Quel sot ! Il n’a qu’à mettre sa rame dans la main du premier qui voudra passer la rivière et il sera libre ; c’est l’autre qui devra prendre sa place. »
Maintenant qu’elle avait les trois cheveux d’or et les trois réponses, la diablesse laissa son diable dormir jusqu’au matin.

dimanche 5 juillet 2009

Les trois cheveux d'or du Diable (2)



Les brigands ne tardèrent pas à rentrer et se mirent en colère à la vue de cet étranger qui dormait. La vieille dut s’expliquer : elle avait eu pitié de ce pauvre jeune homme égaré dans les bois. « D’ailleurs, ajouta-t-elle, il partira demain matin puisqu’il porte une lettre à la reine. »
Les brigands voulurent savoir ce que disait la lettre. Ils étaient tous des malfaiteurs, des criminels endurcis et pourtant la traîtrise du roi les indigna. Le chef déchira la lettre et en mit une autre à la place dans laquelle il avait écrit qu’on devait immédiatement marier la fille du roi au messager. Les brigands remirent la lettre dans la poche de leur protégé qu’ils laissèrent dormir jusqu’au matin, puis ils le remirent sur la bonne route.
La reine reçut le messager, prit connaissance de la lettre et s’empressa d’exécuter les ordres de son époux, sans même consulter sa fille. Heureusement, la bonne mine du garçon né coiffé lui plut et elle fut enchantée d’avoir à passer le reste de sa vie avec lui..
Quand le roi revint au palais, il trouva la prédiction accomplie : le garçon né coiffé avait épousé sa fille dans sa quatorzième année. Il demanda des comptes à la reine qui lui répondit qu’elle n’avait fait qu’exécuter l’ordre qu’il avait donné dans la lettre. Il demanda à la voir. Quand il vit qu’elle avait été changée, il fit venir le jeune homme : « Qu’est devenue la lettre que je t’avais confiée ? Ce n’est pas celle-ci ! » « Je n’en sais rien répondit le jeune homme. Probablement les brigands chez qui j’ai passé la nuit l’auront changée. »
Le roi était furieux : « C’est trop facile ! Ma fille ne peut appartenir à un enfant trouvé ! A moins… à moins que tu n’ailles en enfer. Tu y prendras trois cheveux d’or sur la tête du diable et tu me les apporteras. Si tu y parviens, ma fille sera à toi. »
Le roi en ordonnant cette quête impossible, pensait bien se débarrasser de ce gendre malencontreux. Mais le jeune homme accepta : « Je n’ai pas peur du diable ; j’irai chercher les trois cheveux d’or. » Il se mit en route aussitôt.
Mais il est long le chemin de l’enfer. Un jour, il arriva à la porte d’une ville ; la sentinelle lui demanda qui il était et ce qu’il savait.
« Tout ! », répondit-il hardiment
« Alors, reprit la sentinelle, tu vas pouvoir nous dire pourquoi la fontaine du marché, qui nous donnait toujours du vin, s’est tarie et ne donne même plus d’eau. »
« Oui, oui ; attendez mon retour et je vous dirai ça ! »
Et il continua son chemin, longtemps, longtemps, jusqu’à la porte d’une autre ville ; la sentinelle lui demanda qui il était et ce qu’il savait ;
« Tout ! », répondit-il sans hésiter
« Apprends-nous dans ce cas, pourquoi le grand arbre de notre ville, qui donnait des pommes d’or, s’est desséché et n’a même plus de feuilles »
« C’est bien simple ; attendez mon retour et je vous le dirai. »
Et il continua… plus loin, toujours plus loin. Il arriva devant une grande rivière qu’il fallait traverser. Le passeur lui demanda qui il était et ce qu’il savait.
« Tout ! » dit-il avec aplomb
« Donc tu peux m’apprendre, si je dois rester éternellement sur ce bac sans jamais être remplacé. »
« Bien sur ! Fais moi passer de l’autre côté et à mon retour je te le dirai. »
Quand il fut sur l’autre rive, il trouva enfin la bouche de l’enfer ; c’était un trou noir et enfumé.

vendredi 3 juillet 2009

Les 3 cheveux d'or du Diable (d'après Grimm)



Il y a de cela bien longtemps, une pauvre femme mit au monde un enfant né coiffé. La sage-femme qui savait des choses, prédit que cet enfant, quand il aurait quatorze ans, épouserait la fille du roi.
Peu de temps après, le roi vint à passer par ce village ; il voyageait incognito pour savoir ce qui se passait dans son royaume. Il ne manqua pas de se renseigner sur les derniers évènements locaux. On lui dit que justement, un garçon venait de naître coiffé et qu’il devait quand il aurait quatorze ans, épouser la fille du roi.
Ce roi était un mauvais homme et cette prédiction lui déplut beaucoup. Il alla trouver les parents et d’un ton paterne, leur expliqua que pauvres comme ils étaient, ils auraient du mal à élever cet enfant et qu’il valait bien mieux le lui confier : « Je l’éduquerai bien et plus tard, je lui trouverai un emploi à la cour. » Les parents ne voulaient pas se séparer de leur garçon, mais l’étranger leur offrit de l’or. Ils se dirent que puisque l’enfant était né coiffé, rien de mal ne pouvait lui arriver et ils finirent par consentir.
Le roi plaça l’enfant dans un coffre à l’arrière de sa selle et chevaucha ainsi jusqu’à une grande rivière, au plus profond de laquelle il jeta le coffre et l’enfant. « Et voilà, se dit-il, ma fille débarrassée d’un amoureux dont elle n’aurait eu que faire. » Cependant, le coffre ne coula pas, il était fait d’un bois parfaitement étanche et il flotta longtemps, longtemps et ne cessa de dériver que contre l’écluse d’un moulin situé à deux lieues de la capitale.
Un garçon meunier l’aperçut ; espérant y trouver un trésor, il l’attira avec un croc. Mais le trésor était un joli petit garçon, bien vivant et bien affamé. Il le porta au moulin. Le meunier et sa femme, qui se désolaient de n’avoir pas d’enfant, reçurent le petit comme un cadeau du ciel. Ils l’adoptèrent et l’élevèrent de leur mieux. L’enfant sauvé des eaux grandit en force et en sagesse.
Il était déjà grand quand un jour d’orage, le roi vint s’abriter au moulin ; il demanda au meunier si ce beau jeune homme était son fils. « Non sire, c’est un enfant que nous avons trouvé dans un coffre qui est venu s’échouer contre la roue de notre moulin. Il y a de cela quatorze ans. ».
Le roi demanda à voir le coffre et reconnut celui qu’il avait jeté à la rivière avec l’enfant né coiffé. Il prit un air aimable : « Meunier, je dois continuer ma route et la reine pourrait s’inquiéter ; ton garçon me rendrait-il le service de lui porter cette lettre ? Il aura deux pièces d’or pour sa peine. »
« A vos ordres, Sire », répondit le meunier et il dit au garçon de se préparer. Et le roi écrivit sa lettre ; il demandait à la reine de se saisir du messager, de le mettre à mort et de l’enterrer, de telle sorte qu’il ne le revoie pas à son retour.
Le garçon prit la lettre et se mit en route ; mais il se trompa de chemin et le nuit le surprit au milieu d’une épaisse forêt. Il finit par distinguer dans le lointain une faible lueur vers laquelle il se dirigea. Il arriva dans un maisonnette où il trouva une vieille femme assise près d’un feu. Surprise de voir un visiteur, elle lui demanda d’où il venait et ce qu’il voulait. « Je viens du moulin et je porte une lettre à la reine ; je me suis perdu ; m’accorderez-vous l’hospitalité pour cette nuit ? »
« Malheureux enfant ! Tu n’as pas de chance : cette maison est un repaire de brigands. Dieu seul sait ce qu’ils feront de toi s’ils te trouvent ici ! »
« Tant pis, dit le jeune homme, je suis trop fatigué pour continuer ma route et je n’ai pas peur des voleurs puisque je ne possède rien. »
Là-dessus, il se coucha sur un banc et s’endormit.

Le Blaireau -

 Dictionnaire du Zoodiac  : Signe de Poil, gouverné par l’ennuyeuse planète Rasoir.  Les natifs du blaireau sont généralement taquins...